analyse-medicale-laboratoire-diagnostic

AVANT-PROPOS. L’article que je vous présente ici a été écrit par un ami que je connais bien personnellement. Cet ami, Franck, est technicien de laboratoire depuis des années et souhaitait réagir à mon précédent article sur les résultats d’analyses des laboratoires. L’idée d’une confrontation avec un spécialiste me séduit beaucoup et c’est avec grand plaisir que j’accepte la critique et que j’ouvre ainsi le débat sur ce sujet ! J’invite tout a chacun de lire le premier article afin de mieux comprendre les interrogations de Franck. Enfin, j’invite un maximum de lecteurs à venir commenter et à ouvrir le débat ! Je serais présent, nul n’en doute ! Excellente lecture à tous et merci encore à Franck pour cette généreuse participation.

Je vous écris aujourd’hui dans le but d’apporter des précisions et de rectifier certaines affirmations émises dans le billet de JérémyCes chiffres qui peuvent vous TUER”. L’article en question, qui remet en cause l’influence des laboratoires pharmaceutiques dans les normes des analyses médicales et leurs utilisation abusives dans l’établissement du diagnostic, est bon sur la forme, mais il est le résultat de raccourcis et d’une “méconnaissance du terrain”.

L’article présentée ici vous permettra de mieux comprendre le rôle d’une analyse médicale et son importance dans la détermination d’un diagnostic.

Quoi de neuf docteur ?

Le médecin demande parfois des analyses médicales afin préciser son diagnostic (12 à 17% des consultations française en 1999 (1)). Dans la plupart des cas il prendra une décision en prenant compte des symptômes tout en s’appuyant sur les résultats d’analyse (c’est rarement l’inverse, cela dépend de l’examen en question). La situation se complique donc quand un patient n’a pas de symptômes (ou des symptômes inhabituels) et que l’on dispose uniquement des résultats d’un laboratoire d’analyse.

Quand suis-je malade ?

Ce que l’on appelle “normes” (ou tout autre nom donné pour les valeurs usuelles) est officiellement appelé “valeurs de référence” depuis 2007 (2), ceci afin de ne pas affoler le patient. En effet le terme “norme” laisse supposer qu’être en dehors signifie être anormal, et que vous avez un problème alors que ce n’est pas vrai la plupart du temps.

C’est en général une fourchette de valeur fournie par le laboratoire et obtenue après calculs statistiques. Pour simplifier: on prend un échantillon de personnes en bonne santé (supposée) et on mesure le paramètre concerné, les bornes sont alors celles regroupant 95% des patients témoins (2).

L’importance de la maladie dans l’interprétation du résultat

Globalement, les analyses médicales permettent de distinguer deux grands types de maladies: les maladies infectieuses et les maladies métaboliques.

Les maladies infectieuses

Elles sont causées par une bactérie ou un virus, et représentent le cas le plus simple en analyse médicale : le résultat de l’automate indique si oui ou non le patient est atteint de cette maladie en dosant certains analytes (paramètres analysés) qui la concernent (antigènes, anticorps, toxines libérées par le germe…).

Les maladies métaboliques

La maladie est causée par un dérèglement dans le fonctionnement de l’organisme.

Il peut être inné (maladie génétique par exemple) ou acquis (suite à une autre maladie ou à cause de l’environnement : si vous mangez trop sucré vous pourriez déclencher un diabète par exemple, trop de soleil ? Et hop un cancer de la peau !).

Ainsi, certaines molécules peuvent être trop produites ou pas assez, dans d’autres cas la quantité de production est correcte mais c’est la molécule qui ne « fonctionne » pas correctement etc…).

Que faire quand les résultats sont en dehors des valeurs de référence ? On euthanasie. Si vous avez bien suivi vous savez que je rigole !

Tout dépend de l’analyse concernée :

1. Le cas le plus simple pour commencer, l’analyte est inexistant en temps normal (ou sa concentration est très faible) et augmente rapidement en cas de problème. C’est le cas de la troponine, dont la présence mesurable dans le sang indique une souffrance cardiaque (infarctus du myocarde très souvent). La CRP (pour les anglophones : C-Reactive protein) dont le taux très bas augmente en cas d’inflammation ou d’infection.

Dans ce genre de cas, le cheminement intellectuel ressemble à celui des maladies infectieuses : le fait d’être en dehors des normes signifie presque à coup sûr avoir un problème (mais rassurez vous la médecin a beaucoup de solutions ! ).

