Il est plébiscité par les dentistes pour lutter contre la plaque dentaire, les gingivites et les caries. Pourtant, les bénéfices du fil dentaire restent controversés.

© Drazen Zigic| Freepik

D’après votre dentiste, le fil dentaire est incontournable après le brossage de dent.

Ce déchet de l’industrie médicale (des fils de sutures stérile inutilisé) a été propulsé véritablement dans toutes les salles de bain du monde à la fin des années 1800 par la société Johnson & Johnson.

Les revendeurs de fil dentaire comme Oral B suivent bien évidemment l’avis des dentistes. Mais d’après la littérature scientifique, ce n’est pas si évident qu’on veuille bien nous le croire.

Le brossage des dents est la stratégie n°1 d’hygiène pour éviter la plaque dentaire, les caries, les gingivites et tous les problèmes qui vont avec (infection, dévitalisation, etc.)

Les caries, c’est pas automatique !

Comme les antibiotiques, il y a un débat sur la gestion des caries et de la santé bucco-dentaire. Petit tour d’horizon sur cette polémique dentaire.

Il n’ y pas vraiment de consensus sur la manière dont il faut se brosser les dents. On sait surtout qu’il faut se brosser les dents au moins deux fois par jour en veillant à changer régulièrement de brosse.

C’est là que le fil dentaire fait son entrée.

Ce petit fil blanc que l’on enroule autour des doigts sert à frotter les zones habituellement inaccessibles à la brosse à dents classique. Entre les dents.

L’idée est d’aller déloger les amas de nourriture et les débuts de plaque dentaire synonyme de futurs problèmes de santé.

Une fois par jour au moins serait l’idéal. On n’échappe en général pas à cette recommandation à la sortie d’un rendez-vous chez son dentiste.

Si les dentistes le recommandent, pourquoi en douter ?

Car cette recommandation semble un peu faiblarde quand on regarde les données cliniques qui ont évalué l’intérêt du fil dentaire.

Alors faut-il en rajouter une couche malgré un brossage régulier avec du matériel changé régulièrement ?

Recommandé sans preuve sérieuse ?

L’Association dentaire américaine recommande d’utiliser le fil dentaire une fois par jour, peu importe le moment de la journée.

Mais l’association américaine qui fait autorité dans ce domaine ne s’étend pas trop sur la controverse scientifique à propos du fil dentaire.

Son utilisation pourrait être au pire inutile, au mieux utile avec un bénéfice si léger qu’il n’aurait aucun véritable intérêt pour la santé bucco-dentaire.

Mais d’où vient cette affirmation qui hérisserait le poil de n’importe quel dentiste ? Des plus récentes analyses globales des études à notre disposition.

Une équipe britannique spécialisée sur la maladie parodontale jetait en 2015 un pavé dans la mare. Après une analyse minutieuse de la totalité des preuves scientifiques à notre disposition, ils concluent au manque d’intérêt du fil dentaire contre la plaque dentaire et les gingivites.

La même année, une équipe allemande de l’école de médecine dentaire à Kiel parvenait aux mêmes conclusions. L’utilisation du fil dentaire n’aurait pas d’intérêt pour limiter le développement de la plaque dentaire.

Décidément une mauvaise année pour les revendeurs de fil dentaire !

Et les choses ne s’arrangent pas vraiment avec le temps.

Car c’est la collaboration Cochrane connue pour la qualité et l’impartialité de ses analyses (avec ses couacs et ses faiblesses tout de même) qui s’y mêle avec une publication de 2019.

L’analyse est fine, poussée, en mesurant l’effet du fil dentaire sur les gingivites (saignement et l’index classique utilisé par les professionnels) et la plaque dentaire, à différentes échelles de temps (1, 3 et 6 mois).

Les résultats sont… décevants.

Sur l’index évaluant les gingivites, on ne retrouve aucun bénéfice du fil dentaire en plus du brossage des dents à 1 et 3 mois.

Un léger bénéfice en revanche apparaît après 6 mois d’utilisation. C’est grosso modo la même chose pour le saignement des dents (une autre mesure de l’état des gencives) et la plaque dentaire.

Les bénéfices qui peuvent apparaître sont si faibles que les auteurs doutent de l’intérêt clinique de la pratique.

Autrement dit : si on fait bien émerger certains bénéfices à la lumière d’analyse statistique, il faut revenir à l’intérêt pour les patients dans le monde réel.

Que faut-il faire ?

