Mammographie et cancer du sein : ces études récentes qui accablent le dépistage

Pour résumer, en 2017, plusieurs études ont démontré que le dépistage du cancer du sein :

  • n’allégeait pas les traitements les plus lourds par ablation du sein;
  • qu’il ne diminuait pas le risque de mourir d’un cancer du sein;
  • qu’il pouvait être même être associé à une mortalité accrue par cancer du sein;
  • qu’il pouvait engendrer près d’un surdiagnostic sur deux mammographies;
  • qu’il est particulièrement adapté pour détecter les petites lésions, justement les moins problématiques.

À partir de 50 ans, le ballet des mammos commence…

L’Institut National du Cancer (INCa), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de très nombreuses autorités de santé nationales recommandent les mammographies de dépistage tous les deux à partir de 50 ans.

L’objectif du dépistage du cancer du sein est de détecter le plus tôt possible l’ensemble des lésions et des cancers qui pourraient dégrader la vie des femmes (et rarement des hommes) ou bien les tuer.

Les avantages théoriques sont donc nombreux pour les femmes : moins de risque de mourir d’un cancer du sein, moins de traitements et surtout moins agressif.

Le problème, c’est que l’ensemble de ces avantages sont purement théoriques ou parfois issus de vieilles publications scientifiques, aujourd’hui remises en cause.

L’année 2016 aurait dû annoncer en France le glas du dépistage systématique du cancer du sein, tellement les conclusions de la grande concertation citoyenne sur ce sujet étaient cinglantes : une controverse scientifique importante existe sur le dépistage, avec surdiagnostic, surtraitement, faible bénéfice voire aucun, sans que cela soit dit aux femmes.

Malheureusement, cette concertation citoyenne n’aura pas servi à grand-chose :occulté, minimisé et même trahi par les plus hautes autorités de santé, et cela devient une triste habitude. Nous en sommes donc toujours au même stade. Nos autorités de santé recommandent le dépistage sans prendre le soin d’informer convenablement les femmes des risques importants et des maigres bénéfices.

Si les observateurs attentifs de cette controverse savent que ces dernières années ont été riches en publications défavorables au dépistage, 2017 est de la même veine. Une véritable année « noire » pour le dépistage.

1. Pas d’allègement des traitements chirurgicaux les plus lourds

Ces résultats publiés dans le journal Médecine par plusieurs professionnels de santé français, dont certains sont membres du collectif Cancer Rose, démontrent que le dépistage n’a pas permis d’alléger les traitements les plus lourds : les mastectomies totales et partielles 1.

C’est pourtant l’une des promesses du dépistage et un avantage fréquemment cité par ses défenseurs. Pourtant, d’après cette étude, on réalise toujours autant d’ablations totales du sein avant et après la généralisation du dépistage du cancer du sein.

Concernant les ablations partielles, leur fréquence a augmenté plus rapidement que l’incidence des cancers invasifs. D’après ces professionnels de santé, nous sommes à l’opposé d’un allègement thérapeutique.

« Dans ces conditions, il faut parler d’alourdissement thérapeutique, et non d’allègement. »

2. Association entre la mortalité par cancer et la mammographie

Au Brésil, des chercheurs de l’Université de Sao Paulo ont démontré que les taux de mortalité les plus élevés étaient notamment associés positivement avec le taux de mammographie 2. Autrement dit, les municipalités qui enregistrent les taux les plus élevés de mammographie enregistrent également des taux mortalité les plus élevées chez les femmes.

Des résultats contre-intuitifs qui vont à l’opposé de l’objectif de la mammographie : réduire la mortalité par cancer du sein. Cette étude ne permet pas à elle seule d’établir une relation de cause à effet, mais elle bénéficie de nombreuses explications pour supporter ces résultats.

Ainsi, l’ensemble des femmes surtraitées à la suite d’une mammographie représente les cas les plus graves et les plus préjudiciables au dépistage du cancer du sein. Ces femmes subissent des opérations, des chimiothérapies, des radiothérapies, avec un stress psychologique majeur et persistant pour un cancer qui n’aurait jamais dégradé l’état de santé de leur vivant.

La radiothérapie entraîne notamment une augmentation du risque de mourir d’ un :

  • cancer des poumons de 78 % en risque relatif, soit un risque absolu chez les femmes passant de 2.9 % à 5.2 %;
  • infarctus du myocarde de 27 % en risque relatif, soit un risque absolu chez les femmes passant de 4 % à 5.1 %;

Ces résultats invitent à la prudence. Selon une analyse publiée par le collectif Cancer Rose, ces résultats « sont une preuve supplémentaire pour les auteurs d’une surestimation probable des avantages du dépistage et de la sous-estimation de ses risques associés ».

Le collectif renchérit que ces travaux indiquent la nécessité « d’élargir les actions de prévention primaire et de dépistage individualisé, de solliciter la vigilance des femmes par rapport à leurs seins, d’améliorer l’accès à l’information des femmes en leur « traduisant » cette information de manière conviviale ».

Sans oublier que l’autopalpation n’a pas démontré de bénéfice sur le risque de mourir d’un cancer du sein.

3. Aucun bénéfice sur la mortalité, ou au mieux très maigre, et surdiagnostic important

Des résultats publiés dans le sérieux British Medical Journal (BMJ) par une équipe de chercheurs français de l’Université de Stratuclyde et l’Institut International de Recherche en Prévention (iPRI) qui démontre une absence de bénéfice sur la mortalité des femmes dépistées, estimée au mieux à 5 % sans prendre l’influence de la pyramide des âges et des périodes de naissances 3.

