La cuisson classique gaspille énormément d’énergie. On redécouvre le principe de la « marmite norvégienne » ou cuisine sans feu pour faire d’importes économies d’énergie.

Capture d’écran de la vidéo Youtube “Home made hay box or thermal cooker” où l’on peut voir une marmite norvégienne en bois, polystyrène et carton, particulièrement bien adaptés aux dimensions de la casserole.

Une low-tech à la rescousse ?

Elle n’a rien à voir avec une marmite.

Elle est encore moins norvégienne.

L’appellation d’aujourd’hui reflète son histoire singulière qui a commencé il y a très longtemps. Le principe est de placer sa marmite ou casserole en pleine cuisson dans un endroit isolé de l’extérieur.

  • Une simple caisse en bois
  • Des ballots de paille
  • Dans la terre
  • Et même une glacière ! (les détails plus bas)

Le but est simple : poursuivre la cuisson sans le moindre apport énergétique.

Adieu les rallonges de gaz ou les tours superflus au compteur électrique.

Ce principe de cuisson sans feu regagne aujourd’hui en popularité avec la fin, désirée ou non, d’une certaine « abondance » énergétique comme on peut parfois l’entendre.

Autrement dit : nous sommes à l’heure de l’économie d’énergie (mais cela ne date pas vraiment d’hier).

Et dans un monde où les matières premières qui permettent de nous chauffer et de nous éclairer se raréfient – et impactent négativement notre climat – les anciennes pratiques plus économes apparaissent de plus en plus légitimes.

Car s’il est aujourd’hui assez impensable de faire une maison mal isolée au risque d’avoir une note salée d’électricité, cette réflexion s’est étrangement volatilisée de nos cuisines.

Ce n’était pourtant pas le cas dans un passé, pas si lointain.

Les sagesses du passé

L’abondance énergétique et la modernité ont progressivement enterré les cuisinières sans feu. Le manque de temps et le besoin de productivité aussi. C’était pourtant une sorte de standard au début du 19e siècle.

Habituellement, les cocottes en fonte étaient placées dans des coffres de paille. Cette dernière est un bon isolant thermique. Economique et non polluant.

Car pour que le principe de la marmite norvégienne fonctionne, il faut réduire trois phénomènes physiques qui font tomber la sacro-sainte température :

  1. La convection, en bloquant la circulation de l’air
  2. La conduction, en isolant l’appareil de cuisson (avec du liège, de la paille, des couettes, vêtements, laine, polystyrène…)
  3. Le rayonnement, en se munissant d’un réfléchissant (couverture de survie, bande réfléchissante de sisalation…)

Le principe de cuisson sans feu existe depuis la nuit des temps.

Image présentant une ancienne cuisinière avec un tiroir représentant le principe de la “marmite norvégienne” pour conserver au chaud la préparation. (source : https://www.lowtechmagazine.com/2014/07/cooking-pot-insulation-key-to-sustainable-cooking.html)

Enterré dans le sol, en contact avec des pierres chaudes ou enveloppé dans de nombreuses couches de végétaux pour cuire à l’étouffée. On déborde d’exemples de pratiques culinaires traditionnelles où l’on savait utiliser l’inertie thermique à notre avantage.

Mais pourquoi appelle-t-on alors ce principe « marmite norvégienne » s’il n’a rien à voir avec une marmite ni la Norvège ?

Son nom viendrait de l’époque sous Napoléon III qui décida d’organiser une exposition internationale à Paris en 1864.

Un Norvégien aurait obtenu un prix lors de cet événement en présentant un appareil de cuisson sans feu. C’était tout simplement une caisse spécialement conçue pour recevoir plusieurs marmites et les maintenir au chaud.

Un progrès technologique majeur pour l’époque qui a favorisé la dissémination de la pratique dans toutes les chaumières !

Il n’en fallait donc pas plus pour que la Norvège et la marmite s’invitent définitivement dans le nom de ce principe. C’était pour l’anecdote.

En tout cas le procédé a été plus qu’apprécié pendant l’évènement le plus violent de notre histoire : la guerre.

