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Dur à Avaler est un blog d'information sur la santé, la nutrition, l'univers du médicament et les conflits d'intérêts. Le blog est entièrement sans publicité pour faciliter la lecture des articles. Les articles sont le résultat d'une recherche scientifique minutieuse pour apporter des conseils et lancer des débats constructifs. Les article sont rédigés par Jérémy Anso, docteur en biologie et des auteurs invités pour des sujets particuliers. Le blog n'a pas vocation à remplacer le lien entre un patient et son professionnel de santé, mais bien de le renforcer par la confiance, la lecture critique des évidences scientifiques et le rendre plus transparent.

Seconde et dernière partie de cette enquête sur les glucides toxiques. Alors que peut-on en dire ? Pas grand-chose. Il faut faire attention aux excès, mais il ne faut surtout se focaliser sur ce seul et unique point. Ce serait une grave erreur.

Première partie : les rappels

Nous avons vu dans la première partie de cette série plusieurs points très importants pour comprendre l’ensemble, et tenter d’avoir de premiers éléments de réponse quant à notre question fondamentale : les glucides sont-ils toxiques pour nos chiens et nos chats ?

  • Ni les chiens ni les chats n’ont des besoins physiologiques en glucides. Pour autant, cela ne veut pas dire que les glucides sont toxiques. Ils peuvent s’en passer. C’est indiscutable.
  • Nous avons également vu que l’adaptation génétique des chiens, hérités d’une longue et profonde domestication par l’Homme, n’apporte aucune sorte de protection contre le diabète. Autrement dit, même avec un génome qui s’est rapproché des “omnivores”, cela ne se traduit pas en protection.

C’et donc bien plus complexe que cela.

Comment définir un seuil toxique ?

Ce que tout le monde recherche, un seuil de glucides toxiques. Un seuil en dessous duquel tout le monde peut dire que son chien ou son chat est en sécurité. Des seuils de ce type existent, mais varient en fonction des blogs, des sites, des articles, des opinions et des recherches.

Même moi, j’ai joué au dangereux jeu de l’établissement d’un seuil de référence pour les chiens et les chats. Un seuil, on doit bien se l’avouer, qui est aujourd’hui arbitraire. Comme de nombreuses choses en médecine et en nutrition.

Par exemple, je déconseille fortement les croquettes qui contiennent plus de 40% de glucides en pourcentage de matière sèche (MS). Pourquoi 40% ? Car cela me semble élevé par rapport à une diète traditionnelle et naturelle, qui ne comporte pas plus de 10% de glucides en pourcentage de MS.

On retrouve de manière générale dans les analyses des macronutriments des proies animales au moins 58% de protéines et 22% de matières grasses.

Voici un Dingo Australien. Son régime alimentaire typique est quasi-exclusivement composé de produits animaux. 10% de glucides (MS) max. En plus, ils sont mignons.

80% d’une proie habituellement consommée par des chiens sauvages est donc constitué de graisses et de protéines animales.

Voici une réalité un peu dure à avaler pour certains.

Mais comment établir un seuil, qui n’est pas trop subjectif ? Il nous faut des études scientifiques. Des études qui comparent l’évolution des paramètres biologiques, et notamment ceux relatifs au diabète et à l’obésité ou encore à l’inflammation, en fonction de l’alimentation et du pourcentage de glucides, protéines et matières grasses.

Ces études existent. Surtout pour les chats, peu pour les chiens. Elles partagent quelques points communs :

  • elles sont souvent de mauvaises qualités méthodologiques ;
  • elles portent sur peu de chats ou de chiens ;
  • elles sont souvent contradictoires ;
  • elles ne sont pas toujours indépendantes…

Bref, nous sommes loin d’être au même niveau de recherche scientifique que les études en nutrition humaine. Justement, penchons dessus un instant, pour comprendre.

L’homme, un gros mangeur de glucides ?

Nous sommes des omnivores. Nous avons besoin de protéines, de glucides et de matières grasses pour vivre. En théorie. Car comme chez les chiens et les chats, nous avons une multitude de régimes alimentaires qui prône des équilibres dramatiquement différents, et chacun des bénéfices pour la santé.

  • La diète cétogène promeut une quasi-exclusion des glucides, moins de 50 g par jour. C’est peu. Mais le jeu en vaudrait la chandelle selon ses pratiquants ;
  • La diète paléolithique promeut une alimentation riche en graisses et protéines, avec peu de glucides, mais pas au point d’entraîner une cétose. Des études tendent à le prouver ;
  • La diète végétarienne ou omnivore classique, relativement équilibrée entre les macronutriments. Beaucoup d’études dessus ;
  • La diète végétalienne promeut les produits végétaux, légumineuses et fruits, et donc une assimilation importante de glucides ;
  • La diète méditerranéenne qui promeut un peu de tout, mais en privilégiant des aliments peu transformé et naturel. Là aussi, les macronutriments sont à l’équilibre ;
  • La diète “carnivore”, oui elle existe, et propose l’absence de végétaux, légumes ou fruits. Les glucides n’existant tout simplement pas.

