L’espérance de Vie des Hommes du Paléolithique est estimée à 70 ans

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« Au Paléolithique, schématiquement, l’espérance de vie à la naissance oscille entre 25 ans et 35 ans, selon les endroits et les périodes. »

L’espérance de vie de nos ancêtres est un sujet de discussion passionnant qui prend une ampleur internationale avec le régime phénomène inspiré de nos ancêtres du paléolithique.

Si vous faites une simple recherche sur votre moteur de recherche préféré avec les mots clés :

« espérance de vie paléolithique »

Vous risquez de trouver en première proposition une interview d’un archéozoologue et directeur de recherches au CNRS, j’ai nommé Jean-denis Vigne.

Dans cet article vieux de presque 2 ans, le chercheur s’épanche sur les nouveaux mythes de la caverne, à savoir :

Mon article s’intéresse particulièrement à la question de l’espérance de vie de nos ancêtres, souvent utilisée par les opposants au régime paléolithique, mais également par une communauté de scientifique.

M. Vigne en fait partie.

Dans cette interview, il déclare que l’espérance de vie au paléolithique « oscille entre 25 ans et 35 ans, selon les endroits et les périodes. »

Lorsqu’il est questionné à propos de l’ostéoporose absente des ossements datant du paléolithique, M. Vigne argue qu’au cours de cette période « peu d’individus vivaient au-delà de 25 ans ».

C’est pour cette raison que l’on ne retrouve pas de cas d’ostéoporose, car les hommes de l’époque ne vivaient pas assez longtemps pour en être victime.

Peu importe, dans cette interview on remarque deux choses :

  1. L’espérance de vie des hommes du paléolithique atteint 35 ans, au maximum
  2. Peu d’individus dépassaient les 25 ans

Les conclusions du chercheur sont également soutenues par la majorité de la population lorsque l’on parle d’espérance de vie des hommes préhistoriques.

Les conditions de vie étaient difficiles, les taux de mortalité infantiles élevés, et les maladies infectieuses mortelles sont autant d’arguments qui plaident en faveur d’une faible espérance de vie.

Il y a cependant deux questions qui restent en suspend…

  1. Quelle serait l’espérance de vie de nos ancêtres s’ils vivaient à notre époque ?
  2. Est-ce qu’une faible espérance de vie signifie une médiocre qualité de vie ?

Dans bien des cas, les croyances populaires estiment que les hommes du paléolithique avaient une faible espérance de vie à cause d’une alimentation carencée, ou pas assez équilibrée comme nous pouvons en jouir aujourd’hui.

Sur ce point, les réponses existent déjà. Green-Escape vient de publier au début du mois un article où il compare les apports en nutriments essentiels de notre régime moderne avec le régime paléo.

Le résultat est sans appel, notre régime est carencé, comparé au régime paléo qui apporte la quasi-totalité des nutriments.

A propos de l’espérance de vie, les sites les plus optimistes annoncent 50 ans et les plus négatifs seulement 25 ans.

La science n’a-t-elle pas des réponses à nous donner ?

L’étude des ossements

Classiquement, l’âge des individus est estimé à partir des ossements que les archéologues et paléoanthropologues peuvent trouver dans le sous-sol.

A partir de là, les méthodes de calcul avec le carbone 14, la taille de certains os, et la présence de maladie osseuse (ostéoporose) apportent des indices, et permettent d’estimer l’espérance de vie des hommes de l’époque.

Ce modèle, aujourd’hui accepté par tous (ou presque), rend fou furieux Mark Sisson, un célèbre blogueur paléo anglophone, qui défend bec et ongle les bienfaits du régime paléolithique.

Moi-même, je m’insurgeais dans mon article sur le jeûne intermittent, quand un auteur dégommait d’une ligne les hommes du paléolithique et leur espérance de vie ridicule d’à peine 25 ans.

Sur son blog, Mark Sisson dénonce dans un article les limites de ces méthodes d’estimations d’âges à partir des ossements.

Il pointe notamment du doigt les carences en vitamine D et en magnésium que nous connaissons actuellement, ainsi que notre résistance à l’effort physique moins importante que nos ancêtres.

C’est pour ces raisons que l’estimation de l’espérance de vie de nos ancêtres par l’étude des ossement n’est pas l’idéale, et présente des contraintes évidentes.

Une autre méthode existe pour tenter de répondre à cette question d’espérance de vie.

L’étude des populations indigènes contemporaine

L’autre voie royale pour estimer l’espérance de vie nos ancêtres est d’étudier les peuples et les tribus qui vivent toujours comme nos ancêtres, avec un mode de vie traditionnel très conservé.

Malgré l’impact de nos sociétés modernes sur l’ensemble de la planète, l’appauvrissement de la biodiversité et la raréfaction des ressources, il existe toujours des populations plus ou moins isolés de la planète qui vivent en complète autarcie, ou partiellement en contact avec nos sociétés modernes.

