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Dur à Avaler est un blog d'information sur la santé, la nutrition, l'univers du médicament et les conflits d'intérêts. Le blog est entièrement sans publicité pour faciliter la lecture des articles. Les articles sont le résultat d'une recherche scientifique minutieuse pour apporter des conseils et lancer des débats constructifs. Les article sont rédigés par Jérémy Anso, docteur en biologie et des auteurs invités pour des sujets particuliers. Le blog n'a pas vocation à remplacer le lien entre un patient et son professionnel de santé, mais bien de le renforcer par la confiance, la lecture critique des évidences scientifiques et le rendre plus transparent.

Page d’accueil du site Cancer-Rose.fr

Entretien avec un membre fondateur de Cancer-Rose.

Marc Gourmelon est médecin généraliste à le retraite et membre fondateur du collectif Cancer-Rose qui réalise un travail d’information et d’investigation sur les risques et les bénéfices que posent les mammographies de dépistage du cancer du sein.

Pour mieux appréhender ce sujet sensible et qui ne peut pas laisser indifférent, il répond à quelques-unes de mes questions.

Questions-réponses avec le Dr Marc Gourmelon

Quelles sont les raisons principales de la création du site Cancer Rose, et pourquoi en faire partie ?

Cancer-Rose est un collectif qui a été créé par des médecins membres de l’association FORMINDEP ( http://formindep.fr/).

Notre association a été créé par réaction à la désinformation des autorités sanitaires et suite aux campagnes d’Octobre Rose qui incitaient les femmes à faire des mammographies de dépistage et cela en contradiction avec les données récentes de la science à ce sujet.

Nous étions, nous médecins généralistes, radiologue, anatomopathologiste scandalisée par la propagande pour la mammographie de dépistage alors que depuis 10 ans, les études indépendantes expliquent que ce dépistage n’apporte pas les bénéfices escomptés qui ont vu sa mise en place.

C’est donc la rencontre de médecins, indignés par la communication officielle sur le sujet de la mammographie de dépistage du cancer du sein qui nous a rassemblés. Nous avons donc décidé de créer ce collectif et d’agir pour que chaque femme reçoive une information indépendante et non biaisée, pour qu’elle puisse, en conscience et en connaissance de cause, décider pour elle-même de suivre ce dépistage ou de ne pas le suivre.

Que pensez-vous de la qualité de l’information que les autorités sanitaires donnent aux femmes sur le dépistage du cancer du sein ? La communication qui existait à l’époque et qui continue à exister en métropole ou ici en Calédonie est une communication de propagande en faveur du dépistage du cancer du sein par mammographie.

Cette communication fait systématiquement l’impasse sur les informations scientifiques indépendantes qui montrent et cela depuis plus de 10 ans et avec constance, que la mammographie de dépistage ne sauve aucune vie contrairement à ce qui est affirmé par les autorités.

L’information des autorités n’est en aucun cas une information indépendante. C’est une information de propagande qui oublie de mentionner les éléments qui la dérange.

Quels sont les reproches majeurs que l’on peut faire aux mammographies de dépistage ?

La mammographie de dépistage ne sauve pas de vie. Les femmes qui ne s’y soumettent pas n’ont pas une mortalité supérieure à celles qui s’y soumettent et cela contrairement à ce qui est parfois affirmé.

La mammographie de dépistage ne permet pas de traiter préventivement des lésions qui évolueront négativement. Il existe de nombreux cancers de l’intervalle, c’est à dire qui se développent alors qu’une mammographie réalisée peu de temps avant n’a pas été mise en évidence.

La mise en évidence de petit cancer, ne signifie pas que ces lésions sont amenées à se développer dans un avenir proche. On ne connaît pas le devenir des cellules cancéreuses que l’on détecte par biopsie suite à une mammographie inquiétante. On ne peut pas faire la part des lésions qui qualifiées cancéreuses après mammographie évolueront de celles qui n’évolueront jamais.

Comme nous sommes incapables de faire la part des choses, toutes les lésions détectées sont traitées de la même façon, principe de précaution oblige. Cela entraîne un nombre considérable de surdiagnostics et de surtraitements. Cela signifie que des femmes avec lésions cancéreuses qui n’évolueront jamais seront traitées comme si elles avaient un cancer qui va les tuer. C’est donc faire d’un nombre important de femmes des “cancéreuses” traitées avec toutes les conséquences de ce traitement alors qu’elles n’avaient pas à être ainsi traitées.