Mais qui a raison ? Qui a tort ? Qui prend des risques pour sa santé ? Les mangeurs de glucides ou les autres ?

Nous avons des études scientifiques qui tentent d’apporter des réponses. Par exemple, la plus récente est parue dans le Lancet, un journal renommé et réputé, qui montrait une augmentation de la mortalité pour les personnes qui s’éloigne d’un régime proche de 50% d’énergies provenant des glucides.

La fameuse illustration de l’étude du Lancet qui montre le risque de mortalité avec l’énergie sous forme de glucides. J’ai – vraiment – eu la flemme de traduire. C’est purement illustratif.

Moins serait dangereux, trop le serait un peu aussi. L’étude est loin d’être parfaite, et souffre des gouffres traditionnels qui ne permettent pas de tirer la moindre conclusion, d’avoir la certitude de quoi que ce soit.

Les blogueurs santé procétose et autres sites d’information ont bien raison de remettre en cause ses résultats.

Même chez l’homme, avec des moyens colossaux pour faire des études, les résultats sont taillés en pièce, peu importe la direction qu’ils prennent. Alors vous imaginez bien chez le chien ou le chat.

Aucun moyen de recherche scientifique, des intérêts privés énormes qui ne mettront jamais un rond pour une étude qui aurait des résultats négatifs… Et vous avez ici une recette parfaite pour maintenir un état vaseux déstabilisant.

Et je dois bien le reconnaître, c’est chiant de ne pas avoir de réponse grâce à la science. Celle qu’on aime être fiable, indépendante et sûre.

Alors qu’une bonne étude d’intervention sur 300 chiens et financement public… on peut toujours rêver !

Revenons à nos moutons. Chez nos amis les bêtes ? Nos carnivores domestiques, qu’est-ce qu’on peut en dire ? Pas grand-chose.

Glucides toxiques : l’impossible réponse

Nous avons bien des études. Mais voilà, elles n’apportent rien de vraiment concluant. On est loin des 15 000 personnes suivies pendant 20 ans. Là on parle de 13 chats par ci, 14 chiens par là, suivies pendant 15, 20 peut-être 30 jours.

Les résultats sont contradictoires et décevants. Malgré le fait qu’une croquette apporte en moyenne entre 4 à 6 fois plus de calories sous forme de glucides, nous n’avons pas de signal fort, clair et indiscutable que 40, 50 ou 60% de glucides soient toxiques.

Des avertissements existent. À n’en point douter. Ils sont plus ou moins sérieux et consistants chez le chat, avec des études qui comparent des diètes riches (40 voire 50%) et pauvres (0, 5 ou 10%) en glucides. Nous avons aussi une recrudescence de l’obésité et du diabète, mais les glucides en sont-ils la cause ?

Ces études montrent bien que l’organisme réagit face à cet apport de glucides. Normal. La glycémie augmente, la sécrétion d’insuline aussi.

Et bien souvent, les auteurs insistent qu’une diète limitée en glucides pourrait prévenir le diabète ou la prise de poids. Mais ils se méfient aussi des diètes trop riches en graisses.

Ces études ont le mérite de mettre l’accent sur un point dont je parle beaucoup : le contexte. Il est important, que dis-je, il est capital.

Les chats les plus à risques de devenir obèse ou diabétique cumulent des comportements notoirement négatifs : ils restent confinés à la maison, se bougent peu et seraient peut-être prédisposés.

Chez le chien, c’est la même chose. Et le signal serait peut-être encore moins fort que chez le chat. Comprendre : nous ne savons pas vraiment si les glucides sont toxiques ou pas, et encore moins capables d’établir un seuil.

Les enseignements à tirer

La nature est complexe, les croquettes et la santé encore plus. Rien n’indique que les glucides soient toxiques. Rien. Mais comme on dit en science de la nutrition, c’est souvent la dose qui fait le poison.

La dose, dans notre cas de croquette industrielle, est délicate à établir. Elle part surtout sur du bon sens. Le bon sens ici est l’observation des habitudes alimentaires à l’état sauvage. Des habitudes extrêmement carnées pour nos chiens et nos chats, mais qui disposent quand même d’un arsenal physiologique pour gérer l’amidon.

Donc, que faire ? Chez l’homme, un omnivore, 50% de l’énergie sous forme de glucides semblent l’idéal (une affirmation qui va me valoir les foudres des procarnivores et cétoniens), mais rigoureusement difficile à défendre.

