L’obligation vaccinale est-elle voulue par les concitoyens ? (2/2)

Laissez-moi résumer. Dans la première partie de cette enquête, nous avons pu constater que l’obligation vaccinale n’a pas été voulue par les concitoyens, mais bien par le comité d’orientation lui-même.

Alors que les membres de ce comité essayent, tant bien que mal, de nous faire croire que nous l’avons choisi, cette décision n’était partagée par aucun jury sollicité, ni de professionnels ni de citoyens.

Normalement, l’exercice démocratique d’une concertation citoyenne invite le comité d’orientation à imaginer des scénarios sur la base des témoignages citoyens, et sur les rapports des jurys professionnels et citoyens.

Pour rappel, le jury citoyen n’a pu se prononcer sur la notion d’obligation (la moitié était pour, l’autre moitié contre), alors que le jury professionnel était pour une levée de toutes les obligations.

  • Le comité d’orientation présidé par le professeur Alain Fischer a donc imaginé deux scénarios :
  1. La fin de l’obligation vaccinale
  2. L’extension de l’obligation vaccinale, de manière temporaire, et selon plusieurs déclinaisons

Les deux scénarios n’ont pas été traités de la même manière, comme le prouve le rapport du comité d’orientation. Alors que le scénario d’une extension d’obligation est long, argumenté, et défendu par le comité, le second qui prône une levée de l’obligation est bâclé, mais surtout tué dans l’oeuf.

Deux enquêtes d’opinion contre la levée de l’obligation ?

Selon le comité d’orientation, le scénario d’une levée de l’obligation serait dangereux pour la santé publique à cause d’une résurgence « de maladies infectieuses pourtant évitables » écrit-il.

Les membres du comité d’orientation citent deux enquêtes d’opinions faites auprès de médecins généralistes et de couples âgés de moins 30 ans qui indiqueraient qu’une fois l’obligation levée, plus personne ne se ferait vacciner.

D’après l’enquête d’opinion réalisée chez les généralistes, seulement 85% d’entre eux « insisteraient auprès des familles sur l’importance qu’il y aurait à continuer à vacciner les enfants » avec le vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) 1.

Concernant les parents, le comité nous dit que « moins de 80 % des parents âgés de moins de 30 ans ont répondu qu’ils feraient certainement ou probablement vacciner leurs enfants si la vaccination DTP n’était plus obligatoire. » 2

  • Voici ce que pense le comité d’orientation d’un tel scénario à la lumière de ces enquêtes d’opinion:

« Les données des enquêtes d’opinions décrites ci-dessus, concernant les attitudes en cas de levée de l’obligation vaccinale, laissent craindre qu’un tel scénario conduise à une baisse rapide de la couverture vaccinale et à une recrudescence des maladies à prévention vaccinale. » Rapport du comité d’orientation, page 29.

Pourtant, si on prend la peine de trouver et de lire la première enquête d’opinion réalisée chez les généralistes, rien n’indique cela, et ce serait même tout le contraire.

D’après cette enquête, seulement 0.5 % des généralistes sondés déconseilleraient le vaccin DTP.

Avec 0.2 % de généralistes qui ne se prononce pas, nous avons au moins 99.3 % des généralistes qui continueraient de conseiller le vaccin DTP. Des chiffres rassurant, extrêmement rassurant.

Mais peut-être plus intéressant encore, cette enquête d’opinion révèle qu’au moins 75% des généralistes sont contre l’extension de l’obligation. Une opinion qui rejoint étrangement celle du jury de professionnels de la concertation citoyenne sur la vaccination.

Pour la deuxième enquête d’opinion réalisée auprès des jeunes de moins de 30 ans. Là encore, si on regarde d’un peu plus près les résultats du sondage, rien n’invite à craindre une baisse de la couverture vaccinale pour le DTP en cas de levée d’obligation.

Si effectivement 78.7 % des sondés souhaitent que la vaccination DTP se poursuive chez tous les enfants, seuls 2.2 % d’entre eux considèrent que la vaccination doit être interrompue.

17.8 % des sondés estiment que le choix devrait revenir aux parents, ce qui ne permet pas de conclure que ce groupe serait contre la vaccination, bien au contraire.

Autrement dit, ces deux enquêtes d’opinions révèlent qu’en cas de levée de l’obligation vaccinale, seulement 0.5 % et 2.2 % des généralistes et parents de moins de 30 ans arrêteraient le vaccin DTP. Des chiffres encore une fois rassurants, qui vont à l’exact opposé des conclusions du comité d’orientation.

Levée de l’obligation vaccinale : un scénario tué dans l’oeuf

Ainsi, sur la base de deux études d’opinions extrêmement rassurantes, et qui ne laissent à aucun moment préjuger d’une chute vertigineuse de la couverture vaccinale, le comité d’orientation torpille le scénario d’une levée de l’obligation vaccinale.

Une option qui est pourtant « privilégiée par le jury des professionnels de santé et qui est aussi considérée, pour la moitié de ses membres, par le jury des citoyens ».

Plus que jamais, le comité d’orientation est allé bien au-delà de sa mission de synthèse et d’analyse qui lui a été confiée. Le comité d’orientation a réalisé une interprétation fallacieuse de données sociologiques afin d’écarter le scénario le plus plébiscité, mais qui ne lui convenait pas.

  • Mais pire, le comité d’orientation partage des interprétations personnelles de la situation française. Des interprétations qui n’ont pas lieu d’être dans un tel rapport. En effet, celui-ci estime que « la suspension de l’obligation pourrait être perçue comme un désengagement des autorités de santé », devant ainsi « un objectif de santé publique secondaire ».

