Cyromazine dans les oeufs calédoniens : un scandale sanitaire ?

Nous apprenons par l’association Ensemble pour la Planète que les oeufs calédoniens seraient contaminés à la cyromazine, un insecticide utilisé dans l’alimentation des poules pondeuses. Si nos autorités attestent qu’il n’y a aucun risque pour la santé, l’association environnementale pointe des risques pour la santé et l’environnement qui n’ont rien de farfelu si toutes les analyses indépendantes sont prises en compte.

Du fipronil à la cyromazine…

L’association Ensemble pour la Planète (EPLP) aura profité du scandale européen sur les oeufs contaminés au fipronil, un insecticide et acaricide utilisé sous certaines conditions, pour dénoncer l’utilisation de la cyromazine dans les élevages de poules pondeuses calédoniennes.

À partir du 15 août 2017, les communiqués de l’association environnementale se suivent pour dénoncer l’utilisation d’un produit phytosanitaire contre le développement des asticots dans les fientes des poules pondeuses (le dernier à lire ici), mais dont l’utilisation n’est plus approuvée en Europe depuis 2005. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a été interpellé, et c’est son organe dédié, la Direction des Affaires Vétérinaires, Alimentaires et Rurales (DAVAR), qui répond officiellement à l’association à travers des interventions télévisées et une note technique officielle (en PDF ici).

Dans les faits, EPLP estime que la cyromazine est un insecticide préoccupant pour la santé des consommateurs, s’appuyant sur l’expertise de l’Université d’Hertfordshire qui mentionne bien une « irritation pour la peau » et une toxicité sur la « reproduction et le développement« . Toutefois, selon la DAVAR, le risque pour les consommateurs serait inexistant à la lumière des niveaux de contamination des oeufs à la cyromazine.

Scandale sanitaire d’un côté, aucun problème de santé publique de l’autre… Au final, ce sont bien les consommateurs qui n’y comprennent plus rien et qui se demandent où est la vérité. Cette situation est d’autant plus préoccupante que la note technique de la DAVAR se focalise uniquement sur la contamination des oeufs à la cyromazine, mais qu’en est-il de la contamination de l’environnement et de l’impact du produit de la dégradation de la cyromazine, la mélamine ? Pourquoi la Nouvelle-Calédonie s’appuie-t-elle sur des réglementations qui autorisent la cyromazine et rejettent celles qui l’interdisent ?

On va apporter des éléments de réponse à toutes ses questions. Mais avant toute chose, faisons le point sur l’utilisation de la cyromazine en Calédonie.

Pourquoi utiliser la cyromazine en Calédonie ?

Selon la note technique de la DAVAR, la cyromazine est incorporée à hauteur de cinq grammes par tonne d’aliments pour les poules pondeuses. La substance est rapidement éliminée dans l’urine et les fientes, et permet ainsi de limiter le développement des asticots et des mouches. Cette supplémentation se réalise avec le Larvadex, qui serait délivré par le vétérinaire « traitant l’élevage » selon la DAVAR.

En Calédonie, et selon toute vraisemblance, tous les élevages de poules pondeuses ont recours à la cyromazine dans l’alimentation pour lutter contre les mouches dans les fientes. Une pratique qui n’est plus autorisée en Europe depuis plus de 10 ans, mais qui l’est toujours en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux États-Unis.

Les consommateurs d’oeufs calédoniens sont-ils en danger ?

Selon la DAVAR, aucune chance. Dans sa note technique publiée le 29 août 2017, la DAVAR précise que :« les œufs issus des volailles dont l’alimentation a été supplémentée en Larvadex peuvent être consommés sans délai, aucun temps d’attente n’étant associé au Larvadex dans les conditions d’utilisation préconisées ».

La DAVAR se veut donc extrêmement rassurante et de rajouter que « l’administration de ce médicament vétérinaire répond aux exigences de protection de la santé publique« .

Pour le prouver, la DAVAR démontre à l’aide d’un calcul théorique que la quantité de cyromazines théoriquement présentes dans un oeuf est six fois inférieure à la limite maximale des résidus autorisés (LMR). Si les calculs s’avèrent exacts, on ne peut que rejoindre les avertissements de l’association EPLP sur l’absence de contrôle et de suivi de cette substance dans les oeufs calédoniens.