Sur cette base, 50% de calories sous forme de glucides dans les croquettes semblent être aberrants. Nos chiens et nos chats ne sont pas des omnivores. Quand même.

40% ? Ça a l’air mieux. 30% ? Encore un peu mieux. Vous voyez où je veux en venir ? On peut établir des seuils, mais ça n’a pas vraiment de sens.

Ici ce qu’il faut comprendre, c’est là qualité qui doit primer. LA QUALITÉ.

C’est à dire des croquettes avec des aliments identifiés, clairs et nets, sans le moindre doute. On doit privilégier les croquettes cuites à basse température, celles qui utilisent des morceaux nobles, des abats avec si possible uniquement des produits déshydratés. Sinon, il y a une magouille sur le pourcentage final.

Classer des croquettes sous le seul spectre de la quantité de glucides est selon moi un non-sens.

Je suis bien entendu d’accord qu’il ne faut pas abuser. Une croquette avec 45% de glucides, ça veut surtout dire qu’elle contient beaucoup de céréales, et qui dit céréales, dit gluten, dit mycotoxines, lectines, index glycémique peu reluisant et des protéines de qualité biologique médiocre.

Vous saisissez la nuance ? Les croquettes c’est aussi un rapport phosphocalcique à prendre en compte. C’est aussi la présence de toxique comme le mercure ou l’arsenic, trop élevé dans les pâtées riches en poisson. Pourtant, une pâtée riche en poisson aura peu de glucides.

Vous choisissez quoi ? La sécurité d’éviter les glucides sans réelle preuve scientifique ou une intoxication lente, mais sûre avec des métaux lourds ? À vous de voir.

C’est pour cette raison que les analyses que je propose dans mon ouvrage CE POISON NOMME CROQUETTE reposent sur tous les paramètres d’une croquette : quantité et qualité des ingrédients, pourcentage de glucides, de protéines et de graisses, présence de sucre ou de conservateurs toxiques (découvrir l’ouvrage, et les retours des lecteurs)…

Et que dire de la mode “sans céréale” ? Remplacer du blé par des lentilles ou des pois ? Quel risque pour la santé des animaux ? Est-ce plus éthique de remplacer une céréale par une légumineuse ? Je n’en suis pas si sûr, et le gouvernement américain suspecte des cas de cardiomyopathie dilatée chez le chien. C’est suspect en tout cas.

Je ne dis pas que mes analyses, mes réponses et ma vision des choses sont les meilleures. Jamais je n’aurais cette prétention. Mais on va dire que j’essaie de prendre l’ensemble en compte. Mon expérience et mon recul sur l’alimentation humaine et toutes les études scientifiques y sont peut-être pour quelque chose… Allez savoir.

En tout cas, n’oubliez pas que les croquettes sont des aliments industriels ultra-transformés. Et vu le nombre d’études qui montrent les dangers pour la santé humaine avec ce genre de produit… Ça ne doit pas être fameux pour nos amis les bêtes…

Un point indéniable pour les alimentations ménagères ou les régimes type Whole prey ou BARF…

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8 commentaires
  1. Bonjour,
    Comme d’habitude, tout est dans la mesure et dans la qualité.
    Je suis particulièrement concernée pas les glucides dans la nourritures des chats qui sont des purs carnivores. J’ai vu mes trois chats être constamment malades pendant des années. Cela n’a pas empêché l’un d’eux de vivre un peu plus de 19 ans sans que les croquettes ne le tuent prématurément. Sauf que plus que sa longévité ce qui m’emportait c’est la qualité de sa vie car il était constamment malade et soufrait d’arthrose pendant les deux dernières année de sa vie. Maintenant mes chats mangent cru ce qui ne les empêche pas de manger quelques légumes, pommes de terre ou du pain germée qu’ils réclament. Je laisse faire parce que ça ne peut pas leur faire tant de mal que ça. Mais c’est frais et non pas transformé industriellement. C’est d’ailleurs votre article qui m’a mis la puce à l’oreille et j’ai commencé toutes les lectures et recherches en suite.
    Merci encore pour votre blog.
    Ada

    1. C’est bien souvent la meilleure des réponses. Il y a quand même un manque d’études de qualité pour répondre avec précision à cette question. Déjà qu’on se rend que chez l’homme les études sont bien mauvaises (un article sur sujet que je vais bientôt publier) alors chez les animaux domestiques… En tout cas, votre expérience semble corroborer tout ça. Mais de toute façon, vous avez raison, rien ne remplacera du fait maison de qualité, en respectant quelques principes de base pour veiller au bon équilibre de la ration !

