Le lait de vache est absolument nécessaire pour les nourrissons ? Pourquoi AlloDocteurs a tout faux.

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C’est un post du célèbre groupe Facebook « Vive la B12 », visant à informer correctement les adeptes des régimes alternatifs (végétariens et végétaliens), qui a attiré mon attention. Sur la page dédiée, les membres manifestent leur mécontentement par rapport à un article d’information publié par la célèbre émission « AlloDocteurs » sur France 5, animé par Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse.

Cet article au titre interrogatif, « Le régime vegan est-il dangereux pour les enfants ? », déchaîne les passions depuis sa publication, et on comprend bien pourquoi.

De nombreux points sont abordés dans l’article, mais surtout les risques de carences, de malnutrition et parfois même de mort des enfants nourris avec une diète végétalienne.

Le billet tire son origine d’un projet de loi italien visant à interdire cette alimentation chez les nourrissons.

Mais nous, sur le blog, on ne se laisse pas si facilement impressionné par les articles grand public qui peuvent, parfois ou plutôt très souvent, raconter des conneries. Pour être clair.

Alors on va revenir sur la pire d’entre elle, celles qui ferait bondir votre grand-mère de 99 ans, celle qui ferait se retourner Hippocrate dans sa tombe, celle qui m’oblige à tacler AlloDocteurs, sans la moindre pitié.

Nourrissons : les jus végétaux à proscrire, le lait de vache indispensable

Voici le passage clé de l’article, le plus surprenant pour un lecteur lamda, le plus agréable pour un lobbyiste du lait et le plus choquant pour un citoyen un minimum informé :

« Soja, amandes, noisettes… Les jus végétaux, appelés à tort « lait », sont très prisés par le vegans. Or, ils sont totalement à proscrire avant 6 mois chez le nourrisson, qui doit absolument boire du lait maternel ou de vache. »

Avant 6 mois, le lait de vache serait absolument nécessaire (ainsi que le lait maternel, mais ça, tout le monde est d’accord).

Mais alors pourquoi cette phrase est d’une part totalement fausse et d’autre part fortement dangereuse pour tous les nourrissons ?

Le lait de vache (de brebis, d’âne, de ce que vous voulez) n’a rien d’indispensable

Depuis des milliers d’années, l’Homme avec un grand H, se reproduit, survit, grandit, se déplace, court, saute, nage, danse sans le moindre produit laitier, sans la moindre goutte de lait animal.

Je le répète sans la moindre goutte de lait de vache.

Nul besoin de me croire sur parole, il suffit de lire avec intérêt les conclusions de la plus sérieuse école de nutrition et de santé publique au monde, l’école de santé publique de Harvard, qui nous indique que les « humains n’ont aucun besoin nutritionnel pour les laits animaux, un supplément évolutionnaire récent dans notre alimentation ».

Au risque de me répéter inlassablement, les chercheurs de Harvard, qui publient régulièrement des travaux de référence et pionniers dans ce domaine, précise que « l’Homme moderne a obtenu tous ces besoins nutritionnels durant des millénaires avant la domestication des produits laitiers animaux », rajoutant que « de nombreuses populations à travers la planète ne consomme pas ou très peu de laitages pour diverses raisons ». [1]

Aujourd’hui, défendre une telle position dans un article grand public démontre assez clairement une méconnaissance profonde de faits scientifiques clairs et démontrés.

Pour rappel, le lait maternel est bien entendu l’aliment le plus conseillé dans les premières années de vie, bien qu’il ne soit pas « indispensable » pour la survie, la croissance et le développement des nouveau-nés.

Mais le pire dans cet article est la notion de lait de vache, non maternisé, indispensable aux nourrissons

L’idéal lait de vache ?

Voici le point véritablement dangereux de l’article, que je mettrais sans doute sur le coup de la précipitation ou de l’étourderie tellement l’information est mauvaise.

Le lait de vache classique, à destination des adultes ou des adolescents, comme il est vraisemblablement désigné par l’auteur de l’article (sinon, celle-ci aurait dû parler de lait de vache maternisé bien entendu), n’est ABSOLUMENT PAS recommandé pour les nourrissons.

L’utilisation de lait de vache non adapté avant 1 an, qu’il soit écrémé, demi-écrémé ou entier, expose les nourrissons à des risques pour leur santé, des retards de croissance, et des carences bien sûr, étant donné la différence de composition avec les formules infantiles [2].

