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(cette superbe photo provient de “babas”, un pote photographe que je remercie chaleureusement)

La butineuse, la meilleure amie des plantes

Les abeilles, elles incarnent pour l’immense majorité des gens ce paisible insecte volant de fleurs en fleurs afin de récolter le précieux nectar, indispensable pour la survie de la colonie. Le miel est la première référence faite avec les abeilles car ce sont bien elles qui produisent ce breuvage sucré. Les abeilles sont exploités professionnellement par des apiculteurs qui extraient le fruit du travail des butineuses et de l’ensemble de la colonie. Le miel est donc un produit naturel consommable par tous, sauf par les végétaliens.

Du miel, tu ne mangeras pas (extrait du « véganile »)

Les végétaliens n’intègrent pas dans leur alimentation tous les produits qui sont issu d’une exploitation animale, tel que le lait de vache, les œufs mais également le miel. Les abeilles souffrent-elles de la relation exploitant-exploitée qu’elles entretiennent avec les hommes ? Peut-on comparer l’exploitation du lait de vache, garnies d’inséminations artificielles et de séparations à répétition mère-veau, avec l’enfumage d’une ruche et l’extraction du miel ? Pour les végans (= végétaliens), oui. Et les témoignages abondent dans ce sens sur le net (1) : les apiculteurs brûlent leurs abeilles et leurs ruches pour les punir lors d’une mauvaise récolte ; ils utilisent des répulsifs toxiques pendant les extractions des produits de la ruche ; ils affament même les colonies pour leur plus grand plaisir ; ils tuent un nombre colossal d’abeilles ; finalement, ils récoltent du miel chauffé et comparable qualitativement au sucre de table.

Deux poids, deux mesures

Les végétaliens sont confrontés à un fort dilemme éthique, très engagé, qui leur interdit d’abuser des autres espèces qui vivent à nos côtés. Le principe est noble, et incroyablement courageux à notre époque où le bien être animal est ignoré d’une baffe de pétro-dollar, et où les activistes passent pour des hippies mangeurs de terre. Je caricature, mais dans le but de faire émerger des idées et notions fondamentales. Peut-on tout mettre dans le même panier ? Peut-on classer tous les apiculteurs d’esclavagistes, aux méthodes barbares ? Ne conviendrait-il pas de mieux connaître les relations entretenues entre l’apiculteur et les abeilles ? La réponse est oui, et il se trouve que je suis apiculteur, je peux donc vous en parler en connaissance de cause.

L’apiculteur, un amoureux des abeilles ?

La première règle en apiculture est la suivante : moins on dérange les abeilles, mieux elles feront leur travail et plus la récolte sera bonne. A partir de ce moment là, il apparaît totalement contreproductif de tuer des abeilles ; d’empoisonner les colonies avec des produits toxiques ; de brûler les colonies (n’est-ce pas évident ?) ; et encore moins de les affamer. Des ruches en bonne santé ne seront soumises qu’à un seul « traumatisme », de la fumée. Cette fumée doit être blanche, dense, et froide pour ne pas déranger les abeilles outre mesure et limiter les piqûres, et donc les pertes de futures butineuses. Durant les opérations d’extraction des cadres qui contiennent le miel dans la ruche, une attention toute particulière est maintenue pour éviter d’écraser ne serait-ce qu’une seule abeille ! Pourquoi un apiculteur voudrait-il amputer sa colonie de dizaine d’individus ? Il n’y a aucune raison rationnelle, si ce n’est l’inexpérience.

Des abeilles stressées et dépouillées ?

