Ce que le végétarisme n’est ABSOLUMENT PAS

L’alimentation végétarienne, qui séduit de plus en plus de monde, est victime de nombreuses idées reçues. Des idées reçues qui méritent une réponse appropriées.

Bannir la viande et le poisson de sa vie

L’alimentation végétarienne repose sur un principe simple : vous pouvez manger de tout SAUF de la viande et du poisson. Terminé les steaks de boeuf, les tartares et autres carpaccio. Exit les nuggets de poulet et les filets de vivaneau.

Si le végétarisme rime avec restriction, il vous reste quand même pas mal de choses à vous mettre sous la dent : les fruits, les légumes (sans déconner), les noix, les légumineuses, les produits laitiers, les huiles végétales, ou encore les graines germées. J’en oublie, car vous avez l’embarras du choix.

Des végétariens, on en connaît tous au moins un. Pas très connu pour être relou, on apprécie souvent l’originalité de sa cuisine qui essaie de nous faire oublier le saignant d’un pavé de rumsteak ou le doré d’un poisson pané.

Mais être végétarien, c’est avant toute chose une palpitante aventure aux pays des idées reçues. Une vaste contrée où le chemin de la vérité serpente autour d’immenses et interminables montagnes d’ignorances. Une traversée épuisante pavée de préjugés, qui devient parfois agréable quand une brise de réalité et de faits scientifiques vient rafraîchir ce pays abrupt.

Oui, beaucoup de préjugés circulent sur le végétarisme. Voici alors un florilège des plus communs. Voici un article qu’il faut mettre entre toutes les mains des personnes qui vivent dans ce terrible pays et qui alimentent des cascades d’idées reçues.

Ce que le végétarisme n’est ABSOLUMENT PAS

1. Une mode fantaisiste de « bobo »

On en parle dans les médias, c’est un luxe de bourgeois ou de « bobo » parisiens, ou bien la dernière mode pour être tendance. Pourtant rien n’est plus faux. Le végétarisme, c’est des millions d’adeptes à travers le monde.

C’est l’Inde qui se place en pôle position avec plus de 360 millions d’adeptes depuis belle lurette… Suivi par la Chine avec au moins 68 millions de végétariens, ou encore le Brésil (15 millions), les USA (7 millions), et le Japon (presque 6 millions). En France, pays du fromage et de la viande, comptez au moins 3 millions de végétariens.

Pour rappel, manger de la viande ou du poisson n’est pas donné. C’était un luxe, un produit régulé de lui-même par son prix et ses méthodes de production. Mais si le prix de certains morceaux défie aujourd’hui toute concurrence, allez donc faire un tour sur les sites de production, vous comprendrez mieux pourquoi.

2. Une diète dangereuse pour la santé

Arrêter la viande et le poisson, j’ai lu sur internet que c’était dangereux ! J’ai même entendu des nutritionnistes le dire à la télé. Oui, c’est sûr. Mais si on écarte les avis des professionnels de santé ou des experts qui ont reçu un peu trop d’argent et de cadeaux de la part des charcutiers ou des vendeurs de volaille, le végétarisme devient magiquement bon pour la santé.

Pris globalement, les études scientifiques démontrent qu’il y a plusieurs bénéfices à devenir végétarien. Pour la santé cardiovasculaire surtout. Un cortège de preuves scientifiques avancent un risque relatif plus faible pour les végétariens de mourir d’une cardiopathie ischémique par exemple 1 2 3 4.

Autre point, les personnes qui ne se privent pas d’une bonne dose de viande rouge et de charcuterie tous les jours augmentent leur risque d’avoir un cancer du côlon-rectum. Un lien connu depuis quelque temps, mais surtout popularisé par le Centre International de Recherche sur le Cancer.

L’alimentation végétarienne est également une excellente option pour perdre du poids sur la durée, pour mieux contrôler sa glycémie, sa pression artérielle ou une éventuelle obésité 5. Si simple pour autant de promesses, qui dit mieux ?

3. Pour l’environnement ? Une diète inutile !

Sauver la planète en devenant végétarien, c’est des foutaises si on écoute certaines personnes, et même certains scientifiques qui entretiennent des liens… avec l’élevage.

