Qui des végétariens ou des omnivores crèvent le plus de maladies cardiovasculaires ?

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« Manger végétarien, pas de réels bénéfices sur la santé cardiovasculaire selon une étude »

C’est Le Parisien.fr qui le dit, une toute nouvelle étude s’est encore une fois penchée sur la santé (et notamment cardiovasculaire) des végétariens comparés aux omnivores. Les bouffeur de viande et de poisson contre les bouffeurs de graines et de légumes.

Oh je déconne. Pour rappel quand même, les végétariens consomment des produits laitiers (lait, œuf et fromage) mais exit la viande et le poisson. Les omnivores ? Ils mangent de tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi en fait).

Enfin bref, cette « étude » que je met entre guillemet car elle n’est pas encore publiée dans un journal à comité de lecture 1, et qu’il est impossible de retrouver sur le site de La Parisienne (c’est pas bien, il faut bien citer ses références bordel !), a été diffusé lors d’un congrès de l’American College of Gastroenterology.

Le résultat principal de cette étude nous dit que les quelques 263 végétariens suivis ont eu autant d’accidents cardiovasculaires (voir la définition de l’OMS) que les omnivores. Voilà voilà.

Heureusement, La Parisienne n’oublie pas de préciser que les mangeurs de tofu sont généralement plus jeunes, de sexe féminin (mais ça on s’en balance un peu), mais surtout qu’ils sont moins obèses et moins touchés par le syndrome métabolique.

Voilà qui donne du grain à moudre pour les anti-végés…

« Votre régime soit disant santé ne sert à rien si il ne protège même pas contre la première cause décès, les accidents cardiovasculaires ! »

Merde… Ils n’auraient pas tord en plus ces couillons-là…

Mais les études publiées sur ce point précis, elles disent quoi ? Et je parle des « vrais » études, les synthèses et les méta-analyses publiées dans des journaux à comité de lecture.

Manger végé protégerait bien contre les accidents cardiovasculaires

La plus récente étude sur ce sujet a été publiée cette année par une équipe italienne de l’Université de Florence 2. Cette étude est une synthèse couplée d’une méta-analyse des études d’observations sur les bienfaits d’une diète végétarienne et végétalienne.

Sans entrer dans les détails, l’étude est indépendante et montre un effet protecteur d’éviter la viande et le poisson sur la santé cardiovasculaire. Les végétariens auraient 25 % de risque en moins de mourir d’une cardiopathie ischémique (c’est quoi ce bordel?).

130.000 végétariens, et 15.000 végétaliens, ont été pris en compte dans cette méta-analyse, et c’est autrement plus fiable et sérieux que les 263 pelés de notre petite étude américaine…

L’étude nous balance également que les végétariens ont 8 % de cancers en moins que les omnivores, et pour les végétaliens ça monte à 15 % de risques en moins. Mais je m’égare…

Une plus modeste étude chinoise nous indique que les personnes qui consomment le plus de légumes, de fruits, de noix ou de légumineuses auraient moins de risques de faire un cancer gastrique, et de mourir d’un accident cardiovasculaire 3On se rapproche d’une diète végétarienne.

En 2014, deux chercheurs de l’école de santé publique de l’Université de Loma Linda confirme l’effet protecteur d’une diète végétarienne sur la santé cardiovasculaire 4. Mais aussi des effets positifs sur l’obésité, le diabète de type 2 ou encore l’hypertension comparés aux omnivores.

EN 2009 et en 2013, deux études allaient encore dans ce sens là : les bouffeurs de barbaques et de poiscailles ont plus de « chances » de faire un accident cardiovasculaire 5 6.

Alors voilà, ce n’est pas notre minuscule étude même pas encore publiée qui va pour le moment remettre en cause les bienfaits de la diète végétarienne. Non. D’autres auteurs font ça très bien, et alimentent joliment le débat en pointant quand même du doigt que les bénéfices pourraient être sur-estimés, ou bien cantonnés à nos copains américains croyants de l’Église du 7ème jour… 7 8

Vegan, végétarien, pesco chais pas quoi, ou carniste… Peu importe !

Au final, cette foutu guéguerre entre les « omni » et les « carnistes » (un terme que je n’aime pas spécialement et bien décortiqué par mon poto Sylvain ici) n’est pas prête de se terminer…

Si ces études mettent bien une chose en avant : c’est que les personnes qui font le plus attention à ce qu’elles mangent semblent être en meilleur santé.

Voilà l’enseignement de toute cette science imbuvable.

Les adeptes du régime méditerranéen, qui mangent des produits animaux avec parcimonie, mais qui consomment aussi de l’huile d’olive, des noix, et du vin rouge, ont généralement une PUTAIN de bonne santé.

