Maladies cardiovasculaires : les produits laitiers enfin innocentés ?

Une nouvelle étude scientifique sur les produits laitiers nous indique qu’ils ne seraient pas impliqués dans le risque de mourir de manière générale ni dans le risque d’avoir une maladie cardiovasculaire. Cette étude confirme les résultats des précédentes, avec toutefois des auteurs largement financés par l’industrie laitière. On revient sur cette étude, mais également sur les autres risques qui planent au-dessus de la tête des gros consommateurs de produits laitiers et de tous les dérivés.

Produits laitiers : des aliments de plus en plus controversés ?

Boire un verre de lait, manger un yaourt ou un morceau de fromage fait partie de notre quotidien alimentaire, de nos traditions culinaires européennes ou occidentales et dont la consommation est largement recommandée par les pouvoirs publics et les professionnels de santé. Aujourd’hui, une partie non négligeable de la population mondiale (30%) synthétise de la lactase, l’enzyme qui permet la digestion du lactose, le sucre du lait. Cette synthèse permet d’éviter d’expérimenter un certain inconfort à la suite d’une consommation de produits laitiers. Techniquement, 70% de la population mondiale ne synthétise plus cette enzyme après le fameux sevrage, un phénomène qui s’inverse chez les autres, et qui permet de nouveau cette synthèse.

Au-delà de la tradition, les produits laitiers, c’est un agrobusiness colossal. En France, des milliers d’emplois sont directement et indirectement concernés, regroupés dans un marché financier hors norme. Il y a tout un enjeu économique à consommer des produits laitiers, mais également des enjeux de santé publique. Des enjeux de santé qui sont aujourd’hui de plus en plus remis en cause, et notamment le sacro-saint bénéfice des produits laitiers sur le risque de fracture qui s’effrite de plus en plus.

L’industrie laitière s’est alors équipée, comme toutes les autres, d’un organe scientifique pour valoriser les bienfaits des produits laitiers, et couper court aux nombreuses « rumeurs », attaques ou dénigrements à l’encontre des produits laitiers. La dernière en date ? Les produits laitiers et les maladies cardiovasculaires. Les produits laitiers sont-ils responsables d’un nombre croissant d’infarctus ou bien les évitent-ils ? C’est bien les questions que ce sont posés plusieurs scientifiques dans la plus récente méta-analyse sur ce sujet. Des scientifiques tous payés par l’industrie laitière.

Carte illustrant le pourcentage de la population mondiale qui ne produit pas la lactase. En blanc, 0%; en bleu foncé, 100%. On observe bien les pays européens du nord qui possèdent une longue histoire avec la consommation de produits laitiers, tandis que l’on observe l’inverse dans les pays asiatiques (source: Nature)

Quel rôle jouent les produits laitiers dans les maladies cardiovasculaires ?

Depuis le 3 avril 2017, une sérieuse étude scientifique a été publiée par des chercheurs appartenant à plusieurs universités du Royaume-Uni, du Danemark et des Pays-Bas (l’étude ici sur PubMed). Cette étude une méta-analyse, c’est-à-dire que les auteurs ont analysé un ensemble d’études scientifiques pour augmenter la puissance statistique des résultats, et permettre de faire des associations plus solides entre la consommation de produits laitiers et le risque d’avoir une maladie cardiovasculaire (ainsi que le risque de mourir toutes causes confondues).

Au total, 29 études dites prospectives ont été regroupées puis analysées par les auteurs. Les études prospectives proposent de suivre un très grand nombre de participants, de noter minutieusement les petits problèmes qui leur arrivent (diabète, infarctus, décès, etc.) et d’enregistrer plus ou moins fiablement leur régime alimentaire avec des questionnaires, toutes les X années (bien souvent tous les 4 ans). L’objectif est d’établir une association entre un paramètre de l’alimentation et la survenue d’une maladie. On va alors sortir de grands tableaux qui vont vous indiquer votre risque relatif d’avoir telle ou telle maladie si vous mangez régulièrement (ou pas) tel ou tel aliment.

Voilà le concept. Et les résultats sont les suivants :

Les auteurs n’ont trouvé aucune association entre la consommation de produits laitiers (riche ou pauvre en graisse) et le risque de mortalité et de maladies cardiovasculaires. Ces médecins chercheurs concluent que « cette méta-analyse regroupant les données de 29 études de cohortes démontrent une association neutre entre les produits laitiers et le risque de mortalité par accident cardiovasculaires et toutes causes confondues« . Rajoutant qu’il est « important d’étudier plus en détail comment les produits laitiers peuvent être remplacés par d’autres aliments« .

