OGM: l’étude unique au monde sous le feu des critiques

L’étude qui accuse les OGM

Elle fait la une de l’actualité depuis quelques semaines. Une étude publiée dans le très sérieux Food and Chemical Toxicology par l’équipe du professeur Séralini vient de mettre en évidence une certaine toxicité d’un maïs transgénique MON-00603-6 (généralement appelé NK603) et du fameux herbicide Round Up commercialisé par la multinationale Monsanto.

Sans entrer dans les détails du protocole, l’impact de la consommation de ce maïs transgénique et du Roundup (avec toutes les combinaisons possibles) a été étudié sur des souris de laboratoire pendant deux ans.

Les résultats sont éloquents et accablants

Chez les femelles, la mortalité était 2 à 3 fois plus élevée et arrivait beaucoup plus rapidement. Les femelles développaient le plus fréquemment des tumeurs mammaires, et des tumeurs de la glande pituitaire. Finalement, l’équilibre des hormones sexuelles a été modifiés à cause du maïs transgénique et du Round Up.

Chez les mâles traités, les congestions du foie étaient de 3 à 6 fois plus grosses que les mâles témoins. Les néphropathies rénales étaient également légèrement supérieure, jusqu’à 2 fois plus grosses. Finalement, les mâles nourris au maïs transgénique et au Roundup présentaient des tumeurs 4 fois plus grosses, qui survenaient jusqu’à 600 jours plus tôt que dans les groupes contrôles.

Les auteurs de l’étude pensent que ces résultats sont le fait des perturbations endocriniennes du Roundup, et de la surexpression du transgène présent dans le maïs de la firme.

L’objectif de cet article n’est pas de parler en détail des résultats de l’étude. Le monde médiatique s’en est très bien chargé.

Par contre, les auteurs de l’étude et leurs résultats sont attaqués par certaines personnes de la sphère scientifique que je trouve extrêmement mystérieux…enquête.

  • Figure 1. Photographies des tumeurs apparues chez les rats nourris au Round Up et au maïs transgénique. (Source)

L’étude accusée 9 fois !

Cet article fait le point sur toutes les critiques qui sont adressées à l’étude du professeur Séralini. Au nombre de 9, je vous les liste très brièvement :

  1. L’échantillon de 200 rats est trop faible
  2. La race des rats utilisés développe facilement des cancers
  3. Les rats mâles nourris au maïs OGM ne développent pas plus de tumeurs que les témoins
  4. La diète complète des rats n’est pas connue
  5. La quantité d’OGM absorbée par les rats et sans commune mesure avec celle des hommes
  6. Le journal scientifique choisi pour publier n’est pas le plus prestigieux
  7. L’auteur de l’étude serait un anti-OGM
  8. L’auteur de l’étude n’est pas un cancérologue, il n’a pas l’expertise nécessaire pour interpréter ces résultats
  9. Il faut une contre-expertise

Toutes les critiques et les réponses d’un auteur de l’étude sont disponibles sur le lien précédent. Mais je vais vous épargner de lire un article supplémentaire…

Globalement, toutes les réponses aux critiques possèdent la même ligne directrice :

 

Nous avons suivi le même protocole que Monsanto

 

Voilà. En fait, les auteurs de l’étude ont suivi exactement le même protocole scientifique qu’on utilisé les plus grandes firmes (Monsanto, etc.) pour faire valider la commercialisation de leurs produits (ou autorisation de mise sur le marché).

La plupart des critiques sont donc caduques, car les auteurs ont plutôt intelligemment suivi les procédures à l’origine des autorisations de mise sur le marché des produits qu’ils ont étudiés.

La seule différence est la durée de l’expérience. Les expériences de la filiale de Monsanto sur les OGM ne duraient que 3 mois, alors que celle du professeur a durée 24 mois.

Cette étude met clairement en évidence que la durée de 3 mois choisie par Monsanto ne permet pas d’observer cliniquement les cas de morts par maladies liés aux produits testés.

Sur le net, deux noms apparaissent dans quasiment tous les articles (Dossier Familial) (L’atlantico) (Le monde) qui traitent de cette étude : Gérard Pascal et Tom Sanders. De nombreux articles citent ces messieurs et leurs arguments contre l’étude du professeur Séralini…

Mais qui sont-ils au juste ?

Si vous vous êtes intéressés de près ou de loin à cette histoire, vous avez pu voir cette phrase :

[…] Gérard Pascalancien toxicologue spécialiste des OGM à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), aujourd’hui consultant pour des entreprises agroalimentaires, cette étude […]

Et

[…] Même constat pour Tom Sanders, responsable des recherches en nutrition au King’s College London, qui […]

Tom Sanders est facilement identifiable sur le net, il bénéficie d’une belle page web où ses critiques et ses affiliations (lire conflits d’intérêts) sont indiqués.

