L’obligation vaccinale est-elle voulue par les concitoyens ? (1/2)

Dans une tribune au « Monde » publiée le 24 octobre 2017, les membres du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination estiment que l’obligation vaccinale élargie est voulue par les Français. Pourtant, ils démontrent publiquement qu’ils ont magistralement ignoré et dénaturé les propos du jury citoyen et professionnel, pour émettre leur propre avis, celui d’une extension de l’obligation vaccinale.

La tribune de trop pour le comité d’orientation sur la vaccination

Dans cette énième tribune accordée au Monde, intitulée « l’obligation vaccinale est voulue par nos concitoyens », les signataires du comité d’orientation confessent qu’ils ont allègrement ignoré le fruit de plus de six mois de travail réalisé lors de la concertation citoyenne par deux jurys, l’un citoyen et l’autre professionnel.

Ainsi, les membres du comité d’orientation ont déclaré que « le temps de la réflexion collective et du débat a été respecté ». Ils rajoutent que cette obligation vaccinale n’est pas la volonté directe du gouvernement, ni d’une « lubie ministérielle » ou d’une « obsession sécuritaire », mais bien celle « voulue par nos concitoyens ».

Sur une durée de six mois, cette concertation citoyenne aurait permis, selon les signataires de cette tribune, « à un panel de citoyens d’aboutir à une position claire ». Des citoyens qui auraient donc déclaré que « lorsque la pédagogie et l’incitation ne produisent pas les effets attendus pour protéger le bien commun, l’obligation peut être un outil pertinent. »

Alain Fischer, le président du comité d’orientation et d’autres membres estime que les concitoyens ont tranché « majoritairement en faveur d’un recours indispensable à l’obligation ». Mais lisez plutôt cet extrait de la tribune :

« Nos concitoyens ont parfaitement compris qu’aujourd’hui, dans le cas de la vaccination, c’est bel et bien de cette balance qu’il est question : la part de liberté de chacun pesée à l’aune de la protection de tous. Les acteurs de la concertation citoyenne réunie sur la vaccination ont exposé en détail, dans un avis rendu public (sur le site www.concertation-vaccination.fr), la délibération méthodique qui les a conduits à trancher majoritairement en faveur d’un recours indispensable à l’obligation. »

Un tissu de mensonges

En plus de trahir la mission originelle donnée au comité d’orientation, qui est de synthétiser les avis des deux jurys citoyens et professionnels, le comité présidé par Alain Fischer n’a absolument pas pris en compte l’avis des professionnels de santé ni celui des citoyens.

Les preuves sont malheureusement écrites sur le site officiel de la concertation citoyenne sur la vaccination, dans les rapports des deux jurys sollicités (rapport citoyen et rapport professionnel). Des rapports que vous ne lirez probablement jamais, ou du moins, c’est bien ce qu’espère l’ensemble des membres du comité d’orientation à l’origine de cette tribune.

Si l’on s’en tient strictement aux réflexions et conclusions émises par le jury de citoyens, aucun consensus n’a pu être trouvé quant au caractère obligatoire ou seulement recommandé des vaccins. C’est exactement ce qui est écrit dans le rapport :

« Un point a fait débat au sein du groupe : pour faciliter la vaccination, faut-il ou non lever le
caractère obligatoire ? »

Pour la moitié des membres de ce jury citoyen, « lever le caractère obligatoire faciliterait le recours à la vaccination pour deux raisons ». Premièrement, pour mettre tous les vaccins sur le même pied d’égalité, et deuxièmement, pour limiter le sentiment de contrainte, ce qui permettrait d’éviter « des résistances fortes à la notion même d’obligation », écrit le jury.

Pour l’autre moitié du jury, cette levée de l’obligation vaccinale pourrait entraîner une baisse de la couverture vaccinale et la possible « résurgence de maladies quasi disparues ».

  • Finalement, le jury l’écrit noir sur blanc à la page 5 de ce rapport concernant l’obligation vaccinale :

« Un consensus n’a pas été possible, néanmoins, il est très clair que les différentes recommandations ci-dessous conviennent à l’unanimité, quel que soit le statut à venir des vaccins ».

Les recommandations validées à l’unanimité concernent la diffusion d’information indispensable sur les vaccins; une information qui doit être « claire, transparente et précise »; se renseigner sur les calendriers vaccinaux à l’étranger; d’uniformiser les dispositifs légaux couvrant les vaccins obligatoires; de renforcer la formation des professionnels de santé sur la vaccination… et bien d’autres choses.