Selon ces chiffres théoriques, et si l’on imagine que les dosages sont respectés et que la substance est correctement homogénéisée, il faudrait consommer 6 oeufs dans une journée pour atteindre la fameuse LMR.

Mais si les dosages n’étaient pas bons ?

Est-il seulement raisonnable de se baser sur des calculs théoriques internationaux pour déterminer la quantité réellement utilisée de cyromazines dans les élevages locaux ? À juste titre, EPLP souligne de possibles fraudes et tacle l’organisme gouvernemental de pratiquer « l’art divinatoire » qui dessert le rôle de protection de la santé publique des Calédoniens.

Officiellement, selon la plus récente analyse de toxicité de la cyromazine réalisée par l’EFSA 1, l’agence européenne de sécurité alimentaire et des produits phytosanitaires, cette substance n’est pas sans risque pour la santé. L’EFSA définit bien la cyromazine comme un perturbateur de la reproduction et du développement chez le rat et le lapin.

Dans les études de toxicité, la cyromazine a entraîné une perturbation de l’ossification chez le rat, des variations et des malformations du squelette chez le lapin, ainsi qu’une perte de poids des foetus de rats et de lapins, avec une toxicité maternelle à cause d’une perte de poids. Sur la fertilité, les études ont montré une perte plus importante de foetus après implantations et une plus grande difficulté pour sortir les nouveau-nés (dystocie). Finalement, on note également une réduction de l’index de fertilité chez les mâles et une augmentation du nombre de mort-nés.

La cyromazine est dégradée en mélamine, un produit non sans risque

La DAVAR ne mentionne rien dans sa note technique sur la mélamine, issue de la dégradation de la cyromazine. Pourtant, l’association environnementale calédonienne précise que la « toxicité chronique est élevée« , comme le suggèrent plusieurs publications internationales 2 3 4.

Selon la littérature internationale, la mélamine pourrait entraîner des déficits cognitifs à la suite d’une exposition aiguë, chronique ou durant les phases sensibles du développement chez le foetus. Cette substance issue de la cyromazine pourrait également être un neurotoxique. La mélamine pourrait également avoir une toxicité sur les reins. Finalement, n’oublions pas que la mélamine a été impliquée dans un scandale sans précédent en Chine où des centaines de milliers d’enfants ont été hospitalisés et plusieurs sont décédés après avoir consommé du lait contaminé à la mélamine.

Les oeufs calédoniens sont-ils à risque pour notre santé ? Probablement pas, si les dosages en cyromazine sont correctement effectués; si l’homogénéisation est correctement effectuée; si vous ne consommez pas trop d’oeufs; si les seuils de toxicité ont été correctement évalués; si l’on ne tient pas compte de l’effet cocktails avec d’autres substances.

Mais ça commence à faire beaucoup de si.

Justement cette question d’évaluer réellement la présence de cyromazine dans les oeufs est d’autant plus importante qu’un groupe de chercheurs danois et britannique vient de publier cette année une étude troublante sur l’effet cocktail de plusieurs substances chimiques, dont la cyromazine 5. Les chercheurs ont ainsi mis en évidence sur des rats un effet négatif sur le poids à la naissance et sur celui des gestantes en utilisant un cocktail de six pesticides avec des doses bien inférieurs au seuil de toxicité reconnue (dit NOAEL).

Cette étude sert d’avertissement pour toutes les évaluations de toxicité pour une substance unique, qui ne reflète pas la réalité des expositions à de nombreux polluants simultanément. Les auteurs concluent qu’il y a un « besoin pour une évaluation cumulative des risques liés aux pesticides pour éviter de sérieuses influences d’une exposition de plusieurs pesticides sur la gestation et le développement prénatal« .

Mais la santé des Calédoniens passe également par la protection de l’environnement, et les éventuelles contaminations qu’il peut subir, et notamment à la cyromazine. Un point qui n’a pas été évoqué par la DAVAR et qui est pourtant celui qui semble poser le plus de problèmes.

Notre environnement est-il en danger ?

L’association EPLP dénonce l’absence de réglementation dans l’épandage des fientes contaminées à la cyromazine. Selon l’association, ces fientes seraient « très écotoxiques » et l’on ne devrait pas étendre plus de quatre tonnes de fientes sèches par hectare et par an.

Si la DAVAR ne dit rien à ce sujet, l’EFSA est pourtant catégorique. Il existe selon l’agence un risque environnemental qui n’est pas acceptable pour les eaux de surfaces, les sédiments et le sol pour pratiquement tous les modes d’élevages de poules pondeuses en batterie.