2. Un peu plus complexe maintenant, mais c’est le cas de la plupart des analyses de routine réalisées, l’analyte a aussi une valeur seuil minimale, ses valeurs de référence sont donc comprises entre X et Y… C’est le cas de la glycémie et du cholestérol dont parle Jérémy.

Être inférieur à X ou supérieur à Y c’est être en dehors de ces valeurs et avoir donc potentiellement un soucis. Tout dépend à quel point nous sommes en dehors mais aussi de quel analyte on parle… parfois la moindre différence avec les valeurs de référence et c’est une urgence vitale, la catastrophe !

Par exemple : le potassium, dont le rôle est majeur dans la régulation des battements cardiaques. Ses valeurs de références sont 3,5 à 5,5 mmol/l, en dehors (inférieur à 3,5 et supérieur à 5,5 donc) que fait-on ? Tout dépend à quel point nous sommes en dehors… à 3,3 ou à 5,6 par exemple ce n’est pas un souci vital, le médecin contrôlera sûrement plus tard. Mais “rapidement” des complications peuvent survenir si vous êtes en dessous de 3,0 ou au desssus de 6,0 mmol/l. Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes car tout dépend des individus et surtout de la vitesse de changement de la concentration (avez vous mis plusieueurs semaines pour passer de 4,3 à 2,7 ou avez vous mis 2 heures?).

Rassurez vous la plupart du temps vous avez de la marge et du temps devant vous avant la catastrophe, être un peu en dehors n’est pas alarmant.

Le médecin contrôlera peut être plus tard si vous êtes encore en dehors.

  • Si c’est le cas vous êtes comme 5% de la population : en dehors des valeurs de références.
  • L’autre possibilité est une pathologie liée à cette valeur anormale (que la pathologie l’ait entraîné ou l’inverse).
  • Si vous n’y êtes plus : vous étiez sûrement un peu en dehors des clous quelques temps, mais votre corps a rectifié le tir.

Et le moment que vous attendez tous !

Ces chiffres qui peuvent vous SAUVER (critique de l’article)

 Maintenant que vous êtes de pros du labo, vous ne vous laisserez pas faire par cet article… mais commençons donc par le début…

Le titre, certes accrocheur, est un poil au dessus de la réalité : je ne me vois pas comme un tueur en série, mais passons l’effet marketing et les premières lignes pour nous rapprocher des vraies données.

“Sur le plan médical, des chiffres ou des valeurs moyennes de références définissent facilement et plutôt rapidement qui est malade et qui ne l’est pas. Les laboratoires d’analyses médicales représentent le bras armé des « check-up », des bilans de santé, des prises de sang, des taux de glycémie, des taux de cholestérol ou encore de l’hypertension.”

Dès le début je tique un peu (beaucoup) : c’est bien plus compliqué que cela. Comme nous l’avons vu auparavant :

  1. C’est le médecin qui détermine si le patient est malade (souvent plus en fonction de la clinique que de la biologie).
  2. Être en dehors des valeurs de référence ne veut pas forcément dire être malade.

Et pour la petite vanne : la glycémie est le taux de glucose dans le sang, le taux de glycémie est donc le taux de taux de glucose dans le sang !

“A la base, il suf­fit de pren­dre un grand échan­til­lon d’individus, de mesurer un paramètre phys­i­ologique (par exem­ple le taux de cholestérol) et d’isoler les 5% d’individus qui sont « hors norme ». Ces 5 % de la pop­u­la­tion sont donc jugés à risques et même malade alors qu’il n’y a jamais une seule analyse de l’état de santé et des réels symptômes.“

Dans le cas du diabète et du cholestérol les troubles et symptômes sont dus à la trop grande présence de sucre ou de cholestérol dans le sang. Si un patient est déclaré diabétique alors qu’il n’a pas de symptôme c’est peut être parce que le problème est pris tôt (heureusement). En tout cas, encore une fois, être juste au dessus des valeurs de référence ne signifie pas pour autant que l’on est (ou que l’on va devenir) malade.

“Ces chiffres ainsi obtenus for­ment la base d’un diag­nos­tic rapide, peu coû­teux et ter­ri­ble­ment effi­cace. On se rend compte d’une part que ces chiffres peu­vent classer à tort une per­sonne malade alors qu’elle est en par­faite santé. A l’inverse, une per­sonne réelle­ment malade peut être diag­nos­tiqué comme saine par ces mesures.”

