La Science au service de l’Industrie pour vous tromper.

  • le fameux « scientifiquement prouvé » ne prouve rien !
  • Il faut toujours regarder qui paie qui, pour dénicher les conflits d’intérêts
  • Les instances dirigeantes peuvent utiliser des études de mauvaises qualités…
  • … Et bien souvent biaisées (plus d’une fois sur trois !) par les sponsors

Mise au point

L’article d’aujourd’hui est un « article-clé » du Blog. Vous avez remarqué que j’utilise de nombreux ouvrages scientifiques pour appuyer mes propos. C’est la moindre des choses que de prouver des allégations de santé par des recherches sérieuses. Sauf que ces recherches peuvent présenter des problèmes, des lacunes, ou même des conflits ! Cet article a pour but de dire: Attention ! Tout n’est pas bon à entendre et à prendre. Bonne lecture.

La science est partout

Elle met son nez dans tous les domaines et sert de référence pour tous les organismes décisionnels (le gouvernement, l’ANSES, l’AFSSA ou AFSSAPS, etc.)

Les travaux, études, recherches ou articles sont publiés dans des journaux qui sont plus ou moins rigoureux et influents dans le monde de la Science (tout le monde connait le fameux « Nature » ou encore « Science » prononcé à l’anglaise). Dans la grande majorité des cas, les chercheurs travaillent sur des thématiques « barbares » complètement inconnues du grand public. Ces chercheurs ne touchent jamais d’argent pour leurs travaux, c’est même le contraire, ils doivent payer pour être publiés !

Par contre, certaines recherches moins « fondamentales » traitent des sujets plus sensibles; notamment les études sur la nutrition, sur la toxicité d’un produit de consommation quotidienne,  ou sur les dangers des téléphones portables, etc.

Les résultats de telles études peuvent avoir des répercussions… désastreuses ou prolifiques sur la vente d’un produit, sur la santé publique et surtout sur le porte-monnaie des grands groupes industriels.

Des études pour qui ? pour quoi ?

Les industriels les utilisent pour faire valoir les bénéfices ou l’innocuité d’un produit mis sur le marché. Ils peuvent également créer des brevets à partir de ces études. Les résultats des études sont allègrement utilisés par les décideurs, le corps médical ou des comités d’experts pour justifier, par exemple, des recommandations nutritionnelles. Nous les connaissons tous et j’en énumère quelques unes dans cet article.

Malheureusement, toutes les études ne se valent pas. Même si elles sont publiées, donc approuvées par un comité, elles peuvent proposer des conclusions erronées. Des conclusions qui seront réutilisées par les industriels, les décideurs & co !

Un petit coup de pouce !

Les études scientifiques sont du pain béni pour les industriels. Elles permettent de mettre un nouveau produit sur le marché, d’y accoler un bénéfice pour la santé avec la mention « scientifiquement prouvé », ou encore de tordre le cou aux produits des concurrents. Alors pourquoi ne pas donner un petit coup de pouce aux chercheurs ? Pour s’acheter du nouveau matériel, payer les frais de missions (parfois astronomiques), ou un discours en public afin de vanter les mérites d’un produit. Les industriels le savent bien, le nerf de la guerre (ici en Science), c’est l’argent (encore et toujours).

Donc, le moyen le plus simple de se fier ou non aux résultats d’une étude est de regarder qui paie. Il faut regarder les financements de l’étude. Pourquoi ?

Je me répète mais un groupe de chercheurs des Etats-Unis a prouvé que lorsque le sponsor finance l’étude de son produit, cette même étude aura alors 8 fois plus de chances d’arborer une conclusion favorable (1).

Un résultat frappant : les études financées par les industriels qui commercialisent les produits testés ne tirent aucune conclusion défavorable pour la santé. Si bien que, des études réalisées sur ces mêmes produits avec des financeurs indépendants émettent plus d’une fois sur trois des conclusions défavorables pour les produits incriminés.

Il faut donc impérativement chercher, enquêter, fouiner et trouver les études scientifiques pour savoir qui PAIE. Voici des cas pratiques…

Les produits laitiers

Trois études portant sur les produits laitiers ont prouvé que les enfants qui ne consomment pas de lait de vache augmentent leurs risques de fractures (2). Et que la consommation de lait de vache à l’adolescence augmente la masse osseuse (3) ainsi que la croissance des os d’1.2 % (4). Mais nous savons que tout cela n’est pas vrai

Il vous suffit de lire les textes en rouge qui indiquent les sponsors ou les financeurs de l’étude (Dairy = produits laitiers, Grant = subvention).

Pour résumer, nous retrouvons comme financeurs:

Australian Dairy Research and Development Corporation.

Australian Dairy Corporation

New Zealand Milk

The Nestlé Foundation

Pas moins de 4 sources de financements provenant de l’industrie laitière pour ces 3 études, toutes favorables à la promotion des produits laitiers. Si vous retrouvez ces études pour vanter les mérites des produits laitiers vous savez quoi en penser dorénavant.

