Mammographie : le nouveau site de l’Institut National du Cancer fait de la propagande

Le site internet fraîchement mis en ligne par l’INCa pour informer les femmes sur les avantages et les inconvénients des mammographies n’est pas à la hauteur. Épinglé par le collectif Cancer Rose, je reviens sur des détails et des incohérences qui trompent toutes les femmes. L’INCa multiplie les supports de communication, sans augmenter la qualité ni la véracité.

L’Institut National du Cancer (INCa) vient de mettre en ligne un nouveau site internet spécialement dédié à la prévention et au dépistage du cancer du sein. Il n’aura pas fallu longtemps avant que les associations et collectifs médicaux indépendants analysent et évaluent les informations présentes. Bilan des courses : le site écope d’une sale note (7,5/20) selon des critères internationaux (ici en PDF). Pire, le site ne respecte pas les demandes et recommandations de la concertation nationale citoyenne.

Je me joins personnellement aux critiques faites par le collectif Cancer Rose, l’association Formindep, le groupe Princeps, UFC Que Choisir et le docteur Dominique Dupagne également signataire de cette missive salée. Je vous rejoins, et je rajoute mon grain de sel, car les femmes doivent à la fois mesurer pleinement la qualité des informations mises à leurs dispositions, et à quel point elles peuvent être roulées dans la farine.

Ils mésinforment, exagèrent et minimisent

Les conclusions de l’analyse du collectif Cancer Rose ne sont pas tendres avec l’autorité française en charge de la prévention des cancers. Selon eux, l’INCa « exagère les bénéfices du dépistage, et minimise voire passe sous silence ses inconvénients. En outre, le site ne mentionne aucune source ni référence à l’appui de ses affirmations. »

La demande du collectif ne pourrait être plus claire :

Nous déplorons que l’INCa persiste à mésinformer les femmes, au risque de leur santé et au mépris de leurs droits les plus élémentaires. Nous demandons donc la révision du site et du livret d’information de l’INCa, présentant tous deux les mêmes insuffisances.

Le collectif a parfaitement raison. On le dit et le redit depuis des années. Mais petit oubli de la part de notre collectif qui réalise un excellent travail, le site flambant neuf de l’INCa a bien une section « sources ». Pour la découvrir il faut tout en bas du site en question, cliquer sur « plus d’information sur les cancers » et découvrir une page, qui, avouons-le, n’est pas digne d’une bibliographie scientifique sérieuse.

Mais pourquoi dépister de 50 à 74 ans ?

La question mérite d’être posée. Pourquoi nos autorités de santé recommandent-elles le dépistage à partir de 50 ans jusqu’à 74 ans ? Si comme moi, cette question vous intéresse, le site de l’INCa y répond dans un onglet dédié. La réponse vaut qu’on s’y attarde, pour comprendre la propagande.

Selon l’INCa, nous menons en France un programme similaire à 25 autres pays dans le monde, selon une étude scientifique bien sûr. Le nombre ici est un argument de poids. 25 c’est mieux que 4. Mais 25 ce n’est pas forcément mieux que 35. Et puis en quoi est-ce un gage de qualité ?

Pour le prouver, le site de l’INCa produit une belle figure avec des couleurs qui nous indique le niveau de recommandation de nombreux pays en fonction des tranches d’âges. Sauf que ce document ne vous précise pas que 9 pays, comme le Luxembourg, la Norvège, l’Allemagne, le Danemark ou encore la Belgique, ne recommandent pas le dépistage au-delà de 69 ans.

Pourquoi diable certains pays recommandent-ils le dépistage pour la tranche d’âge 70-74, et d’autres non ? Car en toute rigueur, aucune étude ou méta-analyse n’a démontré l’intérêt pour les femmes de cette tranche d’âge de faire des mammographies.

Pour les fans de chiffres officiels, voici un extrait de la plus récente méta-analyse de la Task Force américaine.

Des résultats admis et publiés par la prestigieuse Task force américaine en 2016, qui ne trouve aucun bénéfice sur la mortalité pour les femmes dépistées entre 70 et 74 ans. Malgré ces résultats négatifs, les USA recommandent un dépistage inutile pour ces femmes âgées, et la France suit sans broncher.

