Faut-il manger de la viande ? Le débat du haut de la Tour Eiffel qui vole bien bas

viande-consommation-debat-marina-eiffel

Un débat sur la consommation de viande a été organisé par France 2 dans l’émission Un soir à la tour Eiffel, le 25 février 2015.

Pour discuter de ce sujet très sérieux et qui déchaîne les passions, une invité de marque, Mme Marina Carrère D’encausse, qui présente notamment le magazine de la santé au côté de Michel Cymes.

Egalement sur le plateau, M. Erwann Menthéour, un sportif de haut niveau qui défend le végétarisme (il serait végétarien 3 semaines par mois), Aymeric Caron, végétarien depuis des dizaines d’années et Christian Constant, un chef.

Cette émission aura été l’occasion d’entendre tout et n’importe quoi sur l’alimentation humaine et de l’impact de celle-ci sur notre santé.

Il y a eu du très bon, de bons arguments, mais également du très mauvais et de l’approximatif, avec des reportages qui frisaient le ridicules quand ils n’étaient pas grotesques.

Le vrai du faux dans tout ce qui a été dit !

Pour commencer, on va reprendre les principaux arguments énoncés par nos invités et on va les confronter à la réalité. Attention, surprise.

1. Les études scientifiques qui prouvent l’intérêt de supprimer un aliment son rarissime

C’est faux.

On se demande bien ce qu’entend M. Rodet, médecin urgentiste apparemment spécialisé dans la gestion du stress plutôt que dans l’alimentation, par le mot rarissime.

On se le demande, car rien qu’au niveau de l’alimentation paléolithique, qui propose de supprimer de nombreuses catégories d’aliments (produits laitiers, céréales, légumineuses), les preuves scientifiques qui démontrent des bienfaits pour la santé abondent.

Si l’on rajoute toutes les études qui démontrent l’avantage d’une diète végétarienne ou végétalienne, et bien la quantité de preuve commence à grimper, et le « rarissime » devient quelque peu inapproprié [1].

Je ne parlerais pas du régime sans gluten, qui représente une sérieuse éviction dans le régime alimentaire, et qui est largement soutenu par des références scientifiques surtout pour les intolérants.

2. Aux Etats-Unis, le végétarisme et le végétalisme ne pose aucun problème pour l’association des diététiciens américains

C’est vrai.

Cette phrase a été dite par M. Caron, végétarien depuis plus de 20 ans, et ressort régulièrement sur les sites pro-végé.

Alors oui, en 2009, une étude publiée par cette association statuait favorablement sur les régimes végétariens et végétaliens, convenablement réalisés, et pour tous les stades de la vie : enfance, grossesse, adolescence et même pour les athlètes [2].

Petite parenthèse sur Marina, mais elle nous dit justement en fin d’émission que le végétalisme ne serait pas conseillé pour les jeunes enfants et les femmes enceintes. Alors qui à raison ? Marina ou l’association américaine ? A vous de juger.

3. On n’a jamais vécu aussi longtemps aujourd’hui en grande partie grâce à notre alimentation

C’est faux.

Marina nous dit cette phrase quand elle débat avec Erwann sur l’impact de l’alimentation industrielle sur notre santé.

Malheureusement pour Marina, l’augmentation majeure de notre espérance de vie est principalement due aux progrès de la médecine, avec notamment le développement des vaccins, des antibiotiques, des interventions chirurgicales, des contrôles des épidémies mortelles, et de la baisse de la mortalité infantile [3] [4].

L’alimentation a bien sûr un rôle dans cette espérance de vie qui augmente, mais au-delà de la qualité intrinsèque de celle-ci, ce serait surtout son accès massif et donc la baisse des famines, qui en serait la cause.

4. L’alimentation bio n’est pas meilleure pour la santé, aucune étude ne le prouve !

C’est compliqué.

C’est toujours Marina qui est à la manœuvre pour cette phrase qui ne fait nullement plaisir à M. Menthéour, et probablement non plus à tous les producteurs bio ou consommateurs soucieux de leur santé.

C’est compliqué car le débat est violent sur ce sujet. Globalement, les produits bio contiennent moins de pesticides (quand même), moins de cadmium (un métal toxique) et plus d’antioxydants [5].