Plus en détail, l’agence européenne précise qu’il existe un risque environnemental non acceptable pour les sols concernant la totalité des élevages de poule pondeuse : les catégories 7, 8, 9, 10, 11 et 13. Ensuite, ce risque est encore jugé inacceptable pour les eaux de surface et les sédiments pour les catégories 8 et 11, qui représente les élevages de poules pondeuses en batterie avec aération et les celles élevées dans un espace libre avec une litière.

Selon les données de persistance dans l’environnement fournies par l’EFSA, la cyromazine perdure en moyenne 38 jours dans le sol. Une persistance dans les sols qui monte à 308 jours pour la mélamine.

Selon la même agence, mais également l’agence de sécurité sanitaire française (Anses), la cyromazine est préoccupante pour la contamination des eaux souterraines, pour les risques sur les organismes aquatiques et sur les pollinisateurs tels que les abeilles, déjà lourdement impactées par les produits phytosanitaires 6.

Est-ce que ces points officiels sont-ils pris en compte dans l’évaluation globale des bénéfices et des risques de l’utilisation de la cyromazine en Calédonie par la DAVAR ? On l’ignore.

Est-il légitime de suivre les réglementations australiennes, néo-zélandaises ou étasuniennes ?

La DAVAR confirme dans sa note technique que l’Union Européenne n’autorise plus l’utilisation de la cyromazine chez les poules pondeuses depuis 2005. Tout porte à croire que cette décision fait suite au profil global de toxicité sur les modèles animaux et sur l’environnement, dans un objectif de protection de la santé publique.

Pourtant, la DAVAR semble justifier l’utilisation locale de cyromazine sur la base de la réglementation de 3 pays, qui est loin d’être exemplaire. Comme le rappelle à juste titre l’association EPLP, ces pays autorisent l’utilisation « d’hormones stéroïdes pour augmenter la production de viande bovine« , mais également une « hormone de croissance pour augmenter la production de lait » et d’autres substances jugées « toxiques ou écotoxiques » par EPLP.

Aucune de ces pratiques n’est autorisée dans l’Union Européenne.

Pas de danger de mort en vue, mais quand même

Devant la multiplication des scandales sanitaires, la population attend de ses autorités de régulation et de contrôle qu’elle exerce pleinement son rôle. Un rôle pour assurer avec certitude la sécurité sanitaire et environnementale de la population. Un rôle de contrôle efficace et concret pour avoir des chiffres réels sur les pratiques et les expositions chroniques aux polluants.

Manifestement, les connaissances scientifiques et techniques ont amené l’Europe à interdire l’utilisation de la cyromazine dans l’alimentation des poules pondeuses. Même si la DAVAR ne le dit pas dans sa note technique, cette interdiction n’a pas l’air d’être prise au sérieux sur le territoire ou ne semblerait pas adaptée à notre situation. Pourquoi donc ?

EPLP soulève ici un lièvre qui est loin d’être anecdotique ou marginal. La DAVAR confesse qu’elle ne connaît pas réellement les niveaux d’expositions à la cyromazine à travers les oeufs, en se basant sur des calculs théoriques et sur le respect aveugle des conditions d’utilisations du Larvadex. Malheureusement, la réalité rattrape la DAVAR puisque si les fraudeurs n’existaient pas, l’actualité ne nous le rappellerait pas aussi régulièrement.

Si la DAVAR doit impérativement répondre sur une absence de suivi d’une substance précisément interdite ailleurs pour une utilisation faite en Calédonie, elle doit également s’exprimer en ce qui concerne les contaminations des sols avec la cyromazine. Un risque jugé inacceptable par la plus haute autorité sanitaire européenne, l’EFSA.

Quels sont les sols impactés par les résidus de cyromazine ? A-t-on réalisé des mesures sur ces sols ? Les fientes sont-elles utilisées en tant qu’engrains pour terminer leur course dans l’assiette des Calédoniens ?

Existent-ils des alternatives à la cyromazine ? Oui selon EPLP, notamment dans le séchage des fientes pour éviter le développement de mouche. Mais comme d’habitude, c’est l’ensemble d’un système qui doit se remettre en question, aussi bien les acteurs économiques qui ne doivent pas être pénalisés inutilement que la santé de la population calédonienne qui ne doit pas arriver en seconde position.


