Actualité: la mort de Kokopelli ?

La diversité actuelle

Faire ses courses. Rien n’est plus simple ! Armé d’une carte de crédit, d’un ou plusieurs sacs et d’un peu de temps libre, n’importe qui peut parcourir les rues pour s’acheter de quoi manger.

Les supermarchés, les superettes, les alimentations, les hypermarchés ou encore les discounts peuplent nos rues, nos quartiers et nos villes. Il suffit de se promener dans une rue (pas trop paumée) pour observer le concert des marchés de « bouffe ». Si n’importe qui peut acheter des produits alimentaires, on peut également y acheter n’importe quoi.

Quelle est la diversité de l’offre de nos supermarchés ? Plutôt énorme. Les étalages sont nombreux et très variés. L’étale de fruits et légumes est plutôt riche et garnie : une espèce de courgette, une ou deux espèces de tomates, des choux fleurs, 3 ou 4 espèces de pommes, peut-être de l’avocat, des brocolis et des oignons. La liste est encore longue.

Les rayons fruits et légumes peuvent prendre plus ou moins de places dans les supermarchés, on pourrait même s’y perdre (de temps en temps), et trouver, qu’au final, on a un large choix pour manger ces aliments.

Mais qu’en est-il vraiment ? Avons-nous réellement un large choix dans les grandes surfaces, ou dans les marchés ?

L’association Kokopelli

Ce nom ne vous est peut-être pas inconnu. Kokopelli est une association d’agriculteurs, mais surtout de passionnés, qui veulent partager un maximum de semences potagères, ornementales et céréalières pour les agriculteurs (1). Elle a été fondée en 1999 par Dominique et Sofy Guillet.

Vous devez savoir qu’il n’est pas possible de vendre n’importe quelle semence sur le marché. La semence en question doit être inscrite dans un catalogue officiel, qui répertorie l’ensemble des semences créées, normées, et calibrées (2).

En principe, il n’y a aucun problème, seulement en principe. Le catalogue officiel des semences ne propose que les semences fabriquées par les grands groupes de l’agroalimentaire. Ces semences sont créées de toutes pièces par les industriels, elles sont pour plus de 70 à 80 % des clones d’espèces déjà existantes. Ces semences clonées ont toutes (ou presque) moins de 10 ans d’existence (3).

Ces semences donneront des pieds stériles, c’est-à-dire que l’agriculteur devra forcément racheter des semences (chez les mêmes semenciers) pour de nouveau semer des récoltes. L’agriculteur ne peut plus utiliser ses propres graines pour pérenniser son exploitation.

Ces méthodes de fabrication participent à l’érosion génétique des semences. Elles deviennent de moins bonne qualité, moins résistantes aux agressions biotiques (vivantes) et abiotiques (non-vivantes), et au final, c’est le consommateur qui paye le prix.

Kokopelli se propose donc de vendre toutes les semences ancestrales ou non qu’elle possède. Ce sont plus de 600 espèces de tomates, ou 150 de courges que l’association propose, et nous sommes loin des 2 espèces de tomates présentées dans nos supermarchés.

L’association Kokopelli se place donc dans une situation «illégale » en face des grands semenciers qui vendent des semences « légales ». L’association est donc régulièrement attaquée (en justice) par les grands semenciers pour tenter de lui faire stopper toute activité.

Et ils y arrivent presque…

Kokopelli et la justice

La justice vient de condamner l’association Kokopelli d’une forte amende envers un très grand groupe semencier mais également de cesser toute activité. Bref, cette décision annone la mort de l’association qui possède le stock de semences le plus grand d’Europe (4).

La décision de justice est motivée pour des raisons de productivité agricole. Autrement dit, les semences ancestrales ne seraient pas assez productives pour être utilisées de manière intensive et mécanisée par les agriculteurs.

D’autre part, et c’est bien le pire, ces semences, vieilles de 10.000 ans pour certaines, sont qualifiées de « potentiellement nuisibles » par la cour européenne.

Il est clair que la décision de justice est motivée par d’énormes conflits d’intérêts et de pression de la part des grands groupes industriels qui produisent les semences.

Des pétitions (inutiles ?)