Voilà qui est dit. Les auteurs avancent grâce à cette étude qu’il n’y aurait aucune association (ni positive ni négative) entre la consommation de produits laitiers et le risque de mortalité toutes causes confondues.

Une étude financée par l’industrie laitière et des auteurs payés par elle…

Selon les déclarations officielles faites dans l’étude en question, elle aurait été « en partie financée par une subvention sans restriction » de la part de 3 géants des produits laitiers, la Global Dairy Platfom, la Dairy Research Institute et la Dairy Australia. Toujours d’après les auteurs, et commis il est largement d’usage de le dire, les sponsors n’auraient joué aucun rôle dans la création de l’étude, sa réalisation, l’analyse des données et l’écriture du manuscrit. On les croit.

On les croit également quand on s’intéresse à la déclaration des conflits d’intérêts des auteurs de l’étude. Une déclaration à rallonge pour plusieurs de la méta-analyse. Ainsi, Sabita, le dernier auteur de l’étude, cumule un certain nombre de liens avec l’industrie laitière, mais aussi agroalimentaire. Il aurait reçu des subventions de recherche de la part de nos 3 précédents sponsors pour deux autres méta-analyses publiées en 2012 sur les fromages et les lipides sanguins, et en 2015 sur les produits laitiers et la mortalité (comme celle-ci). Sabita a également reçu une distinction de la part de l’industrie laitière allemande, avec le Wiebe Visser International Dairy Nutrition Prize.

Arnu Astrup, de l’université de Copenhague, est également le récipiendaire de plusieurs bourses de recherches octroyées par l’industrie laitière et agroalimentaire (Aral Foods, Danish Dairy Research Foundation, Global Dairy Platform ou encore le GEIE European Milk Forum). Il est également membre de plusieurs comités de conseil pour plusieurs grandes entreprises. La Dutch Beer Knowledge Institue, IKEA, McCain, McDonald’s, ou encore Weight Watchers, le célèbre régime. Astrup est également consultant pour Nestlé, et atteste avoir reçu des honoraires de la part de deux journaux scientifiques, et de la part de plusieurs sponsors pour des montants inférieurs à 2000$. Il a également reçu des fonds de la part de plusieurs industriels qui produisent des produits laitiers pour organiser des congrès, notamment en 2014 et en 2015.

Trois autres auteurs de cette méta-analyse indiquent avoir reçu des financements de la part de plusieurs grands groupes laitiers européens , sans préciser le but de ces subventions (recherche, consultant, etc.). Si l’ensemble de ces conflits d’intérêts ne discréditent pas cette méta-analyse, qui présente un protocole sérieux, ils invitent à la prudence. Une prudence mise en avant par les dernières études sur l’impact des sponsors sur les produits étudiés par la science. Selon ces recherches, les études réalisées sur un produit particulier et financées par son producteur ont entre 2 à 3 fois plus de chance d’être positives pour le produit en question. Autrement dit, les études « négatives » ne sont bien souvent jamais publiées, ou bien arrêtées en cours de route. Seules les études positives, ou dans le pire des cas neutres, sont publiées et donc connues des experts, des professionnels de santé et des institutions publiques.

D’autres risques et incertitudes…

Quoi qu’il en soit, les auteurs de cette méta-analyse avancent que la composition des produits laitiers, naturellement riches en calcium, en potassium, en protéines ou en vitamine A et B12, pourrait avoir un effet bénéfique sur les risques d’infarctus, expliquant ainsi l’absence de relation négative, quand bien même ces derniers contiennent des acides gras, de différentes natures et en différentes quantités. Toutefois, les auteurs de l’étude avancent les quelques limitations qu’il est important de prendre en compte pour mieux comprendre les interactions entre les produits laitiers et la santé cardiovasculaire. Ainsi, ces derniers affirment qu’il est important de prendre en compte les régimes alimentaires de fond dans les analyses statistiques en tant que facteur confondant. Or, ce point n’a été pris en compte que dans 15 sur 29 études.

Un autre point crucial, c’est le remplacement d’aliments par d’autres. Les auteurs expliquent que le « risque neutre des produits laitiers sur le risque de mortalité et de maladie cardiovasculaire pourrait être expliqué par le remplacement avec d’autres aliments« , expliquant par exemple que les personnes « avec une consommation élevée en produits laitiers pourraient consommer moins de boissons sucrées, pouvant entraîner une baisse de la mortalité par accident cardiovasculaire« .