      1. Malheureusement, personne n’a d’intérêt à financer ce genre d’étude donc ce n’est pas demain la veille qu’elle verra le jour…

    2. Bonjour,
      J’ai pour ma part constaté que l’alimentation BARF est celle qui est le plus logique pour l’animal.
      Tout dépend bien sur du terrain de l’animal j’ai gardé un chat nourri aux croquettes pendant 19 ans qui n’a jamais vu un vétérinaire il n’a jamais été vacciné, idem pour ma bouledogue que je nourri exclusivement BARF (lorsque je l’ai récupérée à 4 ans, elle venait d’un élevage ou elle était reproductrice, autant vous dire qu’elle a changé de manière spectaculaire ! elle a 9 ans n’est plus vaccinée, ne vois jamais le vétérinaire et est en pleine forme !!!!!!!!!!!!!!!!!!

      1. Merci de ce témoignage Christine ! Comment se compose votre ration BARF ? Classique ou bien des variantes ? Vous n’avez jamais eu de soucis ? Je dis cela pour que peut-être vos réponses apportent des éclairages aux lecteurs. :)

  2. Bonjour Jeremy,
    Merci beaucoup de ta réponse. Si tu trouves une idée de complément multivitaminé pour chiens, n’hésite pas à m’en faire part.
    Bonne journée

  3. Bonjour,

    Suite à la lecture de quelques points des derniers articles parus concernant l’alimentation des carnivores domestiques, qu’il me soit permis d’ajouter quelques précisions :
    – concernant la notion de « toxicité »: l’auteur rappelle déjà ce point mais j’aimerais insister de nouveau sur le fait qu’en toxicologie, on n’envisage en principe pas de toxicité sans dose associée ( ce qui malheureusement est remis en cause actuellement pour certaines molécules qualifiées de perturbateurs endocriniens, et rend notre tâche bien difficile). Tout cela pour dire qu’à un certain seuil, tout peu être toxique, même l’eau ou les vitamines. Je pense donc que la question de se demander si les « glucides sont toxiques » est mal posée, un questionnement plus pertinent étant de connaître un pourcentage de glucides dans la ration au delà duquel nous tomberions dans un excès délétère.

    – Effectivement, ni l’humain ni les chiens ou chats n’ont théoriquement besoin de consommer des glucides pour produire leur glucose et autres molécules osidiques. Néanmoins l’absence d’un besoin n’est pas une raison pour exclure les sources de glucides de l’alimentation surtout si elles offrent certains avantages. Nous n’avons pas besoin de travailler pour rester en vie, ni d’interaction sociale…est-ce à dire que nous devrions nous en abstenir?

    – la notion d’alimentation «  Traditionnelle ». Encore une fois ceci n’est pas une critique vis à vis de l’auteur de ce billet mais étant donné le climat actuel…la notion de produit « naturel » est associée par bon nombre d’enseignes à la notion de perfection et d’absence de dangerosité en l’opposant à la notion de « produits chimiques ». Pourtant on peut opposer le fait que bon nombre de poisons existent dans la nature.
    La médecine est une invention humaine. Si nous devions laisser « la nature faire son œuvre » dans tous les domaines, nous ne devrions jamais prendre le moindre remède ni subir la moindre intervention.
    En revanche j’abonde dans ce sens partiellement: une pratique vue comme « traditionnelle » peut être validée dans certaines circonstances. Si à grande échelle, tous les chiens étaient alimentés strictement avec une ration utilisée « traditionnellement » c’est à dire pendant une durée considérable qui en ferait une habitude culturelle, sans effet délétère grave constaté, effectivement cela serait légitime d’en faire une référence de départ quitte à l’ameliorer et l’etudier pour comprendre ses bienfaits. Mais cela n’est ni plus ni moins que de la science, de l’expérimentation et non pas une supériorité intrinsèque de ce qui est traditionnel.
    Les châtiments corporels et beaucoup de mauvaises habitudes ont un caractère qui peut être vu par certains comme traditionnel… « traditionnel » n’est pas le synonyme d’ideal.

    – concernant la notion de nature associée aux animaux, depuis l’experience de pensée de philosophes du XVIIIeme siècle consistant à définir un état de nature pour l’opposer à l’etat de civilisation et de culture, le terme de Nature recouvre une quantité de notions assez élastique. Le problème est aussi lié à une certaine représentation culturelle des animaux et de leurs besoins: nous grandissons avec de nombreuses représentations d’animaux anthropomorphes (fables, longs métrages, livres) qui, couplées à notre expérience personnelle, façonnent notre vision de l’animal et de ses besoins. L’ours suivant les cultures est associé à la notion de force, ou de douceur, etc… Là où les choses se corsent, c’est le moment où la représentation populaire des « normes » concernant l’animal, s’opposent à la réalité. On va en appeler au « bon sens » et à ces constructions culturelles pour appuyer un propos sur les animaux en affirmant que « le chien dans la nature », « le chat dans la nature… » « j’ai des animaux depuis 40 ans » etc… on prétend connaître les besoins et aspirations des chats parce que l’on a eu un chat étant petit et que l’on a vu le Roi Lion…on n’est pas pilote d’avion parce qu’on prend l’avion 365 jours par an.

