Les céréales, glucides et fromages sont essentiels et épanouissants pour les chiens, selon les grandes marques

Ce billet est le résultat d’une enquête de l’argumentaire des marques Hill’s et Royal Canin à la suite de la diffusion d’un reportage de France 5. Découvrez ici le sommaire de cette enquête et les sujets à venir.

Quand Hill’s réécrit l’histoire des chiens

Sans surprise, dans sa plaquette destinée à rassurer les propriétaires d’animaux domestiques (et peut-être certains vétérinaires), la société Hill’s se livre à des interprétations farfelues et des affirmations dignes d’un roman de science-fiction.

Pourtant, pour faire plus sérieux, la plaquette d’information écrite par Hill’s s’appuie sur des références scientifiques. Un gage de sérieux ? Sûrement pas, c’est malheureusement l’inverse quand on découvre l’interprétation qui est faite de ces données scientifiques.

Par exemple, en citant des travaux très intéressants sur la sélection génomique chez le chien durant sa domestication 1, Hill’s nous montre son incapacité d’être objectif quand on parle de l’alimentation du chien. Ces travaux indiquent que les loups et les premiers chiens (d’origine probablement chinoise) auraient divergé il y a 32.000 ans, avec une sélection positive d’un gène impliqué dans la digestion de l’amidon. Rien de plus. Rien n’indique que cette sélection est adaptée aux croquettes d’aujourd’hui. Rien n’indique que le chien serait donc fait pour manger des croquettes.

Pourtant, Hill’s n’hésite pas pour conclure que « les chiens vivent, travaillent, évoluent et mangent au côté des hommes, depuis plus de 32 000 ans », et de rajouter que « depuis des milliers de générations, les chiens […] ont évolué pour manger ce que nous mangeons : une riche sélection de ce que la nature fait de mieux. »

Ces travaux indiquent que lors de la domestication, l’alimentation originelle du chien a été modifiée, avec probablement une augmentation des apports en amidons, et entraînant ainsi une sélection des gènes dédiés à cette fonction.

Cette argumentation qui mélange fiction et preuve scientifique sert un objectif assumé par Hill’s : défendre la présence très importante d’amidon, donc de glucides, dont les céréales sont les principaux pourvoyeurs.

Mais ces résultats scientifiques n’ont rien de surprenant. Au moins deux autres travaux rentrent plus en profondeur dans la description de cette modification génomique, en faveur d’une sélection de trois gènes impliqués dans la digestion de l’amidon 2 3. Ils nous montrent bien, et personne ne pourrait le nier, que les chiens possèdent plus ou moins de copies du gène AMY2B selon les races, un indicateur d’une activité enzymatique plus forte dans la digestion de l’amidon.

Qui dit activité enzymatique plus forte, dit moins de risque d’être touché par des maladies métaboliques liées aux glucides, comme le diabète. C’est vraiment grossièrement l’idée. Mais est-ce bien vrai pour nos amis les chiens ?

Malheureusement pour les fabricants de croquettes, une dernière étude a justement voulu savoir si cette évolution qui favorise la digestion de l’amidon protège bien les chiens du risque de diabète 4. Question essentielle me direz-vous. Mais la réponse est non. Non, les auteurs ne trouvent aucune corrélation entre le nombre de copies du fameux gène AMY2B et le risque de diabète. Autrement dit, les races de chien qui possèdent le plus de copies, et donc avec l’activité enzymatique normalement la plus élevée, ne sont pas moins touchées par le diabète que les autres.

Ces travaux viennent tordre le cou au mythe selon lequel cette évolution génomique serait aujourd’hui le signe que nos chiens sont parfaitement adaptés aux glucides, peu importe les quantités.

Mais la suite n’a vraiment plus rien à voir avec de la science, on bascule dans les abus de langage et l’interprétation bien personnelle.

Des glucides « équilibrés » ?

Dans l’argumentaire, Hill’s a sciemment inséré le terme « équilibré » pour parler des glucides dont les chiens auraient besoin. Selon Hill’s, il y aurait donc des glucides « équilibrés » et « déséquilibrés » ? Compare-t-il les glucides complexes avec les simples ? Le sucre de l’amidon ?

Impossible de savoir, mais le terme vient ici tenter de renforcer inconsciemment que les glucides sont bons pour la santé, puisqu’ils sont équilibrés. Et l’équilibre, vous savez qu’il en faut !

Pourtant, tout comme je l’ai écrit dans un précédent billet, les chiens n’ont pas de besoin en glucides connu pour survivre. Un point soutenu par le National Research Council 5, et de nombreuses marques de croquettes également.

Le chien est un « omnivore opportuniste »

C’est le cheval de bataille des grandes marques, et notamment Hill’s. Le chien n’est pas un carnivore, c’est en réalité un « omnivore opportuniste ». Selon Hill’s, le fait que les chiens puissent apprécier et manger des légumes et du fromage, cela fait de ces derniers des omnivores opportunistes.

Dans cette plaquette et une note écrite à la suite du reportage de France 5, Hill’s semble justifier que le chien est aujourd’hui un omnivore opportuniste puisqu’il peut manger « un bout de fromage » ou des « légumes ».

Ainsi, on apprend dans cette note que si les chiens appartiennent bien « à l’ordre des carnivores », selon la classification des animaux et admis par Hill’s, « leur anatomie, leur comportement et leurs préférences alimentaires montrent leur capacité à manger et rester en parfaite santé et s’épanouir s’ils consomment une alimentation à partir d’ingrédients animaux et végétaux, ce qui, d’un point de vue alimentaire, les classes dans la catégorie des omnivores ».