La possibilité de cuire des plats avec un minimum d’énergie et de conserver la chaleur pendant de longues heures était non négligeable.

Car oui, la marmite norvégienne permet (dans certaines conditions) de conserver au chaud les aliments pendant plus de 4 heures.

Ce savoir ancestral a été à de nombreuses reprises gravé dans le marbre de la littérature, avec notamment Margaret Mitchell, autrice en 1913 d’un livre de recettes de cuisine sans feu.

Elle y partage des recettes de soupes avec du poisson, du bœuf, de l’agneau et du mouton. Avec bien sûr toutes sortes de légumes, des pâtes, des légumineuses (comme l’ambrevade source de fibres) ou encore le riz.

Deux anciens systèmes de marmites norvégiennes, dans un panier ou dans une caisse en bois. (c) Cornell University Library

On retrouve des recettes de marmelades d’orange, des confitures de raisin ou toutes sortes de sauces pour accompagner des plats.

Bref, la méthode semble avoir peu de limites. Sauf bien sûr pour faire braiser, rôtir ou frire un aliment.

La marmite norvégienne n’est pas magique non plus.

Éviter de gaspiller

La marmite norvégienne n’a donc rien d’une révolution.

C’est juste du bon sens.

Du bon sens expliqué par la physique qui nous avertit que nos modes de cuisson actuels sont de passables élèves.

Ils sont dissipés.

Comprenez ici ces termes en perte d’énergie.

On parle d’efficacité thermique. Et la cuisson traditionnelle au gaz, avec des plaques électriques, à induction ou tout simplement au barbecue, sont d’incroyables gouffres énergétiques.

Entre 95 et 75 % de l’énergie thermique utilisée pour la cuisson est perdue (1, 2, 3).

Données issues du site Lowtechmagazine (source : https://www.lowtechmagazine.com/2014/06/thermal-efficiency-cooking-stoves.html#notes)

On gaspille assidûment, massivement, tous les jours, et cela nous paraît plus que normal.

C’est pourtant une aberration thermodynamique. Désormais climatique et économique, mais aussi sanitaire (car oui, ces méthodes produisent des volatiles toxiques).

La marmite norvégienne permettrait de faire d’importantes et réelles économies d’énergie en coupant le robinet.

On reviendra en détail sur un rapport très inspirant d’étudiants en école d’ingénieur de l’énergie de Grenoble. Selon leurs calculs, on peut espérer économiser son énergie de près de :

  • 56 % pour une plaque électrique.
  • 58 % pour une gazinière
  • 70 % avec une plaque à induction

Zoom sur… le Rocket Stove !

Le rocket stove se fonde sur le même principe que la marmite norvégienne… mais appliqué au feu de bois ! On va créer un foyer le plus isolé possible pour éviter toutes les pertes de chaleur et ainsi augmenter l’efficacité thermique du carburant utilisé.

Autrement dit : on gaspille moins de bois. Ces systèmes permettent de diviser par deux ou trois la consommation de bois pour la même utilisation.

Le système permet aussi de réduire les émanations toxiques de la combustion pour la santé humaine et l’environnement.

Un triple bénéfice.

Du caisson à la glacière

La « marmite norvégienne » est donc davantage une sorte de principe qu’un dispositif unique, normé.

On doit juste tenter d’isoler au mieux la chaleur de la cocotte.

On pourra donc fabriquer des caisses en bois qui s’intègrent aux tiroirs des cuisines. Des caisses qui seront garnies de plusieurs centimètres de polystyrène, de liège ou bien de paille et de vieilles couettes.

Certains avancent même utiliser de la laine de mouton préalablement préparé.

On utilise aussi des sacs isothermes non rigides. Certaines marques proposent même des produits spécialement conçus pour faire le job.

Le procédé fonctionne avec une glacière, tout simplement.

Avec ou sans couverture de survie en tant que réfléchissant (souvenez-vous, pour la 3ème source de perte de chaleur avec les rayonnements).

Tout dépend de votre volonté, de vos moyens (mais cela reste quand même très accessible à toutes les bourses) et de votre conscience écologique.

