Entomojo : que valent les croquettes pour chien à base d’insectes ?

Entomojo, la première croquette pour chien à base de farine d’insectes contient beaucoup de glucides, dont l’origine vient principalement des pommes de terre. Des protéines de qualité, pour un produit prometteur qui devrait s’améliorer dans le temps. Une marque à suivre.

Photo credit: Marcello Consolo on Visual Hunt / CC BY-NC-SA

Des croquettes écologiques à base d’insectes

Dans la quête de tous les propriétaires d’animaux de compagnie pour trouver la croquette idéale, nous avons un nouveau venu !

On vient récemment de me faire découvrir une nouvelle marque de croquettes à base de farine d’insectes pour chien ! L’insecte utilisé est bien connu (hermetia illucens) et possède tous les avantages que l’on connaît :

  • Transformation efficace de la matière organique en protéine
  • Faible consommation d’eau
  • Faible utilisation de l’espace
  • Haute teneur en protéines

Et beaucoup d’autres ! On sait que l’élevage d’insectes pour combler nos apports en protéines et en matières grasses est avantageux tant au niveau du bilan environnemental de la planète que des qualités nutritives de la préparation.

Les deux entrepreneuses, Madeleine et Paola, à l’origine de cette nouvelle croquette le savent bien, les arguments sont judicieusement placés sur leur site internet. Les croquettes ont même été validées par une « experte en nutrition animale ».

Un travail réalisé avec le partenariat de l’INRA et AgroParisTech. Du coup, cette nouvelle m’intéresse. Et vous intéresses aussi. On va la décortiquer ensemble.

Les arguments « Entomojo »

Larve d’insecte d’HermetiaIllucens.

Dans leur argumentaire, les créatrices de cette croquette nous avertissent avec raison de la dégradation de la qualité des croquettes traditionnelles, avec notamment les sous-produits animaux (becs, plumes, viscères, etc.) qui ont « une faible teneur en protéines » selon elles.

Il semble que la marque Entomojo mette l’accent sur cette fameuse teneur élevée en protéines, puisqu’ils mettent en avant la quantité élevée de protéines de la farine d’insectes, jusqu’à 65% !

Les arguments principaux sont présentés sur le site de présentation :

  • Des protéines de qualité
  • Un risque d’allergie minimale
  • Une recette saine (car élaboré avec un expert)
  • Sans céréale
  • Sans « conservateurs nocifs »
  • « Sans viande conventionnelle »
  • Et avec de la farine d’insectes « élevés écologiquement »

Mais qu’en est-il réellement si on regarde la composition de cette nouvelle croquette ? Réponse avec les données présentées sur le site Entomojo et les échanges que j’ai pu avoir avec l’équipe concernant les points de discorde ou qui me paraissaient… un peu flous.

La composition des croquettes Entomojo

Au niveau des constituants analytiques ou des principaux macronutriments (glucides, lipides et protéines), malheureusement, la marque ne joue pas réellement la transparence en évitant de préciser les apports en hydrates de carbone (les glucides).

Source : https://www.entomojo.com/store/products/94869-croquettes-entomojo-6kg

D’après les informations fournies sur le site internet, voici toutes les informations que l’on peut estimer. Nous n’avons aucune mention de l’humidité, que l’on va estimer à 10%, par défaut.

Méthodes

Protéines

Lipides

Glucides

Analyses garanties

22%

12%

Inconnu

Matières sèches

24,4%

13,3%

48,9%

Apports caloriques

23,2%

29,3%

47,5%

Je reste interloqué par la quantité d’hydrate de carbone dans ces croquettes. Pratiquement la moitié de la matière sèche !

48,9% de glucides (en matières sèches)

Cette quantité très élevée de glucides n’est en fait que le reflet des ingrédients. Ainsi, la marque nous prévient que la croquette Entomojo est composée de farine d’insecte, mais également de « pommes de terre séchées, amidon de pomme de terre, pois, patate douce, carotte séchée » ou encore de tomates séchées.

On retrouve également toutes sortes de fruits, tels que des pommes, mangues, bananes, pruneaux ou des canneberges.

Tous ces ingrédients participent aux apports en glucides de la croquette. Il est dommage de constater que le packaging met en avant la présence de patates douces et de pois, des aliments avec un index glycémique bas et une densité nutritionnelle élevée, alors que la croquette contient une part non négligeable de pommes de terre et d’amidons de pommes de terre.

