OGM: Monsanto fait retirer l’étude française qui accable son Maïs transgénique.

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Monsanto tire et gagne !

Il y a quelques jours j’apprenais avec stupéfaction que l’éditeur d’un journal scientifique, M. Wallace Hayes, demandait à M. Séralini, l’auteur de l’étude polémique sur le maïs transgénique de Monsanto (NK603) et son herbicide, de retirer ladite étude publiée 1 an plus tôt.

Je me suis dit que l’étude du scientifique français faisait tellement de polémique et de tort à Monsanto (la société qui commercialise les OGM étudiés) que l’éditeur du journal Food and chemical toxicology (FCT) était obligé de demander le retrait de l’étude. Jamais je n’aurais imaginé que le retrait de l’étude pouvait être possible…

Oui, c’est bien de cela qu’il est question. C’est au cours de l’anniversaire d’un ami que celui-ci m’apprend le retrait officiel de l’étude du chercheur français ! Fini les cancers avec le maïs OGM et le Round-up ! Je n’y croyais pas, mais c’est l’article du Monde qui nous confirme cette étrange nouvelle.

Dans cet article nous apprenons que l’éditeur du journal de toxicologie retire l’article à cause de limitations dans le protocole, notamment dans le choix de la race des rats (des sprague dawley) qui déclenche spontanément plus de tumeurs que les autres espèces et à cause du nombre de rats testé dans chaque expérience qui serait trop faible.

Quoi qu’il en soit, le Monde nous rappelle que l’article scientifique du professeur Séralini aurait été retiré au mépris des règles du journal en vigueur. En effet, les accusations –qui touchent le protocole de l’étude – ne sont pas des causes officielles et légales pour retirer une publication scientifique.

  • Le comité éditorial du journal aurait-il outrepassé ses droits ?
  • Pourquoi décident-ils de faire retirer cette étude 1 an après les faits ?
  • M. Séralini invoque des pressions de Monsanto sur le comité éditorial, est-ce possible ?

D’après M. Séralini, il compte faire valoir ces droits auprès des tribunaux français et américains afin de réhabiliter son étude, qui accable le géant des OGM et des pesticides.

De notre côté, je trouve qu’il y a quelques éléments intriguant dans cette histoire d’OGM et d’étude scientifique. Passons-les en revus.

Un éditeur déjà condamné

Attention, ne confondez pas l’éditeur du journal FCT Wallace Hayes avec le géant américain Elsevier, qui détient plus de 20 000 journaux scientifiques dans le monde entier (dont le journal FCT).

Or, vous n’êtes pas sans savoir que le géant américain n’est pas tout blanc en matière de conflits d’intérêt avec les lobbies.

Il y a 4 ans, Elsevier se voyait condamner à une amende d’un million de dollars pour avoir créé des faux journaux médicaux avec comité de lecture ceci afin d’obtenir des autorisations de mise sur le marché de certains médicaments.

Ainsi, Elsevier – l’éditeur du journal FCT qui désavoue l’étude de Séralini – avait créé le journal « The Australasian Journal of Bone & Joint Medicine » pour les intérêts d’un géant du monde pharmaceutique, Merck.

Ces faux journaux auraient permis, entres autres, la mise sur le marché du Vioxx, dont tout le monde connait aujourd’hui les graves conséquences qu’il a pu avoir sur la vie de millier de patients.

Mais ce n’est pas tout…

Le comité éditorial de FCT n’est pas indépendant ?

Impossible à dire. Le comité éditorial comprend plus de 60 membres entres les 4 rédacteurs en chef (ou managing editors), les éditeurs associés, émérites et les membres du comité de rédaction international.

Ceci étant dit, l’article du Monde (toujours le même) pointe du doigt certains liens entre les membres du journal FCT et des grandes sociétés à but lucratif. Ainsi, nous apprenons que l’éditeur en chef de la revue, M. Hayes, est un consultant pour des entreprises privées et ancien vice-président du cigarettier RJ Reynolds.