Et c’est super un dépistage rapide, peu coûteux et efficace ! Que demander de plus ?

Pour ce qui est du mauvais classement là encore : le médecin sait faire la différence entre les gens un peu (ou momentanément) en dehors des valeurs, et ceux qui sont en permanence 3 ou 4 fois trop élevés. Par contre je ne vois pas comment “louper” un diabétique si sa glycémie crève le plafond ?!

“D’autre part, si on prend compte l’influence des lob­bies phar­ma­ceu­tiques, et des indus­tries chim­iques, ces valeurs moyennes peu­vent varier au gré des pres­sions et donc indi­quer un traite­ment inutile (ou man­quant) pour un patient. Ce busi­ness math­é­ma­tique touche prin­ci­pale­ment le cholestérol, l’hypertension, l’ostéoporose et le diabète.”

C’est malheureusement vrai, même si les laboratoires peuvent affiner les résultats il suffit d’une publication (fallacieuse ou pas) pour que des centaines de médecin revoient leurs stratégies et traitent bien plus !

“Ce chiffre était la référence jusqu’en 1997. Je dis « était » car du jour au lende­main, un comité de l’OMS abaisse cette valeur de 10 % (126mg/dl) ren­dant dia­bé­tique 1.7 mil­lions d’américains, soit 14 % de plus.”

Il y a peu de temps les recommandations concernant le diabète gestationnel ont aussi été revues à la baisse (3). Est-ce un coup des pharmacies ? Est-ce que ces valeurs de références  diminuent pour faire croître les bénéfices de certains ou est ce que ces nouvelles valeurs s’appuient sur les dernières études sérieuses ? Et toujours la même remarque : si la valeur de référence maximale est à 126 mg/dl, une personne à 127mg/dl n’est pas considérée par diabétique par un médecin !

Conclusion

Que ce soit à grâce aux progrès de la science ou à cause des envies de riches investisseurs, les valeurs de références changent, mais au delà de s’en inquiéter il vaut mieux s’informer. Comprendre des résultats, se connaître et écouter son corps…AGIR.. sont autant de conseils qu’il vaut mieux appliquer plutôt que de céder à la panique due à la sur-information ou à la désinformation (ici scientifique).

Plutôt que de redouter vos résultats de labo, pensez à manger correctement, à faire suffisamment de sport… et à lire le blog de Jérémy (entre autres) !


Références

(1) http://www.uvp5.univ-paris5.fr/UV_MED/AC/Amenu.asp?NSuj=96

(2) http://www.laboratoires-biotop.fr/upload/Norme_ISO_15189.pdf Normes ISO 15189 : 2007

(3) Méta-étude réalisée sur plusieurs années et plus de 25 000 patientes, publiée en 2010 engendrant les dernières recommandations sur le diabète gestationnel dans de nombreux pays

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12 commentaires
  1. Ce qui me fait réagir, c’est qu’encore une fois, ce sont les choses simples qui permettent d’avoir des résultats importants, comme manger sainement, et faire de l’activité physique.
    Pourquoi tant de complications ? Et quand on parle de médecine, je ne voit pas pourquoi le seul réflexe qui vient à l’esprit est la médecine contemporaine( médicament à gogo), il y à des médecines douces qui fonctionnent :)

    Romain

  2. Salut Jérémy,

    Je vois que mes commentaires ne restent pas c’est bizarre :)

    En tout cas je souhaitais réagir sur le fait que ce sont toujours les choses les plus simples qui amènent le plus de résultat. Tu as ouvert un sacré débat avec cette histoire, et même si je ne comprends pas tout dans la logique médicale, il est vrai que certains résultats peuvent paraître absurdes, merci de nous faire partager ton savoir.

    Ps: je ne t’ai jamais demandé où tu trouvais tous les résultats des études ?

