Devant la grave pénurie de masques professionnels pour se protéger et protéger les autres des contaminations virales, que peut-on dire des masques faits maison ? Sont-ils efficaces ? Peut-on décontaminer soi-même son masque pour le réutiliser ? Éléments de réponse dans cet article.

Source : freepik.com

Où sont les masques ?

C’est une question qui aujourd’hui tue.

La phase de déni du Gouvernement est désormais derrière lui. Après avoir confirmé à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de problème de masques (chirurgicaux ou FFP2 pour filtering facepiece protection en anglais), c’est maintenant la phase d’acceptation.

Car les propos des politiciens, du ministre de la Santé ou de Laurent Nunez, étaient en décalage complet avec la réalité du terrain, celle que vivent les soignants face à l’épidémie de coronavirus SARS-Cov-2.

Des soignants qui vont au travail “à poil” selon l’expression consacrée par l’ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot, mais aussi le docteur Jérôme Marty, président du syndicat de l’union française pour une médecine libre (UFML).

De nombreuses enquêtes (France Info, The Conversation, Paris Match) ont été publiées, mettant au grand jour les choix décisifs au sommet de l’état sur le non-renouvellement des stocks stratégiques de masques chirurgicaux et FFP2, indispensable en cas de crise épidémique et d’exposition à d’importante et fréquente charges virales.

Une logique toujours plus mondialisée a prévalu sur des mesures de précaution, de prévention en cas de pandémie imprévisible. La Chine a eu bon dos dans la dégradation de ses stocks, ramenée au statut “d’usine du monde”, en cas de crise, on pourra toujours d’approvisionner chez eux.

Une stratégie qui n’avait manifestement pas pris en compte la possibilité que l’usine du monde ne ferme, même temporairement. Une stratégie qui expose aujourd’hui des milliers de professionnels de santé à des risques majeurs.

Des risques avérés. Plusieurs professionnels de santé ont déjà perdu la vie en France à la suite d’une contamination au virus. Sur Twitter, des professionnels de santé attestent bien qu’ils manquent de masques, de surblouse, de surchaussure, de beaucoup de matériel de protection personnel.

Spontanément, des patients ou des voisins apportent des masques à certains d’entre eux. Le choc est violent dans le milieu médical. Malgré les commandes, de nombreux professionnels de santé s’exposent toujours dangereusement.

Si l’efficacité des masques, et donc leur importance, pour les soignants est évidente, la limite des masques disponibles pour la population générale – et les soignants – a soulevé la question de l’efficacité des masques maison.

Un tee-shirt, un foulard, ou des mélanges plus complexes avec des tissus, de la mousse micro fibres, peuvent-ils être efficace pour filtrer et limiter le risque d’attraper le virus, ou de le transmettre ?

Cet article fait le point sur cette question.

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Filtration des masques : quelle efficacité ?

Officiellement, deux types de masques sont utilisés pour gérer le risque de transmission de virus :

  • les masques chirurgicaux. Ils servent principalement à limiter les projections du porteur qui serait donc déjà contaminé, ou que l’on suspecte de l’être. L’utilité ? Pour les soignants en situation relativement normale, mais en cas épidémique ou en cas de contact prolongé avec des malades, le masque protège mal pour éviter d’être contaminé.

Il doit être jeté dès qu’il est mouillé ou souillé, ne doit pas être touché ni placé sur le montant de temps. Il a donc son utilité aussi pour la population générale, notamment dans les cabinets médicaux où les patients avec de la toux par exemple peuvent en être équipés pour limiter les risques pour les autres (et le médecin)

  • les masques dit FFP2 (il en existe d’autre : 1 ou 3). Ces masques-là sont plus pénibles à porter et sont inconfortables sur la durée, ce qui peut expliquer pourquoi certains parlent d’une “technicité” pour les mettre et les garder. Il possède les mêmes caractéristiques du masque chirurgicale, en plus de protéger le porteur d’être contaminé par des projections ou une exposition à de fortes charges virales. En période épidémique, il est plus que nécessaire et doit être changé entre 3 à 8h, généralement 4 heures (il est de toute manière difficilement supportable plus longtemps).

Voici ce qu’on peut lire des conditions d’utilisation de ce masque :

“Une fois mis en place, le masque ne doit plus être touché. Une fois enlevé, il ne doit pas être réutilisé. Il doit être changé immédiatement en dehors de la présence du patient, chaque fois qu’il est souillé, mouillé, ou mal positionné sur le visage.”

La question de cet article est donc bien de savoir si en l’absence de masques, surtout chirurgicaux et à moindre mesure de FFP2 (mais qui ne sont de toute façon pas recommandables pour la population générale), les alternatives maison peuvent assurer un rôle de barrière filtrante ?

D’emblée, la littérature scientifique nous avertit que si ces masques peuvent être inutiles dans la plupart des cas (masques souillés, mouillés, touché en permanence, réutilisé plusieurs jours, etc.) c’est quand même mieux que rien.