Extrait de la note publiée par Hill’s à la suite du reportage de France 5.

Hill’s fait ici une interprétation bien personnelle, fausse, et terriblement farfelue quand il parle d’épanouissement chez le chien, alors que l’anatomie et les préférences alimentaires du chien plaident fortement pour définir les chiens comme des carnivores.

La morphologie et l’anatomie des chiens sont aujourd’hui bien connues, et ne laissent planer aucun doute sur la profonde nature carnassière des chiens, taillés pour se nourrir de proie animale, même si aujourd’hui ce phénomène se limite quasi exclusivement aux chiens sauvages (comme les dingos).

La comparaison avec nous, les hommes, pourrait nous éclairer. Aujourd’hui, nos connaissances en nutrition sont telles qu’une partie de la population survit et s’épanouit avec une diète strictement végétale. Ces végétaliens rejettent les produits animaux, mais cela en fait-il des herbivores ou des frugivores à tendance omnivores ? J’arrête ici la comparaison, mais on se rend bien compte ici que la société Hill’s, comme bien d’autres, tente de justifier la présence très importante de produits végétaux en modifiant la nature profonde des chiens.

Pourtant, une marque concurrente nommée Virbac vient de changer son fusil d’épaule. Contrairement à Hill’s, la marque Virbac affirme aujourd’hui que le chien est un carnivore et qu’il se « nourrit majoritairement de viande ». Virbac joue aujourd’hui la transparence en précisant de leur propre initiative la quantité de glucides dans les croquettes.

Est-ce un aveu ou bien une adaptation marketing à la nouvelle demande des propriétaires d’animaux ? On ne sait pas, mais la logique et la prudence voudraient que l’on qualifie le chien de carnivore non strict, ou bien de carnivores opportunistes, peut-être.

Les céréales, une formidable source d’énergie ?

Le mot est enfin lâché. Les céréales. Si le terme a été minutieusement omis de la plaquette pour chat, celle destinée aux chiens ne s’en cache pas. Toutefois, le raisonnement est le même. Les céréales seraient une formidable source d’énergie, notamment grâce aux glucides, ce qui est techniquement vrai, mais également de minéraux, de vitamines, de fibres, d’acides gras et d’acide aminé essentiels.

Même refrain et même réponse de ma part : il n’y a aucun nutriment présent dans les céréales que l’on ne retrouve pas ailleurs, dans d’autres groupes d’aliments pouvant être donnés au chien. Et les apports en acides gras, acides aminés, vitamines et minéraux ne constituent pas l’intérêt principal des céréales, composés essentiellement d’amidons.

Glucides, diabète et obésité : pas un mot

Contrairement à la plaquette pour chats, celle destinée au chien ne contient pas de point spécifique ni de publications scientifiques sur le risque d’obésité ou de diabète en lien avec l’alimentation. Pourquoi ? Est-ce que les croquettes pourraient être un facteur de risque dans le développement d’un diabète ou de l’obésité ? Ce sera le sujet du quatrième et dernier volet de cette enquête, dédié à l’analyse du contre-argumentaire de la société Hill’s.

> Les précédentes enquêtes se trouvent ici.


Références

1. Wang, G. D., Zhai, W., Yang, H. C., Fan, R. X., Cao, X., Zhong, L., … & Poyarkov, A. D. (2013). The genomics of selection in dogs and the parallel evolution between dogs and humans. Nature communications, 4, 1860.

2. Reiter, T., Jagoda, E., & Capellini, T. D. (2016). Dietary variation and evolution of gene copy number among dog breeds. PloS one, 11(2), e0148899

3. Axelsson, E., Ratnakumar, A., Arendt, M. L., Maqbool, K., Webster, M. T., Perloski, M., … & Lindblad-Toh, K. (2013). The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet. Nature, 495(7441), 360-364

4. Arendt, M., Fall, T., Lindblad‐Toh, K., & Axelsson, E. (2014). Amylase activity is associated with AMY2B copy numbers in dog: implications for dog domestication, diet and diabetes. Animal genetics, 45(5), 716-722

5. National Research Council of the National Academy of Sciences, “Nutrient Requirements of Dogs and Cats”, 2006 Edition, National Academies Press, Washington, DC

1 Commentaire

  1. lolita

    bonjour
    jai perdu mon golden retriver de 15 ans en juin de veillesse et il a etait nourrit toute sa vie aux croquettes, il a eu pas mal de marque parfois je regrette un peu de pas avoir fait attention au début c’est a l’age de 10 ans que jai commencé a regarder l’alimentation du sans céréales et je pense que je l’ai prolongé car il aurai recu des croquettes de supermarché je pense qu’il aurait pas vécu trop longtemps apres tout depend du chien car il a quand même bien vécu, 15 ans c’est déjà beau, donc au jour d’aujourdhui beaucoup plus exigente avec ma chienne et mon chat je surveille bien leurs état de santé avec les croquettes sans cerales qui sont dans votre ouvrage et d’ailleur je suis satisfaite pour l’instant donc pourquoi changé après je pense beaucoup de questions concernant les glucides qui sont a 32 pour cent je me dit sur le long terme a voir pas la suite qui a changé d’alimentation je changerai pour du barf et pas pour une autre marque de croquettes bonne soirée

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