Parmi les 4 managing editors de la revue, le Monde nous apprend qu’il y a un autre consultant (qui travaille pour des entreprises privées notamment) ainsi qu’un scientifique, M. Delaney, employé par le semencier Pioneer.

Le 3ème membre des managing editors, José Domingo, est quant à lui l’auteur d’une récente review (une analyse de plusieurs études déjà réalisées sur le même sujet pour tenter de faire un bilan sur les effets d’un produit, d’un aliment, etc.) sur les potentiels effets négatifs des plantes génétiquement modifiées sur la santé (1).

Dans le résumé de cette méta-analyse, nos auteurs concluent « qu’un grand nombre de variétés de produits génétiquement modifiés (principalement le maïs et le soja) sont aussi sûrs et nutritionnellement équivalentes que leurs homologues non génétiquement modifiés. »

En revanche, M. Domingo et son collègue nous précise que « la majorité de ces études ont été menées par les compagnies de biotechnologies qui commercialisent ces plantes génétiquement modifiées. »

Autrement dit, M. Domingo et Bordonaba (le 2ème auteur) ont réalisé une review des effets des OGM sur la santé avec une majorité d’études qui présentent des biais majeurs : la source de financement et le commanditaire.

Par ailleurs, il est bon de noter que nous n’avons aucune information sur les sources de financement de l’étude de M. Domingo, qui est pour le moins très favorable aux résultats des sociétés de biotechnologie qui commercialisent des OGM.

3 ans auparavant, M. Domingo publiait une review sur le même sujet : la toxicité des OGM (2). Cette fois-ci, notre scientifique espagnol nous atteste que la majorité des études utilisées n’a pas été menée par les sociétés qui commercialisent les produits génétiquement modifiés.

Au-delà du commanditaire et de l’exécutant de l’étude scientifique, nous pourrons toujours nous poser la question de qui financent les études en question dans cette review ?

Ceci étant dit, le discours final n’est pas le même que 3 ans plus tard. En effet, dans la conclusion, l’auteur nous parle des risques pour la santé à cause de la consommation d’un transgène qui pourrait intégrer le génome du consommateur (humain ou animal).

Finalement, M. Goodman qui est fraîchement arrivé au sein des éditeurs associés est un ancien employé de la firme Monsanto, qui commercialise les OGM incriminés par l’étude du professeur Séralini.

Aucune étude longue durée sur les rats ?

Au cours de mes recherches, je suis tombé sur un article anglais du journal Forbes qui critique le retrait de l’étude du professeur Caennais. Dans cet article, l’auteur termine sur le fait qu’il existe « un grand nombre d’études sur la toxicité au long terme des OGM », et notamment sur notre maïs NK 603 et le Roundup, mais que ces études « n’auraient démontré aucun effet négatif sur la santé. »

L’auteur de l’article de Forbes, Jon Entine, cite une review publiée en 2012 qui fait effectivement état d’une absence d’effet négatif des OGM sur la santé au long terme (3).

Nous pouvons lire dans le résumé de cette étude « qu’une étude de nourrissage pendant 90 jours sur des rats, dans le respect des lignes de conduites de l’OECD, est généralement considéré comme suffisant afin de déterminer les effets négatifs sur la santé ».

Or, les auteurs de cette étude nous confirme qu’il n’existe pas d’étude de plus 90 jours ou multi-générationnelle réalisée sur les rats avec des expériences de nourrissage aux OGM (et selon les règles OECD), et notamment avec le maïs NK603 de Monsanto.

Les auteurs ne citent qu’une seule étude réalisée sur des vaches laitières durant 25 mois qui ne trouve aucun effet négatif.

Une seule « étude » existe sur la toile sur le maïs résistant au Roundup avec des rats comme cobayes. Malheureusement, cette étude n’est pas publiée dans un journal à comité de lecture, elle est critiquée par nos scientifiques européens comme « n’atteignant pas les standards de qualité pour être validée scientifiquement. ».

