Le régime végétarien ne protégerait pas contre le cancer du sein, de la prostate et du côlon

Le régime végétarien qui interdit la consommation de viande et de poisson jouit depuis quelque temps d’une aura de santé, notamment sur le risque de cancer. L’Organisation Mondiale de la Santé nous invitait à la prudence, notamment pour le risque de cancer colorectal. Pourtant, une récente méta-analyse met à mal les bienfaits sur le risque de trois cancers, avec une absence de bénéfice pour le régime végétarien. Mais surprise, manger un eu de viande et un peu de poisson aurait des effets positifs sur le risque de cancer…

Les bienfaits du régime végétarien

Se priver de viande ou de poisson (= végétarisme) serait bénéfique pour la santé. D’après toute une série d’études de cohortes, de méta-analyses et de synthèse, ce type d’alimentation pourrait bien être protecteur contre le risque de maladies cardiovasculaires. Les maladies cardiovasculaires, c’est la 2ème cause de décès en France, donc on ne rigole pas avec ça. Alors posez immédiatement cette entrecôte et ce sifflard au sol et levez les bras bien haut !

L’Organisation Mondiale de la Santé renchérissait encore l’affaire en classant la viande comme cancérigène probable, et la charcuterie comme cancérigène pour l’homme, notamment pour les cas de cancers colorectaux. Ce type de cancer est responsable de 3,1% des décès en France (pour l’année 2011 du moins).

Je publiais il y a fort longtemps une analyse sur ce sujet, une petite revue de la littérature qui indiquait que les mangeurs de viande et de poisson avaient en effet plus de risque de mourir d’un cancer (et notamment colorectal) qu’un végétarien. La plupart des études sélectionnées possèdent des biais, et c’est normal en science, mais qui invitaient quand même à prendre des pincettes…

Eh oui, comparer tous les omnivores avec tous les végétariens, c’est quand même vachement culotté. Surtout quand vous demandez aux participants des études de se souvenir de leur assiette d’il y a neuf mois, des quantités, de la qualité… Bref, la science essaye, parfois elle se trompe et des fois elle corrige le tir.

Les bienfaits du végétarisme sur les cancers remis en cause

Justement. Voilà qu’une toute récente synthèse et méta-analyse publiée en 2016 a étudié le rôle du régime alimentaire dans l’apparition de toute une gamme de cancers (du sein, du côlon et de la prostate)1. Nos chercheurs italiens ont regroupé neuf études pour réaliser leur méta-analyse, avec un total de plus de 680 000 participants. C’est franchement pas mal.

Publiée dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics, l’étude remet purement et simplement en cause les bienfaits du végétarisme sur le risque de cancer. D’après leur résultat, être végétarien ne confère aucune protection pour les trois cancers étudiés comparés aux mangeurs de viande et de poissons, les fameux omnivores (ou carnistes selon certaines définitions…)

Si les auteurs, qui ne présentent aucun conflit d’intérêts pour la viande, ne trouvent aucun bénéfice pour les trois cancers étudiés avec le régime végétarien, ils insistent bien sur les effets bénéfiques de la consommation de fruits et de légumes sur le risque de cancer colorectal, mais également sur celle de fibres et d’antioxydants. Des composantes qu’on retrouve dans le régime végétarien, mais également omnivore (si vous écartez un tant soit peu la viande et le riz de votre bouche).

Si on prend le risque de cancer en tant que finalité, nous disent les chercheurs, une alimentation basée sur les végétaux est donc un choix bénéfique comparé à une alimentation basée sur la viande. Mais, les auteurs de l’étude ont pu extraire d’autres résultats, et notamment sur les bénéfices d’un régime pesco-végétarien…

Le régime semi-végétarien, et pesco-végétarien avec du poisson à l’honneur !

C’est le grand résultat de l’étude. Comparé à une alimentation non végétarienne (=omnivore), l’alimentation semi-végétarienne, incluant les personnes qui mangent entre 3 à 4 portions de viande par mois, conférerait 14% de risque en moins d’avoir un cancer colorectal, et 33% de moins pour l’alimentation pesco-végétarienne.

1/3 de risque d’avoir un cancer colorectal en moins si on mange un peu de poisson ! En voilà une bonne nouvelle ! Si les auteurs avancent des explications, avec les nutriments présents dans les poissons, on parle ici de RISQUES RELATIFS, pas de RISQUES ABSOLUS.

C’est quoi la différence ? Rappelez vous, en France, vous avez 3,1% de chance de mourir d’un cancer colorectal. C’est votre risque absolu d’en mourir. Par contre, si on suit les résultats de l’étude, et qu’on réduit votre risque absolu avec le risque relatif, voici les nouvelles valeurs qu’on obtient:

  • Un semi-végétarien aura 2,7% de (mal) « chance » de mourir d’un cancer colorectal.
  • Un pesco-végétarien aura un risque absolu de 2,1% de mourir d’un cancer colorectal.

Voilà, voilà. Il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais les résultats ont au moins le mérite de tempérer la suprématie, parfois un peu abusive, que peut revêtir l’alimentation végétarienne sur le risque de cancer.

En conclusion: mangez des légumes, des fruits, et si vous en avez envie, de la viande et du poisson

C’est toujours le même refrain, la même rengaine et les mêmes conseils: a priori, une alimentation bonne pour la santé semble se baser sur la consommation de légumes, de végétaux divers et variés, de fruits, mais également sur un peu de produits animaux, comme la viande et le poisson. C’est d’ailleurs l’alimentation que l’on retrouve dans la ceinture méditerranéenne, mais également chez nos éloignés habitants d’Okinawa, qui possèdent une putain de bonne longévité !


Référence

1. Godos, J., Bella, F., Sciacca, S., Galvano, F., & Grosso, G. (2016). Vegetarianism and breast, colorectal and prostate cancer risk: an overview and meta‐analysis of cohort studies. Journal of Human Nutrition and Dietetics.

11 Comments

  1. Brigitte

    Bonjour Jérémy,

    Je te rejoins sur ta conclusion… Il suffit effectivement d’observer le « bon sens » des alimentations ancestrales, flexitariennes sans le savoir, et Okinawa en est un bon exemple :-)
    Au plaisir de te lire

  2. sophie

    bonne conclusion qui me conforte dans mes choix (famille très sujette au cancer colorectal).
    je mange surtout comme mon corps me le réclame depuis que j’ai appris à l’écouter. la plupart du temps, c’est beaucoup de légumes, parfois de la viande.

  3. Bertie

    Le VRAI « problème » de ces études, c’est leur raisons.
    A quoi sont-elles destinées ?
    Rassurer quelques-uns, faire peur à d’autres, occuper quelques (!) chercheurs ???
    Et en fin de compte justifier le développement de nouvelles molécules chimiques actives (!) sur des cellules dites cancéreuses que le corps produit pour se débarrasser de ce qui ne lui est plus possible d’évacuer autrement …
    Alors le régime, VARIÉ OUI, mais pas avec des des produits pollués et OGM comme alternative devant une TV et une tablette qui le coupe de son environnement et de ses com-patriotes (au vrai sens du terme) . Sur les iles des centenaires ce qui fait la différence, ce n’est pas que le régime c’est « la présence » .

  4. Thomas Thibault

    Sa devient n’Importe quoi..
    Et en plus il y a plein de vegetarien différents
    Il faudrait une étude de grandes ampleur et sur des dizaines d’année.
    Et ceux qui ont arrêté la viande savent le bienfaits qu’ils en retire à condition de pas s’être jeté sur les cer. Pour avoir été la première période de ma vie un gros mangeur de viande ,je sais de quoi je parle.

  5. Melissa M

    Jeremy, sans explorer les détails, tu mentionnes « pas de conflit pour la viande « , mais à y regarder de plus près, la BDA, qui publie ce journal, est en partenariat avec Danone eg bien d’autres (https://www.bda.uk.com/about/workwithus/currentcorpmembers). Je participe en ce moment à l’élaboration des recommandations OMS pour le conflit d’intérêt en nutrition. Le conflit va bien au delà des affiliations des auteurs attention! The nutrition reviews est un autre journal à prendre avec des pincettes, de tête, il est publié par l’ILSI,un groupe mis en place par les industriels. Au plaisir de dialoguer là dessus si ça te dit!

    1. Jérémy Anso (Post author)

      Salut Melissa et merci pour ton message. Effectivement, tu as raison, il y a bien des sociétés agroalimentaires en « back-office » de ce journal. C’est une bonne leçon pour moi, j’ai un peu trop écrit rapidement « sans conflit d’intérêts »…

      Toutefois, j’ai regardé la liste des sociétés, et c’est vrai qu’il y a beaucoup de « Danone », mais également General Mills, Nestlé… Bref, je dirais que ce sont des actionnaires qui auraient un intérêt à éviter des publications qui incriminent les produits laitiers, céréaliers, etc. Mais il n’ y a pas, à proprement parler, de lobby de la viande (et c’est bien le coeur du sujet de l’article avec le régime végétarien).

      Et oui, il va vraiment falloir qu’on dialogue sur ce sujet ! : )

      1. Melissa M

        Merci Jeremy.
        Etre influence va aussi au dela de lobby de la viande ou pas. Pourquoi, par exemple, se pencher sur ces 3 types de cancers en particulier… L’industrie du tabac financait des recherches sur l’amiante et le cancer du poumon pour incriminer un autre produit que le tabac. Quand je pense a cancer du sein, je ne pense pas au regime vegetarien. C’est une distraction. Les principaux facteurs qui augmentent ou diminuent les risques de developper ce type de cancer sont l’allaitement, l’activite physique, le poids… Pour le regime vegetarien, je penserais plutot au cancer du larynx, pharynx, bouche… http://www.wcrf.org/int/research-we-fund/continuous-update-project-findings-reports/continuous-update-project-cup-matrix
        Etre inflence ca passe aussi par les questions de recherches que tu te poses, peu importe les conclusions.
        Puis GM, Nestle et co proposent aussi des plats prepares (je pense a Buitoni par exemple – https://www.pizzabuitoni.ch/fr/products/index-, mais aussi au Petcare), certains avec de la viande, sans avoir fait le tour de la question, j’imagine qu’ils ont des fournisseurs dans le domaine, donc encore ici, c’est pas si simple que ca…

        1. Jérémy Anso (Post author)

          Ouais… encore bien vu Melissa ! Merci pour toutes ces infos. Je vais surement en faire un nouvel article, tellement c’est intéressant et que ce n’était bien évidemment que la partie émergée de l’iceberg !

          1. Melissa M

            ;) Avec plaisir. Il y tout un domaine de recherche existe sur le conflit d’interet et l’influence politique des industries. On n’est pas beaucoup a bosser sur Big Food, mais on fait doucement avancer les choses. Comme je te disais, je bosse en ce moment avec l’OMS pour leur faire leurs recommandations, c’est deja une victoire pour moi. Je ne t’ai cite que quelques exemples ici, mais c’est bien rode tout ca, il m’a fallu une these pour faire un petit tour de la question, et j’ai encore bien des choses a apprendre, c’est pour ca que ca m’a surpris quand tu disais « pas de conflit » (meme pour la viande).

  6. ataraxie

    C’est dommage que les végétariens sont pour beaucoup des céréaliers, alors je pose la question: Végétariens qui mangent des céréales et autre soja ou maïs ??? Ou des végétariens plutôt frugivore ? Encore une étude faîtes pour semer le chaos….. car c’est bien plus complexe que cela et cette étude est un tant soit peu légère à regrouper tout les formes de végétalisme en une seule. Personnellement je suis plus fruits et légumes le plus cru possible avec le moins de céréales possibles et parfois je mange très mal quand je suis invité pour pas faire mon capricieux. donc je peus rarement manger de la viande mais je retrouve mes marques dès que je suis « libre » et je pratique le jeune alterné et parfois des jeunes plus long et a 48 ans la vie est belle et la pêche au rendez-vous.

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