Pourtant, si on regarde de près les dernières publications internationales, et notamment les synthèses et méta-analyses qui prennent les études favorables et défavorables, la consommation de produits carnés est le premier facteur incriminé dans les émissions de gaz à effet de serre.

Difficile à croire pour certains, ou un véritable choc intellectuel pour d’autres, produire de la viande impacte l’environnement, et à tous les niveaux. Pollution des cours d’eau, déforestation pour planter des légumineuses, émissions de gaz à effet de serre, perte de biodiversité, etc.

La science s’accorde pour dire que diminuer notre consommation excessive de viande est un enjeu planétaire pour réduire les gaz à effet de serre, responsable du changement climatique.

4. Une diète défendue par des gourous et pseudo-experts

Personne de sérieux ni de compétent ne défend le végétarisme, c’est bien connu ! Si quelqu’un vous dit que le végétarisme est bon, il est forcément membre d’une secte ou habitué des études scientifiques bidon.

Pourtant, rien n’est plus faux. Voici une première piste avec plusieurs grandes associations médicales qui regroupent un nombre important de professionnels de santé et qui prennent justement position en faveur d’un végétarisme équilibré, pour tous les stades de la vie 6.

Une position scientifiquement argumentée qui n’oublie pas les risques en cas de mauvais équilibre dans le suivi du régime.

À l’inverse, on commence à s’amuser des prises de position différente (mais légitime !) de certains professionnels, qui n’arrivent pas à trouver les études positives pourtant publiées. Des experts qui n’arrivent pas prendre suffisamment de recul, et qui sont généralement liés à la Fédération Française des Charcuteries, à Mc Donald’s, Auchan, ou encore au label « Bleu Blanc Coeur ».

Une remarque, quand même. On va éviter de se jeter sur les déclarations d’intérêts des professionnels de santé avant de les lire et de contre-argumenter. Si c’est un point à prendre en compte, car oui les liens d’intérêts peuvent biaiser la réflexion, il faut avant toute chose s’en prendre au message et non au messager !

5. Un pas vers la dépression et l’orthorexie

Certains le suspectent, d’autres l’affirment ! Des études scientifiques associent le végétarisme avec une altération de la qualité de vie, et notamment plus de risque de devenir dépressif et pourquoi pas orthorexique.

L’orthorexie, c’est quand manger sainement devient un calvaire, une obsession malsaine qui entraîne de véritables pathologies. C’est un terme ambigu, pas clair, et qui fait clairement débat.

Malheureusement, les études qui dévoilent cette association s’appuient sur un déficit en vitamine B12 et en zinc chez les végétariens sans démontrer un lien de cause à effet. En fait, les auteurs ne savent pas trop dans quel sens se fait l’interaction. Est-ce que les personnes malades et dépressives le sont à cause du végétarisme, ou bien le deviennent-elles à cause de leur état de santé qui se dégrade ?

Bonne question ! Alors si d’autres études devaient être menées, et notamment des essais cliniques pour mesurer un lien de cause à effet, il n’y a pas de preuve solide et claire aujourd’hui pour accuser le végétarisme de causer déprime et anxiété.

Une limite à cela, manger ne doit pas devenir un casse-tête infernal. Il faut essayer de prendre des décisions rationnelles, sans se compliquer la vie, tout en conservant le plaisir de se mettre à table !

6. La solution MIRACLE

Malgré le fait que le végétarisme possède une aura positive, avec beaucoup de références scientifiques favorables, c’est loin d’être la solution miracle pour tous vos problèmes et l’avenir de la planète.