Références
1. EFSA. Evaluation of active substances Assessment Report: Cyromazine – Product-type 18 (Insecticides, acaricides and products to control other arthropods) – February 2016

2. Dalal, R. P., & Goldfarb, D. S. (2011). Melamine-related kidney stones and renal toxicity. Nature Reviews Nephrology, 7(5), 267-274.

3. Wei, Y., & Liu, D. (2012). Review of melamine scandal: still a long way ahead. Toxicology and industrial health, 28(7), 579-582.

4. An, L., & Sun, W. (2017). A Brief Review of Neurotoxicity Induced by Melamine. Neurotoxicity Research, 1-9.

5. Hass, U., Christiansen, S., Axelstad, M., Scholze, M., & Boberg, J. (2017). Combined exposure to low doses of pesticides causes decreased birth weights in rats. Reproductive Toxicology.

6. Saisine de l’Anses n° 2015-SA-0169 relatif à l’actualisation de substances actives et produits biocides potentiellement intéressants pour une utilisation en lutte anti-vectorielle

10 Comments

  1. Jean Neimard

    La cyromazine est connu pour réduire la ponte chez les poules … pensez vous que les producteurs d’œufs cherchent à réduire leur production ?
    Les effets néfastes constatés sur des rats ou des lapins, l’ont été avec quel dosage ?
    La bière, le tabac,le cannabis … ont aussi des effets néfaste, à partir de quelle dose ? (le cannabis est admis pour un usage personnel … sans limite ?)
    Quant au risque de fraude, c’est sûr !!! Mais faut-il mettre un contrôleur derrière chaque buveur d’alcool ou chaque contribuable ?

    Je n’ai peut être pas tout compris, mais il me semble que l’Union Européenne n’a pas interdit la cyromazine
    Journal officiel de l’Union européenne RÈGLEMENT D’EXÉCUTION (UE) 2016/1068 DE LA COMMISSION du 1er juillet 2016 – approuvant la substance «N-cyclopropyl-1,3,5-triazine-2,4,6-triamine (cyromazine)» en tant que substance active existante destinée à être utilisée dans les produits biocides du type de produit 18.

    En voulant faire le Buzz, certains font de la bouse.

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    1. Jérémy Anso (Post author)

      La cyromazine est connue pour réduire la ponte chez les poules ? Ah bon ? De tous les documents officiels que j’ai pu lire sur les effets de la cyromazine, je n’ai rien vu de tel. Vous avez une étude sur ce sujet pour vérifier un coup quand même ?

      Pour les effets néfastes, les études sur les modèles animaux utilisent plusieurs dosages afin de repérer un éventuel dosage où l’on observe des effets négatifs. Pour mieux comprendre, les auteurs des études ont établi une dose sans effet toxique observable de 5,74 mg/kg de poids corporel / jour chez les rats, et de 10 chez les lapins. On va donc appliquer un facteur de 10 pour l’espèce et encore de 10 pour l’individu, donc un facteur de sureté de 100. On arrive donc aux fameuses valeurs dites ADI (pour dose journalière acceptable) de 0,06 et une dose aiguë de référence de 0,1. Mais que les choses soient clair Neimard, les seuils de toxicité calculés dans les études ne sont pas dépassés, en théorie (car on en sait rien pour de vrai), mais si vous avez bien lu mon article, vous n’avez bien sûr pas manquer de lire que les études sur les effets cocktails montrent des effets toxiques même EN DESSOUS des doses sans effet toxique observable ! C’est un sérieux problème dans cette histoire, surtout quand on connait la réalité des expositions à de nombreux polluants qui agissent ensemble sur l’organisme.

      Du coup, je ne répond pas pour la bière, le tabac ou le cannabis, ce sont des choix personnels qui sont hors sujet dans cet article.

      Pour la fraude et l’idée de vouloir mettre un contrôleur derrière chaque buveur ou contribuable… en voilà une idée bien saugrenue. Qui parle de contrôler les buveurs ou les contribuables ? On parle au minimum de réaliser des contrôles sur les productions industrielles ! C’est un minimum. Des contrôles efficaces pour mesurer un effet, faire des calculs et tout le tralala. Clairement oui, là vous n’avez pas compris l’enjeu. Il y a une différence entre faire au moins UN contrôle pour une substance, en l’occurrence la cyromazine, et ne pas en faire du tout !