En ce moment 2 pétitions citoyennes tournent sur le net pour tenter de sauver l’association, et de revenir sur la décision de justice. J’ai moi-même signé la pétition et je l’ai faite circuler sur le net pour un maximum de signature.

Malgré tout, je sais bien que ces signatures n’ont aucune valeur juridique, mais possèdent une valeur morale. Que vaut cette valeur face à la puissance des semenciers et des industries chimiques ? Difficile à dire. (5)

En tout cas, le président de l’association de Kokopelli a répondu officiellement dans sa newsletter avec toutes ses tripes pour qualifier ces pétitions de « mignonettes » dont les « psychopathes prédateurs (les semenciers) s’en torchent le barbecul ». Rien n’est plus clair.

Une offre calibrée, extrêmement limitée et de faible qualité

On se rend bien compte maintenant que l’offre disponible de manière « officielle » et « traditionnelle » est faible, voire même ridicule. Cette offre est parallèlement de mauvaise qualité et participe à l’érosion de la biodiversité de la planète, ainsi qu’à l’érosion (ou perte) de la diversité génétiques des semences.

Mais alors que faire ? On doit bien acheter des légumes et des fruits pour avoir une alimentation équilibrée ? Oui bien sûr, rien ne sert de se prendre la tête dans les supermarchés pour savoir d’où vient telle ou telle semence.

Si vous avez une alimentation équilibrée est très orientée vers les fruits et les légumes, alors vous pouvez décider de pousser plus loin votre engagement.

Vous pouvez chercher des agriculteurs locaux qui produisent des semences ancestrales (donc illégales), ou bien vous pouvez planter vous-même vos semences vieilles de 100 ans et jouir d’une qualité génétique et nutritionnelle hors du commun

Notes et références

(1) http://kokopelli-semences.fr/qsn/presentation_de_kokopelli
(2) http://www.gnis.fr/index.php
(3) http://kokopelli-semences.fr/articles/catalogue_national
(4) http://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=125002&pageIndex=0&doclang=FR&mode=req&dir=&occ=first&part=1&cid=36859
(5) http://kokopelli-semences.fr/juridique/proces_perdu_2012

12 Comments

  1. Virtus post nummos

    Deux choses : depuis cette année l’Union Européenne connaît l’initiative citoyenne européenne, procédé qui permet à un million de citoyens européens de demander à la Commission européenne d’élaborer un projet législatif. Les traités donnent des armes aux citoyens, il serait bon de ne pas faire là acte de rébellion et d’apprendre à s’en servir, que diable.

    En outre, la lecture de l’arrêt proposée ici apparaît facilement partiale. Par exemple, la Cour de Justice reprend les définitions données par les directives des exigences de variétés de légumes distinctes, stables et homogènes, que manifestement les produits de l’association ne respectaient pas (Considérant 55, 56 et 57). Plus intéressant, elle rappelle, avec la bonhomie dont elle est coutumière que, toujours en vertu des mêmes directives, certaines variétés de légumes, adaptées au niveau local et non inscrites au fameux catalogue peuvent tout à fait faire l’objet d’un commerce, qui restera restreint afin de ne pas entraîner l’apparition d’un réseau parallèle (64 et 65). Enfin, elle rappelle que le bilan de l’application des dispositions de la directive 2009/145 devra être effectué au 31 décembre 2013, ce qui n’exclue pas que ses dispositions soient modifiées par la suite.

    Après, admettre qu’une décision de justice soit motivée par l’intérêt des grands groupes économiques, c’est affaire de convictions.

    1. Jérémy

      Salut Sandy ! Je loue ce premier commentaire de ta part !

      Merci en tout cas d’avoir décortiquer cette décision de justice un peu (trop) compliquée pour moi !
      si je t’ai bien compris, une pétition citoyenne qui regroupe au moins 1 millions de signatures peut proposer une loi à la Commission européenne ? Si j’ai bien compris, je trouve que c’est plutôt cool, même si 1 million, c’est plutôt énorme.

      Après, j’ai bien compris une partie de la décision de justice qui autorise les semences stables et homogènes. Mais, ce sont bien ces semences, stables et homogènes, qui sont produites par les grands semenciers (Monsanto, etc.). Comme de par hasard, la régulation (ou dérégulation ?) du marché des semences exclus celle qui sont inchangées, ancestrales ou non OGM. Il y a quand même hic tu ne trouves pas ?

