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Depuis janvier 2017, le docteur Goulenok publie des avis sur la toile pour justifier l’obligation vaccinale contre la grippe pour les professionnels de santé. Le médecin énonce des arguments scientifiques erronés, éthiquement irrecevables, en bref, une argumentation totalement dépassée, alors que ce dernier conseille allégrement les laboratoires pharmaceutiques avec sa société. Scandaleuse désinformation.

Infirmiers, infirmières: c’est le vaccin antigrippal ou la honte !

De janvier à février, un certain Cyril Goulenok, médecin réanimateur d’un hôpital privé Ramsay Générale de Santé, publie des articles grand public sur l’intérêt de la vaccination contre la grippe des professionnels de santé.

Le Dr Goulenok va même plus loin, il est convaincu que le vaccin antigrippal doit être obligatoire pour tous les soignants, et éviter ainsi les infections nosocomiales dans les centres de soins adaptés pour les personnes âgées notamment (EHPAD).

Ainsi, dans un article publié dans Le Monde daté du 17 janvier 2017, M. Goulenok propose de “rendre obligatoire le vaccin pour tous les soignants”. Selon lui, il n’est plus temps à “débattre”, le sujet aurait déjà été débattu depuis “plus d’une dizaine d’années”, il faudrait aujourd’hui aboutir sur “la nécessité d’une vaccination chez les professionnels de santé”.

Le médecin réanimateur précise sa pensée. Et notamment en invoquant le “primum non nocere”.

“En étant non-vacciné, le risque de nuire est loin d’être négligeable. À l’heure où chacun est en droit d’exiger une médecine de qualité sur l’ensemble du territoire, où l’on lutte contre les inégalités d’accès aux soins, où l’on se bat contre la pollution environnementale, peut-on accepter d’être exposé à un risque infectieux potentiellement grave, par des professionnels censés nous protéger et nous soigner ? Alors oui, je me vaccine car je ne veux pas leur nuire.”

Moins d’un mois plus tard, le médecin revenait à la charge avec un article provaccin antigrippal intitulé “Grippe: six raisons pour la vaccination obligatoire des soignants“, publié par la “Place de la Santé“, un site proposé par “la Mutualité Française en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, Fondapol & Terra Nova“.

Goulenok assoit l’obligation vaccinale sur 6 points absolument bidon, foireux et même nauséabonds pour certains

L’efficacité

D’abord, son efficacité. Selon lui, ce n’est pas parce que le vaccin n’est pas efficace à 100% qu’il doit être simplement recommandé. C’est même tout le contraire ! C’est bien parce que ce vaccin ne serait pas efficace à 100% qu’il devrait être obligatoire !

Mais c’est quoi cet argument de bas étage ? Pas 100% efficace ? Mais au lieu de dire qu’il n’est pas à 100% efficace, pourquoi ne pas parler de son efficacité inexistante et non démontrée par la plus sérieuse synthèse et méta-analyse publiée en 2016 ?

Comme je le détaillais dans ce précédent billet, la librairie Cochrane a démontré l’année dernière que les programmes de vaccination des personnels de santé dans les EHPAD n’étaient pas efficaces pour limiter les hospitalisations, les complications et les décès chez les plus de 60 ans. Un travail qui reprend l’ensemble des études publiées jusqu’en 2016, qui les critiquent et qui donnent des recommandations claires: vacciner les professionnels de santé contre la grippe est INUTILE. Dire le contraire, c’est aujourd’hui, un déni scientifique et médical.

Ne pas nuire

Deuxièmement, l’auteur invoque encore une fois le “non nocere”. Selon lui, les soignants doivent impérativement se faire vacciner contre la grippe car “66% des sondés préconisent cette obligation vaccinale”. Comprenez-moi bien, le docteur souhaite rendre ce vaccin obligatoire car un échantillon de la population française, les deux tiers des sondés le souhaitent.

Voilà le niveau d’argumentaire du docteur. Peut-on baser une recommandation de santé publique qui contraint les libertés individuelles sur la base… d’un sondage ? Oui, pays des bisounours, mais pas dans un état qui, je l’espère, établit des recommandations sur la base de PREUVES CLINIQUES SÉRIEUSES.

Le sens du devoir

3ème argument, et 3ème surprise. Selon le docteur, le devoir collectif aurait plus de valeur que les libertés individuelles, peu importe le sens du devoir, peu importe que le vaccin en question soit inefficace. Ainsi, certains hôpitaux aux États-Unis auraient rendu le vaccin obligatoire pour les soignants, permettant d’atteindre une couverture vaccinale de 98%. Sur ces chiffres, Goulenok pense que la vaccination antigrippale est légitime.

Est-ce que les hôpitaux américains avec une couverture vaccinale de presque 100% ont une mortalité et des cas d’infections des voies respiratoires inférieures plus faibles que les autres ? C’est cette question-là qui est importante. Le reste, j’appelle ça brasser de l’air pour rien.

La responsabilité

Goulenok franchit une nouvelle étape: celle des actions juridiques contre les hôpitaux qui transmettraient l’infection à leur patient. Le médecin nous dit implicitement que ces hôpitaux-là, qui ne vaccinent pas leurs personnels, ont de la chance que les actions juridiques restent rares. En gros, pour se couvrir d’une procédure judiciaire, vaut mieux se vacciner.

