Cancer du sein: la mammographie victime de ses échecs et ses dangers

Des gynécologues s’inquiètent de la défiance historique de la population face à la mammographie de dépistage. Cet acte médical qui permet selon eux de sauver des vies, avec une balance bénéfice risque clairement favorable, présente des risques largement sous-estimés et parfois occultés par les autorités de santé. Les grandes perdantes, ce sont la très grande majorité des femmes qui subissent les effets indésirables d’un surdiagnotic et d’un surtraitement.

Une baisse « historique » du dépistage du cancer du sein

L’intérêt et l’utilité de la mammographie de dépistage refont surface. Il y a quelques jours, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) alertait l’opinion publique sur une baisse jugée « historique » du dépistage du cancer du sein, dont les bénéfices dépasseraient largement les risques (cancer radio-induit, surdiagnotic et surtraitement).

Ce désintérêt grandissant aurait conduit des patientes à consulter trop tard, prenant pour exemple des cas de seins « rongés par la maladie, noircis, nécrosés« , nous prévient le Pr Mathelin dans un article de Libération.

Libération estime même que cette défiance croissante envers la mammographie de dépistage est comparable à celle vécue par les vaccins en France, soutenu par les dangereux « réseaux sociaux« . Une comparaison tout à fait malvenue et inutile, soigneusement évitée par la rédaction d’Allodocteur.fr, qui a également traité ce sujet.

Même si le CNGOF reconnaît que le « surdiagnostic est possible« , ce dernier estime que le dépistage par mammographie permet d’éviter 20 % des décès, avec une balance bénéfice risque favorable.

Mais à quoi sert le dépistage organisé du cancer du sein et pourquoi le CNGOF s’insurge de la baisse des mammographies ? Finalement, la balance bénéfice risque est-elle réellement favorable ?

«le diagnostic du cancer du sein à un stade précoce reste vital »

Le principe fondamental est là: les mammographies de dépistage servent à détecter le plus tôt possible les tumeurs qui pourraient évoluer en cancer. La méthode est donc très louable, au plus tôt on se fait dépister et au plus tôt on évite le cancer et les nombreux traitements lourds comme la mastectomie, la chimiothérapie, ou la radiothérapie.

Pourtant il y a des risques. Sans même évoquer celui d’avoir un cancer à la suite d’une mammographie, qui est très faible (estimé entre 1 à 20 cas pour 100 000 femmes dépistées), il existe des risques importants de faux-positif (= stress et parfois biopsie), de surdiagnostic et de surtraitement pour des lésions qui n’auraient probablement pas évolué vers un cancer.

C’est là que le bat blesse. Si les autorités sanitaires sont persuadées qu’il faut intensifier la détection des tumeurs les plus petites pour faire diminuer le nombre de décès à cause du cancer du sein, dans la réalité, la mammographie de dépistage ne bénéficie réellement qu’à très peu de femmes.

Les (très) gros problèmes d’une mammographie généralisée

Selon plusieurs publications scientifiques indépendantes sur les bénéfices et les risques de ce dépistage, sur 1000 femmes dépistées pendant 20 ans à raison d’une mammographie tous les deux ans (selon les recommandations officielles), seules 4 femmes seront correctement dépistées et sauvées du cancer. 4 femmes sur 1 000, uniquement.

Pour les autres ? Il y a une immense majorité que seront dépistés pour « rien » (plus de 700) avec des résultats toujours normaux. En revanche, les femmes restantes subiront, plus ou moins sévèrement, les travers de cet acte: 13 femmes subiront un surdiagnostic et un surtraitement pour un cancer inexistant ou des tumeurs avec un pronostic favorable (= faible risque d’évolution vers un cancer). 12 femmes n’auront pas la chance de se faire détecter un véritable cancer ou encore 150 autres auront la malchance d’avoir un faux-positif, qui peut entraîner un stress important et un geste invasif (biopsie) pour vérifier les premiers résultats.

Autrement dit, la stratégie principale des autorités sanitaires axée sur le dépistage précoce des petites tumeurs est extrêmement bancale, puisque ces dernières sont les moins problématiques et ne sont pas des marqueurs pertinents dans le pronostic d’un cancer.

Ces résultats ne sont pas sortis d’une pochette surprise ou d’un chapeau de magicien, ils ont été publiés dans des journaux médicaux de qualité (le NEJM1 2, Prescrire3 4 ou la revue Cochrane5 6 par exemple) et mettent bien en garde contre l’acharnement médical sur la détection des tumeurs inférieures à 2 cm.