      Merci du détail sur le commerce parallèle, mais quelles seront les « limites » de la commercialisation de semences non inscrites dans les catalogues officielles pour que cette commercialisation soit considérée comme dangereuse ? C’est franchement flou, un certain nombre de graines vendu ? Ils n’ont aucun moyen de contrôle. Je pense qu’ils interdiront purement et simplement lorsqu’ils verront (les semenciers) que leur chiffre d’affaire baisse (= donc réseau parallèle ?)

      1. Virtus post nummos

        A dire vrai, on voit que l’Union Européenne n’a pas imposé autre chose qu’un cadre directeur et des objectifs précis aux Etats membres, laissant le soin à ces mêmes Etats d’élaborer leur propre législation sur le sujet. On le voit notamment par la forme des textes employés, les directives qui, au contraire des règlements, n’édictent pas des normes applicables directement en droit interne et nécessitent une transposition de la part des Etats membres avant d’être applicables et invocables sur leur territoire.

        C’est une habitude très saine puisqu’au final les Etats restent libres d’édicter leur propre législation. Il faudrait donc se référer aux textes français sur le sujet qui devraient établir les spécificités qui t’intéressent, peut-être en interrogeant des ingénieurs agronomes. C’est probablement de leur ressort.

        A froid, j’ai trouvé le décret autorisant le catalogue secondaire http://tinyurl.com/c3xbstu

        De plus, les pétitions à initiative citoyenne européenne sont récentes puisqu’elles ont été mises en place le 1er avril 2012. Sans rire. Difficile dès lors de juger de leur efficacité concrète. Cela étant et avec sa clarté habituelle, l’UE a mis en place des fiches explicatives sur le sujet : http://ec.europa.eu/citizens-initiative/public/how-it-works/committee

        Enfin, je n’ai absolument pas compétence pour me prononcer sur le bien-fondé des choix en matières de semences viables. Il est par contre évident que des groupes agricoles disposent de plus de moyens de faire entendre leur voix que des opérateurs agricoles regroupés dans des associations, à but non lucratif.

        Finalement, au vu des critiques des membres de l’association, qui s’insurgent contre les coûts pratiqués en France d’une inscription sur tel ou tel catalogue, les moyens restent la clé de tout.

        1. jp

          la procureur avait été très bien dans le grand air de la biodiversité qui était le cheval de Dominique Gillet.
          Quand on compare le droit européen au droit américain, on voit que l’Europe tient explicitement compte des semences marginales ou traditionnelles de façon beaucoup plus protectrice que les USA
          Je crois que les juges de Luxembourg sont sensibles aux questions écologiques, c’est vraiment pas correct de la part de Dominique Gillet de le traiter de complices des assassins de la terre
          La conclusion de ce jugement est que le droit actuel de l’Union et le droit français permettent la conservation de toutes les semences, sans que les procédures prévues rendent cela impossible, pour autant que ce soient des vrais cultivars
          Pourquoi Kokopelli n’inscrit il pas méthodiquement ses semences ? ça lui couterait moins cher que les frais d’avocat.

          1. Virtus post nummos

            Facile, c’est le syndrome du perdant.

            Une fois la bataille juridique perdue, tout ce qui reste bien souvent c’est la possibilité de se plaindre, possibilité garantie par la liberté de communication que protège la liberté

            Il faut retenir qu’en droit français, l’article 434-25 du code pénal réprime « le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance »

            Il est vrai que les poursuites ne sont pas systématiques..

  2. Zakari

    Durant des milliers d’années on a réutilisé des graines. Mais depuis quelques dizaines d’années c’est quasiment illégal, aller comprendre ?!

    Je me souviens d’un reportage où la cargaison de semence ou de pesticides n’est pas arrivé chez des agriculteurs de pays de l’Est. La conséquence fut immédiate, par manque d’approvisionnement les récoltes ont diminué.

    Ce genre de semence hybride rend dépendant à tous les niveaux: l’essence, la logistique, l’achat régulier d’engrais et de pesticides. Au moindre problème économique c’est toute la chaine qui se casse. Et comme tout est subventionné, les personnes vont instinctivement se diriger vers les produits les moins cher et continuer à alimenter ce système.