      Pour la dernière partie du commentaire, je vais éclairer votre lanterne. La cyromazine est approuvée en tant qu’insecticide pour certaines cultures sous serre dont l’utilisation est d’ailleurs bien détaillé par la DAVAR. Toutefois, depuis 2005, cet insecticide n’est plus autorisé pour les élevages de poules pondeuses (faut-il comprendre interdiction ?), point barre.

      Merci pour ce commentaire qui aura permis d’éclaircir certains points ! :)

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      1. Jean Neimard

        Merci pour ces précisions … qui ne rassure en rien la population.
        Car c’est bien de cela qu’il s’agit : faire peur pour la mettre de son coté.
        Ça ne résout aucun problème … tout en créant de nouvelles phobies et habitudes.

        D’autant plus que je note dans vos propos :
        « Car on en sait rien pour de vrai »
        « Les études sur les effets cocktails montrent des effets toxiques même EN DESSOUS des doses sans effet toxique observable ! C’est un sérieux problème … »
        Bref on ne sait pas grand-chose.

        L’essentiel de l’argumentation réside sur des SI
        Si les dosages en cyromazine ne sont pas correctement effectués;
        Si l’homogénéisation n’est pas correctement effectuée;
        Si vous consommez trop d’œufs;
        Si les seuils de toxicité n’ont pas été correctement évalués;
        Si l’on tient compte de l’effet cocktails avec d’autres substances.
        Si ma tante en avait …

        Qui est vraiment capable, comme vous le dites si bien, « d’assurer avec certitude la sécurité sanitaire et environnementale de la population » ?

        Pour ma part je fais le choix personnel de manger des œufs … modérément.

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        1. Jérémy Anso (Post author)

          Jean Neimard, j’ai l’impression que vous inversez la charge de la preuve. Le fait qu’on ne sache pas grand chose sur les dangereux effets cocktails invite à une seule chose : plus de prudence et plus de principe de précaution ! Et justement, l’abondance des « si » est à charge contre la santé publique et non l’inverse. L’article le dit bien, il n’y a pas de danger immédiat pour la santé des consommateurs réguliers d’oeufs en apparence, et théoriquement. Mais peut-être se baser sur de la théorie quand cela touche la santé publique ? Vous éludez magnifiquement bien le risque avéré et clairement identifié par l’EFSA sur une pollution environnementale avec la substance. C’est toutes les facettes qu’il faut prendre en compte et je vais vous les synthétisez…

          Nous avons un produit à priori non toxique pour notre santé dans les conditions théoriques d’utilisations. Comment en être sûr ? Pour être sûr il faut faire des contrôles. En l’absence de contrôle, impossible de dire que la santé publique est assurée.

          Nous avons des études qui nous montrent que même en dessous des doses sans effet toxique observable, on peut observer des effets toxiques avec un cocktails de pesticides, ce qui est probablement la réalité ici, comme ailleurs. Ce point fait suite au premier et invite encore plus sérieusement à faire un contrôle des pesticides sur les produits qu’on consomme, et notamment de surveiller la cyromazine.

          L’ESFSA juge le risque pour les sols inacceptable pour la cyromazine dans les élevages de poules pondeuses en batterie. Pourquoi ce risque est-il jugée acceptable en NC ?

          Vous n’avez peut-être aucun risque à manger des oeufs tous les jours, et je prends ce risque aussi, mais c’est un « peut-être ». Et que dire de la mélamine ?

          Alors si peut-être certains communiqués de presse d’EPLP sont un peu dramatisant pour obtenir les faveurs de la populations, les questions n’en restent pas moins légitimes. Vous avez le droit de vous en battre le steak en fait, en tant qu’individu vous faites ce que vous voulez, mais pas des autorités de santé publique.

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          1. Jean Neimard

            Inversion de la charge de la preuve ? Vous en êtes sûr ?
            Le verre à moitié plein ou le verre à moitié vide ?
            Le principe de précaution est comme le verre …

            Les « autorités de santé publique » ne sont pas parfaites, mais au moins elles existent. Et si elles ne vont pas assez vite, donnons leurs des moyens … en taxant les œufs, par exemple.

            La vraie question est de savoir qui a raison … vraiment raison …
            Ce n’est pas une méthode très scientifique de faire appel au peuple pour trancher ce genre de chose.
            Et si « les questions n’en restent pas moins légitimes », la formes d’action d’EPLP (qui ne pose que des questions), l’est-elle ? Légitimité légales certes, mais surtout morale.