Ces auteurs démontrent également que la réduction de la mortalité par cancer du sein est essentiellement due aux progrès thérapeutiques, estimée à 28 % (avec ou sans la prise en compte de l’effet de cohorte).

Finalement, les surdiagnostics ont été estimés à plus de 50 %, soit une mammographie sur deux, et touchant préférentiellement les femmes les plus âges de 70 à 74 ans, avec une absence de réduction significative des taux de cancers avancés.

4. Des cancers in situ et des lésions précancéreuses très fréquentes chez les femmes

Finalement, une équipe de l’Université de Bond et de Sydney en Australie ont mis en évidence une fréquence de l’ordre de 20 % de cancers in situ et lésions précancéreuses chez des femmes décédées sans maladie du sein connu de leur vivant 4.

Ces résultats mettent en avant le risque important de surdiagnostic en lien avec l’amélioration de l’imagerie médicale qui permet de mieux détecter ces « incidentalomes » ou cancers fortuits qui n’auraient pas dégradé la qualité de vie ni la santé de la personne.

D’après les auteurs, « les programmes de dépistage devraient être plus prudents dans l’introduction de procédés de détection plus sensible qui pourraient augmenter la détection de ces lésions », largement incriminées dans les cas de surdiagnostics.

Un déni généralisé ?

Étrangement, nos autorités de santé et de nombreux professionnels de santé ont bien du mal à reconnaître cette part importante et grave de surdiagnostic. En parallèle, ils exagèrent bien volontiers les bénéfices du programme, en sélectionnant les études favorables (les moins fiables et robustes) et en écartant les plus sérieuses.

Aujourd’hui, en 2017, avec la somme de connaissances que nous avons sur les avantages et les risques du dépistage organisé du cancer du sein, nous avons toutes les raisons de douter, et de demander une refonte complète des recommandations.

Aujourd’hui, en 2017, certains professionnels de santé n’acceptent pas les risques indiscutables du dépistage du cancer du sein (mais aussi du cancer de la prostate) et renforcent bien sûr la légitimité de ce combat pour accéder à l’information la plus loyale et complète possible.

Mais l’information indépendante et rigoureuse se fraie un chemin dans les méandres de la désinformation, sans aucun doute. D’autres publications seront nécessaires, et d’autres alertes pour faire bouger les pouvoirs publics sur cette question, car les dépliants d’informations sur le dépistage du cancer du sein sont regrettables, peu importe la région.


Références

1. Vincent Robert, Jean Doubovetzky, Annette Lexa, Philippe Nicot, Cécile Bour. Le dépistage organisé permet-il réellement d’alléger le traitement chirurgical des cancers du sein ?. Médecine. [Epub ahead of print]. doi:10.1684/med.2017.233

2. Diniz, C. S. G., Pellini, A. C. G., Ribeiro, A. G., Tedardi, M. V., de Miranda, M. J., Touso, M. M., … & Chiaravalloti-Neto, F. (2017). Breast cancer mortality and associated factors in São Paulo State, Brazil: an ecological analysis. BMJ open, 7(8), e016395.

3. Autier, P., Boniol, M., Koechlin, A., Pizot, C., & Boniol, M. (2017). Effectiveness of and overdiagnosis from mammography screening in the Netherlands: population based study. bmj, 359, j5224.

4. Thomas, E. T., Del Mar, C., Glasziou, P., Wright, G., Barratt, A., & Bell, K. J. (2017). Prevalence of incidental breast cancer and precursor lesions in autopsy studies: a systematic review and meta-analysis. BMC cancer, 17(1), 808.

3 Commentaires

  1. Mathilde

    Bonjour,

    Je pense que le souci c’est que l’on commence trop tard à se faire dépister et que les dépistages ne sont pas encore assez poussés. On ne connait même pas les symptômes https://heureu.com/les-5-symptomes-qui-indiquent-un-cancer-du-sein-et-que-toutes-les-femmes-negligent/2/ Personnellement j’ai 30 ans et je suis perdue.

    1. Jérémy Anso (Post author)

      Salut Mathilde.

      Malheureusement non, les femmes auraient de sérieux problèmes si elles devaient se faire dépister avant 50 ans. Déjà qu’à partir de 50 ans, on peine à démontrer l’efficacité et l’innocuité des mammographies, alors je vous laisse imaginer le drame si on fait le dépistage avant 50 ans. Aucune agence dans le monde ne le recommande. Et justement, c’est bien car les mammographies deviennent de plus en plus poussées que les problèmes sont de plus en plus important.

      Pour l’article que vous avez cité, il ne faut ABSOLUMENT PAS en tenir compte. Faire une mammographie à cause d’une toux ? Et puis quoi encore ? Un rhume ? Un mal de dos ? Non ce n’est absolument pas sérieux. Il y a des facteurs de risques scientifiquement établi, des facteurs aggravants, etc. Il ne faut pas tout mélanger. Vous pouvez faire un bilan de vos facteurs de risques si vous le souhaitez à votre âge, même si est un peu tôt. Renseignez-vous urgemment !

  2. Lydie

    Merci de partager ces informations qui permettent de prendre du recul par rapport aux incitations annuelles. Ces dépistages systématiques à date changeante (on avait dit 35 ans, puis 40 et maintenant 50 ans), sont surtout 100% efficaces pour pérenniser les revenus des médecins. Il en existe aussi pour les messieurs.

Les commentaires sont fermes.