  • Premier bémol, il y a végétarisme et végétarisme. On connaît tous ce végétarien qui adore les snacks, les produits transformés sans viande, les jus de fruits industriels ou encore qui abuse des galettes de riz soufflé. Malheureusement, ce végétarien-là, qui fait la part belle aux produits transformés perd les bénéfices du végétarisme, et notamment sur la santé cardiovasculaire 7.
  • Deuxième bémol, si vous pensez que le végétarisme se limite à du riz et du pain blanc, avec des carottes et du chou, vous n’avez pas vraiment compris l’idée du régime. L’idée c’est de faire la part belle aux produits peu transformés, bruts. L’idée c’est de reprendre le contrôle de sa cuisine, d’associer toutes les couleurs, toutes les formes, toutes les saveurs (épices, herbes aromatiques, légumineuses, légumes, céréales anciennes) sans se jeter sur les plats industriels prêt-à-manger végé.
  • Troisième bémol, le végétarisme exclut le poisson, qui dans l’état actuel de nos connaissances, apporte des nutriments intéressants, et est associé avec un meilleur état de santé (flexitarisme ou semi-végétarisme). Idem pour la viande rouge consommée avec modération (500 g par semaine par exemple), et dont on est sûr de la qualité, qui est aussi associée avec un bon état de santé. Toutefois, on peut débattre de la qualité de nos poissons et de nos viandes, surtout quand on voit le saumon de Norvège ou les traces de polluants dans la chair, etc.
  • Quatrième bémol qui concerne le bien-être animal. Si le végétarisme est un acte éminemment altruiste dans la problématique de la maltraitance animale, il ne permet pas d’agir sur les dérives qui touchent la production de produits laitiers, d’oeufs et de poulet de chair, entre autres.
  • Finalement, dernier bémol, mais en tant que végétarien vous allez incontestablement faire souffrir des légumes. On parle du très sérieux « cri de la carotte ». Vous êtes prévenus.

Pour conclure

Être végétarien ou ne pas l’être… là n’est pas la question ! Comme toutes les diètes qui existent aujourd’hui, elle possède ses partisans et ses détracteurs, qui alimentent des débats. Et il est important que ces débats bénéficient d’une saine argumentation, dégagée de conflits d’intérêts, et d’une passion aveuglante.

Quand on s’attarde un peu sur ce qu’il se passe en dehors de son nombril et de son assiette, et on se rend rapidement compte que nos choix au quotidien influencent de grands équilibres. Repenser son assiette, c’est repenser son interaction avec son environnement.

N’oubliez pas que le végétarisme n’est pas une solution miracle, il n’est pas infaillible ou idéal. Il représente une alternative positive pour la santé et l’environnement, il est la porte ouverte vers une prise de conscience plus globale.

N’oubliez pas de toujours garder votre esprit critique. Prenez vos choix en âme et conscience. Et le cri de la carotte, un seul conseil : « don’t fee the troll ».

Dans la même série : « Ce que l’alimentation Paléo n’est absolument pas !« 


Références

1. Wang, J. B., Fan, J. H., Dawsey, S. M., Sinha, R., Freedman, N. D., Taylor, P. R., … & Abnet, C. C. (2016). Dietary components and risk of total, cancer and cardiovascular disease mortality in the Linxian Nutrition Intervention Trials cohort in China. Scientific reports, 6.

2. Le, L. T., & Sabaté, J. (2014). Beyond meatless, the health effects of vegan diets: findings from the Adventist cohorts. Nutrients, 6(6), 2131-2147.

3. Crowe, F. L., Appleby, P. N., Travis, R. C., & Key, T. J. (2013). Risk of hospitalization or death from ischemic heart disease among British vegetarians and nonvegetarians: results from the EPIC-Oxford cohort study. The American journal of clinical nutrition, 97(3), 597-603.

4. Craig, W. J. (2009). Health effects of vegan diets. The American journal of clinical nutrition, 89(5), 1627S-1633S.

5. Kahleova, H., Levin, S., & Barnard, N. (2017). Cardio-Metabolic Benefits of Plant-Based Diets. Nutrients, 9(8), 848.

6. Craig, W. J., & Mangels, A. R. (2009). Position of the American Dietetic Association: vegetarian diets. Journal of the American Dietetic Association, 109(7), 1266-1282.

7. Satija, A., Bhupathiraju, S. N., Spiegelman, D., Chiuve, S. E., Manson, J. E., Willett, W., … & Hu, F. B. (2017). Healthful and unhealthful plant-based diets and the risk of coronary heart disease in US adults. Journal of the American College of Cardiology, 70(4), 411-422.

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