Or, les pommes de terres possèdent un index glycémique élevée, avec une densité nutritionnelle relativement plus pauvre que sa cousine la patate douce ou que les pois. On en discute plus bas.

Malheureusement nous ne trouvons aucune information sur la quantité de chaque ingrédient dans cette croquette.

Rien ne les y oblige, c’est la loi (lire ici mon enquête sur cette situation hallucinante).

Questionnées sur ces quantités de glucides, les entrepreneuses m’ont répondu qu’elles étaient parfaitement conscientes de ces quantités élevées de glucides, et qu’elles travaillaient sur une nouvelle formule moins riche en glucides.

Pour la non-mention des glucides, Madeleine et Paola m’ont précisé qu’elles respectaient la réglementation en vigueur, qui n’oblige pas de préciser ce point. C’est sûr, la réglementation est sympa. C’est la FEDIAF, encore une fois, qui est responsable de cette situation.

Point positif, les deux créatrices de la marque m’ont averti qu’elles allaient rendre plus transparente la composition de leur croquette, en précisant le taux d’hydrate de carbone à l’avenir.

Un geste qui sera plus qu’apprécié par les propriétaires qui cherchent avant tout… de la transparence !

Des croquettes respectueuses de l’environnement ?

Ces nouvelles croquettes se veulent respectueuses de l’environnement puisqu’elles se passent de l’élevage bovin, force est de constater qu’elles ont raison.

Sauf qu’un lecteur avisé pourrait me dire que de toute façon, les produits animaux des croquettes sont des sous-produits de l’alimentation humaine, autrement dit, on fait du recyclage…

Mais, on doit bien reconnaître que l’élevage d’insecte est une alternative extraordinaire pour la production de protéines avec un faible impact environnemental. Faire une croquette à base d’insectes, il fallait oser, elles ont réussi.

Pourtant, j’ai été choqué dans un premier temps de lire dans la composition de la croquette la présence « huiles végétales et animales » dont on ignore tout.

  • En l’absence de précision, on peut supposer que nous avons de l’huile de palme dont on connaît aujourd’hui l’impact sur l’environnement.
  • En l’absence de précision, les ingrédients sous la dénomination « huiles animales » ne nous donnent aucune indication.

À quoi avons-nous affaire ? Aucune identification de l’espèce, de la nature et donc la qualité de l’ingrédient. Là aussi, beaucoup de questions demeurent sur un manque de transparence.

Questionnées à ce sujet, les deux entrepreneuses ont vivement réagi. Les huiles végétales sont en réalité de l’huile de lin et de saumon. Bref, deux super huiles qui méritent d’être valorisées. Après nos échanges, elles ont rectifié le tir sur le site.

Pour la graisse animale, même chose ! On parle en réalité de graisse de volaille. Pour ma part, ces produits sont tout à fait recommandables et n’ont rien à voir avec mes premiers doutes.

24,4% de protéines seulement ?

On a beaucoup discuté sur ce point avec Madeleine. Je trouve personnellement le taux un peu bas pour une croquette faite à partir d’une farine d’insectes qui contient 65% de protéines !

Nous avons convenu, et c’est le bon sens qui dit que la qualité prévaut sur la quantité. Je le dis très souvent. Il est largement préférable d’avoir des protéines de qualité en faible quantité que l’inverse.

Les entrepreneuses restent toutefois très lucides concernant ces apports en protéines qui se trouvent dans la moyenne basse des autres produits aujourd’hui disponibles.

Elles travaillent sur une formule plus riche en protéines avec moins de glucides. Toutefois, étant un peu sensibilisée à la qualité des farines d’insectes, Madeleine m’a bien confirmé la haute digestibilité de cette farine.

Clairement, je me serais prononcé très défavorablement pour une croquette avec un taux de protéines aussi faible, si on parlait de farine de becs, de protéines animales déshydratées, de plumes, de cretons…

Pour nos croquettes Entomojo, certes le taux de protéines est plutôt bas, mais la qualité est là.

Pour rappel, une alimentation type traditionnelle chez les Dingos australiens apporte au moins 50% de protéines, en plus d’être de très haute qualité.

Des pommes de terre en pagaille ?

Gros point de débat entre nous, la présence plus ou moins importante de pommes de terre, deuxième ingrédient de la croquette.

Personnellement, je n’aime pas cet ingrédient. Index glycémique élevé, densité nutritionnelle faible, et récemment soupçonnée d’être à l’origine de cardiopathie chez le chien par la Food and Drug Administration américaine, avec d’autres légumineuses.

