Jus, boissons, laits végétaux ou animaux : ils sont TOUS dangereux pour la santé des bébés

Résumé de l’article : À la suite de la mort d’un nourrisson qui aurait été nourri uniquement avec des jus végétaux, la presse se déchaîne pour dénoncer le danger de ces boissons. Sauf qu’elle oublie de préciser que TOUTES les boissons, animales ou végétales, qui ne sont pas infantilisées sont INADAPTÉES pour les nourrissons. Un point confirmé par l’Agence sanitaire française.

Un couple jugé pour la mort d’un nourrisson nourri aux boissons végétales

L’histoire est dramatique. D’après le journal 20 Minutes, un couple de parents belge serait actuellement jugé pour la mort de leur nourrisson, à cause de « malnutrition après avoir été nourri au lait végétal. » Ce n’est malheureusement pas la première fois que le décès d’un nourrisson ou son admission aux urgences est directement mis en cause par l’alimentation non adaptée des parents.

Les articles pleuvent donc sur la toile pour mettre en garde les parents qui seraient tentés d’utiliser des boissons végétales pour des raisons personnelles (végétalisme notamment) ou médicales (intolérance du petit au lait de vache, etc.) Ces nombreux avertissements sont complétés par les avis officiels des autorités de santé et de professionnels de santé (diététicien ou praticiens hospitaliers) pour attester de la dangerosité des boissons végétales pour le bon développement des nourrissons.

Si les professionnels de santé et les autorités sanitaires ont tout à fait raison de rappeler qu’il est stupide et dangereux d’utiliser des boissons ou des laits non infantilisés pour son nourrisson, ils oublient bien souvent de rappeler que les risques sont les mêmes avec du lait de vache ou de chèvre standard, n’hésitant par à colporter des idées reçues dérangeantes pour des professionnels de santé.

Quand on est animé de bonnes intentions, mais qu’on désinforme

L’article du journal 20 Minutes s’appuie sur l’expertise de Florence Foucaut, diététicienne nutritionniste à Paris, et du Professeur Patrick Tounian, qui met bien évidemment en garde contre les boissons végétales (et fort heureusement) données exclusivement chez les nourrissons entre 0 et 3 ans.

Malheureusement, les propos de la diététicienne et du journal 20 Minutes sont parfois très approximatifs ou bien étonnants. Des approximations qui sèment un doute que j’estime dérangeant pour les nombreux parents ou futurs parents qui liront cette brève.

Ainsi, les journalistes de 20 Minutes nous préviennent que les « laits végétaux ne remplissent pas le même rôle que le lait de vache« , s’appuyant sur une bien mauvaise interprétation des avertissements de l’Agence nationale de sécurité alimentaire (ANSES).

Cette phrase est incroyablement maladroite. Tout d’abord, elle laisse penser que le lait de vache remplirait un « rôle » différent pour la nutrition d’un nourrisson, laissant croire que ce dernier pourrait être adapté pour son développement, avec la bénédiction de l’ANSES.

Cette phrase douteuse, qui manque à la fois de clarté et de précision, ne reflète absolument pas la position de l’Agence dans ses recommandations. Cette dernière nous précise très clairement que les « boissons courantes qu’elles soient d’origine végétale ou animale ne conviennent pas aux nourrissons âgés de moins d’un an : elles ne peuvent se substituer au lait maternel et/ou aux laits infantiles 1er et 2ème âge, cette pratique pouvant être à l’origine d’accidents graves.« 

Impossible d’être plus clair. Les boissons végétales ou animales non infantilisées, donc le fameux « lait de vache » cité par le journal 20 Minutes, ne devraient pas être données aux nourrissons de moins d’un an. Mais alors pourquoi semer un doute en réalisant une comparaison boisson végétale/ lait de vache qui n’a pas lieu d’être ?

Ce genre de phrase laisse dangereusement sous-entendre que le lait de vache standard serait adapté à l’alimentation des tout petits, or, rien n’est plus faux. Selon l’ANSES, le lait de vache non infantilisé peut être proposé à l’enfant uniquement à partir de l’âge de 3 ans.

Pour conclure cette partie : oui aux avertissements sourcés et mesurés sur les dangers des boissons végétales non infantilisés. Non à la stigmatisation des boissons végétales, et aux imprécisions discutables sur le lait de vache, tout aussi dangereux pour la santé du nourrisson.

Le lait animal serait indispensable jusqu’à 18 ans

Selon la diététicienne nutritionniste, les nourrissons, les enfants et les adolescents (jusqu’à 18 ans) ne pourraient « pas vraiment » se passer de lait animal à cause des besoins conseillés en calcium.

Voici les propos complets de la professionnelle:

« L’apport en calcium conseillé jusqu’à 18 ans, c’est quatre produits laitiers par jour, rappelle François Foucaut. Parce que l’objectif, c’est de constituer le capital osseux. Il faut savoir qu’à partir de 18 ans, on perd des os. Plus les réserves sont importantes, moins la perte sera importante. »

Des propos complétés par la rédaction:

« Et donc moins il y a de risques de fractures… »

Au-delà du fait que nous apprenons avec surprise que l’on perd des os passé 18 ans, la diététicienne fait le fameux syllogisme propre à l’industrie laitière ou les experts payés par elle qui prétend que :

1) le calcium est indispensable pour éviter les fractures;

2) les apports en calcium ne sont atteints que grâce aux laits animaux; et

3) les laits animaux permettent de limiter le risque de fractures.