    – les mouvances complotistes et internet n’arrangent rien: la défiance vis à vis des professionnels quels qu’ils soient, augmente à l’aide de Dr Google. Une consultation médicale peut facilement se voir amputée d’un temps précieux avant même d’avoir examiné son patient pour se justifier encore et encore sur ses compétences alors qu’il n’est malheureusement pas possible de le faire (on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas, on ne peut pas prouver que l’on n’est pas un escroc, ou un charlatan face à quelqu’un qui en est persuadé).
    Afin de provoquer des scandales faisant les choux gras de la presse, on incite tout le monde à s’exprimer sur n’importe quel sujet pourvu que l’avis soit divergent, ce qui n’est pas impartial par définition.
    On assiste alors à un raisonnement spécieux au possible « les médecins et les ingénieurs peuvent se tromper » signifie alors « ils ont toujours tort ». On en déduit alors que « ils sont donc incompétents, donc n’importe quel avis vaut mieux que le leur ». L’autre alternative « vous n’êtes pas de mon avis= vous faites partie d’un complot à grande échelle »

    Bref, quand on affirme, il faut pouvoir prouver, et il est injuste que bon nombre d’experts doivent prouver leur compétences et jamais leurs accusateurs pourvu qu’il y ait scandale

    – citons l’exemple des mycotoxines: là, je me permets de corriger le texte rédigé par l’auteur sur ce point. L’intoxication possible aux mycotoxines, qui sont des composés produits par des champignons de type aspergillus sp notamment, et qui peuvent se former quand des moisissures contaminent des céréales mal stockées, est présentée de façon un peu ambiguë comme une condition nécessaire de la consommation de glucides. J’ignore si cela est le sens de la phrase, mais je rappelle que consommer des cereales n’equivaut pas à consommer des mycotoxines. De même que consommer du lait n’oblige pas à consommer des Listeria sp qui sont aussi des bactéries contaminantes des ensilages. Un reportage de France 5 a d’ailleurs prétendu traiter ce sujet, d’une façon pseudo-scientifique honteuse en invoquant l’avis d’un docteur en pharmacie, dégainant moultes publications de son cru pour affirmer l’impossibilité de la contredire, en essayant de transformer la consommation de croquettes en empoisonnement chronique aux mycotoxines. On remarquera que quand la question de savoir comment se manifesteraient les conséquences éventuelles, cette dernière répondait « ben, le chien, il ne va pas aller bien »… Bref, je ne nie pas que tout aliment puisse être contaminé accidentellement par des agents infectieux ou des produits dangereux qu’il convient de détecter autant que faire se peut, mais c’est le cas pour absolument tout ce que nous consommons. Cela ne veut pas dire que la solution est de devenir anorexiques. Concernant les mycotoxines, les lésions qu’elles produisent sont bien documentées, et concernent principalement les animaux..de rente comme les bovins qui sont susceptibles d’en ingérer suffisamment pour atteindre le seuil de toxicité. Les plus connues comme les aflatoxines provoquent notamment des lésions nécrotiques hépatiques, et peuvent être carcinogènes en raison de leur effet alkylant sur l’ADN. Bref, il est absurde de recommander de se détourner d’une catégorie d’aliment au motif qu’il existe un risque si faible soit-il. Vivre est un risque, le risque 0 n’existe nulle part. La seule chose que nous faisons quotidiennement est de peser le rapport bénéfice/ risque: si je veux arriver à l’heure au travail, je ne prends pas le risque de traverser la route au feu rouge, trop risqué, aucun bénéfice. Si un enfant traverse et que je veux le rattraper, je prends le risque, élevé car le bénéfice d’une vie est infiniment supérieur pour moi… tout médicament représente un risque, tout aliment représente un risque, mais inconsciemment ou consciemment, notre vie est consacrée à peser le pour et le contre.

