Copyright 2012 - 2018 Dur à Avaler

Dur à Avaler est un blog d'information sur la santé, la nutrition, l'univers du médicament et les conflits d'intérêts. Le blog est entièrement sans publicité pour faciliter la lecture des articles. Les articles sont le résultat d'une recherche scientifique minutieuse pour apporter des conseils et lancer des débats constructifs. Les article sont rédigés par Jérémy Anso, docteur en biologie et des auteurs invités pour des sujets particuliers. Le blog n'a pas vocation à remplacer le lien entre un patient et son professionnel de santé, mais bien de le renforcer par la confiance, la lecture critique des évidences scientifiques et le rendre plus transparent.

Le cancer de la thyroïde ne représente qu’une infime part des cancers en France et dans le monde (moins de 5% des cas) et pourtant, il est excessivement dépisté chez des personnes en bonne santé sans que cela leur apporte le moindre bénéfice. Pire, le risque de surdiagnostic et surtraitement est important.

Un autre dépistage inutile ?

Une récente étude vient rajouter une nouvelle couche contre le dépistage systématique du cancer de la thyroïde chez les personnes sans symptômes particuliers. Ce dépistage qui implique une palpation du cou ou l’utilisation des ultrasons n’améliorerait pas la santé des personnes qui s’y soumettent, et exposent à de graves cas de surtraitements (1).

Dans les faits, le dépistage de cancer entraîne principalement la détection de petits nodules ou masses cancéreuses peu agressives, qui seront traités excessivement et abusivement. Les patients pourront subir :

  • une ablation totale de la thyroïde
  • une radiothérapie
  • une dissection de certains nodules lymphatiques.

Ces opérations font également courir l’ensemble des risques liés à la pratique :

  • infections diverses,
  • hémorragies
  • une obstruction des voies respiratoires.

Dans le cas d’une ablation totale de la thyroïde, le patient pourra être orienté vers un traitement lourd et à vie pour remplacer sa thyroïde. Le patient s’expose aussi à un risque d’hypoparathyroïdisme ou une paralysie des cordes vocales.

Aucun bénéfice, mais de gros risques

Des risques démesurés en comparaison de l’absence de bénéfice pour la santé des personnes dépistées. Voilà le triste constat de ce dépistage qui aurait généré depuis 20 ans plus d’un demi-million de cas de surdiagnostic à travers le monde, et plus de 46 000 en France (2).

C’est pour l’ensemble de ces raisons que la communauté internationale alerte les pouvoirs publics, les professionnels de santé et les décideurs de l’importance de tenir compte des évidences scientifiques pour adapter les pratiques cliniques.

L’exemple éclairant du dépistage du cancer de la thyroïde ne peut que nous rappeler celui de nombreux autres dépistages : le dosage des PSA pour le cancer de la prostate, la mammographie, l’inspection de la peau.


Références

1. Nguyen, B. M., Lin, K. W., & Mishori, R. (2018). Public health implications of overscreening for carotid artery stenosis, prediabetes, and thyroid cancer. Public Health Reviews, 39(1), 18.

2. Vaccarella, S., Franceschi, S., Bray, F., Wild, C. P., Plummer, M., & Dal Maso, L. (2016). Worldwide thyroid-cancer epidemic? The increasing impact of overdiagnosis. New England Journal of Medicine, 375(7), 614-617.

Pour ne plus rater d'article

Rejoignez une communauté de 10.000 abonnés ! Vous recevrez toutes le enquêtes et infos en exclusivité avec un guide offert sur le sucre... Alors arrêtons de chipoter !