Un verre de lait est aussi dangereux qu’une cigarette !

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Moins de lait, moins de cancer !

Vous avez été nombreux à partager les résultats d’une étude publiée cette année, qui démontrait que les intolérants au lactose – donc censés éviter les produits laitiers – étaient moins touchés par le cancer du sein, des ovaires (femmes uniquement…) et des poumons (hommes, femmes) [1].

Vous avez été nombreux à partager cette information sans lire l’étude citée, ce qui est normal, car l’on attend des articles de la toile de nous en faire un retour objectif, précis et honnête.

Tout le monde ne peut pas lire et comprendre ces études écrites en anglais, souvent imbuvables et informelles.

Autrement dit, on se repose un peu sur le dos et le travail des autres. Il faut donc faire confiance…. Mais à qui ?

Qui a véritablement lu cette étude ?

Moi, et je vais vous en parler maintenant.

Quand un verre de lait rime avec cancer

Donc, cette étude a été publiée dans un journal très bien classé dans le domaine de la cancérologie, le British Journal of Cancer (BJC), puisqu’il est à la 31ème place sur 194.

C’est pas mal du tout.

Vous devez également savoir que l’étude publiée dans le BJC n’est pas un article de recherche au sens strict du terme : c’est ce qu’on appelle une « courte communication » scientifique.

Les auteurs peuvent privilégier les communications courtes pour plusieurs raisons, et parfois, c’est bien à cause de la puissance limitée de la méthode et de l’étude qui poussent les auteurs à choisir cette voie de publication.

Bref.

Nos deux chercheurs suédois auraient démontré que les intolérants au lactose seraient moins susceptibles d’avoir les cancers suivants :

  • des ovaires (39% en moins)
  • du sein (21% en moins)
  • des poumons (45% en moins).

Afin d’obtenir ces résultats, nos scientifiques sont allé rechercher les intolérants au lactose dans des registres suédois, qui seraient de « hautes qualités » selon nos auteurs, afin de les confronter au registre suédois des cancers, et d’établir ainsi les risques détaillés plus haut.

Maintenant que vous savez à peu près tout – ou presque, sur cette étude, on va parler des choses qui fâches, des points qui manquent et qui malheureusement disqualifient cette étude, purement et simplement.

L’étude disqualifiée ? Vraiment ?

A ma connaissance aucun site, blog ou article n’ont parlé des sérieuses limitations qui viennent nous faire douter de l’exploitation et de la généralisation des résultats. On va les passer en revu, rapidement.

1. Aucun contrôle de la consommation de produits laitiers

Aussi étrange que cela puisse paraître, les auteurs n’ont même pas pris la peine de vérifier si les intolérants au lactose identifiés dans les registres nationaux consommaient moins de produits laitiers que les autres.

Les auteurs partent simplement du principe qu’ils devraient les éviter.

On est d’accord, cela semble logique, mais c’est un peu léger.

D’autant plus léger qu’il existe de nombreux produits laitiers différents, d’espèces différentes (vaches, brebis), avec des effets différents sur la santé.

Au final, on ignore la consommation des groupes que l’on compare. C’est un très gros point négatif.

2. Aucun contrôle des facteurs de confusions de base

C’est probablement le point le plus rédhibitoire pour cette étude.

Il est d’usage de contrôler un certain nombre de facteurs qui peuvent modifier les résultats et brouiller l’interprétation que l’on peut en faire.

Le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation, l’activité physique, le temps de sommeil ou bien le statut socio-économique sont des facteurs à prendre absolument en compte dans ce genre d’étude… mais cela n’a pas été fait.

Comprenez bien, les intolérants au lactose auraient moins de risques d’avoir un cancer des poumons alors que nous ignorons le principal facteur de risque : le tabagisme.

Les auteurs n’ont pas utilisé les fameux FFQ, pour Food Frequency Questionnaires, afin de connaître les habitudes alimentaires des participants.

3. Aucune explication de l’effet positif sur le cancer des poumons

Selon les auteurs suédois, les hommes et les femmes intolérants au lactose aurait 45% de risques en moins d’avoir un cancer des poumons.

Ces résultats ne bénéficient d’aucune explication de la part des scientifiques.

On peut interpréter ce silence par leur incapacité évidente d’expliquer ces résultats en fonction de la consommation (qu’ils ignorent) des produits laitiers.

