Gourous Paléo: une bande d’idiots obèses mangeurs de viande (grasse)

viandes-gras-paleolithique-proteines-glucides

 « Le régime Paléo fait des ravages en France »

Imaginez une personne lambda qui regarde une émission de télévision, ou pire le journal télévisé, dans laquelle on parle de l’alimentation paléolithique. La description de ce régime sera bien entendue plus ou moins fausse, compte tenu le sérieux et l’habileté que l’on connait des journalistes.

Cette même personne ira peut-être faire une recherche sur Google pour vérifier ce qu’il a entendu (de négatif, on présume) et pourra taper par exemple :

« Le régime paléo est-il dangereux ? »

Malheureusement, avec une telle recherche, notre bonhomme avide d’informations de qualité trouvera un article étonnant au titre provocateur, comme je les aime.

« Pourquoi le régime Paléo est-il une idiotie ? » De Crudivégan, une blogueuse de la sphère crudivore. Loin de moi l’idée d’attaquer cette alimentation particulière, aux allures intéressantes dont il faudrait que je m’épanche d’un article, mais on va plutôt discuter des arguments de Crudivégan sur l’idiotie du régime paléo.

Les arguments de Crudivegan

Donc, Après lecture et relecture de l’article en question, j’ai bien envie de discuter autour de 5 arguments contre l’alimentation paléolithique. Je n’ai pas pris en compte les attaques de l’auteure contre les « promoteurs du régime Paléo » qui seraient tous « gros » (vidéos satiriques à l’appui) comparés à ceux des régimes végétariens et végétaliens, qui sont tous fins et sveltes.

On va tenter d’élever le niveau.

Voici les 5 arguments :

  1. L’Homme partage 99% de son patrimoine génétique avec celui des grands singes, or, ces grands singes sont frugivores (la conclusion étant que l’Homme doit être frugivore).
  2. L’Homme n’a mangé de la viande qu’avec la création des premiers outils
  3. Une alimentation riche en sucre est la meilleure pour le corps humain
  4. Une alimentation riche en matière grasse a été démontré scientifiquement comme dangereuse pour la santé
  5. Une alimentation riche en viande est responsable de nombreuses maladies et cancers

Des arguments discutables…

Dans l’ordre ou dans le désordre, essayons d’y voir plus clair !

1. L’étrange relation alimentaire Homme-Grands singes

Selon l’article, il est sous-entendu que du fait de notre proximité génétique avec les grands singes, nous devrions manger comme eux, c’est-à-dire un régime à base de végétaux et de fruits, sans viande ni poisson.

Malheureusement, cette infime différence génétique entraîne des différences physiologiques, comportementales et anatomiques majeures entre le genre humain et celui de nos cousins les singes.

Les singes, contrairement à nous, disposent d’un arsenal physiologique idéalement adapté à la consommation massive de feuilles et de fruits. Les intestins y sont bien développés afin de tirer toute l’énergie de la digestion de ses végétaux.

De notre côté, nous ne pouvons pas véritablement dire que nous sommes fait du même bois. L’Homme apparait plutôt disposé à manger de tout, principalement des végétaux sous forme de légumes, de racines, de tubercules, de légumineuses avec une part (à modérer) sous forme de protéines animales (telles que du poisson, de la viande rouge, noire, des fruits de mer, des œufs, des insectes, etc.)

Et cela contrairement aux arguments d’anatomie comparée pro-végé que le blog rejette en grande partie.

Argumenter en faveur d’un régime unique de fruits et de légumes uniquement sur la base d’une proximité génétique avec les grands singes est au mieux amusant, au pire une idiotie. Coïncidence ? Je ne pense pas.

2. Des outils indispensables pour chasser ?

Pour ce 2ème argument, les Hommes d’antan auraient seulement commencé à chasser avec l’apparition (ou plutôt la création) des premiers outils, comme des lances, des arcs, etc.

