La promesse d’éviter une ablation du sein n’est pas tenue par le dépistage

Selon une étude française, le dépistage organisé du cancer du sein n’a pas permis de réduire les ablations mutilantes du sein, comme l’affirment pourtant ses défenseurs.

La promesse de réduire les ablations du sein

C’était l’une des promesses les plus importantes du dépistage organisé. C’était l’une des promesses systématiquement mises en avant par les défenseurs de cette pratique.

Récemment, une gynécologue-oncologue prenait la parole à la télévision pour défendre l’intérêt du dépistage organisé chez les femmes de plus de 50 ans.

« On enlève de moins en moins les seins, notamment grâce au dépistage précoce. Plus la maladie est dépistée tôt, moins les traitements sont agressifs. »

Une promesse pour toutes les femmes qui ne souhaitent pas qu’on touche à leur féminité. Un geste très dur pour sa propre image, qui entraîne de lourdes opérations, à la fois médicales et reconstructrices.

Moins de mastectomie ? Une promesse non tenue

Mais la réalité est bien différente. Je m’étonnais régulièrement, avec d’autres spécialistes et notamment le collectif Cancer-Rose, que ces affirmations ne soient pas appuyées par des données vérifiées.

Autrement dit, on dit que les ablations totales sont moins fréquentes, sans même prendre la peine de le vérifier. C’est juste une hypothèse. Une hypothèse reprise en boucle par de nombreux spécialistes et médias, qui sert à justifier le bombardement médiatique de cette campagne de dépistage.

Pourtant, une étude française publiée il y a quelques jours par des médecins et des chercheurs du collectif Cancer-Rose vient pulvériser cette hypothèse 1.

Non, le dépistage n’a pas permis en France de réduire les mutilations du sein. Mais pire, les ablations totales ont en réalité augmenté.

Des résultats comparables avec ce qu’il se passe aux États-Unis 2 et au Royaume-Uni 3. Des résultats comparables avec l’une des plus sérieuses méta-analyses réalisées par la collaboration Cochrane sur ce sujet 4.

Selon les travaux de ces chercheurs, basés sur le programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) qui recense toutes les interventions chirurgicales, nous avions en 2000 et en 2012 toujours 40 mastectomies totales pour 100 cancers du sein diagnostiqués.

De moins en moins de bénéfices ?

Cette étude démontre que les mastectomies totales et partielles n’ont cessé d’augmenter depuis la mise en place du dépistage organisé. Un fait continuellement réfuté par les autorités sanitaires et certains professionnels de santé.

Malheureusement, selon plusieurs études internationales sur ce sujet, le dépistage organisé pourrait également être à l’origine de :

  • 30 à 52 % de surdiagnostic, pouvant entraîner un surtraitement pour une maladie asymptomatique qui n’aurait pas dégradé la qualité de vie de la patiente;
  • de 78% et 27% de risques relatifs en plus de développer un cancer des poumons ou une maladie cardiaque, respectivement.
  • de 1 à 20 cancers radio-induit par la mammographie pour 100 000 femmes dépistées.

Concernant la mortalité, les études les plus robustes ne démontrent malheureusement pas de bénéfice du dépistage organisé.

Cette étude vient ternir une nouvelle fois l’image positive de ce dépistage, très culpabilisant pour les femmes.

Mais cette étude vient surtout affaiblir cette fameuse balance bénéfice/risque, que nos autorités de santé jugent favorable, malgré l’avis contraire de la concertation citoyenne et scientifique sur ce sujet.

Au mauvais endroit, au mauvais moment

En Nouvelle-Calédonie, un territoire français où je réside, le mois d’octobre est également synonyme d’une intense campagne de sensibilisation des femmes pour se faire dépister.

Les autorités de santé et les institutions s’impliquent énormément dans cette campagne, notamment par le biais de la Province Sud, de la Mission à la Condition Féminine (MCF) et de l’Agence Sanitaire et Sociale (ASS), qui dispense une information très incomplète et imparfaite sur les avantages et les risques du dépistage.