Vaut mieux vacciner obligatoirement les soignants pour couvrir les responsables des hôpitaux ? En voilà une excellente démarche altruiste ! Merci Doc ! Les deux derniers arguments sont peut-être les pires.

L’exemplarité (ou la honte pour d’autres)

M. Goulenok propose, comme cela se ferait dans certains pays, de mettre un badge (une étoile jaune ?!?) bien visible sur tous les soignants qui se vaccinent. Les autres ? Rien. Vous êtes la honte de l’hôpital, et de vos patients.

Voilà de quoi rassurer tous les professionnels de santé si M. Goulenok venait à conseiller les autorités de santé… On mettrait des étiquettes sur les gens ! Et pourquoi ne pas mettre un badge sur les médecins qui fument ? Pour les culpabiliser et les décrédibiliser quand ils demandent à un patient d’arrêter de fumer. Pourquoi ne pas mettre un badge sur tous les professionnels de la santé qui ont des liens d’intérêts avec les industriels ? Ah, mais c’est une bonne idée ça en fait ! On s’égare car nous verrons par la suite que M. Goulenok pourrait l’avoir, ce fameux badge.

L’altruisme: le dernier argument totalement moisi

Je préfère vous retranscrire dans l’intégralité cet argument, tellement il est bidon. Tellement on surfe sur l’ignorance, sur la notion de sacrifice et d’altruisme. Bref, de la connerie en boîte.

“Donner un peu de soi sans en tirer un avantage – est-ce l’altruisme ? À l’heure où tout se monétise, faire un sacrifice – puisse t-il être minime – pour protéger ceux qui nous témoignent de leur confiance, dans cette relation si spécifique « soignants-soignés » : c’est cette valeur qui doit encore avoir du sens, aujourd’hui, dans notre société.”

Sauf que voilà, en plus de donner des arguments extrêmement nazes, doublé d’un déni scientifique grave de la part d’un médecin réanimateur, une banale recherche m’a permis de découvrir des conflits d’intérêts… avec l’industrie pharmaceutique !

La vilaine société de conseil pour Big Pharma


25 secondes sur le Net, c’était déjà suffisant pour découvrir sur la page Linkedin du docteur qu’il est depuis novembre 2015 le “directeur et fondateur” de la société Medisynaps, une “société de conseil dans le domaine de l’industrie pharmaceutique”.

La société existe bel et bien. Elle est accessible ici, et après une petite recherche sur le site du Gouvernement sur la transparence des professionnels de santé, nous apprenons que le Docteur Goulenok aurait déjà signé deux conventions avec… Pfizer ! Chapeau bas monsieur !

À la suite de l’ensemble de ces informations. C’est-à-dire, le partage d’information scientifiquement irrecevable (un véritable déni de science moderne), le partage d’arguments non éthiques ou bien carrément aberrants (justifier une obligation sur la base d’un sondage…), j’ai voulu contacter directement le docteur.

Malheureusement, même si ce dernier se déclare comme “Médecin Réanimation Médicale” au Ramsay Générale de Santé, il est impossible de trouver son nom dans la liste des praticiens référencés par l’établissement (faites la recherche, vous verrez bien).

Je vous laisse donc, chers lecteurs, le plaisir et le devoir altruiste de partager cet article pour que M. Goulenok puisse le libre et s’en battre les miches complets. Car pour tenir ce genre de discours en 2017 et en tant que professionnel de santé, franchement il faut en avoir une sacrée couche, et je ne pense pas que la remise en question lui soit donnée à noël ou encore dans sa liste des bonnes résolutions pour 2017.

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4 commentaires
  1. On peut se poser des questions quant à la qualité des articles scientifiques publiés par lemonde.fr, en particulier médicaux et du choix des rédacteurs. On ne parlera pas de journalistes!

    NB: L’outil de recherche transparence.sante.gouv.fr est aussi utile que mal conçu. J’ai essayé de retrouver tes résultats en tapant “goulenok” mais on ne les retrouve qu’avec “Cyril Goulenok”. En fait cette même personne a 5 occurences dans la base de données (4 en tant que médecin, 1 en tant que “autre personne morale”). Attention lors de vos recherches.

    1. Les 5 occurrences correspondent à la même personne. C’est la première fois que vous utilisez le site du gouvernement ? Et je suis d’accord, il est très mal foutu. Mais si vous regardez le code associé au nom, vous verrez que c’est le même code à chaque fois, donc la même personne.

      Pour certains médecins avec trop de conflits d’intérêts, on peut trouver 50, voire 60 occurrences.

  2. Non ce n’est pas la première fois. Je connais bien le site, je suis dedans, et je vérifie mes propres “conflits d’intérêts” (y’aurait des choses à redire m’enfin…)
    Force est de constater qu’en tapant la combinaison “prénom + nom” on a pas les mêmes occurrences (I.e. les mêmes résultats) qu’en tapant le même nom seul. Problématique lorsque l’on pense faire une recherche que l’on pense exhaustive en tapant le nom seul.

  3. Oui Toofik ! Tu as raison ! Toutes les occurrences correspondent à la même personne ( = le même code) et effectivement on trouve beaucoup plus de convention et un poil plus d’avantages pour des sommes qui restes faibles. Ce serait plutôt 11 conventions avec l’industrie pharmaceutique depuis 2013 ! Merci pour ce rappel !

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