Cet argument est largement répandu dans la sphère végétarienne ou végétalienne afin de prouver le caractère tardif d’une consommation active (par la chasse) de viande par les Hommes préhistoriques.

Sauf qu’historiquement, l’invention des outils n’a pas été une condition sine qua none pour commencer activement à traquer le gibier.

Bien avant les premiers outils, les Hommes étaient capables de traquer des bêtes sauvages en tendant des pièges, et en abattant leur proie avec des jets de pierres et des pieux affûtés. Or ces outils de bois ou appartenant à l’environnement sans modifications particulières ne font pas partie des « outils » au sens strict du terme.

Depuis 2 à 4 millions d’années, l’Homme chassait donc des bêtes sauvages avec des « outils » rudimentaires.

Se nourrir de la chasse est une pratique historique très ancienne, qui selon moi, a toujours fait partie de notre Histoire (mais dépend bien évidemment du lieu de vie, des périodes et des pratiques culturelles, on est d’accord.)

3. Alimentation riche en sucre : La meilleure ?

L’alimentation crudivore, avec beaucoup de fruits et de légumes, implique l’absorption d’une quantité élevée en faveur des glucides, et en défaveur des protéines et des lipides. Parfois, de temps en temps ou régulièrement, ces alimentations impliquent également d’absorber des jus de fruits et de légumes, avec là aussi son lot de glucides à gogo.

Du coup, on comprend bien pourquoi un régime riche en sucre est défini comme étant le meilleur sur ce blog, car c’est bien cela que l’on retrouve en majorité. Pas de problème de cohérence. Et pourtant.

J’oppose à ce 3ème argument un premier constat physiologique qui démontre selon moi combien notre organisme est fait pour vivre dans un environnement plutôt pauvre en glucides.

Nous n’avons qu’une seule arme physiologique pour dégrader les glucides exogènes qui viennent de notre alimentation. Le pancréas est le seul organe en charge de cette tâche, avec les relargages permanent d’insuline et de glucagon pour équilibrer notre glycémie, au quotidien. La présence d’amylase dans la salive participe à cette dégradation métabolique.

En revanche, le corps humain possède 4 voies métaboliques différentes pour créer du sucre à partir d’autre chose que du sucre.

C’est sous le terme barbare de néoglucogenèse que nous devinons aisément que nous sommes plus ou moins faits pour gérer des situations où l’environnement est pauvre en glucides.

Justement, la base du raisonnement paléolithique est que ce mode d’alimentation serait le plus adapté à notre physiologie, à notre génétique, car nous l’avons suivi pendant des millions d’années.

Cependant, je ne me risquerais pas à qualifier comme dangereuse une alimentation riche en glucides qui proviennent principalement d’aliments frais et bons pour la santé, à savoir les fruits (et les légumes à moindre mesure).

Pour continuer cette discussion, je dirais que nos amis les Inuits vivent très bien, du moins ceux qui ont conservé un mode de vie traditionnel, avec des bilans lipidiques qui feraient rêver certains américains alors qu’ils n’ingèrent aucun fruit ni légume. D’autres, dans des plaines d’Afrique ou des montagnes Suisses, s’épanouissent pleinement avec une alimentation de type chasseur-cueilleur, riche en matières grasses, en végétaux à index glycémique bas et avec son lot de produits animaux.

Alors que dire ? Il est probable, et c’est une litote, qu’une alimentation riche en sucre ne soit pas excellente pour la santé, avec les produits raffinés mis à notre disposition aujourd’hui. Il est également plus que probable, une autre litote, qu’une alimentation paléolithique pauvre en sucre (low carb) et riche en gras (high fat) soit bonne pour la santé [1-6].

Quoi qu’il en soit, l’argumentaire utilisé dans l’article de Crudivégan, justifiant un régime riche en sucre sur la base que nous avons « [d]es milliards de cellules qui fonctionnent au glucose » n’est pas recevable. Car trop, c’est trop.