Lanutrition.fr énonce avec justesse, et bon sens, l’ensemble des risques liés à l’ingestion de lait de vache classique pour la santé des nourrissons mais également des formules infantiles.

Pour conclure et pour résumer

Un article pour deux malheureuses phrases ? He oui, un article ô combien nécessaire pour rétablir des faits mais surtout informer correctement les omnivores, les végétariens ou même certains végétaliens qui pourraient ignorer ces informations.

Voilà les points clés à retenir de ce billet et les enseignements à tirer :

  1. Le lait de vache classique, tout comme les « jus » végétaux bien sûr, ne sont pas adaptés aux nourrissons ;
  2. Les formules infantiles à base de jus végétaux sont adaptées pour la croissance et le développement des nourrissons, avec des preuves sérieuses de leur innocuité [3] [4] [5] [6] ;
  3. Le lait, et plus généralement les produits laitiers, n’est pas indispensable pour la croissance et le développement des nouveaux nés ;
  4. L’abus de conneries, en revanche, est dangereux pour la santé (ouais, y’a des études…) ;
  5. Selon toute vraisemblance, entre 61 et 83% des femmes enceintes ne souffrent d’aucune carence en B12, idem pour 67 à 100% des enfants et des adolescents, idem pour 55% des nourrissons [7] contrairement aux chiffres annoncés par l’équipe d’AlloDocteurs ;
  6. Pour en savoir plus, l’équipe d’AlloDocteurs cite une étude publiée en 2009 [8], une étude manifestement ignorée par l’équipe puisqu’elle indique que « les diètes végétariennes et végétaliennes bien menées sont appropriées pour tous les stades de la vie, comprenant la grossesse, l’allaitement, l’enfance, l’adolescence et pour les athlètes ».

Enfin bref, on ne va pas refaire le monde, mais voici ICI la page de contact du site AlloDocteurs, alors n’hésitez pas à manifester pacifiquement votre mécontentement.


Références

[1] Ludwig, D. S., & Willett, W. C. (2013). Three daily servings of reduced-fat milk: an evidence-based recommendation?. JAMA pediatrics, 167(9), 788-789.
[2] Hopkins D, Steer CD, Northstone K, Emmett PM. Effects on childhood body habitus of feeding large volumes of cow or formula milk compared with breastfeeding in the latter part of infancy. Am J Clin Nutr. 2015 Sep 9. pii:ajcn100529.
[3] Mendez, M. A., Anthony, M. S., & Arab, L. (2002). Soy-based formulae and infant growth and development: a review. The Journal of nutrition, 132(8), 2127-2130.
[4] Merritt, R. J., & Jenks, B. H. (2004). Safety of soy-based infant formulas containing isoflavones: the clinical evidence. The Journal of Nutrition, 134(5), 1220S-1224S.
[5] Vandenplas, Y., Castrellon, P. G., Rivas, R., Gutiérrez, C. J., Garcia, L. D., Jimenez, J. E., … & Alarcon, P. (2014). Safety of soya-based infant formulas in children. British Journal of Nutrition, 111(08), 1340-1360.
[6] Andres, A., Moore, M. B., Linam, L. E., Casey, P. H., Cleves, M. A., & Badger, T. M. (2015). Compared with feeding infants breast milk or cow-milk formula, soy formula feeding does not affect subsequent reproductive organ size at 5 years of age. The Journal of nutrition, 145(5), 871-875
[7] Pawlak, R., Lester, S. E., & Babatunde, T. (2014). The prevalence of cobalamin deficiency among vegetarians assessed by serum vitamin B12: a review of literature. European journal of clinical nutrition, 68(5).
[8] Craig, W. J., & Mangels, A. R. (2009). Position of the American Dietetic Association: vegetarian diets. Journal of the American Dietetic Association, 109(7), 1266-1282.

7 Commentaires

  1. Dlb

    Mais quelle mauvaise foi! Vous ne savez pas lire? On vous dit avant 6 mois lait maternel OU lait de vache. Personne n’a dit que le lait de vache était indispensable mais il est ce qui a de meilleur en apports en dehors du lait maternel donc si on ne donne PAS de lait maternel.
    EFFECTIVEMENT ON EN A PAS BESOIN, on avait compris, MAIS QUE SI ON DONNE DU LAIT MATERNEL! Vous avez du mal quand même…

  2. math78

    @Jérémy : Un petite coquille dans le texte :

    « Avant 6 ans, le lait de vache serait absolument nécessaire (ainsi que le lait maternel, mais ça, tout le monde est d’accord). »