Même les adeptes du régime « Paléo » ou bien nos copains qui se les gèlent en Alaska semblent avoir une santé cardiovasculaire correcte, et ma foi similaire avec le mangeur lambda…

La bataille entre les grandes diètes n’est pas prête de s’arrêter, du moins sur les bénéfices pour la santé, car il aussi prendre en compte les impacts environnementaux de nos habitudes alimentaires et l’atteinte dramatique au bien être animal. Ouais, nos bêtes d’élevages ne le vivent pas super bien…

Alors ? On fait GAFFE à ce qu’on mange


Références

1. Hyun-seok Kim, MD, MPH, Laura Rotundo, MD, Jill Deutsch, MD, Neil Kothari, MD, Sushil Ahlawat, MD, Michael Demyen, MD, Nikolaos Pyrsopoulos, MD, PhD, MBA. OBESITY AND CARDIOVASCULAR DISEASE RISK IN VEGETARIANS IN THE UNITED STATES: A POPULATION-BASED STUDY. Program No. P1382. ACG 2016 Annual Scientific Meeting Abstracts. Las Vegas, NV: American College of Gastroenterology.

2. Monica Dinu MSc, Rosanna Abbate MD, Gian Franco Gensini MD, Alessandro Casini MD & Francesco Sofi MD, PhD (2016): Vegetarian, vegan diets and multiple health outcomes: a systematic review with meta-analysis of observational studies, Critical Reviews in Food Science and Nutrition.

3. Wang, J. B., Fan, J. H., Dawsey, S. M., Sinha, R., Freedman, N. D., Taylor, P. R., … & Abnet, C. C. (2016). Dietary components and risk of total, cancer and cardiovascular disease mortality in the Linxian Nutrition Intervention Trials cohort in China. Scientific reports, 6.

4. Le, L. T., & Sabaté, J. (2014). Beyond meatless, the health effects of vegan diets: findings from the Adventist cohorts. Nutrients, 6(6), 2131-2147.

5. Crowe, F. L., Appleby, P. N., Travis, R. C., & Key, T. J. (2013). Risk of hospitalization or death from ischemic heart disease among British vegetarians and nonvegetarians: results from the EPIC-Oxford cohort study. The American journal of clinical nutrition, 97(3), 597-603.

6. Craig, W. J. (2009). Health effects of vegan diets. The American journal of clinical nutrition, 89(5), 1627S-1633S.

7. Kwok, C. S., Umar, S., Myint, P. K., Mamas, M. A., & Loke, Y. K. (2014). Vegetarian diet, Seventh Day Adventists and risk of cardiovascular mortality: A systematic review and meta-analysis. International journal of cardiology,176(3), 680-686.

8. Ravera, A., Carubelli, V., Sciatti, E., Bonadei, I., Gorga, E., Cani, D., … & Lombardi, C. (2016). Nutrition and Cardiovascular Disease: Finding the Perfect Recipe for Cardiovascular Health. Nutrients, 8(6), 363.

12 Commentaires

  1. Pralon

    La meilleure manière de s’alimenter est déjà connu pourquoi tournée autour du pot si longtemps. Un ratio 80 10 10 environ ! Pas d’huiles hautement raffinées, très peu de viande ou poisson et une part belle au féculent NON-RAFFINEES pour une énergie de qualité, y’a pas de secret vraiment pas …

  2. JBV

    Je vais peut être dire une bêtise, dis-moi ce que tu en penses Jérémy, mais je suis étonné qu’on ne prenne en compte que le régime des personnes au moment de l’étude. Et celui qui 35 ans de côtelettes d’agneau derrière lui ? Il suffit qu’il n’en consomme plus pour changer de catégorie ?

    Vous imaginez la même chose avec les fumeurs, en classant les anciens fumeurs comme non-fumeurs ?

  3. flo

    grande ou petite surface du coin, il y a autant de produits ultra transformé ou sans valeur nutritionnelle… je dirais plutôt acheter des produits frais de saison non transformé

  4. NOiD

    Première fois que je lis un avis nuancé et réaliste sur toutes ces études idiotes, qui ne mettent jamais en évidence que des corrélations et pas du tout des arguments solides en faveur de tel ou tel régime. Excellente conclusion, bravo.

  5. Hortecay

    Oui, bon, toute ces comparaisons Végés vs Omni en oubliant LA principale corrélation. Celle de regarder le mode de vie.

    Ce qui fait penser que les végés sont en meilleure santé, c’est surtout parce que la grosse majorité des Végés ne boivent pas, ne fument pas, font du sport et font attention à ce qu’ils mangent, à savoir qu’ils arrêtent de manger des « crasses », des cochonneries.
    Je crois que l’alcool, le tabac, la léthargie, ça rentre certainement plus en ligne de compte dans les facteurs de risques que l’alimentation.
    J’aimerais vraiment une fois qu’on compare végétarien à omnivore « vertueux », je veux dire par là quelqu’un qui ne boit pas, ne fume pas, fait du sport et fait attention à ce qu’il mange, à savoir mange varié, équilibré, ne va pas manger tous les jours au fast-food, tout en mangeant de la viande, du poisson, des oeufs et des produits laitiers.

    A mon avis, là, les résultats vont être très différents;

    1. NOiD

      Exactement ! Vous mettez le doigt pile sur le biais de toutes ces études :) Marrant qu’elles soient régulièrement reprises par les vg/vegan et adeptes de la « nature » pour alimenter leur prosélytisme, eux qui sont rarement les derniers à accuser les autres d’être biaisés xD

  6. Hortecay

    Quand à l’impact environnemental, ça, c’est mon domaine.

    Et oui, nous avons un grave problème d’élevage industriel, émetteur de gaz à effet de serre (17% des émissions), doublant la production agricole, agriculture qui détruit les écosystèmes. Oui, c’est un problème à corriger, et contre lequel il faut prendre des mesures.

    En attendant, le problème, c’est que le végétarisme/véganisme, c’est l’extrême inverse, ça ne va rien arranger, ça va amener d’autres problèmes.

    Au delà de l’élevage intensif qui engraisse les animaux aux céréales, les animaux que sont les ruminants comme les vaches, les moutons, les porcs,… ne mangent pas de céréales, et ils n’en ont jamais eu besoin.
    Ils mangent de l’herbe, des feuilles, du foin. Ils ingèrent la cellulose des plantes, que nous n’ingérons pas. Ils transforment cette cellulose en lipides/protides, que nous ingérons.

    Vous prenez une seule vache nourrie exclusivement d’herbe et de feuilles ou éventuellement de foin, de fourrage, elle aura nécessité un pré d’un hectare et demi. Cette dernière va produire 200 kg de viande dégraissée et désossée, sans compter les organes, tout à fait mangeables également. 200 kg de viande, ça fait un repas pour 300 personnes minimum (et encore, 750 grammes de steak, c’est énorme, je dirais même 400 personnes), et cela sans aucune culture quelconque. L’équivalent en culture de végétaux fait justement plus de 5 hectares, qui plus est 5 hectares déforestés, sol défriché, marais asséché.
    Alors que la vache peut pâturer un pré, l’alimenter grâce à ses déjections, on ne sera pas obligé de couper les arbres, elle peut s’abreuver dans le marais, laissé intact. Qui plus est, la prairie fait elle même office de captation de carbone.

    De fait, au delà de la question de l’étalonnage intensif, le végétarisme n’est pas une solution pour la planète et les animaux. Loin de là. L’agriculture détruit des écosystèmes entiers.

    1. NOiD

      Votre argumentation est intéressante, et ça me parait juste.
      Je pense toutefois que le prosélytisme acharné des anti-carnistes n’a en réalité rien à voir avec l’écologie ou la préservation de l’environnement. Ces gens sont juste dégoutés et horrifiés par le fait de consommer de la viande et ils ne tolèrent pas que d’autres le fasse. Du coup je ne suis pas sur qu’ils soient prêt à entendre des arguments rationnels comme les vôtres.

      1. Hortecay

        Mais ça, on peut les comprendre d’une manière.

        Car manger de la viande signifie qu’un animal a été tué, nous avons tous peur de la mort, et nous craignons la souffrance. A tous les coups.

        Après, l’exercice est justement de dépasser cette vision qui est anthropocentrique. On ne veut pas voir la vache mourir, parce que la vache nous ressemble. Mais dans la nature, la vache n’a pas plus le droit de vivre que la plante, que l’insecte, que le rongeur, que le reptile (tous tués pour cultiver leurs céréales, légumineuses). Dans la nature, la vie n’est pas possible sans la mort, il s’agit d’un cycle où chacun attends son tour, sans aucune hiérarchie. La plante meurt pour nourrir le ruminant, le ruminant meurt pour nourrir le carnivore, le carnivore meurt pour nourrir le sol, les bactéries, les vers, qui eux même meurent pour nourrir les plantes, et le cycle reprends.
        Bref, une vision très anthropocentrique, effectivement. Parce qu’ils oublient que l’être humain fait partie de la nature, il est lui même dans le cycle. Il n’est ni plus ni moins qu’un animal parmis les autres.

        Mais on peut les comprendre, la souffrance animale nous touche, nous mêmes en tant qu’animaux ne voudrions pas être à leur place.

        1. NOiD

          Oui d’accord avec vous on peut très bien le comprendre et l’expliquer :D

          En plus j’ai du mal à leur opposer l’idée que vous reprenez sur le « droit à la vie » des animaux dans leur état naturel car cet appel à la nature est en soi aussi un biais argumentatif, même si effectivement on peut discuter dans ce cas précis de sa légitimité.

          C’est très difficile d’argumenter sur ce sujet car nous touchons je pense une limite de l’humain : notre condition n’est pas celle des animaux ni des plantes et nous ne pouvons donc pas vraiment extrapoler de manière humaine, or nous ne savons pas trop faire autrement.

          1. NOiD

            On touche d’ailleurs aussi une ordre limite qui est plutôt d’ordre éthique : Tout vie consomme des ressources, ressources qui sont donc « kidnappées » au dépends d’autres être vivants. Vivre sans impact sur son environnement ça n’existe pas, et dans ce domaine les spéculations sont la règle, on ne sait pas encore vraiment modéliser et étudier sur le long terme des écosystèmes entiers.

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