Ces tribus ont conservées une alimentation exempte d’agriculture quand d’autres l’ont partiellement intégrée, certaines ne bénéficient d’aucune médecine moderne alors que d’autres peuvent en jouir.

Deux chercheurs ont publié courant 2007 une étude unique qui compare la longévité de différentes tribus de chasseurs-cueilleurs.

Dans leur étude, les chercheurs ont établi 3 groupes :

1. Les vrais chasseurs-cueilleurs

Ils vivent de la chasse, de la pêche, et de la cueillette. Ils n’ont aucun contact significatif avec les cultures ou sociétés voisines.

Ils n’ont pas accès aux soins modernes, ne pratiquent pas d’agriculture et possèdent un mode de vie traditionnel bien conservé.

2. Les chasseurs-horticulteurs

Ces tribus vivent également de la pêche et de la chasse, mais ils pratiquent un peu d’agriculture.

Leur mode de vie est lui aussi traditionnel, sans aucun contact significatif avec d’autres cultures.

3. Les chasseurs-cueilleurs déculturés

Déculturés ? Les auteurs utilisent le terme « aculturated » dans l’étude pour définir les tribus qui vivent comme les vrais chasseurs-cueilleurs (alimentation et mode de vie) mais qui entretiennent des relations avec l’extérieur.

Par ailleurs, ces tribus ont un accès à la médecine moderne.

Taux de mortalité

Les résultats de l’étude montrent les taux de mortalité de 0 à 15 ans, de 15 à 45 ans et de 0 à 45 ans pour les 3 groupes.

Voici les résultats, par groupe et tranches d’âges :

Sans surprise, les vrais chasseurs-cueilleurs ont le taux de mortalité avant 15 ans le plus élevé.

43 % des enfants n’atteignent pas l’âge de 15 ans.

Les chasseurs-cueilleurs déculturés qui ont accès à aux soins modernes affichent, logiquement, la mortalité infantile la plus basse avec un score de 33 %.

A partir de 15 ans jusqu’à 45 ans, les chasseurs-cueilleurs déculturés ont un taux de mortalité de 33 %, le plus faible des 3 groupes, alors que les chasseurs-horticulteurs affichent le taux de mortalité le plus élevé, à 39 %.

Ce taux de mortalité est légèrement supérieur à celui des vrais chasseurs-cueilleurs qui est de 36 %.

Un résultat majeur émerge de ce tableau.

Les tribus qui vivent pratiquement à l’égal de nos ancêtres du paléolithique (du moins c’est bien eux qui s’en rapproche le plus) atteignent bien volontiers les 45 ans, pour 36 % d’entre eux.

Ce résultat confirme les hypothèses les plus optimistes, avec une cinquantaine d’années à vivre.

Mais si vous avez bien suivi, vous devriez vous demander :

Mais les 36 % restant de la tribu qui sont toujours en vie après 45 ans, combien de temps leur restent-ils à vivre ?

Et c’est la pépite de l’article.

L’espérance de vie à la naissance

Les auteurs de l’étude ont donc calculé les années qui restent à vivre pour les hommes et les femmes qui atteignent les 45 ans.

Il reste en moyenne 25 à vivre pour les chasseurs-cueilleurs déculturés, 20 ans pour les chasseurs-horticulteurs et 21 ans pour les vrais chasseurs-cueilleurs.

Autrement dit, les chasseurs-cueilleurs « moderne » qui s’approchent au plus près des conditions de vie et d’alimentation de nos ancêtres du paléolithique, et qui ne bénéficient d’aucune médecine moderne jouissent d’une espérance de vie d’environ 66 ans.

Pour votre information, nous avons atteint 66 ans d’espérance de vie à partir de 1994.

Les tribus de chasseurs-cueilleurs déculturés, qui je vous le rappelle avaient les mêmes conditions de vie que les vrais chasseurs-cueilleurs, mais avec la médecine moderne en plus, jouissent de près de 70 ans d’espérance de vie (soit 4 ans de plus).

Finalement, nous sommes loin, et même très loin, des 25 ou 35 ans d’espérance de vie estimée par la communauté scientifique pour nos ancêtres de la Préhistoire.

Et vous n’êtes pas sans savoir que cette étude a été publiée dans le journal Population and Development Review, qui fait partie des 10 meilleurs journaux internationaux dans le domaine de la sociobiologie.


P.S. 

Je vous encourage à fortement partager cet article pour couper court à cette vilaine idée reçue à propos des hommes du paléolithique. Même si les ossements retrouvés tendent à montrer une espérance de vie très faible, ils étaient en parfaite santé, et pouvaient (à priori) vivre bien au-delà.

P.P.S.