    Romain

  3. Interessant, surtout les commentaires!
    Il y a quelques annees, il y a eu une campagne de depistage des hemochromatoses (maladies genetiques recessives qui peuvent conduire a une surabsorption du fer) en Bretagne. Les patients porteurs de 2 copies des genes impliques ont ensuite passé des prises de sang… et environ 1/3 des femmes de 40 a 50 ans (donc pre ou post menopauses) se sont averes avoir 1 anemie, au lieu d’une surcharge en fer! Certaines auraient carrement pu se voir prescrire des supplements de fer…
    En Grande-Bretagne, c’est tres, tres difficile de se faire prescrire une analyse, et les medecins ne vous communiquent les resultats que de mauvais coeur… et sans vous donner les unites! Je vais faire faire la thyroide et les reins a mon prochain voyage en France, et comme je ne vois mon medecin que tres rarement et tres irregulierement, je suis plus inquiete que par le passé…
    En revanche, les statines, betabloquants, diuretiques (avec du potassium quand meme) et autres antihypertenseurs se distribuent comme des bonbons, et les medecins ne mentionnent que du bout des levres qu’il faudrait essayer de perdre du poids/bouger un peu plus, meme s’ils ont affaire a des patients obeses! Mes collegues sont tous inscrits a des clubs de gym ou de golf, mais c’est pour le networking, surtout pas pour transpirer! Et bien entendu, comme leurs traitements ont des effets secondaires, ils ne les suivent pas regulierement…

  4. Bonsoir à tous

    Je suis content que Jérémy lance le débat. J’avais évoqué la problématique des normes dans un articles sur la thyroïde. Je ferai les remarques suivantes :

    Plusieurs problèmes avec l’établissement de la norme
    – En effet il existe des variations importantes entre labo donc pour comprendre la dynamique d’un problème, il est impératif d’aller au même labo sinon la comparaison des résultats c’est du grand n’importe quoi !

    – La norme est établie sur un échantillon de population qui fréquente le labo durant une période donnée d’où ses variations. Ce qui est le plus gênant c’est le manque de pertinence. Je m’explique : Quand la valeur fait 2 à 3 fois la norme ou se situe au centre de l’échelle, l’interprétation est fiable (exemple ou 8 mais sinon que dire de 3,8 ou 5,2 ? quand on sait que votre résultat est comparé à un échantillon de personnes malades, avec ou sans traitement, hommes ou femmes, de 1 mois à 100 ans, cela me laisse perplexe sur la justesse et je m’en remets à la clinique. Ce problème est fréquent pour de nombreux dosages courants et il est urgent que les labo affinent un peu leur échelle par sexe, tranche age, avec ou sans traitement au minimum.

    – Idéalement une cartographie personnel à 20 ans “bonne santé” et s’en servir pour juger du vieillissement des systèmes biologiques. C’est une idée. Se comparer à soi même et à un échantillon bio similaire. Je fais parfois ce type de bilan pour personnaliser les traitements hormonaux avec des labos qui ont cette démarche.

    – L’autre NORME, celle qui fixe le seuil maladie ou pas. Je ne suis pas crédule et grâce à une GRANDE étude INTERNATIONALE “arrangeante” un quart de la population devient malade. Comme les lecteurs de ce blog, je n’y crois guère mais le piège se referme sur les médecins. Cette norme est reprise par les agences sanitaires, les recommandations professionnelles et de ce fait elle engage notre responsabilité !

    Jérémy, ce ne sont pas les labos qui nous incitent ou qui nous influencent mais vous, les patients !

    Les labos construisent des VÉRITÉS, probablement pas toujours “désintéressées”
    La population des CROYANCES. “Docteur on m’a dit que ou j’ai vu qu’il existe un médicament pour arrêter de fumer ou pour maigrir ou pour l’acné ou pour me vacciner ou ………..”
    Les médecins des RÉPONSES ! Sortir des recommandations, c’est hors sécu, c’est pas remboursé, c’est risqué pour le praticien, c’est pas donné à tout le monde de comprendre, c’est parfois plus long, mais je trouve cela passionnant..

    Exemple du patient pléthorique hypertendu qui vient me voir pour son cholestérol : Quand je lui dit qu’il devra maigrir, bouger tous les jours et prendre des extraits de riz rouge, il hésite pour la statine, bonne ou mauvaise !

    Merci JEREMY et FRANCK pour ce débat. ROMAIN, tu as raison c’est simple dans 70% des situations mais cela se complique quand la maladie survient. Médicaments et médecins trouvent leur raison d’être à ce moment là.

    Bonne soirée à tous, moi je suis de garde au samu ce soir et c’est calme pour l’instant
    Au plaisir de vous lire ici ou sur mon blog http://www.conseils-pour-maigrir.org

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