Après 3 minutes de lecture, les mots…

  • Aspartame
  • Nutrasweet
  • Monsanto

…apparaissent dans le texte. M. Sanders est un consultant de Nutrasweet, qui commercialise le fameux aspartame. Pour boucler la boucle, Monsanto dirige Nutrasweet.

Ces révélations discréditent totalement les moindres critiques et remarques de M. Sanders à propos de l’étude du professeur Séralini.

Par contre, pour M. Pascal l’ancien toxicologue de l’INRA, la tâche fut moins aisée. J’ai découvert que M. Pascal fut un expert de l’AFSSA (l’ancienne version de l’ANSES).

Ensuite, j’ai découvert que M. Pascal était un membre de l’AFIS, l’association française pour l’information scientifique. Cette association est garnie de membres, dont la plupart sont suspectés de liens avec l’industrie chimique et notamment Monsanto.

Nous n’avons pas la possibilité d’accéder aux déclarations publiques d’intérêts des membres de cette association, bien qu’il y ai eu une demande.

Ce n’est qu’en regardant dans mes articles et en fouillant un peu plus loin que j’ai découvert les nouveaux employeurs de M. Pascal

Nestlé et l’ILSI (International life sciences institute). Je n’ai pas besoin de présenter la tristement célèbre firme Nestlé. Par contre, j’ai enquêté sur l’ILSI, et les résultats enfoncent un peu plus M. Pascal.

L’ International life sciences institute est une vitrine internationale de toutes les plus grandes firmes agrochimiques et agroalimentaires de la planète. Sur les 31 membres du conseil d’administration de l’association, 14 sont issues de l’industrie chimique, pharmaceutique ou alimentaire.

On notera la présence de Kraft foods, Kellogs, Monsanto, Coca-cola, Pepsico, General Mills, Danone et bien sûr Nestlé en lieu et place du président du conseil (page 15).

Les revenues de cette association viennent à hauteur de 70% des membres. Les membres qui composent l’association ne sont d’autres que :

  • Abbott Healthcare Pvt. Ltd
  • Ajinomoto Co, Inc, ASEAN Headquarters
  • AstraZeneca AB
  • BASF (China) Co., Ltd.
  • Bayer AG/Bayer CropScience
  • Coca-Cola (Japan) Co., Ltd.
  • Corn Products Andina Colombia
  • Danone
  • Dow AgroSciences Argentina S.A.
  • DSM (China) Ltd.
  • General Mills
  • GlaxoSmithKline
  • Kellogg
  • Kikkoman Corporation
  • Kraft Foods (China) Company Limited
  • L’Oreal Corporation
  • Laboratories, Inc.
  • Mars
  • McDonald’s (China) Co., Ltd.
  • Merck Consumer Healthcare
  • Monsanto – Ecuador
  • Nestlé
  • Novartis Pharmaceuticals Corporation
  • PepsiCo (China) Limited
  • Pfizer Consumer Healthcare
  • Red Bull
Et il en reste 20 fois plus.
  • Figure 2. Répartition des financements de l’ILSI.

Dans un article que j’ai écrit au début du blog, je parlais de la source du financement de l’étude et des biais possible. Il a été prouvé que lorsque le sponsor d’un produit finance l’étude scientifique, les conclusions seront favorables 4 à 6 fois plus que si le financement provient d’une source indépendante , il nous est donc impossible de faire confiance à l’ILSE, et donc à M. Pascal.

Pour terminer cet article, je vais maintenant parler des conflits d’intérêts d’une 3ème personne…

Le professeur Séralini, le premier auteur de l’étude.

Des conflits d’intérêts, même dans le bon sens ?

 

  •  Figure 3. Les auteurs de l’étude sur le maïs transgénique.

Je m’attaque dans presque tous mes articles aux conflits d’intérêts des auteurs, des financeurs, des décideurs, des experts, des commissions, etc, etc.

Dans tous les cas, les conflits d’intérêts ont permis ou permettent de mettre sur le marché des produits dangereux pour la santé des populations.

Mais qu’en est-il des conflits d’intérêts de scientifiques qui veulent retirer du marché des produits potentiellement dangereux ?

L’étude de M. Séralini a coûté plus de 3 millions d’€, financée par le CERES, la fondation ‘‘Charles Leopold Mayer pour le Progrès de l’Homme’’, le ministère français de la Recherche et le CRIIGEN.