Les céréales au petit déjeuner

Là. On rentre dans un autre monde. Celui des céréales, du pain et des brioches ! J’ai choisi 3 études aux conclusions et aux financements… litigieux. Ces études démontrent que prendre un petit déjeuner avec des céréales est associé à un indice de masse corporelle (IMC) plus faible et un meilleur « style de vie » (selon les auteurs) que ceux qui ne déjeunent pas (5, 6, 7).

J’admets ne pas avoir encore parlé de l’impact des céréales et du petit déjeuner sur la santé (ceci dit, un article arrive très prochainement sur le sujet)

Quoi qu’il en soit, je ne vous demande pas de me croire sur parole. Regardez, comme dans le paragraphe précédent, les phrases en rouge ou les sponsors.

On retrouve:

General Mill, Inc. (Mill = Céréale)

The Kellogg’s Corporate Citizen Fund (que je ne présente pas…)

Ces études, financées par des grands groupes céréaliers, veulent prouver que le petit déjeuner est important et qu’il est associé avec un « meilleur style de vie ». C’est-à-dire que les personnes qui prennent un petit déjeuner ont les habitudes alimentaires les plus saines, un indice de masse corporelle plus bas, fument moins, grignotent moins, etc.

Ces études ne démontrent aucune relation de CAUSE à EFFET mais seulement des associations entre la prise ou non d’un petit déjeuner et 15 variables annexes (citées plus haut). Un exemple concret, les personnes qui évitent le petit déjeuner sont associées avec une charge pondérale plus forte que les personnes qui prennent un petit déjeuner. La conclusion des auteurs ? Prendre un petit déjeuner évite de prendre du poids, il aide à maintenir un IMC normal. Ma conclusion ? Les personnes qui ont un IMC trop élevée ne prennent pas de petit déjeuner… pour perdre du poids ! Attention aux associations possibles.

Ce que vous devez savoir: dans la très grande majorité des cas, ces industriels font la promotion de céréales avec un Index Glycémique (IG) élevé. C’est-à-dire que ces aliments feront très rapidement grimper le taux de glucose sanguin et la sécrétion d’insuline. Si vous mangez trop d’aliments à l’IG élevé vous risquez de faire des stéatoses hépatiques, des cirrhoses ou bien des hépatites (8). Ces aliments sont également des bombes pour les diabétiques.

On remarque donc encore une fois l’influence significative des subventions dans les conclusions des études. Ces mêmes études qui sont utilisées par nos « experts » et nous invitent à consommer –presque- sans modération des produits laitiers ou céréaliers.

* les numéros des images correspondent aux références.

 Avez-vous déjà consommé un produit sous gage d’une « preuve scientifique » ?


Notes et références

  1. Lesser, L. I., Ebbeling, C. B., Goozner, M., Wypij, D. & Ludwig, D. S. 2007. Relationship between Funding Source and Conclusion among Nutrition-Related Scientific Articles. PLoS Med, 4, e5.
  2. Goulding, A., Rockell, J. E. P., Black, R. E., Grant, A. M., Jones, I. E. & Williams, S. M. 2004. Children who avoid drinking cow’s milk are at increased risk for prepubertal bone fractures. Journal of the American Dietetic Association, 104, 250-253.
  3. Du, X. Q., Greenfield, H., Fraser, D. R., Ge, K. Y., Liu, Z. H. & He, W. 2002. Milk consumption and bone mineral content in Chinese adolescent girls. Bone, 30, 521-528.
  4. Du, X., Zhu, K., Trube, A., Zhang, Q., Ma, G., Hu, X., Fraser, D. R. & Greenfield, H. 2004. School-milk intervention trial enhances growth and bone mineral accretion in Chinese girls aged 10–12 years in Beijing. British Journal of Nutrition, 92, 159-168.
  5. Albertson, A. M., Thompson, D., Franko, D. L., Kleinman, R. E., Barton, B. A. & Crockett, S. J. 2008. Consumption of breakfast cereal is associated with positive health outcomes: evidence from the National Heart, Lung, and Blood Institute Growth and Health Study. Nutrition Research, 28, 744-752.
  6. Barton, B. A., Eldridge, A. L., Thompson, D., Affenito, S. G., Striegel-Moore, R. H., Franko, D. L., Albertson, A. M. & Crockett, S. J. 2005. The Relationship of Breakfast and Cereal Consumption to Nutrient Intake and Body Mass Index: The National Heart, Lung, and Blood Institute Growth and Health Study. Journal of the American Dietetic Association, 105, 1383-1389.
  7. Deshmukh-Taskar, P. R., Nicklas, T. A., O’neil, C. E., Keast, D. R., Radcliffe, J. D. & Cho, S. 2010. The Relationship of Breakfast Skipping and Type of Breakfast Consumption with Nutrient Intake and Weight Status in Children and Adolescents: The National Health and Nutrition Examination Survey 1999-2006. Journal of the American Dietetic Association, 110, 869-878.
  8. Scribner, K. B., Pawlak, D. B. & Ludwig, D. S. 2007. Hepatic Steatosis and Increased Adiposity in Mice Consuming Rapidly vs. Slowly Absorbed Carbohydrate[ast]. Obesity, 15, 2190-2199.

5 Comments

  1. Selva

    On voit clairement que ces études sur les céréales ont marqué une génération. Combien de fois mes parents et mes profs (qui avaient la trentaine environ) m’ont répété que de ne pas prendre de petit déjeuner c’était mal, que ça faisait grossir, qu’on risquait de tomber de fatigue avant l’heure du déjeuner, qu’on était pas en forme… bref que c’était pas bon pour la santé.

    J’ai eu la surprise dernièrement de voir mes grands parents me dire exactement la même chose et que c’est grâce à leur petit déjeuner (qu’ils n’ont jamais sauté) qu’ils sont en forme; en réalité ils mangent rarement le soir.
    J’en ai conclu qu’ils pratiquaient une forme de jeune intermittent, comme à l’époque, où généralement le dernier repas de la journée était le gros sandwich au beurre en rentrant de l’école, et que le repas du soir était composé de soupe voir même inexistant.

    Pour en revenir à la question de l’article, on remarque que la plupart des alicaments (un article là dessus?) sont vendus grâce à la phrase magique prononcée face caméra « ça marche et en plus c’est prouvé scientifiquement que blablabla ». Les yaourts, les produits bio (un article aussi?), les céréales qui font maigrir à l’approche de l’été (ouais ouais quand tu le mets au soleil, ton bol de céréales spécial K active son pouvoir magique pour te donner un cul de rêve). Mais ils se gardent bien de préciser qui a réalisé ces études…

    De toute façon aujourd’hui on nous vend des étiquettes plus que des produits: fabriqué en france, issu de l’agriculture bio, sans conservateurs, sans sucre ajouté, testé cliniquement, efficacité prouvé, 90% de femmes convaincues… Le tout avec des millier d’étoiles qui renvoient à la condition de l’affirmation, que les gens ne prennent plus la peine de lire.

    1. Jérémy Anso

      Selva, tu as parfaitement raison et tu as très bien compris le problème d’aujourd’hui.
      Je ne saurais faire une meilleure synthèse: « on nous vend des étiquettes plus que des produits… » C’est exactement ça.
      Les industriels ont bien compris qu’il était facile de nous faire avaler n’importe quoi, alors ils en profitent.

      Merci d’être passée, je note avec attention tes idées pour des articles (qui sont trèèèès intéressantes!) prochains.
      Et je suis complètement d’accord avec toi, le petit déjeuner pain, beurre, confiture est probablement le pire des repas qui existe ! Des articles dessus sont nécessaires de toute urgence !

      A bientôt, bonne continuation ; )

  2. Cécile

    Très bon article, merci !
    J’aime bien le ton des articles et le ton des commentaires. Je suis d’accord, on nous vend des étiquettes, et on nous vend un style de vie qui nous ruine et n’est pas bon pour nous en plus (dîner dehors, avoir deux voitures par foyer, acheter tout un tas de trucs à crédit etc…).

    Tiens encore une idée d’article que j’aimerais bien voir abordé : l’acné. Le nombre de produits sur le marché qui ne servent à rien mais coûtent bien cher. Alors que l’acné est un peu relié à l’alimentation, non ?

    1. Jérémy Anso

      Salut Cécile !

      Merci de ton intervention !
      Il est vrai que l’acné est également un sujet que j’aimerais traiter. Je dois pousser plus en avant mes recherches, mais en théorie, l’acné est bien une maladie de « civilisation » créee par notre alimentation (dans presque 100% des cas). Mais encore une fois, il y a tout un commerce de cosmétique et de pharmaceutique qui tient les rennes de ce problème.
      J’espère en faire un article très prochainement. Cependant, l’application des recommandations alimentaires pour éviter l’acné est dispensées auprès des jeunes, ceux-là même qui seront les moins aptes à changer de régime !

      La question est délicate !
      Merci d’être passée et à bientôt ; ) !

  3. Cris Mou

    Vous avez parfaitement raison et encore plus raison de le dénoncer.
    Mais pourquoi ne rien faire pour mettre à bas… notre empoisonnement ?

    Ah ! peut-être y avez-vous pensé sans trouver de solution ?

    Pourtant elle existe la solution. Elle est politique, si mais sans parti !

    Elle s’appelle la « Démocratie » et elle est vivement critiqué par nos oligarques de politicards qui tiennent les rennes du pouvoir au travers de gouvernants (soit disant) représentatifs par des élections aristocratiques.
    Visitez le site http://www.le-message.org et vous saurez et comprendrez mon message, car moi aussi, je ne souhaite pas, je veux vivre et manger sainement !

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