La leçon de cette première analyse, c’est qu’il y a bien des pays qui font au moins une lecture attentive de la littérature et ne vont pas au-delà de ce qui a été actuellement démontré. Alors que, sans la moindre justification scientifique, la France recommande donc le dépistage par mammographie pour une toute une classe d’âge. Quand on découvre cela, on se demande bien si nos cadres de santé à l’INCa lisent bien les mêmes études que nous, ou bien les 23 histoires de Martine à la plage…

En réalité, sur l’exemple cité par l’INCa seulement 6 pays font la même chose que la France, tandis que 9 autres se distinguent en évitant de faire passer des examens inutiles et risqués aux femmes âgées de plus de 70 ans. On pose donc tous ensemble la question à l’INCa : pourquoi avoir étendu l’âge recommandé pour la mammographie ? On attend les réponses.

Pourquoi recommander une palpation tous les ans à partir de 25 ans ?

D’après le site internet de l’INCa, dès 25 ans vous devriez vous faire examiner les seins par un professionnel de santé. On parle d’une observation et d’une palpation. Si l’observation peut sembler intéressante pour repérer des écoulements anormaux, des oedèmes, des modifications de la texture du sein, on se demande bien à quoi peut servir la palpation.

Facile me direz-vous, à sentir des boules, synonyme d’une possible lésion cancéreuse ! Des lésions qu’il faudra confirmer par la suite avec une mammographie et une biopsie. Mais cette recommandation est-elle soutenue par une quelconque preuve ? Même une petite ? Plus intéressant, combien d’agence sanitaire au monde ou de sociétés savantes recommandent cette pratique ?

La réponse est personne. Faire une palpation, peu importe l’âge et peu importe par qui (qu’il soit professionnel de santé, curé ou pilote de F1), n’apporte strictement aucun bénéfice pour les femmes. Ce n’est pas comme s’il y avait un débat ou un malentendu… tout le monde est d’accord là dessus. Aux États-Unis, ni les autorités de santé ni la moindre société savante ne recommandent la palpation. C’est même tout le contraire. Une bonne partie des sociétés savantes déconseillent cette pratique, génératrice d’un stress énorme et qui permet de détecter le plus souvent des lésions tout à fait bénignes, après avoir subi une biopsie inutile.

Après une petite visite dans la partie « sources », on se demande bien si l’INCa possède la seule référence oubliée de tous qui démontre l’intérêt d’une telle pratique. Rien. Il n’y a rien. J’ai questionné à plusieurs reprises l’INCa pour savoir quelles étaient leurs preuves de l’intérêt de la palpation chez les femmes de 25 ans ? J’ai hâte de recevoir une réponse, si jamais elle arrive un jour.

Des incohérences et recommandations qui posent question

Ce nouveau site internet simplifie à l’extrême l’information au détriment de la qualité et de la pertinence de l’information. Il est facile de remarquer des bizarreries quand on a l’habitude de ce sujet, mais pour des femmes qui n’y connaissent rien en statistique, en essai clinique randomisé, en méta-analyse… il est bien plus simple de faire confiance.

Une confiance aveugle pour des informations clairement déloyales et incomplètes. Je ne reviendrais pas sur l’analyse faite par le collectif Cancer Rose, mais 7,5/20, imaginez bien qu’il manque beaucoup d’informations pour que vous puissiez prendre une décision éclairée. C’est pourtant écrit dans le code de la santé publique.

Pour les lecteurs les plus curieux, je vous invite fortement à lire les articles suivants :


Mise à jour (16/04/2018)

l’Institut National du Cancer (INCa) vient enfin de répondre à mes questions concernant les sources scientifiques qui justifient le choix d’une palpation tous les ans pour les femmes dès 25 ans. La réponse est lacunaire, mais l’INCa se base sur les recommandations émises par la Haute Autorité de Santé. Pour vérifier la qualité de l’information de l’INCa, il faut donc revenir à la HAS. Après une première lecture des documents de la HAS, je n’ai trouvé aucune référence scientifique venant appuyer cette pratique. Mais j’ai d’autres documents à éplucher. Affaire à suivre !