Plusieurs études ce sont penchées sur les liens entre alimentation et cancer des poumons, et plus particulièrement sur les produits laitiers.

Hé bien les résultats ne sont pas concluants et bien souvent contradictoires, soutenus par des liens d’associations et non de cause à effet [2] [3] [4] [5].

4. Aucun lien de cause à effet démontré

Il faut le rappeler, toujours. Ce genre d’étude, plutôt discutable vu les nombreux biais, n’offre que des associations, pas de lien de cause à effet.

Il est donc impossible de dire que c’est bien le fait d’être intolérant au lactose qui vous protégera des cancers du poumon, du sein ou des ovaires.

La réponse est probablement bien plus complexe que cela, d’autres études devraient être menées, avec un contrôle des facteurs de confusions et un suivi des habitudes alimentaires, au minimum.

Les réels effets sur votre santé, mesdames ?

Afin de relativiser un peu tout ça, on va reprendre les résultats des chercheurs suédois afin de les appliquer sur les taux de mortalité mondiaux, et observer ce que cela changerait vraiment.

Pour le cancer du sein :

Donc, selon nos chercheurs, le risque de cancer du sein serait diminué de 21%. Or, le taux de mortalité est actuellement de 6,8%. Si l’on applique 21% de risque en moins, on tombe à 5,4%. C’est peu, quand même ?

Pour le cancer des ovaires :

C’est la même chose pour le cancer des ovaires qui possède un taux de mortalité plutôt faible à 2,4%. Il serait réduit de 39% selon notre étude, ce qui nous amènerait à 1,5% au lieu de 2,4%.

La manière d’observer les résultats relativisent quelque peu les choses.

Conclusions

Comme toujours, il faut se méfier des études scientifiques dont les résultats pourraient à première vue paraître exceptionnels ou sensationnels.

Etablir des liens entre consommation alimentaire et prévalence des cancers est un domaine hasardeux, mais surtout compliqué.

La science doit multiplier les expériences, avec une rigueur quasi-militaire.

Au final, que nous apprends ou nous enseigne cette étude ?

Pas grand-chose. On ne peut pas tirer de conclusion quant à notre consommation de produits laitiers et leur impact sur notre santé.

On peut légitimement rester sur une position modérée : c’est-à-dire de continuer à consommer cette catégorie d’aliment, si vous la tolérée, dans des proportions mesurées (0 à 2 portions par jour).


Références

[1] Ji, J., Sundquist, J., & Sundquist, K. (2015). Lactose intolerance and risk of lung, breast and ovarian cancers: aetiological clues from a population-based study in Sweden. British journal of cancer112(1), 149-152.
[2] Mayne, S. T., Janerich, D. T., Greenwald, P., Chorost, S., Tucci, C., Zaman, M. B., … & McKneally, M. F. (1994). Dietary beta carotene and lung cancer risk in US nonsmokers. Journal of the National Cancer Institute86(1), 33-38.
[3] Hosseini, M., Naghan, P. A., Jafari, A. M., Yousefifard, M., Taslimi, S., Khodadad, K., … & Masjedi, M. R. (2014). Nutrition and lung cancer: a case control study in Iran. BMC cancer14(1), 860.
[4] Mayne, S. T., Janerich, D. T., Greenwald, P., Chorost, S., Tucci, C., Zaman, M. B., … & McKneally, M. F. (1994). Dietary beta carotene and lung cancer risk in US nonsmokers. Journal of the National Cancer Institute86(1), 33-38.
[5] Brennan, P., Fortes, C., Butler, J., Agudo, A., Benhamou, S., Darby, S., … & Boffetta, P. (2000). A multicenter case–control study of diet and lung cancer among non-smokers. Cancer Causes & Control11(1), 49-58.

33 Commentaires

  1. David

    La réflexion sur le lait me paraît simple. Un jour je me suis demandé : « Quel animal boit du lait à l’âge adulte, et qui plus est du lait d’une autre espèce? ». La réponse, que je sache est aucun, du moins à l’état naturel.
    De plus, qui n’a pas eu l’estomac lourd après un chocolat chaud au lait, ou après un bol de lait au petit-déjeuner.
    Du coup, pour ma part, pas besoin d’études scientifiques, pour décider que je ne consomme pas de lait sous sa forme liquide (comme support en pâtisserie, pourquoi pas).

Les commentaires sont fermes.