Car tous les matériaux ne sont pas « eco-friendly ». Le polystyrène notamment. Bien qu’il soit un excellent isolant thermique, son recyclage n’est pas la panacée.

Le liège ? Très efficace côté thermique, mais parmi les matériaux les plus chers. Il vient d’un arbre. L’approvisionnement est donc conditionné par son exploitation.

La paille, des couettes ou de vieux vêtements représentent selon notre groupe d’aspirants ingénieurs de Grenoble une alternative économique et écologique fiable et efficace pour isoler des marmites en tout genre.

Justement, le fameux rapport dont je vous parlais nous éclaire avec plaisir sur l’efficacité de différentes méthodes pour isoler sa « marmite norvégienne ».

Il nous montre les différentes alternatives possibles, et va ravir les partisans du moindre effort.

Car ces élèves d’une école d’ingénieur de Grenoble (ENSE) se sont amusés à ajouter plusieurs paramètres pour mieux contrôler la température du dispositif.

Un travail qui sert en réalité à évaluer l’intérêt des recommandations qu’on trouve généralement sur le net. À savoir, l’isolant de la caisse, la couverture de survie réfléchissante, des bouchons pour surélever la marmite, etc.

Et sans surprise, c’est la combinaison de toutes les stratégies qui permet de mieux conserver la chaleur.

Le caisson isolé en polystyrène (5 cm de couche) avec un couvercle, un réfléchissant, et une cocotte surélevée par des bouchons en liège permet de maintenir une température supérieure à 60°C pendant 4 heures !

Après avoir porté 2,5 litres d’eau à ébullition, la température est supérieure à 70°C dans les deux premières heures.

Mais ce rapport est riche d’enseignement.

Il nous montre qu’un simple caisson en bois recouvert d’un film réfléchissant (des couvertures de survies ici, côté argenté vers la casserole), et surélevé sur des bouchons permet de maintenir une température supérieure à 60°C durant plus de 2h30.

Ce procédé apporte les mêmes résultats qu’avec… une simple glacière (pour garder ses bières au frais!) et des bouchons dans le fond.

Extrait du rapport des étudiants en école d’ingénieur de Grenoble (ENSE).

Autrement dit : si vous avez déjà une glacière, vous pourrez l’utiliser pour maximiser la rétention d’énergie et limiter les pertes intempestives de gaz.

Aussi, selon ces travaux, le film réfléchissant n’est pas une nécessité absolue pour avoir d’excellents résultats.

La seconde meilleure combinaison qui permet d’atteindre les 3h de chaleur à plus de 60°C contient le caisson, l’isolant et les bouchons au fond.

Et cerise sur le gâteau, ces résultats sont valables pour une quantité d’eau relativement faible : 2,5 L.

Or, plus le volume à haute température sera important dans la casserole, plus il agira comme une masse thermique et augmentera la rétention de la chaleur.

On passe ainsi à 8 heures pour atteindre 60°C avec 5 L d’eau, et on atteint presque les 6 heures avec 6 L d’eau portés à ébullition.

1h30 de cuisson à l’air libre ?

Les futurs ingénieurs de Grenoble ont aussi testé une casserole à l’air libre. Une nécessité pour comparer avec les différentes couches d’isolants. Et sans être une véritable surprise, mais un peu quand même, la température atteint les 60°C en 1h30.

C’est peu, mais déjà de quoi réaliser que l’on peut terminer une cuisson sans le moindre préparatif, en laissant la marmite en l’état (avec peut-être juste un torchon par dessus, feu éteint bien sûr).

Tout est une question d’anticipation.

Comment faire sa marmite norvégienne ?

Les méthodes de fabrication ou de réutilisation d’objets déjà existants sont nombreuses, relativement simples et peu coûteuses. Il faudra un peu d’huile de coude dans certains cas ou juste des couettes avec un panier.

Voici deux vidéos qui montrent deux constructions différentes de marmites norvégiennes :

La seconde vidéo extraite du site Low-tech Lab :

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