4. Alimentation riche en gras (et pauvre en sucre) : La pire ?

C’est là que je réalise que deux mondes à l’exact opposé s’affrontent. L’article stipule, sous une forme interrogative, qu’une alimentation riche en gras et pauvre en sucre aurait déjà démontré sa nuisance sur la santé humaine.

Alors d’une part, les preuves scientifiques démontrent tout à fait l’inverse, avec les moult bienfaits d’une alimentation paléo sur la santé (= high fat & low carb). Et d’autre part, les épidémies d’obésité, de diabète, de maladies cardiovasculaires, inflammatoires et compagnie se complaisent principalement sous une alimentation pauvre en graisse (bouh le gras, vive l’allégé !) et riche en sucre.

Mark Sisson s’épandait d’un article sur ce sujet il y a quelque temps, et nous apprenait que la source la plus riche en vitamine E était l’huile de palmier rouge ; le jaune d’œuf fait partie des meilleurs sources de choline, un micronutriment utilisé dans les fonctions hépatiques ; l’une des sources la plus riche en vitamine K2 est le beurre (de vache nourris à l’herbe) ; etc. ; etc.

Le célèbre blogueur paléo nous apprend également que deux méta-analyses publiées en 2010 et en 2011 innocentaient les graisses saturées dans le risque de maladie cardiovasculaire. La même étude que je citais dans mon article sur le beurre ghee d’ailleurs [7,8].

Je ne saurais citer cette méta-analyse de 2011 sur plus de 530.000 personnes qui a démontré le rôle très puissant et bénéfique d’un régime méditerranéen sur la santé. Certes cette alimentation n’est pas paléo, et autorise les produits laitiers et les céréales, mais fait la part belle aux végétaux, aux gras, aux produits animaux et aux oléagineux [9].

Pour conclure cette partie, on commence aujourd’hui à se rendre compte de la terrible erreur, du grossier procès qui a été fait aux matières grasses, simplement à cause de leur balance énergétique, 2 fois supérieure aux glucides et aux protéines. Aujourd’hui on paye le prix de cette fameuse « lipophobie ».

5. Alimentation riche en viandes = Cancers et maladies ?

Dernier point pour lequel j’ai un avis tranché, qui dépend de tellement de facteurs. Accuser la viande, d’une manière tranchée, sans prendre aucune précaution et sans tenir compte d’un maximum de biais… ce n’est pas très correct, on va dire.

Je suis d’accord sur le fait qu’une alimentation riche en produits carnées de mauvaises qualités (combinez l’élevage intensif, avec les antibiotiques, les pesticides et les viandes transformées) nuise à la santé humaine, par de multiples voies que je détaille régulièrement (ou là).

Ceci étant dit, le « paléovore » ultime recherche une viande de qualité. Une viande issue d’un élevage artisanal ou extensif, dans lequel la nourriture donnée sera principalement de l’herbe (et bio par-dessus tout). Ces viandes seront par conséquent riches en oméga-3, acides gras essentiel anti-inflammatoire, par exemple.

Ce même paléovore devrait également manger des abats, incroyablement riches en nutriments. Le foie de veau par exemple fera exploser vos apports en vitamine A, B2, B3, B5, B6, B12, en folate mais également en phosphore, en zinc ou en cuivre.

Les études citées plus haut sur le régime paléolithique prouvent quelque part qu’une alimentation carnée intelligente (high fat & low carb), avec des produits de qualité, et une part importante de végétaux à index glycémique bas (avec pleins d’autres trucs) permettent de maintenir un excellent état de santé.

Conclusion = Attention aux raccourcis…

Pour conclure parce qu’il faut conclure, attaquer le régime paléolithique avec si peu d’argumentaires solides n’apparaît pas très sérieux. Je ne suis pas un défenseur invétéré de l’alimentation paléolithique, qui participe d’une certaine manière au maintien d’élevages atroces pour des millions d’animaux, même si je pense et j’espère que la plupart des « paléovores » choisissent avec attention leur produit.

Mais je défends tout de même ce régime sur la base des preuves scientifiques actuelles.