    – lapresse cherche à épingler le poison-qui-tue-tout-le-monde, THE produit toxique mis au point par un savant fou corrompu etc… histoire de nous donner un bouc émissaire facile à pointer du doigt histoire de vendre un nouveau produit miracle « sans… » cet ingrédient, histoire que rien ne change… nous faisons la course à l’exclusion de tous ce qui est soi-disant « toxique » (gluten, etc) en cherchant tout c3 qu’il ne faut pas faire sans nous demander ce que nous devons faire. Plutôt que de chercher le nouvel élixir de vie éternelle 20 heures par jour devant son écran, pourquoi ne pas se lever et aller marcher? Rien d’etonnant à ce que la santé d’un adulte s’ameliore s’il cesse de se gaver de biscuits sur son canapé pour manger plus de légumes. S’il a exclu tel ou tel produit comme le gluten, on dira que le gluten était forcément responsable de son état…nous raisonnons bizarrement : si l’on se brûle la main avec une poêle chaude, est-ce forcément la preuve d’une intolérance au Téflon si l’on guérit en arrêtant de cuisiner?

    – Concernant le graphe sur les espérances de vie en lien avec la consommation de glucides: je sais que cela n’etait pas l’objet principal mais au cas où. Prendre un paramètre hors contexte est, comme l’indique l’auteur, bien hasardeux. De quels aliments parle-t-on? Quel est le mode de vie des personnes concernées? Leur degré de sédentarité? Je ne suis ni pour ou contre la consommation de glucides, mais le contexte fait toute la différence comme cela est précisé dans cet article.

    – le végétarisme et les animaux: oui, en théorie on peut assouvir les besoins alimentaires de n’importe quel animal en connaissant les quantités de chaque nutriment et en les ajoutants sous forme de composés extraits de sources transformées ou non. La question n’est pas de savoir si cela est possible, la question est de savoir ce qui justifie de s’ecarter de la consommation de produits animaux. S’il s’agit d’un motif de santé, aucune donnée tangible ne le justifie. S’il s’agit de considérations idéologiques, là encore le débat est si ouvert, mais je suis très mal à l’aise de voir qu’au nom de la « défense des animaux » on légitime le fait d’imposer notre vision de l’ethique à des animaux. Sous prétexte que nous considérons que le meurtre n’est pas acceptable de la part d’un être humain, ce qui est un des fondements de nos lois et de nos codes moraux, nous tentons de l’imposer à d’autres espèces. Les animaux ne devraient plus faire partie d’une chaîne alimentaire pour se conformer à des idéaux que nous avons construits dans le but d’assurer notre sécurité et celle de notre espèce. La notion de bien et de mal est un concept humain. Je ne vois aucune raison de légitimer un changement de mode de vie d’un animal sous prétexte que nous jugeons que le chat commet un acte répréhensible en tuant la souris. Le bien et le mal n’existent pas pour un animal non humain, et l’ethique non plus. Si l’on ne veut pas que l’homme tue pour les animaux c’est différent. Mais de là à imposer la vie domestique, donc notre mode de vie à des animaux pour ensuite leur imposer nos codes au nom du fait de ne pas imposer notre mode de vie (la consommation de viande) à d’autres animaux…vous voyez le problème?

    – Alors les glucides on en fait quoi? Ils ne sont ni bons ni mauvais dans l’absolu. Ils ne sont qu’une variable d’ajustement. On en donne pour apporter des calories si les besoins en protéines, acides gras essentiels et fibres sont insuffisants une fois inclus dans la ration. Si l’on n’en veut pas on peut utiliser le gras par exemple ou un peu moins de glucides et un peu plus de gras. L’inconvenient du gras: peu volumineux, calorique à poids égal et très appétence donc risque que l’animal en mange facilement trop. Inconvénient des protéines: plus cher, et tout dépend de la qualité. Autre problème aussi: aucun aliment, n’est composé de protéines pures. Il faut tenir compte des vitamines et minéraux qu’il apporte en plus ou de ce qu’il n’apporte pas.
    La capacité digestive des glucides étant limitée chez le chien et encore plus chez le chat, il y a obligatoirement un seuil qui ne pourra être dépassé.

    – dans les revues médicales vétérinaires, nous avons eu quelques publications (de piètre qualité) qui tentaient d’explorer les liens entre consommation de croquettes et espérance de vie , en comparant notamment avec les aliments humides ( pâtée) résultat, aucun intérêt. Des évidences seulement: peu importe le type d’aliment, si un chien ou un chat en consomme suffisamment pour être obèse, c’est un problème. Forcément, si un chat ne consomme que des croquettes, il a plus de chances d’être obèse donc de contracter certaines maladies comme un diabète sucré, et une lipidose hépatique. Mais le noeud du problème n’est pas forcément croquette ou le glucide contenu dedans. Même chose pour l’aliment humide: il est plus cher, plus volumineux et moins calorique rapporté au poids, donc moins susceptible d’engendrer une consommation excessive (sauf dans certains cas où l’on est obligé de re prescrire une ration de croquettes car le chien ou le chat aime un peu trop le goût de la pâtée et en réclame tout le temps) dans la plupart des cas. C’est aussi utile pour forcer les chats insuffisants rénaux notamment, à s’hydrater en tirant l’eau de leur ration quand les fontaines à eau n’ont pas l’effet escompté par exemple. On s’adapte au mieux en personnalisant la ration.