    à remplacer par

    « Avant 6 mois, … »

    ;-)

  3. math78

    Quand vous critiquez, faites attention à votre lecture, car sinon il y a franchement un danger de l’arroseur arrosé…

    Il y a en effet une erreur dans le texte de Jérémy « Avant 6 ans, le lait de vache serait absolument nécessaire (ainsi que le lait maternel, mais ça, tout le monde est d’accord). »
    => d’une part c’est 6 mois, et d’autre part il fait un raccourci en effet. Il aurait été plus judicieux de dire « Avant 6 mois, et à défaut de lait maternel, le lait de vache serait absolument nécessaire »
    Soit…

    Par contre pour le reste c’est vous qui avez du mal.
    La dénonciation principale de Jérémy (et vous faites la même erreur dans votre commentaire) est que les auteurs parlent de lait de vache et pas de lait de vache maternisé. Sur un site aussi généraliste, la confusion peut avoir de conséquences importantes.

    Pour le reste, même si on est bien d’accord que le sujet est un vaste débat, vous affirmez que « EFFECTIVEMENT ON EN A PAS BESOIN, on avait compris, MAIS QUE SI ON DONNE DU LAIT MATERNEL! ». C’est bien maigre face à :
    « Les formules infantiles à base de jus végétaux sont adaptées pour la croissance et le développement des nourrissons, avec des preuves sérieuses de leur innocuité [3] [4] [5] [6] ; » avec 3,4,5 et 6 donnant des liens de publications sur le sujet.

    Bref, sur base d’une phrase mal formulée(?) vous balancez tout le reste de l’article et prêtez des affirmations qui par la suite sont démenties dans l’article de Jérémy…

  4. Jérémy Anso (Auteur de l'article)

    @Dlb:

    Que ce soit 6 mois ou 6 ans peu importe, votre commentaire frôle vide sidéral mais on va le garder pour l’exemple. Ceci dit, la coquille est corrigée.

    @Math78:

    Merci pour les commentaires :) Toutefois, je ne suis pas d’accord avec la proposition de reformulation de l’article:

    « Avant 6 mois, et à défaut de lait maternel, le lait de vache serait absolument nécessaire »

    Ce n’est pas ce qui est écrit. Si on se fie précisément au texte, nous avons bien un « OU » placé entre le lait maternel et le lait de vache, c’est donc soit l’un soit l’autre, sans notion de priorité entre les deux. Toujours si l’on se fie au texte. Je ne pense pas que ce soit ma phrase qui soit un raccourci, car on peut retirer le lait maternel de la phrase vu comment elle est construite. Je pense plutôt que c’est la phrase de l’article qui très mal construite, omettant de préciser « maternisé » et de préciser une priorité entre les formules infantiles et le lait maternel. C’est mon avis ceci dit^^

    1. math78

      De rien.
      Par contre sur la phrase en question je reste en désaccord (même si c’est vrai que cela a finalement peu d’importance et que c’est leur article qui est mal torché…). Il y a en effet une double absence dangereuse de leur part en oubliant le lait maternisé et l’absence de priorité, mais il n’empêche qu’ils ne disent pas texto que le lait de vache est absolument nécessaire. L’emploi du ou justement spécifie que le lait de vache n’est pas absolument nécessaire en cas de lait maternel (mais bien dans tous les autres cas).

      Sur ce, bonne continuation, c’est toujours un plaisir de lire vos articles :-)

  5. Simon Johan

    Il y’ a aussi un phénomène de psychopathologie mal connue appellé angiome rubis. C’est un point rouge ou rosé et plus rarement violet. Ne soyez pas inquiet c’est un grain de beauté bien vivant mais surtout c’est un obus de lactose proteiné qui s’est encré profondément en vous faisant apparemment un clash entre le fonctionnement limbique et et sanguin. A vous les studios sérieux en recherche hormonal…

  6. Helene

    De Gaulle l’avait bien dit: ‘les francais sont des veaux’.
    Serieusement, ma tante m’avait raconte qu’autrefois (avant l’apparition des laits maternises), quand un nourrisson etait allergique au lait de vache et qu’il n’y avait personne de disponible pour l’allaiter, on lui donnait des biberons de jus de carottes, tout en essayant de le sevrer avec des purees etc. Sinon il y l’entraide: les femmes qui ont beaucoup de lait peuvent allaiter le marmot de la voisine, tant qu’il est du meme age que le leur.

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