Autrement dit, mise à part les études du professeur Séralini (dont celle qui vient d’être retirée), il n’y a pas d’étude sérieuse et indépendante sur les risques à long terme d’une consommation quotidienne de maïs transgénique et/ou résistant au Roundup sur des rats.

Pour terminer il est à noter la présence, parmi les auteurs de l’étude citée ci-haut, de M. Pascal, dont j’avais fait l’éloge dans mon premier article sur les OGM et l’étude de Séralini. En effet, M. Pascal est membre de l’AFIS (l’association pour l’information scientifique) dont la plupart des membres sont suspectés d’être en lien avec l’industrie chimique, et Monsanto.

M. Pascal est également consultant auprès de la société Nestlé, que je ne présente plus, et de l’ILSI, qui est une vitrine internationale des plus grandes sociétés pharmaceutiques et chimiques de la planète. On retrouve bien entendu Monsanto dans le conseil d’administration.

Une situation bien dangereuse

Au final, cette situation est exceptionnelle et dangereuse car des résultats scientifiques qui vont à l’encontre des profits d’une très grande société privée ont été retirés de manière ILLÉGALE, sans aucune fraude et avec une transparence hors du commun de la part du professeur Séralini (tous les résultats bruts ont été donnés au journal FCT).

Il est plus que certain que le professeur Séralini et son groupe le CRIIGEN vont partir en guerre contre le journal américain, mais surtout contre Monsanto. La procédure pourrait prendre des années, et se terminer sur un non-lieu ou sur le retour de la publication dans les réseaux scientifiques.

Quand bien même les résultats du professeur seraient de nouveaux accessibles, on peut toujours se poser la question dès aujourd’hui de la toxicité des OGM, des études réalisées par les firmes qui confèrent les autorisations de mise sur le marché, et les recommandations de toutes les agences sanitaires européennes et françaises qui sollicitent de nouvelles études indépendantes sur du long terme.


Notes et références

  1. Domingo, J. L., & Giné Bordonaba, J. (2011). A literature review on the safety assessment of genetically modified plants. Environment international37(4), 734-742.
  2. Domingo, J. L. (2007). Toxicity studies of genetically modified plants: a review of the published literature. Critical reviews in food science and nutrition, 47(8), 721-733.
  3. Snell, C., Bernheim, A., Bergé, J. B., Kuntz, M., Pascal, G., Paris, A., & Ricroch, A. E. (2012). Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials: a literature review. Food and Chemical Toxicology50(3), 1134-1148.

12 Commentaires

  1. Pingback: Joélien Joelien (joelien) | Pearltrees

  2. superlightman

    Merci pour cette info, j’espère que tout le monde va la faire tourner

  3. ANSO MONIQUE DE PLUM

    Articles de Jérémy « à faire tourner » c’est sûr….

    mais au delà du maïs transgénique qu’il faudrait d’ailleurs aller brûler mais quel boulot!
    il faut détruire la monnaie scripturale qui ne sert à rien si ce n’est qu’à nous détruire et fini les lobbys milliardaires et tous leurs « sous » qui ne servent qu’à nous rendre malades

    vive le troc mondialement parlant car chaque richesse est en l’être humain et surtout dans son coeur, sa tête et ses mains qui agissent…. notre planète avec son bleue son vert son rouge- de notre terre du sud calédonien- est si belle!

    1. Kesounette

      Tout à fait d’accord avec vous Maman Anso! Si ce système de monnaie « virtuelle » (car les bouts de papiers n’ont pas de valeur!) pouvait prendre fin alors tout ce qui rend la planète malade s’arrêterait enfin! On ne serait pas en train d’alimenter les compagnies et autres entreprises dont le seul but est de se faire du fric, mais nous vivrions de façon plus autonome, avec moins d’impact sur nos environnement, sur notre santé…tout ça signifierai à l’homme d’abandonner son confort, ça n’arrivera que lorsque l’économie de ce monde s’essoufflera!
      Enfin je me perds en conjecture, agissons chacun à notre échelle pour qu’un jour ça contamine le monde :)
      Merci à toi Jérémy pour ton article!!!