            Peut être que … l’objectif n’est pas la vérité, mais d’avoir raison à tout prix.

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  2. Jérémy Anso (Post author)

    @ Jean Neimard :

    Oui la charge de la preuve est inversée. Ce n’est pas au contribuable ou aux associations à prouver qu’un produit ou une pratique est dangereuse ou toxique, normalement. Mais c’est bien aux fabricants ou industriels de prouver qu’elles ne le sont pas ! Mais là encore, normalement.

    Les autorités sanitaires sont loin, même très loin d’être parfaites. Et ce n’est pas simplement parce qu’elles existent que nous ne devons pas être exigeant avec elles et qu’elles ne doivent pas l’être avec elles-même. Je ne pense pas que taxer les oeufs soit une solution pour donner plus de moyen à la DAVAR de faire son travail. L’interdiction en Europe remonte à plus de 10 ans Jean Neimard, 12 ans pour être précis. Ce n’est pas assez pour se pencher sur les raisons de cette interdiction pour les pondeuses ? Il en faut 15 peut-être pour faire le voyage depuis l’Europe ? Sans plaisanter, pourquoi suivre des réglementations de Pays connues pour être « légers » et ne pas en suivre d’autres ? Où est la logique de santé publique là dedans ?

    Alors oui, forcément qu’on pose beaucoup de questions ! EPLP, moi ou un autres ! On n’a pas d’autres choix quand les autorités n’apportent des réponses suffisantes ou parfois pas du tout. Comment voulez-vous faire autrement ?

    La vraie question n’est pas de savoir qui a raison ou qui a tord. Heureusement qu’avec cet article j’apporte au moins la preuve que nous avons une bonne grosse dose de littérature scientifique, plus ou moins objective, qui nous permet de prendre des décisions éclairées pour la protection de la santé publique.

    Manifestement, vous en voulez à la méthode de communication d’EPLP, mais j’ose vous rappeler que cet article n’est pas un exutoire pour manifester ce mécontentement car vous pouvez très bien le faire directement sur la page Facebook de l’association.

    L’objectif est de conserver une filière agroalimentaire rentable ET qui ne mette pas en danger ni la santé publique ni notre environnement. Que demander de plus ?

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    1. Jean Neimard

      Vous avez « normalement » raison … pour atteindre votre objectif.
      Que ce soit vous EPLP, ou d’autres, … le principe consiste à faire le buzz et mettre la pression sur le gouvernement. Votre démarche n’est pas scientifique, mais sociologique … mais vous allez me dire que la sociologie est une science !

      Alors soyez rassuré : ça marche.
      Le gouvernement mettra moins de temps pour interdire la cyromazine que pour élire son nouveau président.
      Et les chercheurs pourront continuer à chercher … et donner des preuves de la toxicité des molécules qu’ils ont « inventées », puis … le cycle continu. La plupart des études sur ce type de produit justifie leur interdiction par des expressions du genre « produit potentiellement cancérigène » C’est un potentiel de preuve ?

      PS : du glyphosate aurait été trouvé dans certaines bières, affaire à suivre ?

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      1. Jérémy Anso (Post author)

        Le principe consiste à faire le buzz ? En quoi cet article est censé faire le « buzz » ? L’article est factuel. Il reprend les différents arguments des uns et des autres, en les confrontant avec la littérature scientifique, les évaluations des autorités sanitaires européennes, etc.

        Quels éléments de langage dans cet article amènent à penser que je souhaite faire le buzz ? L’article dit clairement qu’il n’y a en théorie aucun risque pour la santé de la population, si on rempli beaucoup de conditions… Et que le risque environnemental, ignoré par la DAVAR tiens donc, est jugée inacceptable par l’EFSA.

        Faire pression sur le gouvernement ? Est-ce que cet article peut faire pression sur le gouvernement ? Vous y croyez vraiment ? Franchement, l’objectif de cet article est d’informer les gens, et éventuellement, les décideurs, les politiques, les élus ou autre s’ils s’intéressent à la problématique et souhaitent avoir d’autres « sons de cloches ».

        Je pense que vous ignorez ce qu’est une démarche « scientifique ». Confondre un article d’information, qui mélange des expertises scientifiques et des études internationales, sur un problème de santé publique avec une « démarche sociologique », c’est comment dire… vraiment tordu !