    Il faut vraiment insister sur ce point: l’obesité n’est pas la seule préoccupation mais elle est infiniment plus importante que la question des ratios glucides/lipides. Être obsédé par la recherche d’un aliment sans glucides alors que notre chat pèse 5 kg alors qu’il devrait en peser moins de 4 soit 25% de son poids en trop ( imaginez un athlète de 60 kg qui en prend 15 d’un coup), est un non sens. On peut nourrir son chien avec la meilleure ration ménagère du monde, si on lui sert des os crus qu’il ingurgite (vu dans le fameux reportage de France 5…j’ai été très mal à l’aise pour le chien) au lieu de les ronger (avec une dose massive et bien trop élevée de calcium et de phosphore ) on fiche tout par terre.
    Mieux vaut un aliment industriel imparfait qu’une ration mal cuisinée et déficitaire en vitamines et minéraux (bref la moitié du travail): c’est ce que montrent les études sur le « BARF » un terme très imprécis mais que l’on emploie souvent à tort pour désigner les rations ménagères: on a souvent plus de problèmes de santé pour les animaux qui reçoivent ce type de ration parce qu’elles sont souvent faites n’importe comment.
    De même que les ratios phospho/ calciques de certains aliments sont plus problématiques que leur quantité/ qualité protéique.
    Il ne faut pas tenter d’aplliquer nos croyances et nos peurs à tout et transformer notre vision de l’animal en réalité et n’en faire une référence.

    A peine la moitié des chats sont médicalisés pour diverses raisons: le chat est soi-disant « indépendant » et n’aurait besoin de rien d’autre qu’un bol de croquettes, on peut soi-disant l’alimenter à volonté et il va forcément dire non si on lui propose plus de nourriture que ses besoins. Bref, il arrive souvent que l’on n’en revoie jamais de nombreux chats entre l’age de 1 an et plus d’une dizaine d’années et de les revoir, dans un mauvais état physique avec un ensemble de signes qui auraient pu être détectés plus tôt : il vomissait une fois par semaine depuis un an mais comme la légende veut que les animaux aient besoin de se « purger », on ne relève pas, il était obèse avant, il a maigri progressivement, on n’a pas relevé, on a supposé qu’il se régulait, il ne mange que deux croquettes par jour depuis 2 semaines mais ils n’en s’en plaint pas alors tout va bien.

    Pour rappel la « purge » ne sert à rien. Un animal n’a besoin de vomir que s’il s’est empoisonné et dans ce cas je vous suggère de ne pas attendre qu’il le fasse lui-même.
    Le temps de Feydeau avec « Toto » qui ne veut pas son laxatif irritant, est révolu.
    Un chat n’a pas 9 vies et s’il tombe de 3 étages et survit à sa chute, ce n’est pas parce qu’il a l’air d’aller bien tout de suite après parce qu’il est en état de choc et bourré à d’adrenaline, que tout va bien, quoi qu’en disent les films et dessins animés.
    Ce n’est pas parce que Dreamworks nous montre un chien qui parle qu’il s’agit d’une réalité, et ce n’est pas parce que des journalistes peu respectueux de leur déontologie veulent absolument qu’il y ait un empoisonneur caché à tous les coins de rue quitte à travestir les faits à coups de poncifs qu’ils ont raison.

    Même chose pour le chien: le poil est brillant, donc tout va bien, il a du mal à se déplacer, ses muscles ont fondu mais il est âgé alors c’est normal…encore une distorsion entre notre vision culturelle trompeuse et la réalité

    Nos représentations de la normalité influencent notre prise de décision. Lorsque j’evoque L’arthrose d’un chien dont il n’a pas l’air de se plaindre mais dont je perçois les signes et l’est douloureuses consequences en l’examinant, puis que je propose de lui fournir des anti-douleurs et de la physiothérapie, on me répond parfois « mais enfin docteur, c’est n’importe quoi, il a 9 ans, c’est normal. C’est de l’acharnement ». Pourtant on s’offusquerait si l’on voyait un patient de 80 ans s’entendre répondre «  ah vous avez mal? Pourquoi je vous donnerais des analgésiques, à votre âge c’est normal d’avoir de l’arthrose, on ne va pas vous en guérir de toute façon »…
    Mais inconsciemment, l’idee de vieillesse chez l’animal est plus facilement associée à un état physique déclinant vu comme une norme, ce qui fait que l’on peut facilement ne pas relever le problème.