Ce ne sont aujourd’hui que des doutes, mais je préfère d’autres sources de glucides plus « friendly », comme le riz complet ou la patate douce, plus riche en nutriment et avec un index glycémique plus faible.

Ce point est selon moi important surtout pour la réponse physiologique des chiens après le repas (ou réponse postprandiale), la décharge d’insuline notamment.

Les études scientifiques ne sont aujourd’hui pas clairs. Et pour cause, elles sont peu nombreuses et surtout de mauvaise qualité.

La seule chose que je puisse dire, c’est que l’évolution du chien au contact de l’homme lui a bien conféré une tolérance accrue au régime riche en amidon, mais que cette tolérance (qui se manifeste par des gènes supplémentaires dans la gestion de l’amidon) n’est en rien synonyme d’une protection contre le diabète.

Dommage que les fabricants ne se battent pas au portillon pour faire ce genre d’étude.

Quoi qu’il en soit, les deux entrepreneuses m’ont également assuré vouloir réduire la concentration de cet ingrédient polémique dans leur croquette. Elles suivent de près l’enquête de la FDA sur les cardiopathies du chien. Moi aussi.

Quoi penser de tout ça ?

Premier point important à mentionner, les entrepreneuses ont joué la transparence au jeu des questions/réponses.

J’ai insisté, j’ai demandé des confirmations de mes calculs, j’ai posé les questions dérangeantes sur la composition, les taux analytiques, le packaging… Et je dois dire qu’elles ont finalement répondu à mes questions.

Je trouve qu’il y a derrière ces croquettes une réelle volonté de proposer une alternative écologique et saine pour les chiens. On retrouve une matière première de qualité, la farine d’insectes, qui se perd un peu dans un nuage de glucides en quantité apportée par des pommes de terre, mais pas que.

J’ai l’habitude de dire qu’il existe un seuil de précaution concernant les glucides : entre 25 et 30%. Au-delà, ça devient compliqué. Même si je dois préciser que ces chiffres ne sont issus d’aucune publication scientifique.

C’est un choix arbitraire de principe et plutôt de bon sens, surtout par rapport à l’argument (ou le sophisme) « dans la nature… ». Je suis bien conscient des limites de ce genre d’argument.

C’est bien pour cette raison que la qualité doit primer.

Clairement, je pense que les croquettes Entomojo vont s’améliorer dans le bon sens. On devrait observer une augmentation de la part protéique, et de qualité, et une réduction de la part glucidique.

Bref, ces croquettes sont à suivre de près, une alternative qu’il ne faudrait pas « dézinguer » sans recul. Affaire à suivre.

4 Commentaires

  1. Sophie

    A suivre certes mais pour l’instant pas vraiment concluant.

    Par contre, ce qui serait bien de faire est de continuer à controler une à deux fois par an la teneur des croquettes des marques qui affirment être sans céréales comme ATAVIK et autres que vous avez plébiscitées dans votre livre. Ceci afin de savoir si elles sont toujours de bonne qualité. Alors je ne sais pas si ces analyses représentent un cout financier important pour vous ou pas. Si c’était le cas je pense que les lecteurs de votre site, qui ont justement bénéficié de vos analyses précédentes pour se guider dans le choix des croquettes pour leur animal (ce qui est mon cas), pourraient alors faire un don afin de vous soulager en proportion des frais engagés.

    Reply
    1. Viggo

      Juste un autre déchets de l’industrie agro alimentaire vendu sous le nom de croquettes.
      Bravo pour cette trouvaille permettant d’utilser nos chiens comme étant des stations de recyclages ambulantes.

      Viggo

      http://www.b-a-r-f.com

      Reply
      1. Jérémy Anso (Post author)

        On est pas vraiment dans la même logique de la plupart des croquettes qui fonctionnent uniquement avec des sous-produits. Là, il y a quand une fabrication spécialement dédié pour la croquette avec la farine d’insecte. Mais c’est sûr que si l’on compare du BARF avec des croquettes, vous savez de quoi on parle n’est-ce pas ! :)

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    2. Jérémy Anso (Post author)

      Salut Sophie, oui c’est un véritable travail et en théorie pour faire ce genre d’analyses correctement, il faudrait multiplier les lots d’analyses avec contrôle d’huissier de justice pour que tout soit bien légale. Les analyses et l’huissier coûtent une certaines sommes, et en plus, n’étant pas en Europe, difficile de trouver des laboratoires pour les faire (il faut donc prendre compte les frais d’envoi et de réception des analyses).

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