        Vous n’avez pas l’air d’accord avec les études scientifiques qui étayent les effets dangereux sur la santé. Vous n’avez pas l’air d’accord non plus avec les synthèses internationales de la littérature qui permettent de dire « oui, ce produit est un cancérogène probable » et l’autre « on en est sûr », etc. Pourtant, c’est ça la science. Parfois, on est sûr, on a un tout un faisceau de preuves concordantes et qui permettent de conclure à une relation de cause à effet, et dans d’autres cas, plus subtiles, on est face à des doutes, des hypothèses, et bien souvent, fort heureusement, c’est le principe de précaution qui doit primer pour protéger la santé des populations. Il va falloir vous y faire ou peut-être préférez que l’on arrête d’évaluer la toxicité des molécules inventées tous les jours ?

        Mais la véritable question, c’est si vous trouvez ça normal ? Trouvez-vous la situation actuelle normale ? La cyromazine dans les oeufs, qui n’est pas mesurée, vous paraît-elle préoccupante ? Oui, non, peut-être ? Et la cyromazine épandue dans les sols ? Oui, non peut-être ?

        Vous pouvez être pour ou contre, mais depuis le départ vous ne faites que des critiques sur la forme, et non sur le fond de l’affaire. Et ça, c’est la stratégie typique quand on manque d’arguments sérieux. Sinon, prouvez-moi le contraire (normalement :))

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        1. Jean Neimard

          Faites vous un blog pour rester inconnu ?
          Relayez-vous un article intitulé « scandale sanitaire » juste pour informer ?
          La DAVAR s’est-elle expliquée juste pour le plaisir ?

          Une démarche scientifique commence par des faits « exacts, constatés, mesurés, … », mais comme ils ne se répètent pas toujours et pas de la même façon, les scientifiques parlent de « de potentialités, de probabilités, de possibles, de probable … ».
          Viens ensuite les décisions d’utilisation, des conditions d’utilisation, de retrait, … mais cette démarche échappe aux scientifiques, même si elle dépend des résultats qu’il a fournit.
          Avec notamment le fameux « principe de précaution » qui est devenu une démarche … « politique », puisqu’inscrite dans la loi. Je suppose que ça vous le savez.

          Étant moi-même de formation scientifique, je respecte et ne conteste pas le travail des chercheurs (qui restent cependant des hommes comme les autres !).
          Ayant aussi été confronté à des décisions à caractère « politique », j’en connais, un peu, les difficultés.

          Alors si votre article s’appuie sur des arguments scientifiques, il n’en constitue pas moins une démarche politique.

          Science sans conscience …

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  3. Jérémy Anso (Post author)

    @ Jean Neimard :

    D’accord, je comprends mieux votre objectif dans cette histoire, et vous avez raison, elle est bien évidemment politique. Rien que sur la justesse et le manque d’explications du service concernée, ce n’est pas tolérable.

    Vous faites une nouvelle fois une remarque sur la forme, avec notamment le titre de l’article. J’ose vous rappeler que je n’ai pas la portée d’un blog comme Calédosphère ou la portée d’un journal comme Les Nouvelles, ou autres, je dois faire des titres accrocheurs pour inciter à la lecture, et au partage si l’article s’y prête. Je ne pense pas qu’on puisse m’accuser de faire le « buzz » comme vous dites avec un point d’interrogation dans l’article. Si j’avais pu écrire un article dans les Nouvelles, j’aurais surement mis un truc du genre « Tout savoir sur la cyromazine dans les oeufs », un titre plus neutre, mais on s’en fou, tout le monde lit le journal (et encore que j’en suis même pas sûr). Bref.

    Mais effectivement, j’écris mes articles en conscience, ils sont bien évidemment engagés, mais à la lecture de tous les éléments et des justifications de chacun, il est plutôt facile d’y voir des problèmes, un manque de transparence et de communication. Des manquements qui pourraient porter préjudice à la santé publique, si toutefois on ose prendre ce sujet au sérieux.

    La DAVAR s’est expliquée car il a été quelque part contraint par EPLP et autres, mais il n’empêche que l’explication est très limite. Ne répond pas à toutes les questions, et soulèvent encore plus de questions qu’avant.

    Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, probablement. Mais que dire de nos autorités qui n’ont ni l’un ni l’autre ?

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