    Ceci n’est pas un propos condescendant, simplement une façon de souligner que nous ne pouvons pas être performants dans un domaine que nous ne maîtrisons pas et qu’il faut apprendre à faire confiance aux professionnels de temps en temps. Ce n’est pas parce que je préfère pleurer dans ma salle de garde plutôt que devant les propriétaires d’animaux que je suis un tiroir-caisse. La défiance ne sera jamais la panacée pour éviter de se faire escroquer. Mais voyons la réalité en face: on peut se faire aider par un profane et escroquer par un professionnel mais on a plus de chances de se faire escroquer par un expert auto- proclamé non diplômé que par un membre d’une profession contrôlée et réglementée qui doit valider ses compétences par des examens quelles qu’en soient les failles.
    Encore une fois , ne pas toujours avoir raison n’est pas synonyme d’être incompétent et d’avoir tort sur tout.
    Pour le reste il y a la modestie et la recherche, on fait au mieux avec ce que l’on sait quitte à revoir son jugement, comme dans toute science.

    Notre seul devoir vis à vis de nos animaux est donc de faire au mieux avec ce dont nous sommes sûrs et d’accepter de demander conseil et de faire confiance à des personnes de bonne volonté, en acceptant que leur diplôme est un bon argument de compétence le plus souvent, et pas le fruit d’un complot ou un simple argument d’autorité, et d’accepter l’idee que l’on ne sait pas tout, et qu’il est plus sage de passer des visites médicales régulières pour la prévention et le dépistage de maladies qui peuvent être ralenties si on les prend en charge tôt, plutôt que de rester buté dans un préjugé, convaincu que la medecine n’est qu’un business, etc.
    Ce n’est pas Cash Investigation ni une actrice d’Hollywood avec son élixir extra-terrestre, qui va venir s’occuper de moi si je fais une crise cardiaque et que je n’appelle pas le SAMU parce qu’il y a trop de conflits d’intérêts entre les médecins et les labos qui veulent nous empoisonner…
    Il est nécessaire de ne pas faire confiance à tout le monde aveuglément mais la defiance systematique est tout aussi problématique.

    PS
    L’auteur de cet article précise que nous sommes moins avancés en nutrition animale qu’humaine: je me permets de nuancer ce propos. Malgré la faiblesse statistique de certaines études, les données obtenues chez les animaux de laboratoire depuis des dizaines d’années ont été obtenues sur des animaux qui consommaient strictement le même aliment, pendant des durées plus importantes que pour les études chez l’humain, dans des conditions bien plus standardisées… la nutrition des rongeurs de laboratoire est techniquement la mieux connue. Il y a toujours une infinité de choses que nous ignorons dans tous les champs de la médecine mais en termes de besoins alimentaires chez les animaux, les études existantes pour certaines, ont été réalisées dans des conditions bien plus pertinentes car plus facilement contrôlables. Imaginez la difficulté de tester les effets d’une ration sur un groupe d’etres humains pendant des mois sans autre interférence? Il faudrait les obliger à ne rien manger d’autre, contrôler l’activité…et je ne parle pas du fait de l’impossibilité d’avoir des lots génétiquement homogènes comme des animaux de labo…

    À vous tous qui aimez vos animaux, vous n’êtes pas des monstres parce que vous leur donnez de la viande, vous n’etes pas des irresponsables parce que vous leur donnez des croquettes qui ne sont pas bio ou sans gluten ou sans céréales ( les cas de cardiopathie évoqués plus haut étaient dus à une probable carence en taurine pour certains, mais tous n’ont pas été expliqués, avouez que dans ces conditions il y a de quoi être frileux face à la mode du « grain free ») vous n’etes pas des empoisonneurs parce que vous leur donnez un bout de pain à table.

    Il faut accepter le risque d’erreur et faire pour le mieux en demandant conseil: si vous avez un doute donnez un coup de fil à votre véto préféré et s’il pense qu’il y a des choses à faire et qu’il vous donne des conseils, je vous en prie, ne partez pas du principe que son seul but est de se remplir les poches, vu la difficulté du métier, il y a des branches bien plus lucratives, même pour celui qui serait le plus affairiste.

    Bonne journée, et merci à MR Anso pour avoir su remettre en question et faire évoluer certains de ses propos qui étaient à mon sens trop catégoriques (je trouvais même prétentieux. L’un des articles ayant pour titre « les vétérinaires sont-ils pourris’ jusqu’à l’os » difficile de bien le prendre quand on s’investit autant dans son boulot) il y a quelques années aux débuts de ce blog. J’apprecie donc d’autant plus l’amelioration de la qualité et de la logique des arguments déployés dans les articles qui sont parus récemment quel que soit le désaccord que je puisse avoir (notamment dans le cadre de l’ouvrage intitulé « ce poison nommé croquette ») Cela fait plaisir à voir.

    Navré pour l’ortographe, la correction automatique est impossible à faire taire.

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