Les travaux les plus récents publiés en 2017 sur ce sujet viennent confirmer les dangers du surdiagnostic des petites tumeurs mis en avant par l’Institut Dartmouth de santé publique et de pratique clinique au Liban un an plus tôt.

Le docteur Cécile Bour de l’association « Cancer Rose« , qui prône une refonte du système de dépistage, résume les conclusions de ces travaux. Pour les petites tumeurs massivement détectées par le dépistage, elles possèdent « un très bon pronostic en raison d’une croissance intrinsèquement lente, qui fait qu’elles n’ont pas vocation à devenir de grosses tumeurs et qu’elles sont de par nature favorable. Ce sont elles qui constituent un surdiagnostic résultant directement de l’activité de dépistage. Elles ne se développeront pas assez pour être dangereuses.« 

En ce qui concerne les plus grosses tumeurs, l’association complète qu’elles « ne se développent pas à partir des petites [tumeurs], mais bien à partir d’une sous-population de petites lésions comportant des facteurs biologiques d’emblée péjoratifs« . Rajoutant que ces dernières « échappent malheureusement à la détection mammographique en raison d’une cinétique de croissance trop rapide.« 

Le message à retenir: il ne faut pas tout mélanger

Les avis favorables au dépistage généralisé relayés dans la presse dénoncent les critiques contre une pratique médicale qui sauve des vies. Illustrés par des photos et des témoignages-chocs, ces spécialistes mettent en avant des cas extrêmement particuliers, avec des seins noircis ou nécrosés, qui ont malheureusement bien mal interprété les messages d’alertes concernant le dépistage.

Tout le monde doit bien prendre conscience que n’importe quelle pratique médicale doit justifier une balance bénéfice risque favorable pour le patient. Cette balance, entre les avantages et les inconvénients, est appréciée au gré des publications scientifiques. C’est donc tout logiquement qu’apparaissent des articles qui font pencher la balance soit d’un côté, soit de l’autre.

Et justement, en ce qui concerne le dépistage du cancer du sein, plusieurs publications alimentent un débat sain sur la légitimité et les dangers de cette pratique, afin de faire évoluer nos programmes de santé publique. D’autres publications démontrent malheureusement que les professionnels de santé les plus favorables au dépistage par mammographie attestent de liens d’intérêts financiers avec les sociétés qui commercialisent le matériel et les programmes7.

Clairement, la mammographie de dépistage doit être réévaluée, repensée, comme l’a suggéré la grande concertation citoyenne et scientifique sur ce sujet.


Références

1. Welch (2016) Breast-Cancer Tumor Size, Overdiagnosis, and Mammography Screening Effectivenes. N Engl J Med 2016; 375:1438-1447

2. Lannin, D. R., & Wang, S. (2017). Are Small Breast Cancers Good because They Are Small or Small because They Are Good?. New England Journal of Medicine376(23), 2286-91.

3. Mammographic breast cancer screening. Part II. Non-randomised comparisons: results similar to those of randomised trials. Prescrire Int. 2015 Apr;24(159):99-102.

4. Mammographic screening for breast cancer. Overdiagnosis: an insidious adverse effect of screening. Prescrire Int. 2015 Jul;24(162):186-9, 191.

5. Gøtzsche, P. C., & Nielsen, M. (2009). Screening for breast cancer with mammography. The cochrane library.

6. Gøtzsche, P. C., & Jørgensen, K. J. (2013). Screening for breast cancer with mammography. The Cochrane Library.

7. Raichand, S., Dunn, A. G., Ong, M. S., Bourgeois, F. T., Coiera, E., & Mandl, K. D. (2017). Conclusions in systematic reviews of mammography for breast cancer screening and associations with review design and author characteristics. Systematic reviews6(1), 105.

15 Commentaires

  1. Terry

    Très intéressant. Je ne m’étais jamais vraiment penchée sur le sujet, peut-être car je suis encore jeune (25 ans) mais ça restera dans un coin de ma tête.

    Cependant quelle méthode reste la plus efficace pour prévenir le cancer du sein si la mammographie se révèle quasiment inutile ?