N’oublions pas que les pesticides dans notre alimentation représentent des facteurs de risque important sur notre santé, ce n’est pas à prendre à la légère [6].

Malheureusement, tous ces avantages « sur le papier », comme on pourrait le dire, ne permettent pas de trancher catégoriquement quant aux aspects bénéfiques pour la santé humaine.

Les études actuelles ne permettent malheureusement pas de trancher clairement en faveur ou en défaveur du bio, même si sur le principe, ça ne peut qu’être mieux qu’une alimentation conventionnelle [7].

5. On est conçu pour avoir dans notre bol alimentaire une part de protéines animales de 10 à 15%, comme notre ancêtre préhistorique

C’est faux.

Erwann Menthéour nous sort la carte de « l’homme préhistorique » sur ce coup là, mais avec une assurance un peu exagérée pour ce sujet ô  combien délicat.

J’ai traité de cette question dans un récent article sur le régime paléolithique, celui de nos ancêtres, et je dois dire qu’il est bien délicat d’estimer avec autant de précision la part des protéines animales de notre régime alimentaire.

Une chose est sûre : nos ancêtres ont toujours mangé des produits animaux (ici pour vous en convaincre), que ce soit de la viande rouge, des produits de la mer, des œufs, des insectes, ou autres.

Maintenant, là où le débat fait rage, c’est bien sur les quantités. La consommation de protéines animales étaient fortement dépendantes des saisons, du climat, de l’abondance des ressources, des habitudes culinaires, des rites… bref tellement de variables qu’il est bien difficile de s’exprimer catégoriquement sur ce sujet.

Selon le site officiel Hominidés, durant le paléolithique moyen et supérieur, les produits carnés auraient composés entre 50 et 80% du régime alimentaire en fonction du climat.

Alors maintenant, probablement que durant certaines périodes de leur vie, la part des protéines animales ne devaient pas excéder les 10, 15 ou 20%, mais cela devait être transitoire.

6. Nous sommes des omnivores avec des intestins d’herbivores

C’est faux.

Cette phrase lancée par M. Menthéour fait écho aux arguments classiques, et discutables, sur l’anatomie comparée des grands régimes alimentaires (herbivores, omnivores et carnivores).

L’idée selon laquelle notre anatomie interne et notre morphologie externe ressemble plus à celle des herbivores, des vaches ou des moutons, plutôt qu’à celle des carnivores (félins, prédateurs) ou des omnivores est difficilement interprétable et généralisable.

Les arguments d’anatomie comparée sont bien souvent assortis de citations émises par de grands naturalistes ou scientifiques de l’époque, tentant d’apporter un crédit ou une autorité indiscutable sur l’éviction logique des produits animaux.

Malheureusement, l’Homme montre au niveau génétique et biochimique des adaptations évidentes à la consommation de produits animaux. C’est par exemple ce que montrent nos besoins en acides gras oméga-3 à chaînes longues (EPA et DHA) que l’on retrouve dans les produits animaux. C’est également le cas de la vitamine B12, qui doit être prises en supplément par les végéta*iens, alors que les herbivores peuvent la synthétiser. On pourrait en dire la même chose pour nos besoins en taurine, ou en créatine, qui montre indéniablement une « omnivorie » de l’Homme.

Derniers points et conclusion

J’aimerais réagir tout simplement sur le reportage en mode « blague » réalisé par l’équipe de France 2 à l’attention de M. Caron, végétarien depuis plus de 20 ans, dans une boucherie. Je trouve personnellement ce reportage choquant, presque honteux, dans lequel le journaliste et le boucher s’amuse et rigole en regardant des carcasses de bœufs.

On atteint le summum du ridicule quand ils parlent des petits de « Marguerite », la vache en morceaux présentée à l’écran, avec la présentation des petits veaux pendus dans une chambre froide. Un reportage absolument pas drôle du tout. Mais ce n’est que mon avis perso.

Finalement, Marina conclu ce débat sur la consommation de viande plutôt correctement, en ajoutant que « manger de la viande tous les jours c’est mauvais pour la santé », et surenchérissant « qu’il ne faut pas en manger trop, il vaut mieux peu mais de bonne qualité ».

Je ne peux qu’aller dans le sens de Marina, et c’est bien ce que je préconise depuis des années sur le blog, à travers mes articles dédiés.

