Innover n’est plus une priorité pour les laboratoires pharmaceutiques

Les laboratoires pharmaceutiques n’investissent plus dans l’innovation. Pour être encore plus rentables, ils investissent dans le marketing et la vente de médicaments déjà mis sur le marché.

L’innovation, c’est un enjeu de santé publique !

Vous le savez, ce sont les laboratoires pharmaceutiques qui développent de nouvelles molécules, qui investissent pour tester des médicaments, faire des essais cliniques et mettre un nouveau traitement sur le marché.

Un traitement qui pourrait sauver des vies. Un traitement qui pourrait être plus efficace et moins dangereux qu’un autre. Mais un traitement qui pourrait rapporter moins d’argent. Autrement dit, le secteur dit de « Recherche et Développement » (R&D) coûte de l’argent et n’est pas forcément le plus rentable pour les labos.

En réalité, d’après les révélations d’un groupe de recherche indépendant, les laboratoires préfèrent mettre le paquet dans la section « Marketing & Vente » (M&V), qui rapporte plus d’argent et permet de reverser de larges dividendes aux actionnaires.

L’innovation sur le banc de touche !

J’innove, tu innoves, il innove, nous innovons, vous innovez, ils n’innovent plus !

Ce rapport nous éclaire tristement sur les stratégies de développement choisies par les plus grands laboratoires pharmaceutiques de la planète. Et malheureusement, ces laboratoires préfèrent se concentrer sur les stratégies de vente et de marketing (M&V) que sur la recherche et le développement (R&D) !

Sur les 100 plus importants labos, 89 dépensent plus en M&V qu’en R&D ! Si certaines sociétés dépensent 2 fois plus en M&V (64%), d’autres dépensent 3 fois plus (58% !), et encore d’autres 5 fois plus (43%) et même jusqu’à 10 fois plus pour 27% des sociétés !

En moyenne, les 100 plus grands laboratoires pharmaceutiques dépensent 8,3 de leurs revenus en R&D, et 23.7% en M&V, soit 3 fois plus !

Sans surprise, on retrouve de grands noms dans le top 10 des labos qui investissent le plus en M&V ! Novartis, Pfizer (qui vend notamment des statines !), GSK, Merck, Sanofi ou encore Lilly.

Cibler les patients et les médecins

En fait, les labos se sont rapidement rendu compte qu’ils se faisaient plus d’argent en faisant du marketing agressif auprès des patients et des professionnels de santé, qui prescriront leur produit et pas celui du concurrent.

D’après ce document exceptionnel publié en 2016, les marchés financiers auraient récompensé les laboratoires qui assèchent les financements en R&D. Incroyable. Certains analystes et consultants pour des laboratoires pharmaceutiques conseillent même de racheter d’autres sociétés plutôt que de faire de l’innovation !

Ces fusions ou ces rachats de sociétés entraînent des coupes budgétaires dramatiques pour le secteur de Recherche & Développement, de l’ordre de 20% selon les analyses de groupe de recherche. Du coup, le vice des laboratoires atteint son paroxysme quand ces derniers demandent de plus en plus de fond de la part des gouvernements pour faire de la recherche, et ainsi combler les coupes budgétaires.

Influencer un médecin pour seulement 20$ ?

Ce groupe de recherche indépendant met en avant la rentabilité pour les labos pharmaceutiques de se concentrer sur les professionnels de santé, pour que ces derniers prescrivent les produits qu’ils fabriquent.

Une étude publiée en 2016 dans le JAMA nous indiquait que les professionnels de santé qui ont reçu gratuitement un repas de la part d’une compagnie (pour moins de 20$) auraient plus de chance de prescrire le médicament de cette compagnie 1.

Si les auteurs de cette étude précisent bien qu’ils ne prouvent pas une relation de cause à effet, entre le sandwich et la prescription, ils démontrent une association entre la fréquence des repas offerts, aussi ridicules soient-ils, et le comportement de prescription des médecins.

Ils ont étudié quatre médicaments différents (la rosuvastatine, le nebivolol qui est un bêtabloquant, le olmesartan qui est un inhibiteur de l’angiotensine et la desvenlafaxine qui est un antidépresseur), et accrochez-vous bien, les résultats sont impressionnants.

Avec un seul repas offert, un médecin augmente de 18% sa prescription de rosuvastatine, de 70% celle de nebivolol, de 52% celle d’olmesartan et de 118% de desvenlafaxine !

Ces chercheurs américains montrent que plus les repas offerts sont fréquents, plus le prescripteur aura tendance à vendre le médicament du généreux laboratoire. Ainsi, avec une fréquence de trois sandwichs offerts pendant trois jours, un médecin augmente sa prescription de 221% de desvenlafaxine, l’antidépresseur de Pfizer.

Avec au moins 4 repas offerts pendant 4 jours, un médecin aura tendance à prescrire plus de rosuvastatine (34%), plus de nebivolol (142%) et d’olmesartan (126%).

On se rend compte qu’il ne faut pas forcément dépenser beaucoup pour augmenter la prescription d’un médicament, d’où l’intérêt de la méthode pour les laboratoires et peut-être la garde des praticiens qui baissent face à des sommes aussi ridicules.

Rénover l’innovation ?

Avec les règles du jeu actuelles, le durcissement de la régulation des médicaments, les génériques qui inondent le marché et des stratégies financières agressives, les laboratoires pharmaceutiques s’engouffrent dans le développement du marketing et des ventes.

Un secteur qui permet de recycler ou d’épuiser un médicament vedette avant qu’il ne soit générique. Un secteur qui permet de générer des revenus importants sans forcément investir énormément. On parle de publicité, de relation avec des professionnels de santé, de participation à des congrès, etc.

Malheureusement, avec le spectre dramatique de la résistance aux antibiotiques qui ne cessent de gagner du terrain, l’innovation va devenir (ou l’est déjà !) un enjeu de santé publique. Un enjeu de santé publique qui pour le moment n’est pas vraiment ressenti par les laboratoires.

Mais jusqu’à quand ?


Référence

1. DeJong, C., Aguilar, T., Tseng, C. W., Lin, G. A., Boscardin, W. J., & Dudley, R. A. (2016). Pharmaceutical industry–sponsored meals and physician prescribing patterns for Medicare beneficiaries. JAMA internal medicine, 176(8), 1114-1122. ISO 690

1 Commentaire

  1. corinne

    Bonjour
    Ce sont vraiment des idiots crétins ces labos ! il y a un domaine où ils pourraient faire un effort, c’est l’ARTHROSE.

    On va sur la Lune, on va sur Mars bientôt, on met des milliards pour la recherche pour ces 2 trucs, et depuis des siècles, les vieux (et moins vieux) souffrent d’arthrose, se lamentent, se pourrissent la vie, ne peuvent plus marcher, et RIEN N’EST FAIT pour nous. RIEN de rien. C’est honteux de voir ça.

    Ça fait plus de 20 ans que je souffre, j’avais moins de 40 ans et les médecins sont totalement incompétents en la matière. A part les infiltrations qui rajoutent de la douleur à la douleur et qui ne servent à RIEN qu’à nous faire souffrir, il n’y a aucun suivi, aucune solution.

    Le laboratoire qui trouvera le remède miracle, il sera riche à milliards tellement il y a de malades d’arthrose sur Terre. Alors on nous dit que c’est l’usure, que c’est la vieillesse, mais le soulagement vous en faites quoi ? même la douleur est là 24 heures sur 24.

    Quand en plus de l’arthrose, il y a l’ostéoporose qui induit plein de douleurs aussi, il y a de quoi se suicider parfois, je vous assure.

    MERCI de m’avoir lue.

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