La professionnelle de santé aurait pourtant dû s’en tenir aux dernières recommandations et analyses de sa plus haute autorité, l’ANSES. L’Agence nous précise dans ses dernières analyses que plusieurs études récentes ne permettent plus d’être complètement sûrs du rôle protecteur des produits laitiers dans la gestion du risque de fracture. Une position pourtant connue depuis fin 2016.

Malheureusement, toute une série d’articles scientifiques publiée en 2015, 2016 et 2017 viennent mettre du plomb dans l’aile dans le sacro-saint mythe d’une consommation de produits laitiers qui protège des fractures. Un mythe d’ailleurs abondamment défendu par le professeur Patrick Tounian dans des articles scientifiques et de la presse. Un professeur longuement cité par le journal 20 Minutes, n’hésitant pas à inclure un document directement émis par le CERIN, un organe de vulgarisation scientifique créée par l’industrie laitière.

Finalement, si je n’ai moi-même rien à redire dans la consommation raisonnée et raisonnable de lait de vache, on s’étonne de la position de la professionnelle de santé qui est en contradiction avec la position de l’école de santé publique de Harvard.

Sans vouloir utiliser cette école comme un argument d’autorité inébranlable, les chercheurs de l’école de santé publique de Harvard réalisent, quand même, des études scientifiques de très haut vol, et font état d’une bonne analyse des évidences scientifiques, avec un recul intéressant. Et justement, ces derniers nous précisent bien que les laits animaux n’ont rien d’indispensable dans l’alimentation humaine et détaillent que :

« les humains n’ont aucun besoin nutritionnel pour les laits animaux, un supplément évolutionnaire récent dans notre alimentation. […] l’Homme moderne a obtenu tous ces besoins nutritionnels durant des millénaires avant la domestication des produits laitiers animaux ».

Et rajoutant que « de nombreuses populations à travers la planète ne consomment pas ou très peu de laitages pour diverses raisons ».

Un point qui m’oblige d’avertir les végétaliens du risque de carence plus élevé que les omnivores en calcium, peu importe la source de ce dernier, et en les invitant à bien se renseigner pour combler tous leurs besoins.

Les points à retenir

En partant d’une nouvelle dramatique pour les familles concernées, la presse arrive malheureusement a cumuler des erreurs ou des approximations qui pourraient induire dangereusement en erreur de nombreux parents. Voici les points importants à retenir de toute cette histoire.

  1. Les boissons végétales (soja, riz, amande, etc.) et les laits animaux (vache, brebis, etc.) ne sont pas adaptés pour les nourrissons de moins de 3 ans.
  2. Les dernières actualisations des repères nutritionnels de l’ANSES précise que le rôle protecteur des produits laitiers dans le risque des fractures n’est plus scientifiquement établi (les apports ont d’ailleurs été revus à deux produits laitiers par jour pour la population générale, au lieu de 3)
  3. les articles grand public de la presse peuvent faire preuve d’approximation dérangeante, et parfois dangereuse, qui laissent ici croire que le lait de vache non infantilisé serait adapté au nourrisson
  4. L’école de santé publique de Harvard nous rappelle que l’espèce humaine a vécu durant des milliers d’années sans laits animaux domestiquée, un supplément nutritionnel non indispensable.
  5. Il apparaît plutôt hasardeux de citer le Professeur Tounian sur ce sujet puisqu’il réalise des lectures très orientées de la littérature scientifique, et qu’il atteste de très nombreux liens d’intérêts avec l’industrie laitière.

2 Comments

  1. patou55

    bonjour, j’ai plusieurs petits-enfants qui ne supportaient pas les laits maternisés, ni le simple lait de vache. Les boissons au soja, amande ou autres ont été bénéfiques pour eux. Comment peut-on juger des parents pour la mort de leur enfant sous prétexte que la nourriture n’était pas adaptée et à côté de cela les parents qui laissent leur enfant se noyer dans une piscine ou une baignoire ne sont même pas inquiétés ? Quand on parle avec les parents on se rend compte que de plus en plus d’enfants sont intolérants au lait de vache, au laits maternisés qu’on paye si cher. On peut quand même se poser beaucoup de questions. Et puis Jérémy,vous n’expliquez pas pourquoi les boissons végétales ne conviennent pas aux nourrissons et seraient même dangereuses ? Autrefois les mamans allaitaient leurs nouveaux nés puis l’allaitement a été dénigré par les médecins ou le personnel médical. En 1978 j’en ai fait les frais, jeune maman il a fallu que j’affronte la colère d’une infirmière en service pédiatrique mais j’ai tenu bon. Aujourd’hui l’allaitement n’est toujours pas au goût du jour et c’est vraiment triste. C’est une expérience fabuleuse, éprouvante certes mais unique. Merci pour vos articles.

  2. LETIKDABOR

    Rien ne vaut le lait maternel le plus raisonnablement longtemps possible mais ….. que faites- vous alors de l’inégalable épanouissement de la femme comme salariée …. pour financer le crédit de la maison, plus les nécessaires vacances aux sports d’hiver, plus l’indispensable dépaysement loin de la France des vacances d’été ?

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