Les intrusions des apiculteurs sont bien évidemment des épisodes traumatisants pour une partie de la colonie, et potentiellement générateur de stress auquel les abeilles sont parfaitement habituées. Sans les apiculteurs, les abeilles forment des essaims sauvages susceptible d’être harcelés par le vent et les conditions météorologiques difficiles ; par les activités naturelles de la faune ; mais également par les hommes eux-mêmes (lors de défrichement par exemple). Le fait est que les abeilles peuvent vivre sans les hommes, mais que l’environnement fourni par celui-ci (la ruche) n’est pas plus anxiogène ou mortel que ne l’est le milieu naturel. Lors d’une extraction basique de miel, une ruche est composée d’un corps avec le couvain, la reine et les nouvelles larves qui émergent régulièrement, recouvert d’une hausse réservée au stockage du miel. Une grille entre les deux étages empêche le reine de circuler et de pondre dans la hausse. Le cœur de la ruche, le corps, n’est donc pas dérangé durant cette opération banale, et ne doit l’être qu’une à deux fois par an pour contrôler l’état de la colonie. Les abeilles disposent donc toujours de leur réserve stockée dans le cœur de la ruche, et ne sont pour ainsi jamais « dépouillée », sinon notre cher apiculteur peut changer de métier.

De la ruche au pot

Nul mystère dans la préparation des pots de miel. Les cadres remplis de miel seront vidés de leur nectar, après désoperculation et centrifugation. Le miel brut ainsi recueilli sera filtré par un ou plusieurs tamis pour être stocké, 2 ou 3 jours, dans un maturateur. Lorsque les dernières bulles de cires sont remontées à la surface, on peut alors mettre le miel en pot, en le versant tout simplement dans les pots sans rien faire d’autre. L’art de l’apiculture n’implique aucun processus mécanique (originellement) et aucun processus physique (chauffage) qui dégrade la qualité du miel. Le pollen et la propolis sont deux autres produits de la ruche qui peuvent être récolté sans gêner outre mesure une colonie. Pour la gelée royale, c’est une tout autre histoire que je n’aborderais pas dans cet article.

Du miel comparable au sucre raffiné ?

L’un des arguments végétaliens repose sur la qualité exagérée du miel, qui ne serait au final qu’un vulgaire « vomi » sucré comparable au sucre blanc. Je remplace donc ma casquette d’apiculteur par celle de scientifique, et je ne peux que constater la présence de composés intéressants pour l’homme, des antioxydants, des composés phénoliques, des minéraux, des pro biotiques, qui sont hélas absent de notre bon vieux sucre de table (2). Les vertus cicatrisantes et antiseptiques du miel ne sont plus à prouver (3, 4), alors qu’une couche de sucre blanc sur une plaie ne devrait pas vous apporter grand-chose, si ce n’est une colonie de fourmis sur la jambe. En fait, je résume les incroyables vertus du miel dans un ouvrage gratuit et offert à tous les abonnées du site (pratiquement 1 millier de personnes aujourd’hui). On notera des effets positifs du miel sur la flore intestinale (5), sur la qualité des selles des nourrissons, sur la santé cardio-vasculaire (6) mais également sur le cancer du sein (7). Pour une liste quasi exhaustive des bienfaits potentiels, téléchargez votre guide « Du miel à volonté ».

L’éthique ou la raison ?

Que faut-il donc faire ? Cet article n’a pas, et n’aura jamais, la prétention de faire changer de fusil d’épaule les végétaliens sur le miel. Non, car les végétaliens qui oseront faire ce choix, celui de consommer du miel, devront subir le courroux de leur confrère, et cela n’est jamais agréable. Quoi qu’il en soit, il est possible de composer sa vie et son alimentation avec du miel sans pour autant pactiser avec le diable ou pour un système « pourri » qui exploite la moindre espèce sur terre. Comme il existe des éleveurs de vaches qui respectent le lien sacré entre une mère et son petit, il existe nombre d’apiculteurs qui bichonnent leurs colonies et produisent un miel d’une qualité exceptionnelle. Il vous suffit de le reconnaître et de les trouver.

Vous êtes plutôt carré de sucre blanc ou cuillère de miel ?


Notes et références

(1) les blogs végétaliens reprennent largement les idées que j’énonce dans cette article. On remarquera “crudivegan” qui a écrit un article où le miel est comparé aux vomis des abeilles, j’ai eu l’occasion de commenter son article. Les forums végétaliens nous offrent également une belle démonstration de désinformation sur le travail des apiculteurs. Alors que d’autre blog végétalien, parle très justement de cette question et argumente d’une très belle manière.

(2) Beretta G, Granata P, Ferrero M, Orioli M, Facino RM: Standardization of antioxidant properties of honey by a combination of spectrophotometric/fluorimetric assays and chemometrics. Anal Chim Acta 533:185–191, 2005.

(3) Descottes, B. (2009). Cicatrisation par le miel, l’expérience de 25 années.Phytothérapie7(2), 112-116.

(4) Goetz, P. (2009). Le miel comme traitement local désinfectant et cicatrisant des plaies. Phytothérapie7(2), 91-93.

(5) Shamala TR, Jyothi YS, Saibaba P: Stimulatory effect of honey on multiplication of lactic acid bacteria under in vitro and in vivo conditions. Lett Appl Microbiol 30:453–455, 2000

(6) Al-Waili NS: Natural honey lowers plasma glucose, C-reactive protein, homocysteine, and blood lipids in healthy, diabetic, andhyperlipidemic subjects: Comparison with dextrose and sucrose. J Med Food 7:100–107, 2004

(7) Fahey JW, Stephenson KK. Pinostrobin from honey and Thai ginger (Boesenbergia pandurata): a potent flavonoid inducer of mammalian phase 2 chemoprotective and antioxidant enzymes. J Agric Food Chem 2002 December 4;50(25):7472-6.

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22 commentaires
  1. Je suis plutôt miel moi aussi! Et j’ai totalement banni le sucre blanc également.
    Ton blog est vraiment bien écrit Jérémy, toute les infos que tu rassembles sont impressionnante! Ca doit te prendre un temps fou! A l’époque ou l’on vit, avec tout les abus alimentaires qui nous entourent, il faudrait plus de gens comme toi pour dénoncer tout ça et faire ouvrir les yeux aux gens!
    Malheureusement trop nombreux sont ceux qui, même après avoir lu un article qui dénonce tout les méfaits d’un aliment, que ça soit d’un point de vue nutritionnel ou écologique, continue à le consommer en oubliant consciemment ce qu’ils viennent de lire, parce que c’est trop “chiant” de changer ses habitudes…

  2. Bonjour,
    Je me greffe sur une discussion un peu ancienne, mais je suis au coeur de ce problème : “apiculture et éthique”, puisque végétarienne par conviction et prenant des cours d’apiculture cette année 2014
    Il y a malheureusement dans le monde de l’apiculture, le meilleur et le pire. Nos amis vegan n’ont donc pas tort. il suffit de voir le film “des abeilles et des hommes” pour s’ en convaincre. C’est d’ailleurs également vrai pour l’agriculture, l’élevage….et le bio où le green-washing sévit sans vergogne actuellement….
    Pour revenir aux abeilles, je pense que de nombreux apiculteurs, notamment des amateurs sont des passionnés, et aiment vraiment leurs abeilles.Pourtant, certaines pratiques semblent t’il incontournables me posent problème !
    Notamment le remérage systématique (tuer la reine et la remplacer par une plus jeune) .
    Si je comprend cet impératif lié au besoin de conserver des ruches fortes surtout à l’heure actuelle où les abeilles sont de plus en plus menacées (pesticide,maladies,parasite…. frelon asiatique…) il n’empêche, que ce n’est pas acceptable pour moi.
    Je cherche donc une méthode me permettant de faire de l’apiculture, (avoir quelques ruches) en respectant mes convictions.
    Comme en agro- écologie, il doit y avoir des méthodes qui accompagnent sans être trop intrusives, sans être destructrices et qui permettent d’avoir des colonies fortes et en bonne santé
    Si vos avez des idées à me donner je suis preneuse…

  3. “Cet article n’a pas, et n’aura jamais, la prétention de faire changer de fusil d’épaule les végétaliens sur le miel. Non, car les végétaliens qui oseront faire ce choix, celui de consommer du miel, devront subir le courroux de leur confrère, et cela n’est jamais agréable.” Dommage de finir cet article intéressant par une petite attaque gratuite contre les vegan. La question de l’exploitation des abeilles pour le miel n’est pas évidente contrairement à toutes autres formes d’exploitation animale et la plupart des vegan en sont conscient.

    1. Je ne suis pas certaine qu’il y ait eu ici une attaque contre les vegans, j’imagine plutôt une critique de l’intolérance au sens large. Je pense que Jeremy voulait nous faire comprendre que nous ne sommes pas obligés d’entrer dans une case, dans un moule et que nous pouvons nous libérer du dictât et de la pression que les autres veulent nous imposer quand il s’agit de composer notre assiette.
      “Ah bon, tu es végétarienne mais tu manges des oeufs? Tu n’y penses pas aux poussins?”

      Pour ma part, je trouve que cet article est l’occasion géniale de rappeler que chaque petit pas est une avancée, et que manger local, c’est déjà mieux que rien, que choisir une viande élevée par le voisin fermier dans des conditions respectueuses, c’est aussi mieux que rien, et plutôt que de critiquer sans cesse les individus qui ne vont pas assez loin, on devrait encourager ceux qui font un effort!
      Voilà, je ne vise personne en particulier et je n’ai pas envie de déclencher de nouveaux conflits mais je trouve juste que c’était une belle occasion de faire passer ce message qui me tient à coeur! :)

      Au delà de ça, je remercie Jérémy pour ce bel article encore une fois qui a répondu à deux trois questions que je me posais. Je trouve tes articles souvent objectifs et accessibles, continue comme ça c’est top !

      Bonne soirée à tous,

      Camille.

  4. Je soumet à votre attention le Miel des îles Pitcairn ou vivent 48 descendants des révoltés du Bounty dans le pacifique sud. Le site bilingue est http://www.honey.pn

    L’ile pitcairn est quasiment zero polutyon sans route, voiture, aéroport, industrie, port (un bateau tous les 3 mois)

  5. Très intéressant cet article sur le rapport en végétarisme et apiculture. La situation est complexe et avoir un avis tranché n’est pas simple (surtout pour un non végétarien ;-).

    Il est clair qu’en matière d’apiculture et de traitement des colonies, il y a des pratiques très diverses et plus ou moins respectueuses de l’animal selon les apiculteurs. Là encore c’est souvent une affaire de choix personnels.

    @JN Prade : tu peux présenter ton site sur notre annuaire : http://blog.apiculture.net/annuaire-apicole/

  6. Pourquoi les végans consomment-ils des végétaux issus de “l’exploitation” d’abeilles d’élevage, puisqu’ils sont contre tout ce qui est issus des animaux exploités.
    Grâce aux apiculteurs de nombreuses productions végétales permettent de nourrir bon nombre de végétariens ou pire.

  7. Cinq ans après la rédaction de cet article, je tombe dessus par hasard. Je suis végétalien (et je ne souille pas la langue française pour autant), et fils d’apiculteur. Je suis las d’entendre les âneries des végécons sur l’apiculture en général. Donc je suis content de tomber sur quelqu’un qui dit des choses sensées.

    Ceci dit, à part mon père, je n’ai rencontré en chair et os qu’un seul autre apiculteur qui: donne du miel aux abeilles si elles n’en ont pas assez de leur production; leur donne de l’eau potable dans un abreuvoir correct; leur change l’eau tous les jours après avoir nettoyé l’abreuvoir.

    Je suis outragé des étiquettes du genre «miel [du commerce] équitable», où les vraies productrices ne comptent pour rien. S’il y avait plusieurs apiculteurs non-esclavagistes, il y aurait moyen peut-être de créer une étiquette appropriée. Genre «miel sans esclavage»? Mais des apiculteurs qui osaient cela s’attireraient les foudres de leurs confrères, sans doute.

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