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Notes et références

Gurven, Michael & Kaplan, Hillard (2007). Longevity Among Hunter- Gatherers: A Cross-Cultural Examination. Population and Development Review. 33; 321-365.

44 Commentaires

  1. Didier Chapelot

    Le sujet est assez délicat car s’en tenir à l’espérance de vie pour critiquer ou vanter le régime paléo n’a pour ainsi dire que peu d’intérêt. En effet, la mortalité dans l’histoire de l’humanité qui plombait l’espérance de vie (qui est la durée de vie moyenne d’une population et pas la durée au terme de laquelle la moitié de la population est morte) était avant tout la mortalité néo-natale. C’est un facteur parasite quand on s’intéresse aux avantages du régime paléo comparé au régime actuel (disons néo). Qui plus est, pour la préhistoire, la mortalité qui obérait aussi l’espérance de vie, était liée à des événements (chute de pierre, accidents de chasse, maladies infectieuses qu’aucun régime alimentaire ne pourrait éviter) qui n’ont aussi rien à voir avec la question qui est : le régime paléo est-il le plus adapté à l’humain et celui qui peut le maintenir en bonne santé le plus longtemps. Donc finalement, à part faire des essais sur des cohortes de contemporain·e·s qui testeraient chacun des deux régimes une vie durant (tout au moins une bonne dizaine d’années pour avoir des résultats concluants) on ne saura jamais rien sur le bénéfice du régime paléo. Peut être toutefois, en regardant des marqueurs de santé que l’on sait pouvant être liés à l’alimentation et pouvant encore être observés sur des restes d’humains du paléo d’âge suffisamment avancé.

    1. Magda

      Didier, tu parles de la mortalité néo-nantale des hommes vivant en paléolithique, c’est ce que j’avais dit au début de la discussion.

      Quand aux marqueurs de santé des hommes paléolithiques que t’évoque, ces marqueurs ont été étudiés sur de nombreux restes dans le monde entier, par des chercheurs et les études scientifiques ont été publiées. Cela ne se discute pas.

      Enfin je me nourris de la façon paléo à 100% (avec juste 2-3 écarts par an) depuis 2001. Ca fait déjà au moins une personne qui a suffisamment de recul pour dire que OUI LE PALEO EST EXCELLENT POUR LA SANTE ;-)

      Je sais que le témoignage d’une seule personne ne serait jamais considéré comme significatif ; cependant :

      – je vais avoir 65 ans, je fais du sport, mes analyses biologiques sont celles d’une personne de 20-30 ans, pas de cholestérol, ma tension est à 12/7, je suis en forme.

      Ceci alors que je suis atteinte d’une maladie auto-immune, potentiellement mortelle, diagnostiquée en 2001.
      Cette maladie ne s’exprime pas. Au contraire, les marques biologiques de cette maladie ont diminué de 2/3 depuis que je suis le régime paléo. Je ne prends aucun traitement pour cette maladie.

  2. didier chapelot

    Désolé mais dès que je lis « ça ne se discute pas » j’arrête de lire. Rien de personnel, un principe professionnel.
    Cordialement

  3. marianne

    Vos disputes sur les statistiques me sont absconces , rébarbatives et donc ennuyeuses …
    Vous feriez bien de vous pencher , puisque cela vous passionne, sur les chiffres avancés par les laboratoires pharmaceutiques qui avancent des résultats épatants dans leurs essais d’ efficacité des médicaments qu’ ils veulent nous faire avaler:
    – ils mélangent allègrement valeurs relatives et valeurs absolues ! Bon courage !
    En ce qui concerne le sujet de l’ article , l’ espérance de vie des paléos, il est évident qu’ il mouraient plus d’ infections et d’ accidents , pas de leur régime alimentaire !
    Comment , s’ ils mouraient à 25 ou 35 ans, auraient-ils pu élever les enfants , leur apprendre les techniques de chasse, la différenciation des plantes toxiques ou comestible ? C’ est du simple bon sens !
    Alors que maintenant , nous mourrons à cause de notre alimentation moderne , obèses, diabétiques, coronariens, avec amputations, pontages etc …

  4. Magda

    En même temps, les femmes « portaient » à 13-14 ans, à 30 ans c’étaient déjà des grands parents…

    Même à Rome antique c’était comme cela, César lui-même était marié pour la 1ère fois à 12 ans avec Cinnilla de 7 ans…

    Ceci dit absolument d’accord avec toi, Marianne

  5. cédric bonhomme

    Ou est le tableau des populations modernes? On compare rien dans cette étude?

  6. Magda

    J’ai trouvé pas mal d’infos sur ces pages :

    http://www.hominides.com/html/references/paleopathologie-paleolithique-0434.php

    J’ai aussi trouvé des tableaux comparatifs dans le livre de Gilles Delluc sur la nutrition au paléolithique.

Les commentaires sont fermes.