Bien que le corps ait besoin de glucides pour survivre, et notamment notre gros cerveau gourmand, nous sommes capables de synthétiser jusqu’à 150 g de glucides par jour sans apport de glucides, tout en sachant que des apports moyens compris entre 100 et 150 g par jour sont corrects. On a vite fait le compte.

Il est indéniable que les fruits et les légumes doivent être présents, et en grande quantité, dans une alimentation saine. Ai-je besoin de le rappeler ? Ouais. Et qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, j’ai fait une « juice party » il y a peu pour la première fois, et je dois dire que ça déchire pas mal. Alors pourquoi pas. Des articles suivront.


Notes et références

  1. Frassetto, L. A., M. Schloetter, M. Mietus-Synder, R. C. Morris, Jr., and A. Sebastian. 2009. Metabolic and physiologic improvements from consuming a paleolithic, hunter-gatherer type diet. Eur J Clin Nutr 63:947-955.
  2. Jönsson, T., B. Ahrén, G. Pacini, F. Sundler, N. Wierup, S. Steen, T. Sjöberg, M. Ugander, J. Frostegård, L. Göransson, and S. Lindeberg. 2006. A Paleolithic diet confers higher insulin sensitivity, lower C-reactive protein and lower blood pressure than a cereal-based diet in domestic pigs. Nutrition & Metabolism 3:39.
  3. Jönsson, T., Y. Granfeldt, B. Ahrén, U.-C. Branell, G. Pålsson, A. Hansson, M. Söderström, and S. Lindeberg. 2009. Beneficial effects of a Paleolithic diet on cardiovascular risk factors in type 2 diabetes: a randomized cross-over pilot study. Cardiovascular Diabetology 8:35.
  4. Jönsson, T., Y. Granfeldt, C. Erlanson-Albertsson, B. Ahrén, and S. Lindeberg. 2010. A paleolithic diet is more satiating per calorie than a mediterranean-like diet in individuals with ischemic heart disease. Nutrition & Metabolism 7:85.
  5. Kuipers, R. S., M. F. Luxwolda, D. A. Janneke Dijck-Brouwer, S. B. Eaton, M. A. Crawford, L. Cordain, and F. A. J. Muskiet. 2010. Estimated macronutrient and fatty acid intakes from an East African Paleolithic diet. British Journal of Nutrition 104:1666-1687.
  6. Lindeberg, S., T. Jönsson, Y. Granfeldt, E. Borgstrand, J. Soffman, K. Sjöström, and B. Ahrén. 2007. A Palaeolithic diet improves glucose tolerance more than a Mediterranean-like diet in individuals with ischaemic heart disease. Diabetologia 50:1795-1807.
  7. Siri-Tarino, P. W., Sun, Q., Hu, F. B., & Krauss, R. M. (2010). Meta-analysis of prospective cohort studies evaluating the association of saturated fat with cardiovascular disease. The American journal of clinical nutrition, 91(3), 535-546.
  8. Kuipers, R. S., de Graaf, D. J., Luxwolda, M. F., Muskiet, M. H., Dijck-Brouwer, D. A., & Muskiet, F. A. (2011). Saturated fat, carbohydrates and cardiovascular disease. The Netherlands journal of medicine, 69(9), 372-378.
  9. Kastorini, C. M., Milionis, H. J., Esposito, K., Giugliano, D., Goudevenos, J. A., & Panagiotakos, D. B. (2011). The effect of mediterranean diet on metabolic syndrome and its componentsa meta-analysis of 50 studies and 534,906 individuals. Journal of the American College of Cardiology, 57(11), 1299-1313.

83 Commentaires

  1. Pingback: Agriculture Grasse

  2. Pingback: Régime Paleo – linterstice

  3. Pingback: Jeu Gestion Ferme Grasse | Ferme Simulator

  4. Pingback: Ferme Simulator Grasse | Ferme Gratuite

  5. Pingback: Jeu De Gestion De Ferme Grasse

Les commentaires sont fermes.