Le CRIIGEN, c’est quoi ?

C’est le Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie Génétique. Le CRIIGEN c’est également un président, le Dr Joël Spiroux de Vendômois, et un président du conseil scientifique, le Pr Gilles-Eric Séralini.

Vous l’aurez devinés, ces deux personnes sont les deux auteurs principaux de l’étude à scandale sur le maïs OGM et le Round Up de Monsanto.

D’autre part, Auchan et Carrefour sont désignés comme des financeurs de l’étude car ils misent beaucoup leur campagne de publicité sur la non utilisation de produits génétiquement modifiés. Les résultats iraient donc dans leur sens…

La question est là

Certes, les auteurs de l’étude qui dédouanent complètement l’innocuité des OMG et du Round Up sont peut-être sous de fort conflits d’intérêts…Mais quand l’intérêt de l’étude est d’empêcher la commercialisation d’un produit dangereux pour la santé…Où est la limite ?

Tout le débat est là, et s’il faut attendre une contre-expertise sur le même principe. Il nous faudra attendre au minimum 2 à 3 ans, si ce n’est pas 4 ans, avant de voir des résultats tomber. Qu’ils soient bon ou mauvais.

 L’actualité en livre !

Ces sujets qui font la une des médias font également l’objet de publication de livres. Voilà pour vous le livre du même auteur de l’étude sur les OGM et un autre, très célèbre également.

>> Tous cobayes !

>> La vérité sur les OGM, c’est notre affaire !

Jérémy Anso

 

15 Commentaires

  1. Chris

    Merci pour cet article et pour le blog en général !

    Bonne continuation !

    Reply
  2. Sylvain

    Effectivement, c’est confondant. Difficile de faire confiance.
    La critique la plus constructive, et venant de quelqu’un qu’on ne pourra accuser d’être pro-ogm est à mon avis, celle de M. Narbonne ( http://www.huffingtonpost.fr/jeanfrancois-narbonne/lacunes-resultats-suprenants-et-inexplicables-letude-anti-ogm-sur-la-sellette_b_1902634.html ). Bizarrement, si j’en crois l’étude, le round-up serait bon pour les rats ! (à moins que ça ne soit que peu significatif)
    En attendant, je vais éviter les OGM, par précaution, c’est assez facile, vu que j’évite soja, maïs et blé. Mais je suppose que je finis par en manger contre mon gré.

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    1. Jérémy Anso

      J’ai lu l’article du Pr Narbonne 5 minutes après avoir publié mon article. Et j’avoue qu’il fait beaucoup réfléchir. Je le connaissais d’avant et je lui apporte beaucoup de crédit. Je ne suis pas 100% d’accord avec lui mais son expertise de toxicologue montre bien les faiblesses de l’étude, c’est indéniable.

      Je te parle juste du point où je ne suis pas trop d’accord, c’est les financements. Je pense qu’il accorde trop de confiance envers les « experts » qu’il juge presque d’incorruptible. Et pourant, une étude a prouvé que le financement d’une étude orienté significativement les conclusions en faveurs du sponsor de l’étude. Il y a donc bien un biais à prendre en compte.

      Je dois lire et relire son article qui est ultra dense mais vraiment clair !
      Je suis de ton avis, principe de précaution, pas d’OGM.

      Reply
      1. Adrien

        Intéressant cette critique de Jean-François Narbonne, ça fait effectivement réfléchir mais difficile avec nos maigres connaissances de juger les débats d’expert (en tout cas avec les miennes) !
        Tu sembles, Jérémy, donner pas mal de crédibilité à ce scientifique… mais il semble tout de même défendre fortement les intérêts de l’ANSES. Normal d’un côté qu’il défende son travail et celui de ces collègues « experts » de cette agence sanitaire, mais il est plus dur de savoir s’il n’existe pas un fort lobying exercé sur ces agences gouvernementales.

        De la même manière, Narbonne a démenti le documentaire « Notre poison quotidien » de Marie-Monique Robin à sa sortie : http://www.lanutrition.fr/bien-dans-sa-sante/environnement/contaminants-alimentaires/pr-narbonne-notre-poison-quotidien-accumule-les-contre-verites.html
        Les gens qu’il appelle « les activistes » ont répondu à ses accusations. Marie-Monique Robin elle-même : http://robin.blog.arte.tv/2011/05/23/les-propos-incoherents-de-jean-francois-narbonne-1/ et un spécialiste de l’évaluation des risques sanitaires, André Cicolella : http://reseau-environnement-sante.fr/2011/04/04/la-vie-du-reseau/reponse-a-jean-francois-narbonne/#more-1662
        Je n’ai pas encore eu le temps de regarder plus en profondeur ces articles mais je suis curieux de savoir ton avis sur la question. L’étude de l’équipe du professeur Séralini est loin d’être parfaite, mais dur de prendre à la lettre les arguments de Narbonne tant que nous n’avons pas vu d’autres contre-arguments… Et quand bien même, n’y aura-t-il alors que notre intuition pour nous aider à faire la part des choses ? Ou peut-être trouverons-nous plus convaincant le « camp » qui répandra les idées qui se rapprochent le plus de nos valeurs ?