Vous avez vu cette émission ? Vous avez une réflexion a partager ?


Références

[1] Fraser, Gary; Katuli, Sozina; Anousheh, Ramtin; et al. PUBLIC HEALTH NUTRITION  Volume: 18   Issue: 3   Pages: 537-545 Vegetarian diets and cardiovascular risk factors in black members of the Adventist Health Study-2
[2] Craig, W. J., & Mangels, A. R. (2009). Position of the American Dietetic Association: vegetarian diets. Journal of the American Dietetic Association,109(7), 1266-1282.
[3] Blagosklonny, M. V. (2010). Why human lifespan is rapidly increasing: solving » longevity riddle » with » revealed-slow-aging » hypothesis. Aging (Albany NY),2(4), 177.
[4] http://www.atlantico.fr/decryptage/30-ans-esperance-vie-supplementaires-en-siecle-merci-qui-gilles-pison-943551.html
[5] Marcin Baran´ski, et al. Higher antioxidant and lower cadmium concentrations and lower incidence of pesticide residues in organically grown crops: a systematic literature review and meta-analyses. British Journal of Nutrition, page 1 of 18 
[6] Health risk for children and adults consuming apples with pesticide residue Lozowicka, Bozena SCIENCE OF THE TOTAL ENVIRONMENT  Volume: 502   Pages: 184-198
[7] Forman, J., Silverstein, J., Bhatia, J. J., Abrams, S. A., Corkins, M. R., de Ferranti, S. D., … & Wright, R. O. (2012). Organic foods: health and environmental advantages and disadvantages. Pediatrics130(5), e1406-e1415.

61 Commentaires

  1. J-B

    Les statistiques concernant la consommation de viande de l’homme au paléolithique sont peut-être exactes, même si elles ne me semblent pas tenir compte des différences géographiques, des saisons et des périodes de disette, mais pourquoi s’arrêter au paléolithique ?

    Les intestins de l’homme de cette période ont-ils été génétiquement transformés en quelques siècles par rapport à ses ancêtres australopithèques ou même les grands singes qui avaient un apport de viande très réduit et qui étaient de piètres chasseurs ?

    1. Benoit

      Oui tout a fait: On a l’intestin grêle le plus long de tous et un très court gros intestin, car façonné pour les aliments cuits (ce qui a réduit énormément notre besoin alimentaire que ce soit en quantité ou en temps de digestion) voici un lien montrant les différences:
      https://www.facebook.com/Naturacoach/photos/pb.358563975717.-2207520000.1437225945./10152634876405718/?type=3&theater

      1. J-B

        Oui, ce graphique est intéressant. Mais attention ! Le pourcentage de la longueur de l’intestin par rapport au poids total n’est pas forcément le plus adapté. Il faudrait être sûr que cela corresponde à quelque chose car si (c’est une hypothèse) le grand singe nous ressemble mais avec une masse musculaire deux fois plus importante, sa masse corporelle sera plus élevées que la nôtre, mettons par rapport à la taille, et le pourcentage de la taille de ses intestins par rapport à sa masse sera plus bas mais cela ne nous renseignera pas beaucoup sur ses capacités digestives…

        Je me suis fait comprendre ?

      2. J-B

        Il est assez classique (hof, c’est humain…!) de ne prendre que les chiffres qui nous intéressent pour arriver à la conclusion que l’on a en tête avant de commencer l’étude.

        En l’occurrence, pourquoi prendre le volume total ? Les résultats seront sans doute très différents si l’on prenait la taille.

      3. J-B

        Peut-être, peut-être, je ne suis pas végan ni un gros mangeur de viande.

        Pourquoi la comparaison avec le volume total serait-elle plus opportune, sachant qu’au niveau musculaire, nous ne sommes pas du tout foutus comme les singes ?

        Comment est calculé le volume moyen des humains ? Avec les 30% d’obésité et de surpoids du monde occidental ? C’est à préciser, non ? Car ça peut bousculer brutalement les chiffres.

  2. Benoit

    C’est le cas de tout les sites végans ne donnant QUE la longueurs totale des intestins pour « prouver » que l’on est herbivores (ce qui est bien sure faux)

    1. Pierre

      Non pas tous, loin de là. ;)
      http://www.vivelab12.fr/

Les commentaires sont fermes.