Au-delà de cette méta-analyse, et comme je le rappelais en introduction, c’est bien 70% de la population qui ne possède pas l’enzyme permettant de digérer le sucre du lait. C’est donc légitimement une partie importante de la population qui peut expérimenter des désagréments intestinaux, bien souvent minimisés dans la réalité par les professionnels de santé et les industriels. Pourtant, même si ce lien reste à confirmer par des études cliniques, l’introduction précoce de lait de vache pourrait être un facteur de risque important dans la survenu d’un diabète de type 1 chez les enfants prédisposés génétiquement 1.

Le cancer de la prostate chez l’homme est également un risque a prendre en compte si l’on consomme régulièrement, et de trop, des produits laitiers. Ce sont les résultats de la plus récente méta-analyse indépendante publiée sur ce sujet (à lire sur PubMed ici), et qui nous indique qu’une consommation élevée de produits laitiers, de lait, de fromage ou de lait demi-écrémé « pourrait augmenter le risque total de cancer de la prostate » 2.

Les alternatives aux produits laitiers

Les produits laitiers possèdent une composition nutritionnelle intéressante. Dans le cadre d’une consommation modérée et raisonnée, si l’on n’est pas intolérant, ils peuvent parfaitement intégrer une alimentation saine et équilibre. Aucun doute sur ce point. Mais quand même. Nous ne retrouvons rien d’essentiel dans le lait ou le fromage que l’on ne peut pas retrouver ailleurs. Même le sacro-saint calcium, censé être la pierre angulaire de notre santé osseuse, se retrouve partout, dans les végétaux, les fruits, les oléagineux, les légumineuses, certaines eaux minérales, et avec bien souvent des taux d’absorptions supérieurs à celui des produits laitiers. Qui plus est, le rôle central des produits laitiers dans la bonne santé osseuse s’effrite de plus en plus. Déjà au niveau scientifique, leur efficacité n’est plus démontrée depuis un moment, mais c’est maintenant au niveau institutionnel que l’on prend conscience de l’absence d’effet protecteur. Les études chez les végétaliens qui ne consomment aucun produit laitier, avec suffisamment de calcium, montrent une santé osseuse (on parle de fracture) aussi bonne que les végétariens ou les omnivores.

Alors si les résultats de cette présente méta-analyse tendent à confirmer les précédentes études (aucun effet positif ni négatif des produits laitiers sur les AVC ou maladies cardiovasculaires), elle ne doit pas servir de contre-feu pour valoriser, sans regard critique, une consommation excessive (et souvent inutile) de produits laitiers.


Références

1. Lacroix, I. M., & Li-Chan, E. C. (2014). Investigation of the putative associations between dairy consumption and incidence of type 1 and type 2 diabetes. Critical reviews in food science and nutrition54(4), 411-432.

2. Aune, D., Rosenblatt, D. A. N., Chan, D. S., Vieira, A. R., Vieira, R., Greenwood, D. C., … & Norat, T. (2015). Dairy products, calcium, and prostate cancer risk: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. The American journal of clinical nutrition, ajcn-067157.

1 Comment

  1. tiffany

    l’homme est le seul ‘animal’ sur terre qui continue de consommer du lait après avoir été sevré. Il n’est pas ‘naturel’ pour un adult (ou un enfant sevré d’ailleurs) de consommer du lait. le lait une fois ingéré a un effet acidique dans le corps, pour contraire cet effet, le corps doit extraire le calcium (des os) pour combattre cette acidité. contrairement a ce qu’on nous fait croire, le lait ne nous apporte pas de calcium, il nous en prend. d’ailleurs les plus grands consommateurs de lait sont aussi les pays qui sont le plus touchés par l’ostéoporose… étrange non. et puis il y a aussi la manière dont les vaches sont traitées, les veaux qu’on retire à leur meres 6 jours après la naissance et qui finissent eux dans nos assiettes (miam du bon veau!), puis il y a les problèmes d’infections des mamelles, les antibiotiques, le pus etc qui passe aussi dans le lait… sans comptés que les vaches souffrent de la separation de leur petit, et d’être pompées 24/24 (car oui les animaux ressentent aussi) donc tout ça, c’est ultime ment ce qui se présentent dans un verre de lait, ce n’est pas juste le lait de la vache.
    mais bon, le meilleur moyen n’est pas d’avaler ce que les grands industriels veulent nous faire avaler, meme si ils ont soit disant fais des etudes sur leurs produits (lol) comme ci ils avoueraient que leur produits sont néfastes SURTOUT quand on parle de l’industrielle du lait (l’un des plus puissant au monde). le meilleur est de faire l’experience soit meme, arrêter de consommer des produits laitiers pour un certain temps et voyer la difference. le documentaire Forks over Knives est très intéressant et traite de ce sujet. merci pour cet article. la meilleure approche est d’être sensé, TOUT ce qui est industriel est mauvais pour la santé, c’est aussi simple que ça.

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