L’intérêt du fil dentaire n’est pas clair. La science tergiverse et les études dont certaines proviennent directement des fabricants apportent des résultats contradictoires.

Pourtant, toutes les plus grandes associations médicales dentaires et autorités de santé dans le monde recommandent d’utiliser ce fil dentaire.

Pourquoi ? Car pour elles, cela ne peut pas faire de mal, et dans le doute, il peut y avoir un bénéfice.

Donc pourquoi s’en priver ?

La remarque est légitime. Le président de l’association dentaire américaine fait même dans la presse une métaphore plutôt originale avec les murs d’une maison. Ce dernier précise que « c’est comme construire une maison et ne pas peindre des deux côtés de celle-ci, ces parties vont pourrir plus vite ».

Suis-je le seul à trouver cette métaphore très mauvaise ?

J’aurais plutôt imaginé l’entretien d’un deck en bois. S’il est reconnu qu’il est important d’entretenir ses lames (nos dents) avec du ponçage, de la lasure ou un saturateur, qu’en est-il de l’espace entre ces lames ?

Faut-il passer des brossettes entre chaque lame de son deck ou démonter tous les ans les lames ?

Clairement, il faut enlever ce qu’on peut voir qui s’encrasse entre les lames. Mais régulièrement en l’absence de signes visuels ?

C’est toute la problématique avec l’espace entre nos dents que la brosse ne peut atteindre.

Certains dentistes estiment qu’il est autrement plus important de renforcer la pratique du brossage des dents, dont les bénéfices ne font aucun doute, plutôt que d’insister pour rajouter une pratiquer controversé.

Car le fil dentaire est chiant à utiliser.

On déroule des kilomètres de fil pour être sûr que ça ne glisse pas. Les doigts finissent bleus et les gencives en prennent souvent pour leur grade avec quelques blessures.

Des risques de blessures d’ailleurs rarement évalués dans les études cliniques. C’est pourtant un risque bien présent.

Bilan des courses : les gens peinent à l’utilisation par manque de motivation et d’intérêt.

Mais l’ensemble de ces faits expliquent pourquoi cela ne pose pas vraiment de problème aux dentistes de recommander le fil dentaire. Il y a peut-être un bénéfice, donc autant en profiter !

Pour autant, est-ce que les personnes qui utilisent le fil dentaire ne sont-elles pas aussi celle qui se brossent le mieux et le plus les dents ?

Ne faudrait-il pas plutôt insister sur l’importance du brossage des dents, de l’effet du grignotage intempestif et des boissons sucrées sur la santé bucco-dentaire ?

Personnellement, j’ai un espace interdentaire qui me semble normal sauf à un endroit. Après des caries et le travail acharné de mon dentiste, j’ai un « trou » plus gros que la moyenne.

Je peux trouver des morceaux de nourriture assez imposants. Du coup, pas le choix, je dois passer une brossette pour chasser les intrus d’un séjour trop long et dangereux. Mais est-ce la norme ?

Pour de nombreux professionnels, utiliser le fil dentaire reste un choix personnel dont l’intérêt n’est pas clairement démontré en plus d’un brossage de dent.

La newsletter de Dur à Avaler

Inscrivez-vous gratuitement et rejoignez les 10.000 abonnés ! Vous recevrez les dernières enquêtes inédites, les meilleurs conseils et les offres promotionnelles ! OFFERT après votre inscription : Le guide complet sur le sucre, ses effets, l'addiction et comment s'en défaire !

1 commentaire
  1. Bonjour Jérémy, pas fan du fil dentaire, je préfère les brosettes, car comme toi, j’ai des interstices entre les molaires assez larges. Je relate mon expérience, mais si je ne fais pas ce travail, l’haleine démontre que les bactéries s’en chargent :-) Un cure dent fait le même travail, mais ce n’est que mon humble expérience ! Merci pour tes articles en tout cas !
    Sincèrement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tous les commentaires sont soumis à modération à priori. En postant un avis, vous acceptez les CGU du site Dur à Avaler. Si votre avis ne respecte pas ces règles, il pourra être refusé sans explication. Les commentaires avec des liens hypertextes sont sujets à modération à priori. La partie commentaire d'un article réservé aux membres peut être accessible à tous, mais les commentaires des internautes non inscrits n'ont pas vocation à être publié. Merci d'émettre vos avis et opinions dans le respect et la courtoisie. La partie commentaire sera automatiquement fermé 30 jours après publication de l'article.