Par ailleurs les promoteurs de la mammographie de dépistage mettent en avant des traitements moins importants et moins mutilants si l’on se soumet à un dépistage, affirmation qui n’est pas confirmée par une étude récente réalisée par Cancer-Rose.

Enfin, se soumette à un dépistage de ce type, c’est tous les deux ans majorer son angoisse et son inquiétude d’être atteinte d’une maladie mortelle avec toutes les conséquences que cela comporte, et cela sans aucun bénéfice.

Pour terminer, une concertation citoyenne sur le sujet s’est tenue en 2015. La conclusion était l’arrêt du dépistage mammographique sous sa forme actuelle. Les autorités ont nié cette conclusion. De plus dans cette concertation, il avait été demandé que l’information sur le sujet soit indépendante et impartiale. Là aussi les autorités ont ignoré ces recommandations en continuant de plus belle la propagande en vue du développement de la mammographie de dépistage.

Que pensez-vous de l’étude MyPebs européenne ?

[ndrl : MyPeBS est un grand essai clinique européen qui est destiné à évaluer l’intérêt d’un dépistage individualisé en fonction du risque personnel de développer un cancer du sein. Un essai qui pose des questions. Le Dr Marc Gourmelon nous en apprend plus.]

Nous sommes très inquiets par cette étude européenne qui débute début février 2019.

Tout d’abord cette étude postule l’intérêt et le bénéfice de la mammographie de dépistage ce que nous savons depuis 10 ans comme faux.

Ensuite cette étude qui se veut personnalisée et basée sur les risques de chaque femme de développer un cancer du sein, est basée sur une évaluation de ces risques, opaque et non validée par la communauté internationale. En effet, aujourd’hui, à la différence de l’évaluation des risques cardio-vasculaires, il n’existe aucun protocole de quantification des risques de développer un cancer du sein par une femme. Mais cette étude sort “un logiciel” d’évaluation des risques qui a été développé pour cette étude et dont les principaux investigateurs ont de nombreux liens d’intérêt avec la société qui a développé ce logiciel. C’est très suspect.

Enfin, cette étude n’est pas une étude de supériorité qui permettrait de montrer que le protocole évalué est performant pour dépister un cancer du sein potentiellement dangereux.

C’est une étude de non-infériorité par rapport au dépistage actuel.

Tous les spécialistes des études savent que les études de non-infériorité sont des études marketing, inventées par l’industrie pharmaceutique pour mettre sur le marché des médicaments inutiles.

Il nous paraît donc évident que cette étude, sous des aspects innovants, va permettre de tromper les patientes, et au bout du compte est une étude qui vise à développer le recours à la mammographie de dépistage, sans plus d’intérêt pour les femmes.

Existe-t-il des alternatives aux mammographies de dépistage ?

Le problème est qu’il n’existe aucun moyen actuel de savoir quelles lésions des seins vont évoluer en cancer mortel. Or notre société promeut toujours plus avant l’action et le “faire”. Ne dit-on pas qu’il faut combattre le cancer?

Or aujourd’hui aucun dépistage, à part peut-être le dépistage du cancer du col de l’utérus par frottis, n’a fait la preuve d’un quelconque intérêt.

L’on voit partout l’injonction de s’occuper de sa santé et réaliser une mammographie tous les deux ans pour les femmes de plus de 50 ans paraît si simple et si logique.

Or cela n’a pas d’intérêt. Mais comment le faire comprendre quand les autorités en font la promotion, quand la CAFAT [ndlr, c’est le système de protection sociale de la Nouvelle-Calédonie] envoie des “convocations”, quand des associations féministes incitent à courir en rose, quand nombre de médecins dont beaucoup ont un intérêt au développement de ce dépistage, incitent leurs patientes à participer?

Qui expliquent que si l’on veut se préserver du cancer du sein, il faut ne pas fumer, boire peu d’alcool et surtout faire du sport? Messages simples mais inaudibles.

Prendre une décision éclairée

C’est tout l’objectif de la démarche de Cancer-Rose et de mon blog sur ce sujet bien précis. L’objectif est d’avoir à votre disposition tous les éléments les plus sérieux et indépendant sur les risques et les bénéfices du dépistage pour prendre une décision, qui sera la vôtre.

Pour aller plus loin, vous avez désormais mon livre électronique qui raconte cette incroyable, et terrible, histoire du dépistage du cancer du sein, avec tous les éléments détaillés, les scandales dans certaines régions de France et le business derrière Octobre Rose.

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