Conflits d’intérêts des Facs de médecine: aucune gestion, tous les coups sont permis !

 

35 facultés sur 37 n’ont aucune politique de gestion des conflits d’intérêts

Selon les derniers travaux publiés par une équipe française et australienne, la très grande majorité de nos facultés de médecine en France se moquent bien des conflits d’intérêts.1

Les auteurs, qui sont notamment pour la plupart impliqués dans les actions du Formindep, qui militent pour une formation et une information médicale indépendante, ont classé les facultés de médecine sur une échelle de 0 à 26.

  • 0 étant l’absence de gestion des conflits d’intérêts
  • 26 représentant une très forte opposition à ces pratiques.

28 facultés ont tout simplement obtenu le score de 0. Rien, peau de balle, nada, aucune politique, aucune mesure, aucune gestion. Les laboratoires pharmaceutiques n’ont aucune barrière administrative posée par la direction. Tranquille.

7 facultés reçoivent tout de même un score de 1 sur 26 ! Un point salvateur obtenu grâce à l’initiative d’enseignements sensibles aux conflits d’intérêts, qui donnent des cours optionnels.

Petite zone d’ombre au tableau: si deux facultés (Paris 5 et Lyon Sud) qui proposent bien des cours sur la gestion des conflits d’intérêts aux étudiants, ils sont assurés par des représentants des laboratoires pharmaceutiques en grande partie ! Un comble.

Finalement, ce sont les facultés d’Angers et de Lyon Est qui obtiennent les meilleures notes, mais attention, ça ne vole pas très haut pour autant. 4 et 5 sur 26 respectivement.

Globalement, les conflits d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques ne semblent pas déranger plus que ça les présidences et directions de nos facultés de médecine.

244 millions (€) de cadeaux entre 2012 et 2014 !

C’est malheureusement le constat d’une initiative citoyenne qui publie les résultats du site mis en place par le gouvernement sur les avantages reçus par les professionnels de la santé.

Au moins 71 millions (€) ont été versés sous forme de repas, 43 millions (€) sous forme d’hospitalités diverses et 34 millions (€) pour la prise en charge des transports.

Les médecins sont les praticiens le plus sous influence. Normal. Ils cumulent plus de 196 millions (€) de cadeaux de la part de l’industrie pharmaceutique. Mais ce n’est pas tout, les étudiants en médecine, les internes, les infirmières ou les associations de professionnels de santé sont également arrosés par les laboratoires pharmaceutiques.

Ces derniers ont reçu entre 2012 et 2014:

  • les étudiants en médecine = 1,8 million (€)
  • les internes = 2,1 millions (€)
  • les infirmières = 8 millions (€)
  • les associations de professionnels de santé = 9,7 millions (€)

Un article qui nous rappelle la thèse de Louis-Adrien Delarue…

Cette thèse intitulée, « Les recommandations pour la pratique clinique élaborées par les autorités sanitaires françaises sont-elles sous influence industrielle ? », a fait grand bruit lors de la soutenance.

Elle a démontré à quel point les professionnels de la santé sont persuadés d’être totalement indépendants même si ces derniers reçoivent des fonds, des cadeaux, des avantages de la part d’un laboratoire pharmaceutique.

Malheureusement, les laboratoires pharmaceutiques le savent, et font de ce côté-là un formidable travail. Ils tissent des liens subtils, parfois invisibles ou dérisoires pour les professionnels, à travers des avantages minimes ou insignifiants, mais qui jouent un rôle dans la pratique quotidienne, dans la prise de décision et dans l’expertise médicale.

Cette thèse et cette publication récente servent encore une fois à pointer du doigt une situation inacceptable en France où les laboratoires pharmaceutiques, qui apportent l’argent et la gloire, sont les rois des formations médicales et de l’édition scientifique.

Une situation dangereuse, car je n’ai nul besoin de rappeler les multiples scandales sanitaires impliquant un médicament, un professionnel ou des collectifs d’experts en situation de conflits d’intérêts et des centaines voire des milliers de morts à cause d’un jugement biaisé et d’un déni de science indépendante.


Références

1. Scheffer, P., Guy-Coichard, C., Outh-Gauer, D., Calet-Froissart, Z., Boursier, M., Mintzes, B., & Borde, J. S. (2017). Conflict of Interest Policies at French Medical Schools: Starting from the Bottom. PloS one, 12(1), e0168258.

1 Commentaire

  1. Anais

    Effectivement, cette omniprésence de l’industrie pharmaceutique est un problème. C’est un système assez pervers!
    Quand on est externes, on est jeunes, crédules, immatures et on n’a pas forcément beaucoup de reconnaissance dans notre travail! Les représentants de labo viennent à l’hôpital, sont sympas avec nous, nous donnent des stylos, des petits déjeuners de roi à la salle de pause et nous parlent de médicaments, sujet valorisant pour un étudiant débutant puisque la médecine officielle repose en grande partie sur les pharmaciens…
    Quand on est internes, ça continue tranquillement. Les représentants notent les noms de tout le monde, ils sont très bien organisés pour créer des liens durables. Ils sont toujours super sympas, of course! Ils nous payent nos inscriptions aux congrés (transport compris)dont le prix est exorbitant. Ils organisent la plupart des symposiums avec toujours repas compris.
    Je suis médecin hospitalier et je pense être l’une des rares à refuser de recevoir les représentants de labos. Mes collègues apprécient ce type de relations où ils sont chouchoutés.
    Enfin, pas tous…
    Une fois, après avoir reçu par mail une invitation à un énième symposium organisé par un labo, un collègue a osé demander au chef de service (avec tout le monde en copie) s’il serait possible un jour d’être convié à un symposium libre de tout conflit d’intérêt. Il s’est fait sévèrement envoyer bouler… Qu’est ce qu’il n’avait pas dit. « Ca n’est pas parce que le labo organise le symposium qu’on va manquer de discernement scientifique, m’enfin, voyons! » Fin de la polémique.
    Il va falloir du temps si l’on veut que les choses changent, c’est dans les moeurs malheureusement…

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