À aucun moment, le comité d’orientation n’imagine qu’une telle décision pourrait être perçue comme salutaire, responsable et respectable. Une décision qui replacerait les parents au centre de leur santé, en les responsabilisant et en évitant de les infantiliser et de les contraindre.

Mais non, le comité d’orientation présidé par le professeur Alain Fischer préfère discuter de l’impact politique d’une telle mesure plutôt que de s’en tenir à la mission du comité : analyser et synthétiser sans prendre parti.

Manifestement, le comité d’orientation avait déjà un scénario favori avant même que la concertation citoyenne ne soit terminée.

  • Autres interprétations totalement farfelues de la part du comité d’orientation : le scénario imaginant une levée de l’obligation vaccinale « impliquerait que des moyens importants, notamment humains, et en systèmes d’informations permettant un recueil le plus complet possible et rapide des données de couverture vaccinale soient opérationnels. »

Et rajoutant, qu’il faudrait réaliser un « suivi très serré des conséquences en termes d’évolution de la couverture vaccinale et d’impact sur l’épidémiologie des maladies cibles de la vaccination. »

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le comité d’orientation estime que lever l’obligation pour un vaccin, et trois maladies bouleverseraient le système de santé français. Ils estiment même qu’il faudrait complètement revoir le suivi épidémiologique des maladies infectieuses, laissant entendre que le système actuel n’est ni complet ni performant. C’est grave.

Ces déclarations sont à peine croyables, et sont, dans le meilleur des cas, tout aussi applicables à l’autre scénario, qui prône une extension d’obligation vaccinale.

Mais la tribune publiée dans Le Monde nous révèle à quel point cette concertation citoyenne n’était qu’un paravent pour une extension de l’obligation vaccinale.

Obligation élargie : une « nécessité de santé publique » ?

Finalement, l’argument massue du comité d’orientation repose sur une « nécessité de santé publique ». Maintenant que nous avons décortiqué les enquêtes d’opinions, largement dénaturées par le comité et qui ne prédisent aucun drame, nous allons reprendre cet argument massue.

Sommes-nous réellement dans une situation de nécessité de santé publique ? Les onze vaccins pédiatriques sont ultimement dédiés à protéger les nouveau-nées et les enfants du risque d’avoir une maladie infectieuse, et notamment d’en mourir.

Mais combien d’enfants, de moins de 14 ans, meurent aujourd’hui en France à cause d’une maladie infectieuse ? 57.

Selon les chiffres officiels de santé publique, en 2014, 3.686 enfants âgés de 0 à 14 ans sont morts. Seuls 57 d’entre eux sont décédés d’une maladie infectieuse ou parasitaire, soit 1.5 % des cas, au maximum.

Au maximum, dans une situation aussi idéaliste qu’irréaliste, si les vaccins avaient une efficacité de 100 % tout au long de la vie, nous ne pourrions espérer prévenir que 1 à 2 % des décès pour cette classe d’âge.

Voilà l’urgence de santé publique annoncée par le comité d’orientation. Un écran de fumée allumé dès la moindre intervention médiatique, sans fondement épidémiologique.

Pour résumer : une incroyable mascarade

Au terme de cette analyse des rapports des jurys citoyens et professionnels, du rapport du comité d’orientation et de leur tribune écrite au Monde, on ne peut qu’être catastrophé par l’évolution de la situation.

  • Ainsi, le comité d’orientation a :
  1. outrepassé sa mission de synthèse et d’analyse
  2. outrepassé sa mission originelle en recommandant le scénario d’une extension d’obligation
  3. balayé le rapport du jury professionnel invitant à la levée d’obligation vaccinale
  4. travesti les conclusions du jury citoyen, et les enquêtes d’opinions citées dans le rapport final
  5. tué dans l’oeuf le scénario d’une levée de l’obligation sans aucun argument sérieux ni scientifique
  6. jugé que l’extension d’obligation était une « nécessité de santé publique », ce qui est rigoureusement faux

Le travail du comité d’orientation est une honte à l’exercice démocratique et à la déontologie médicale. Si on peut appeler cela « travail ».

La tribune publiée dans le Monde est un concentrée de mensonges. C’est proprement scandaleux.

La première partie de cette analyse est disponible ici.


Références

1. Collange F, Fressard L, Pulcini C, et al. Opinions des médecins généralistes de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur sur le régime obligatoire ou recommandé des vaccins en population générale, 2015. Bull Epidemiol Hebd, 2016;406-413

2. Nicolay N, Lévy-Bruhl D, Fonteneau L, et al. Vaccination : perceptions et attitudes In: Gautier A, Jauffret-Roustide M,Jestin C, eds. Enquête Nicolle 2006 Connaissances, attitudes et comportements face au risque infectieux. Saint-Denis: Inpes, 2006

2 Commentaires

  1. JB

    Merci

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  2. corinne

    bonjour et surtout MERCI pour vos articles toujours bien documentés.

    C’est honteux d’avoir nommé une ministre « maquée » avec les laboratoires. Evidemment, que ne ferait-elle pas pour favoriser ses petits copains !

    je suis totalement opposée à tous ces vaccins, je me demande si ce n’est pas criminel d’en infliger autant sur des tout petits bébés. J’espère que des parents ne se gêneront pas pour aller en justice dénoncer un tel machiavélisme.

    Je crains beaucoup que dans quelques années des centaines (voire milliers) de malades se découvrent suite à cette série de vaccins. Ces gens des labos, cette ministre n’ont vraiment aucun recul, et n’ont pas de petits-enfants, ils n’infligeraient pas des horreurs pareilles à ces tout petits. Quelle horreur !

    Continuez de nous informer et encore merci.

    Reply

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