        Sinon, félicitation pour ton blog, les sujets que tu abordes sont très intéressants ! Et bienvenu au centre IRD de Nouméa ;) (bien que tu ais l’air d’être arrivé depuis déjà plusieurs mois !)

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        1. Jérémy Anso

          Bonjour Adrien et bienvenu,

          Merci pour ton commentaire, j’ai lu avec attention les liens que tu as mis et je dois bien admettre qu’ils ont terni l’image que j’avais de Narbonne.
          Effectivement il n’est pas si « blanc » que ça et impartial dans ses témoignages et analyses.

          Je ne te ferais pas un résumé des réponses de Narbonne, mais il approxime beaucoup et montre des conflits d’intérêt avec une sous filiale du groupe Totale qui vend des produits pharmaceutiques ou chimiques (j’ai un trou de mémoire) .. ah si le bisphénol A ! Donc.. j’ai dorénavant de sérieux doute sur ce bonhomme…

          Merci d’avoir apporter ton avis sur la question,
          au plaisir de te lire.

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  3. Julien

    Super article !
    Bravo Djé.

    Reply
    1. Jérémy Anso

      Merci Ju’ ; )

      Reply
  4. JB

    Bien écrit et objectif, ça résume parfaitement la situation.

    Le problème majeur c’est que maïs et soja sont vraiment partout, dur à éviter : comme d’habitude, le mieux c’est d’éviter les aliments industriels et de toujours aller vers les produits non transformés :)

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  5. Cécile

    Ce qui est fou tout de même c’est qu’on ne puisse pas avoir une étude complètement indépendante sur le sujet.
    Ce serait pas mal de pouvoir faire financer des projets de recherche directement par des citoyens (parce que l’indépendance des gouvernements…). Mais bon on rêve là.

    Reply
    1. Jérémy Anso

      Je crois que tu as raison, le saint graal de l’indépendance à 100% est une rêverie. Il faudrait un bon coup de balai.
      Je suis en train de me coltiner tous les comités d’experts français de l’ANSES.. et bien c’est pas jolie !

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  6. Lucas

    Ca me rappelle quelque chose que j’ai entendu … Oh, était-ce là ? Tu devrais jeter un oeil à ce documentaire, Jérémie, je l’ai trouvé assez intéressant : http://www.youtube.com/watch?v=Qy8zS1VKo1k

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    1. Jérémy Anso

      Vu. En effet, très intéressant. Il a le mérite de mettre l’accent sur le pouvoir du lobbying en France.
      L’indépendance des experts est foutrement à revoir !

      Reply
  7. elo

    ça pourrait peut-être intéresser, elle dure 2h12 mais regarde jusqu’à la fin sur youtube : thrive : mais que faut il donc pour prospérer? bravo pour toutes tes recherches. je ne suis qu’une jeune de 26 ans mais qui prend conscience de beaucoup de choses et je commence à agir vraiment pour l’avenir. a mon échelle, doucement mais j’espère de plus en plus et surtout que les gens prennent consciences de toute cette réalité. Je suis écoeurée mais heureuse de voir que des personnes se réveillent. L’espoir fait vivre…

    Reply
    1. Jérémy (Post author)

      Salut Elo et bienvenue sur le blog,

      J’ai commencé à regarder le reportage, je le fini et je te donnerai mon avis dessus !

      En tout cas, à ton âge, c’est vraiment cool comme état d’esprit, l’action c’est évidemment le mieux !

      Je suis plus pour « l’espoir fait survivre » que vivre ! ; )

      Reply
      1. elo

        ne me dis pas bienvenue je suis « elo » ou « elo elo » lol dsl j’ai pas fais gaffe que mon pseudo n’étais pas le même. OK c’est cool tu me diras ça alors… Dans mon entourage on ne veut pas la regardé car c’est de l’extrême… pour moi c’est la réalité enfin, je pense…
        Oui tu as raison l’espoir fait survivre, c’est plus dans notre actualité … :)

        Reply

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