L’efficacité surprenante des torchons

C’est le sens de la démonstration d’une équipe britannique sur cette question qui a comparé l’efficacité de filtration de nombreux matériaux, comme des t-shirts 100% coton, des écharpes, des torchons ou bien sûr des masques chirurgicaux.

Si les auteurs déconseillent d’utiliser les masques non professionnels pour des raisons évidentes d’efficacité moins importante, les résultats invitent tout de même à voir certaines alternatives d’un nouvel oeil.

C’est le cas du torchon, surtout dédoublé. Son efficacité a été équivalente à celle du masque chirurgical avec l’exposition bactérienne, et malheureusement, ils n’ont pas répété l’expérience pour l’exposition au virus.

Efficacité de filtration de différents masques contre une projection de bactéries.

C’est dommage, car tout porte à croire qu’un masque en torchon double épaisseur pourrait être une alternative efficace en cas de pénuries ou en guise de système D.

Parmi les autres matériaux plus ou moins efficace, le sac d’aspirateurs montre une filtration de 94% contre l’exposition bactérienne, et de 86% contre l’exposition virale (contre 90% pour le masque chirurgical).

Efficacité de filtration de différents masques contre une projection de virus.

La force du masque chirurgical comparé à la double épaisseur de torchon réside dans la standardisation du matériau et donc d’une protection constante que l’on remarque avec la faible variation de seulement 0.68%, contre 9% pour la double épaisseur de torchons.

Les masques chirurgicaux sont aussi conçus pour éviter des imperfections dans l’adhésion du masque sur le visage. Les masques maison doivent donc être d’une certaine manière normalisés pour éviter de cumuler des failles de filtration.

Covid-19 : la quarantaine de 14 jours est-elle justifiée ? La période de quarantaine de 14 jours pour tous les déplacements internationaux n’est peut-être pas assez restrictive et protectrice. De plus en plus de travaux scientifiques invitent à l’étendre à au moins 20 jours pour mieux endiguer la propagation du virus.

Comment les décontaminer efficacement ?

Clairement, la plupart des pays du monde accusent d’une raréfaction de masque de protection (type chirurgical ou FFP2, N95 étant l’équivalent outre Atlantique).

C’est pour cette raison qu’une équipe médicale de Stanford aux USA a réalisé des expériences pour mesurer différentes méthodes pour à la fois1 :

  • stériliser efficacement des masques (N95 ici, donc équivalent à des FFP2)
  • vérifier que la qualité de filtration est identique après le nettoyage
  • vérifier qu’aucun composé toxique n’est créé par la suite

Cette étude n’est pas une publication scientifique à proprement parler. Les auteurs le précisent à la fin du rapport, elle n’a donc pas franchi l’étape de la relecture par les pairs, mais apporte des informations importantes.

Toutes les méthodes de décontamination utilisées se sont avérées efficaces, avec :

  1. l’utilisation d’un four médical à 70°C pendant 30 minutes,
  2. la lumière du soleil pendant 30 minutes,
  3. un mélange d’alcool à 75%,
  4. une solution de chlore
  5. de la vapeur d’eau pendant 10 min

En revanche, deux méthodes (le mélange d’alcool et la solution de chlore) ont réduit après traitement l’efficacité de filtration des masques et exposent les porteurs à des composés toxiques créés par la décontamination.

Ces expériences révèlent que l’on peut stériliser efficacement son masque avec de la vapeur d’eau pendant 10 min, et en profiter pour le faire sécher au soleil et bénéficier aussi des effets des rayons solaires.

Ces méthodes semblent conserver les propriétés filtrantes des masques, et ne vous exposeront pas à des composés dangereux.

Les précautions à prendre

Les professionnels de santé nous avertissent à juste titre que les barrières filtrantes perdent toute efficacité si elles se mouillent. Tout masque, peu importe sa nature, doit être jeté si souillé ou mouillé, et stérilisé (si c’est possible) après utilisation.

Toutes les erreurs que peuvent commettre des non-initiés, mais aussi des professionnels, peuvent compromettre l’efficacité du masque. Déplacer le masque sur le menton, le toucher sans gant ni main désinfectés, etc.

Il faut donc dans tous les cas faire attention, et les personnes habituées auront plus de chance de limiter les erreurs et donc d’augmenter l’efficacité des masques.

Quoi qu’il en soit, il est impératif de cumuler l’ensemble des gestes barrière, et de ne pas en privilégier un par rapport à un autre. Utiliser un masque, et arrêter de se laver les mains est strictement inutile, même contre-productif. Mais conserver l’ensemble des gestes barrières et d’hygiènes, avec une utilisation correcte des masques ne peut qu’être positif.

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3 commentaires
  1. Passer les masques utilisés et les vêtements suspectés d’être infectés au sèche linge pendant 20 ms c ‘est bon aussi, (80°) ou un masque pendant 1ou 2 mn au sèche cheveux ( 120 à 130°) même le virus du H5N1 le plus coriace n’y résiste pas.

    1. Je suis en train de voir ça, je ne pourrais malheureusement rien te dire dessus à ce jour, mais je me méfie un peu des premières interprétations qu’on peut en faire, sur la base de témoignages ou de cas. A voir si une étude peut en sortir !

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