  4. Léa

    Tiens ! Ben j’ai pensé à toi quand j’ai appris le retrait de l’article de Seralini et je me suis demandé si tu en parlerais sur ton blog… et voilà c’est fait ! T’es vraiment un super-héro !
    J’ai appris que l’article avait été retiré en lisant les mails de la liste de diffusion evolfrance. Je sais pas si tu reçois ces mails, mais il y a eu une vingtaine de mails échangés à ce sujet, qui ont fait suite à un premier mail informant (et dénonçant) le retrait de l’article. Du coup ton article tombe à pic et complète bien ce petit e-débat ! Comme d’hab, c’est cool que tu mettes bien tout ça au clair et dans son contexte avec des infos que beaucoup ont tendance à ignorer (volontairement ou non).

    1. Jérémy Anso (Auteur de l'article)

      Coucou Léa !

      Ouais, j’étais à fond sur mon article sur la permaculture et quand j’ai entendu la nouvelle j’y ai pas cru… Et je me suis dit qu’il fallait que j’en parle tout de suite, et battre le fer pendant qu’il est encore chaud ! En tout cas merci encore pour ton message, et si tu as des informations supplémentaires à travers ton débat sur le net, n’hésites pas à nous les communiquer !

      Je t’envoie un mail privé pour un peu savoir ce que tu fais dans la vie maintenant ! ;) ! Bonne journée à toi et à bientôt ! J.

      1. Léa

        Info + : au cas où tu ne serais pas au courant, Il y a apparemment en ce moment une pétition qui tourne contre le retrait de l’étude : http://www.isias.lautre.net/spip.php?article349 (J’ai pas encore lu le lien).
        Si tu veux je peux te transférer les mails qui ont été échangés, dis moi si ça t’intéresse.
        A bientôt !

  5. eve

    C bien d être informé,mais en réalité qu’ est ce que l on
    peut faire pour empêcher ces sa…….de nous empoisonné!

    1. Romain de PaléoFit

      Salut Eve,
      Une solution pour ne plus être embêté par le blé et maîs transgénique : ne plus en manger :). Personnellement, je mange selon l’art du régime paléolithique, celà pose d’autres problèmes comme pour les fruits et légumes mais globalement supprimer les céréales est une bénédiction pour la ligne comme pour la santé !
      Romain

      1. Helene

        Salut Romain,
        Eliminer le ble et le mais, je l’ai fait. En revanche, je m’interroge sur la facon dont ont ete nourris les animaux dont je mange la viande. A une époque, suite aux scandales ‘vache folle’ et ‘viande de cheval etiquetee ‘boeuf’, je m’etais rabattue sur le poulet. J’avais grandement reduit ma consommation ces dernieres annees, et suite a la lecture de ces 2 articles hier:
        http://www.theguardian.com/world/2013/dec/06/supermarket-frozen-chicken-breasts-water
        http://www.radio-canada.ca/actualite/zonelibre/03-10/poulet.html
        je crois que je vais eliminer le poulet aussi. L’une des marques citees dans l’article du Guardian (Valley Foods, 15% d’eau ajoutes) est justement celle que j’achetais.
        Il me reste bien le poisson, que j’adore. mais pour combien de temps vu les problemes de surpeche? Le plus ecoeurant, c’est qu’a tous les echelons, du producteur au supermarche, de la nourriture est jetee: ne repond pas aux criteres esthetiques (fruits et legumes); excedent de stock; problemes durant le transport (le camion ou container refrigere dont le systeme de refrigeration tombe en panne, j’avais un prof de maths qui connaissait quelqu’un qui bossait dans le secteur)…
        Et les compagnies voudraient nous faire manger du transgenique a la place! Tout pour se faire de l’argent…

  6. Helene

    Petition contre le projet de Monsanto de construire une usine a semences en Argentine:
    https://secure.avaaz.org/fr/stop_monsanto_in_argentina_global_/?cIwwAdb

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