    De plus, les terres utilisées pour cultiver ces hybrides sont mortes (monoculture, plus de ver et d’insecte pour faire vivre la terre). Comme tu le dit c’est la qualité nutritionnel qui sera donc faible.

    Enfin, je pense que pour profiter pleinement des semences de variété ancienne, il est possible de l’intégrer à de la permaculture notamment pour retrouver l’écosystème naturel et ainsi réduire le temps de travail.

    1. jp

      enfin, le travail pour obtenir des populations de légumes avec des caractéristiques homogènes les plus stables possibles est positif,
      suffit de semer des artichauts pour comprendre ce que c’est hétérogénéité, c’est quand même mieux de savoir quand on va récolter et ce qu’on va récolter
      les F1 ont permis de faire des variétés résistantes aux maladies, et c’est justement l’inverse, c’est d’autant moins de traitements, chimique ou bio, peu importe, qu’on le veuille ou non
      aujourd’hui les modification de génome ont le même résultat quoiqu’on dise
      ça n’a rien a voir avec le type d’agriculture, la permaculture n’y change rien
      faut pas nier qu’il y a eu deux époques : avant et après la génétique, et avant c’était largement à l’aveugle
      Pourquoi cet acharnement à défendre l’idée que c’était mieux avant ? ils n’avaient pas un bon melon sur 50, il fallait traiter les tomates au cuivre et au soufre si on voulait en manger, je suis heureux d’être sorti de ça

  3. jp

    c’est vraiment de l’amalgame cette note
    Le sujet est compliqué, mais les vielles semences sont pas les meilleures et de loin, c’est ridicule, génétiquement parlant les variétés modernes sot nettement plus stables que les vieilles pour la plupart des légumes.
    Vrai : les semenciers ne produisent plus des semences diversifiées pour les jardiniers domestiques mais des graines efficaces en grande culture, pour les légumes ce sont les plus résistantes possibles aux maladies, productives , se récoltent mécaniquement, donnent des légumes faciles conditionner à transporter et durables sur des étalages.
    Les plus grandes collections de graines sont inaccessibles aux jardiniers amateurs (ce sont celles de l’INRA ou des conservatoires spécialisés)
    Kokopelli a cherché à protéger des variétés traditionnelle. C’est ce qu’il dit.
    Mais il a choisi une façon de le faire vraiment tordue : être dans l’illégalité !
    La cour de Luxemboug sanctionne son non respect du droit, d’accord avec Virtus, c’est un très beau texte, il dit que l’illégalité est disproportionnée avec l’objectif recherché. Le droit permet de conserver les semences traditionnelles pour pas cher avec des contraintes vraiment légères de maintenance et de contrôle – au moins pour la France -.
    Dominique Guillet refuse le principe même de l’inscription, même au catalogue des variétés d’amateurs.
    C’est idiot car l’inscription protège l’utilisateur et producteur de la semence : au moins on a une petite idée de ce qu’on va récolter quand on achète les graines. C’est comme les appellations pour le vin, on à une petite idée de ce qu’on va boire.
    Si on a pas un minimum de constance et de définition on sème n’importe quoi.
    Ce qui est insupportable avec Dominique Gillet est son donquichotisme contre ceux qui veulent la mort de la terre, comme si ça existait
    c’est son dada, il met tout ce qui n’est pas lui dans la catégorie « assassins de la terre »
    et pendant ce temps là qu’il fait du commerce pur et simple sous couvert de non lucratif avec des graines la plupart du temps pas si rares que ça et quand elles sont rares avec des taux de germination plutôt incertains.
    Je ne crois pas de Kokopelli est indispensable à la conservation des variétés potagères traditionnelles les plus intéressantes.
    J’ai encore essayé des pastèques à lui cette année, elle sont pas communes, mais elles sont pas terribles
    En tout cas c’est vraiment pas la bonne façon de s’y prendre.
    La bonne façon est qu’on jardine tous.
    Ce qui tue les bons légumes de jardin c’est que personne ne jardine plus. Et c’est encore pire avec les fruits.

    et puis je veux dire aussi que si on totalise l’offre officiellement accessible des semenciers anglais, espagnols, français et italiens
    on a largement de quoi faire des centaines de tomates de toutes formes et de toutes saveurs, et pas trop malades. Et c’est vrai aussi pour les fruits

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