Du coup, cette étude française tombe mal, très mal même, pour les cadres de santé en Nouvelle-Calédonie. La Province Sud, la MCF et l’ASS ont récemment vanté les avantages du dépistage, et notamment la fameuse promesse de traitements moins lourds.

Ainsi, dans une interview accordée au quotidien local, Les Nouvelles Calédonienne, le chef de projet du dépistage organisé Loïc Broquart précisait que « les progrès techniques nous permettent de diagnostiquer des cancers à un stade moins avancé qu’il y a 10 ans, ce qui permet de mieux les soigner et d’avoir des traitements moins lourds ».

Même refrain pour le Dr Derouineau qui intervient dans le cadre des missions de sensibilisations des femmes de la MCF et de la Province Sud :

« Le dépistage du cancer du sein est très important, parce que grâce à la mammographie on peut repérer la maladie à un stade précoce. Plus on la détecte tôt, plus les traitements jusqu’à la guérison sont légers […]. »

Malheureusement, ces affirmations n’étaient prouvées par aucune étude sérieuse. Aujourd’hui, les travaux réalisés en France sur cette question augmentent raisonnablement le doute qu’une situation similaire existe en Nouvelle-Calédonie.

Malheureusement, aucune donnée n’est disponible pour quantifier le nombre de mastectomies totales par rapport au nombre de cancers du sein diagnostiqués.

Malheureusement, nos cadres de santé ont l’air de défendre une vision très linéaire et obsolète de l’évolution du cancer du sein. Une évolution en réalité plutôt alternative qui n’est ni linéaire, ni régulière, ni systématique.

Autrement dit, un cancer peut régresser, ou au contraire évoluer très rapidement, ou encore stagner pendant des années. La taille de la lésion est un bien mauvais indicateur du pronostic, selon les études internationales.

Une nécessaire évaluation du dispositif

C’était la conclusion de la concertation citoyenne et scientifique de 2016 sur ce sujet. Le dispositif de dépistage systématique devait impérativement être réévalué.

Mais peut-être plus important, cette concertation a mis en avant le manque flagrant d’information complète et objective sur les bénéfices et les risques du dépistage. Des constats malheureusement non pris en compte par le directeur de l’Institut National du Cancer et la ministre de la Santé.

En Nouvelle-Calédonie, je ne peux que m’étonner de constater que l’ASS ne souhaite pas réaliser une mise à jour de ses savoirs académiques et s’adapter aux publications scientifiques internationales sur ce sujet. Je m’étonne encore plus de trouver sur le site de l’ASS un cahier des charges pour évaluer le programme de santé « Mange mieux, bouge plus ».

À quand une évaluation du programme de dépistage ? À quand une information complète et loyale ?

En tout cas, mesdames, vous savez qu’aujourd’hui, vous avez autant de risque de subir une ablation totale du sein avec ou sans le dépistage organisé. Vous voilà prévenues.

PS: Ai-je besoin de rappeler que l’objectif de mes articles sur ce sujet est d’apporter l’information la plus complète et scientifique aux femmes. L’objectif n’est pas vous détourner des mammographies, mais bien de vous faire comprendre tous les enjeux pour prendre une décision éclairée.


Références

1. Vincent Robert, Jean Doubovetzky, Annette Lexa, Philippe Nicot, Cécile Bour. Le dépistage organisé permet-il réellement d’alléger le traitement chirurgical des cancers du sein ?. Médecine. [Epub ahead of print]. doi:10.1684/med.2017.233

2. Harding C, Pompei F, Burmistrov D, Welch HG, Abebe R, Wilson R. Breast Cancer
Screening, Incidence, and Mortality Across US Counties. JAMA Intern Med. 2015 Sep ;
175 (9) : 1483-9

3. Baum M. Harms from breast cancer screening outweigh benefits if death caused by
treatment is included. BMJ 2013 ; 346 : f385. doi : https ://doi.org/10.1136/bmj.f385

4. Gøtzsche PC, Jørgensen KJ. Screening for breast cancer with mammography.
Cochrane Database of Systematic Reviews 2013 ; 4 (6) : CD001877. doi: https ://doi.org/
10.1002/14651858.CD001877.pub5

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