  • Aucune recommandation ne porte sur le caractère obligatoire ou non des vaccins, selon les citoyens sollicités pour cette concertation.
  • Les membres du comité d’orientation sur la vaccination trahissent éhontément les propos de ces citoyens, sans aucune gène.
  • C’est jeter ainsi à la poubelle le fruit de six mois de travail. Et c’est à se demander si les membres du comité d’orientation pilotée par Alain Fischer ont bien lu le rapport du jury citoyen !

Et l’avis du jury de professionnels de santé ? Ignoré, lui aussi

Selon les membres du comité d’orientation, « cet avis citoyen a reçu le soutien des professionnels de la vaccination« . Vraiment ? Là encore, nous disposons de l’avis écrit du jury de professionnels sur la vaccination. Là encore, cet avis a été au mieux très mal compris, et au pire, jeté à la poubelle.

À la question « à quelles conditions l’obligation de certaines vaccinations vous paraît-elle acceptable ? »

  • La réponse du jury professionnel est la suivante :

« L’évolution de la société nous amène à considérer le patient comme responsable et maître de sa santé. En posant l’hypothèse du tout obligatoire, le patient se retrouve dépossédé de la prise de décision concernant sa santé. Si on « l’oblige à », on ne l’incite pas à décider pour lui-même. L’obligation vaccinale en France ne peut plus être le seul principe de préconisation des politiques de santé publique. Le principe d’obligation vaccinale n’instaure pas la confiance, pire, il est contre-productif. Au titre de la liberté individuelle, le citoyen se place dans une position de défiance, voire de défense ».

Ils précisent que « l’obligation vaccinale reste acceptable en cas de situation épidémiologique grave à risques majeurs […] ».

Mais le jury ne s’arrête pas là et propose « de sortir de la dénomination « obligation » pour les vaccins » (DTCP, ROR, Haemophilius, Pneumocoque, Méningite, Hépatite B).

  • Finalement, le jury conclut que :

« Sortir de l’obligation vaccinale permettrait une plus grande responsabilisation des parents, des citoyens, mais aussi des adolescents et des jeunes adultes. Comprendre pourquoi tel ou tel vaccin est indispensable est différent que d’imposer l’obligation de certains vaccins. La surveillance de données épidémiologiques permettra d’évaluer la pertinence de cette nouvelle stratégie ».

  • Le jury professionnel s’est, à la différence du jury citoyen, clairement montré favorable à la levée de l’obligation vaccinale.

Un triple fiasco : démocratique, scientifique et déontologique

Pour reprendre les termes du Formindep, une association médicale pour la formation indépendante des professionnels de santé, le résultat final de cette concertation citoyenne est un fiasco démocratique, scientifique et déontologique.

Manifestement; le comité d’orientation pense avoir suivi les recommandations des deux jurys en proposant une extension de l’obligation vaccinale, « le seul outil qui paraisse aujourd’hui capable de […] rattraper nos voisins européens en matière de couverture ».

Pire, le comité d’orientation est persuadé d’avoir respecté la « parole citoyenne », qui se serait « exprimée clairement en faveur de l’intérêt collectif et de la protection des plus faibles ».

Comment peut-on prétendre vouloir restaurer la confiance des Français envers la vaccination en trahissant aussi violemment le résultat de six mois de travail réalisé par les deux jurys citoyens et professionnels ? Cette bien mauvaise tribune n’est pas sans rappeler une précédente…

Mais le comité d’orientation n’a-t-il pas oublié sa mission ? Une mission d’analyse et de synthèse, normalement. Et que dire de la qualité du rapport qui a été écrit ? Il semblerait que deux enquêtes d’opinions ait suffi à torpiller le scénario d’une levée de l’obligation. Et que dire de cet élargissement des obligations qui serait aujourd’hui « une nécessité de santé publique » ?

Toutes les réponses à ces questions, fondamentales pour mieux comprendre, vous sont présentées ICI (partie 2).


Alors, sans remettre en cause l’intérêt de la vaccination, que pensez-vous de cet exercice démocratique et des conclusions du comité d’orientation ? Perso, j’estime qu’ils se moquent un peu de nous.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *