Ne dit-on pas qu’avoir un chien ou un chat est bon pour la santé, bon pour le coeur et lutte contre la solitude ? Pas si sûre, en tout cas la réalité derrière ces allégations n’est pas aussi simple qu’on veut le faire croire. Il y a des avantages certains, d’autres plus incertains, et même des risques !

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Posséder un animal de compagnie est réputé bon pour la santé. SantéPlusMag nous prévient que le chien est une source de « joie et de bonheur » qui nous apporte « plus que ce que l’on peut croire ».

Ah bon ? Comme quoi ? Le magazine de la santé mélange pêle-mêle des effets positifs sur le coeur, la pression artérielle, le cholestérol… On retrouve aussi les bienfaits d’avoir un chien sur l’activité physique. On serait plus actif avec des poilus, promenade oblige !

Avoir un chien nous permettrait aussi d’améliorer notre « vie sociale » selon le magazine, de réduire le stress, prévenir la dépression, les allergies… Un véritable trésor pour notre santé en somme.

L’article tempère tout de même ses propos et met en garde contre le risque de chutes causées par les animaux domestiques. Tout le monde ne devrait pas se ruer à l’adoption.

Des articles de ce type fleurissent sur la toile, avec Consoglobe qui mentionne des maîtres d’animaux de compagnie en meilleure santé et plus heureux, là aussi avec un risque réduit d’accident cardiovasculaire quand un chien est présent dans le foyer.

Mais est-ce une légende urbaine cette histoire de chien ou de chat aux capacités thérapeutiques ?

On va le voir, c’est compliqué. Et forcément, comme souvent, dans ce genre d’article grand public on vous infantilise à l’extrême en simplifiant et dénaturant des résultats de la recherche scientifique.

Avoir un chien est bon pour le coeur, vraiment ?

L’argument phare que l’on retrouve sur le web concerne la santé cardiovasculaire qui serait bien meilleure avec un animal de compagnie plutôt que sans. On parle parfois abusivement d’animaux de compagnie au sens large alors que ce sont surtout des chiens, car peu d’études ont été menées sur les chats.

Quoi qu’il en soit, avoir un chien permettrait au maître d’être plus actif, de se promener davantage en pleine nature, de limiter la sédentarité et donc d’améliorer sa santé cardiaque. Une promesse vérifiée par une étude de grande ampleur en Suède.

Plus de 3 millions de Suédois ont été suivis pendant 12 ans par les autorités de santé locales, avec de nombreux paramètres, comme le statut socio-économique, l’âge ou encore la région où vivent les participants.

Bien sûr, la présence ou non d’un chien à la maison également. C’était là tout l’objectif de l’étude : évaluer les associations entre la présence d’un chien avec le risque de décès et de maladie cardiovasculaire.

Bingo pour les chercheurs, les résultats sont éloquents. Avoir un chien réduit le risque de mourir de 30 % et autant pour le risque de décéder d’un accident cardiovasculaire.

On pourrait s’arrêter là, c’est-à-dire aux conclusions des auteurs de cette étude comme les articles des magazines de santé, mais ce serait trop simple. Bien trop simple.

Car cette étude ne permet pas vraiment de répondre à la question. Pourquoi ? Car les auteurs utilisent une grande base de données (plus de 3 millions de Suédois) mais relativement peu complète.

Nous n’avons aucune information majeure et nécessaire dans ce type d’étude : l’obésité, la sédentarité, le tabagisme, la prévalence de maladie métabolique ou neurologique comme le diabète ou Alzheimer.

En bref, cette étude ne prend pas en compte les facteurs de confusions les plus importants dans le risque de décès, notamment cardiovasculaire. Ils ne le font pas, car ils n’ont pas ces informations. Cela est bien sûr précisé dans l’article.

Ces résultats sont à prendre avec des pincettes pour d’autres raisons. Les auteurs ont pu faire des analyses plus fines notamment en fonction des races des chiens. On pourrait se demander pourquoi ? Certaines races de chien apporteraient des bénéfices et d’autres non ?

C’est justement ce qu’ils trouvent ! Des bénéfices pour les races de chiens de chasse alors que les pedigrees mélangés n’apportent plus aucun bénéfice. Vraiment étrange.

La vérité se cache peut-être dans ce manque de contrôle des facteurs de confusion. Pour vérifier cette hypothèse, les auteurs ont analysé un sous-groupe suédois composé de plus de 30.000 participants (des jumeaux) où cette fois-ci on possède de nombreuses informations importantes : le tabagisme, l’indice de masse corporel, ou encore l’activité professionnelle et physique.

Dans ce groupe d’individus où l’on prend en compte beaucoup plus de facteurs dits de confusion les bénéfices des chiens disparaissent, aussi bien sur le risque de mourir de n’importe quelle cause que d’une maladie cardiovasculaire.

Un peu déroutant n’est-ce pas ?

Cette étude ne permet malheureusement pas de répondre avec précision à la question du rôle positif du chien sur la santé cardiovasculaire ou générale, sans bien sûr dire qu’il n’existe pas. À la lumière de ces résultats, les personnes seules pourraient bénéficier le plus d’avoir un chien dans le foyer. Cela reste une tendance non significative.

Les auteurs de cette vaste étude restent néanmoins conscients des limites de leur travail scientifique. Ils précisent que des facteurs de confusion ont pu être oublié (et l’analyse des registres des jumeaux l’atteste), de mauvaises classifications dans les registres avec des chiens non déclarés (même si c’est obligatoire) ou une association inverse.

Une association inverse ? En réalité on ne sait pas si le fait d’avoir un chien permet d’être en meilleure santé ou si c’est parce que vous êtes en bonne santé que vous décidez de prendre un chien. Les personnes avec des incapacités, des problèmes de santé pourraient éviter de s’octroyer les joies d’un chien pour toutes les raisons que l’on connaît.

Pas si simple.

On pourra me rétorquer à juste titre qu’une récente méta-analyse, réputée comme le plus haut niveau de preuve – parfois à tort – vient de montrer l’effet très positif de réduction de la mortalité des propriétaires de chien.

Une étude qui se base principalement sur… l’étude de cohorte suédoise dont on connaît aujourd’hui toutes les limites.

Cette étude accompagnée d’un éditorial met en lumière des faits importants : les propriétaires de chiens tendent à être plus jeune, à fumer moins et bouger davantage, avoir une meilleure éducation et des revenus importants que ceux qui n’en possèdent pas. D’important facteur de confusion que seules des études cliniques randomisées et contrôlées peuvent maîtriser.

Avantage versus inconvénients des animaux domestiques

Dans les faits, la présence d’un animal de compagnie est reconnue comme bénéfique sur notre santé. Surtout les chiens, comme précisés en introduction de ce billet, et encore plus particulièrement sur la santé psychique.

C’est le domaine où nous avons des études cliniques randomisées avec des groupes témoins. Ces études, résumées par Robert Matchock de l’université d’état de Pennsylvanie, rapportent des effets positifs chez les personnes atteintes de troubles mentaux et de démences, mais aussi chez les jeunes atteints de trouble de l’attention avec hyperactivité.

En gros, la qualité de vie semble s’améliorer dans ces conditions, également chez les survivantes d’un cancer du sein ou d’une attaque cardiaque.

On suspecte un ensemble de mécanismes biochimiques à l’oeuvre chez nous en présence d’un chien. Avec une baisse de la pression sanguine artérielle et du cortisol, l’hormone du « stress », et une augmentation de la concentration d’hormones aux effets plus bénéfiques, telles que l’ocytocine, la prolactine, des endorphines ou encore la dopamine.

Les mécanismes d’actions ne pas sont uniquement biochimique. Avoir un chien pourrait développer le sens des responsabilités, agir comme catalyseur social favorisant les conversations, interactions et les sourires, et aussi comme solution contre la solitude.

Du côté des chats, les études peinent à sortir avec une certaine logique. Ces poilus-là sont quand même sacrément plus compliqués à vivre et moins expressifs (mais ce n’est pas le cas de tous les chats!)

Du coup, certains bénéfices chez les chiens disparaissent avec les chats. Notamment d’encourager la pratique d’une activité physique, car les chats n’ont pas besoin de se faire promener.

De l’autre côté de ce sujet, il y a aussi les inconvénients qui peuvent particulièrement toucher la sphère psychique. La perte d’un animal de compagnie peut entraîner des cas de dépression, de stress important et dans les cas les plus extrêmes d’hospitalisations quand l’attachement était très fort.

Ces impacts sur la santé psychique sont d’autant plus importants, nous rappelle Robert Matchock, que la vie des chiens et des chats est courte par rapport à la nôtre, impliquant une répétition d’événements stressants ou traumatisants.

Nous l’avons vu au début de cet article, mais le risque de chute chez les personnes âgées n’est pas à prendre à la légère non plus avec les chiens et les chats. Toujours chez les personnes âgées, il y a un risque accru d’avoir une collision en voiture à cause du transport d’animaux de compagnie.

Conclusion et ligne rouge

L’étude des effets sur la santé de nos animaux de compagnie est quelque chose d’assez mystérieux et intrigant. On comprend à peine les mécanismes biologiques et comportementaux de l’interaction entre les hommes et les chiens ou les chats.

Globalement, on peut dire que les chiens comme les chats vont pouvoir impacter positivement nos réactions biochimiques, faisant grimper les hormones du bonheur et baisser celle du stress. En simplifiant.

De l’autre côté, les chiens apparaissent vraiment capables de motiver les maîtres pour sortir et se déplacer en pleine nature. Les chats beaucoup moins, et on comprendra aisément pourquoi.

Les bénéfices sur la santé d’une manière générale, en prenant en compte la mortalité toutes causes confondues, ne sont ni clair ni tranchée. Nous n’avons à notre disposition que de larges études observationnelles discutables et discutées qui ne contrôlent pas tous les facteurs de confusions.

En revanche, les bienfaits sur la sphère mentale et affective semblent autrement plus sérieux, émanant d’études cliniques randomisées, avec toutefois des limites. Il n’empêche que les chiens et les chats apparaissent comme des soutiens intéressants dans les cas de détresse affective (mais attention peuvent avoir l’exact effet inverse en cas de décès…), de trouble de l’humeur ou mentaux.

Il n’en demeure pas moins que les chiens et les chats ne sont pas des remèdes miracles, loin de là. L’idée de prendre un chien ou un chat dans un but thérapeutique doit être mûrement réfléchie avec la famille et le principal intéressé.

Finalement, rien ne sert de courir à l’adoption pour espérer bénéficier d’éventuels et hypothétiques bienfaits sur la santé. Ce n’est pas une mince affaire que de s’occuper convenablement d’un chien ou d’un chat et ce n’est sûrement pas le pilier fondamental d’un bon état de santé.

C’est déjà assez compliqué de le nourrir correctement sans se prendre la tête n’est-ce pas !

Je suis personnellement en situation de conflit d’intérêts pour cet article : nous avons un chat adorable qui nous apporte beaucoup de bonheur… et de stress quand il revient balafré de ses sorties nocturnes !

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