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    1. France19

      La méthode la plus efficace pour prévenir le cancer du sein (pas le diagnostiquer précocement, mais l’empêcher d’arriver), c’est d’agir sur les causes :
      1°) exclure les produits laitiers de son alimentation, car ils affaiblissent notre système immunitaire et perturbent notre système hormonal
      2°) Choisir une méthode de contraception non hormonale pour ne pas perturber notre système hormonal
      3°) enlever le soutien-gorge le plus souvent possible, et laisser les seins bouger au gré des mouvements du corps pour laisser la lymphe circuler librement et faire son travail de nettoyage
      4°) Faire de l’exercice physique et du sport
      5°) Mener une vie saine : pas d’alcool, ni tabac, ni sucre ajouté, éviter autant que possible toutes les sources de pollution, manger bio etc.

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      1. Michel Ubertelli

        Bravo

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    2. Hans

      Bonjour,
      La palpation : un creux ou un boule à un seul sein peut justifier une consultation. Pas forcément une mammographie.
      Allez sur le site Cancer Rose. Vous y trouverez beaucoup d’informations et par le formulaire contact, vous pouvez poser des questions particulières si vous en avez.

      Bien à vous.

      Hans

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  2. Hans

    Bonjour,
    Cécile Bour et certains de ses confrères sont joignables. Elle-même m’a répondu directement très rapidement et très aimablement quand je lui ai posé des questions via le site Cancer Rose, site très complet.
    J’ai eu aussi des pistes pour trouver des renseignements : revue « Prescrire » dont les publications viennent de médecins qui sont libres de tout conflits d’intérêts.

    Merci Jérémy.

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  3. Marie Fabre

    À lire sur le sujet le très intéressant bouquin « No MAMMO » de Rachel Campergue (c’est en français).

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  4. fremdel

    ayant été opérée l’an passé d’un cancer du sein,j’ai refusé le traitement degradant d’hormonotherapie ,mais je me suis tournée vers une autre vie..la medecine naturelle,le yoga, ,la marche,fini les laitages,la viande rouge,et surtt fini l’ami du cancer:le sucre.
    aussi je refuse les mammo desormais ,qui compressent trop le sein ;mais je demmande une echo et une irm qui sont sans danger et bien plus approfondie pour l’irm..

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    1. Hans

      Bravo pour votre force de changement, merci de témoigner.
      Je n’ai jamais eu à le faire, mais j’ai lu d’autres témoignages de femmes disant que l’IRM et l’écho leur avait été refusées.

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  5. corinne

    Bonjour
    Il y a bien longtemps que je ne fais plus les mammographies. Ma cousine les faisaient systématiquement, tout allait bien, rien à voir, dégagez ! et 6 mois après, cancer du sein, il a fallu lui enlever le sein. C’était déjà bien avancé. Alors leur truc, c’est du pipo.

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  6. Kara

    Merci pour vos infos toujours pertinentes

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  7. Christine Gregoire

    Merci beaucoup pour tout vos articles intéressants et riches en informations…

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  8. BLANQUART Michèle

    Cela fait des années que je ne fais plus de mammographies malgré la peristance de mon medecin qui avait pris l’initiative de prendre son téléphone pour un rendez vous chez le radialogue. Cela m’avait quelque peu interpellé et je l’avais annulé depuis il n’avait pas insisté
    Je me souviens d’une amie qui s’etait rendue à un mini congrès sur le cancer et un professeur avait dit : Mesdames vous voulez un cancer du sein faites des mammographies !!! Il y avait une alternative disait il c’etait de faire une échographie en cas de suspicion ou contrôle.
    Moi dans ma famille, ma mère mes tantes n’en ont jamais fait aussi je n’en fait pas non plus je mène une vie simple sans excès et j’essaie de ne pas y penser.

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  9. fremdel

    il est préférable de faire une écho plus une irm à la place de la mammo..même mon généraliste m’a confirmée mon choix..on reçoit trop de radiations pendant la seance et le sein est tellement comprimé (une dizaine de kilos)…l’irm est l’examen le plus approfondi sans aucun effet négatif ,tout comme l’écho.

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    1. France19

      bon à savoir ! merci !

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  10. rose

    merci pour cette article qui me conforte dans mon choix de ne plus faire de mammo car je pressentais cet abus et soumettre mes seins à l’écrasement et aux rayons ne me plaisaient pas non plus.
    palper reste une solution très efficace pour repérer une grosseur.
    je viens de recevoir le troisième courrier amélie pour me rappeler que je dois prendre rdv.
    nos seins seraient-il source de revenus ?
    bravo et merci encore

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