Tous les professionnels de santé sont dans l’obligation de déclarer les avantages et les contrats qu’ils entretiennent avec l’industrie pharmaceutique. C’est logique, évident, du bon sens. Pourtant, la loi ne contraint pas ces mêmes professionnels de déclarer les avantages et les contrats réalisés avec l’industrie agroalimentaire. C’est illogique et inacceptable.

Gilet Jaune : une doléance de plus

Le mouvement des Gilets Jaunes n’a laissé personne indifférent, tant sur les demandes légitimes d’une justice fiscale et sociale plus juste que sur les méthodes de maintien de l’ordre de l’état.

Je pense que l’on peut profiter de l’émergence de ce mouvement pour lui rajouter une nouvelle bataille, une nouvelle étiquette propre à notre domaine : celui de la nutrition et de la santé, et plus particulièrement de la gestion des conflits d’intérêts.

Comme vous le savez, surtout si vous avez lu mon dernier livre “Santé, mensonges et toujours propagande” (éditions Thierry Souccar), les professionnels de santé sont contraints par la loi de déclarer tous les liens d’intérêts qu’ils entretiennent avec un laboratoire pharmaceutique.

Les contrats (orateur, consultant, conseiller, conférencier, etc.), les avantages (repas, billets d’avion, hospitalité, etc.) et les rémunérations doivent être renseignés par les laboratoires sur la base Transparence Santé.

C’est bien, mais c’est insuffisant pour au moins deux raisons.

  1. Les déclarations sont parfois incomplètes, ou frauduleuses

  2. Les liens d’intérêt avec l’agroalimentaire, “Big Food”, ne sont pas obligatoires

On va revenir en détail sur ces deux points, avec des exemples récents de ces dérives du système de contrôle et de déclaration, et pourquoi il faut impérativement le réformer.

1. Les déclarations incomplètes et “frauduleuses”

L’actualité m’aura donné raison, immédiatement après la publication de mon livre critique sur les recommandations de santé publique et les experts qui les émettent. La dernière en date, une recommandation émise par la Haute Autorité de Santé sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies.

La recommandation est importante puisqu’elle va conditionner l’utilisation ou non des statines, largement controversées, tant sur l’efficacité que sur l’innocuité (et largement discuté sur les colonnes de ce blog).

Mais problème, le Formindep, une association de formation médicale continue indépendante, et l’association Anticor (pour anticorruption) ont adressé deux plaintes et recours pour faire invalider cette recommandation.

Pourquoi ? Car les experts sollicités ont manifestement fait des “oublis”, comme ils le disent, sur les déclarations publiques d’intérêts. Certains experts ont donné des feuilles vierges, alors qu’ils avaient des liens avérés avec les laboratoires concernés.

Le Conseil d’État a été saisi par le Formindep, car la HAS a refusé de retirer d’elle-même la recommandation. Il aura fallu l’intervention et la plainte d’Anticor pour prise illégale d’intérêt contre des experts pour faire plier l’autorité sanitaire.

Il en faut des contre-pouvoirs dis donc.

Et je vous le donne en mille, parmi ces experts nous retrouvons Jean-Michel Lecerf, le chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille. Un professionnel de santé que je n’épargne pas dans mon livre pour ses nombreux liens d’intérêts avec l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique et la distorsion scandaleuse des études scientifiques qu’il est capable de faire.

Les congrès qu’ils organisent pour le compte de l’Institut Pasteur de Lille sont soutenus par plusieurs grandes multinationales françaises, notamment des laitiers et des fromagers.

D’après un article du journal Le Monde sur ce sujet, Le Pr Lecerf aurait oublié, tout simplement, de déclarer ses liens avec l’industrie pharmaceutique. Preuve en est du manque de sérieux de la déclaration personnelle des liens d’intérêts et du manque de contrôle de la HAS pour vérifier la véracité des liens et leur exhaustivité.

Le Pr Lecerf aurait “oublié” de déclarer quelque 25 000 euros reçu par Sanofi-Aventis et MSD. En réalité, le Pr Lecerf est un habitué de ce genre d’exercice. Dans quelques articles de la presse, il omet de déclarer des liens sérieux avec l’industrie agroalimentaire notamment.

Car surprise, les personnes en charge de vérifier la véracité des liens d’intérêts n’ont pas pris la peine de vérifier le site Transparence Santé du gouvernement ! Un comble !

Les défaillances sont graves et l’entêtement de la HAS quasiment pathologique. Rendez-vous compte, il aura fallu deux plaintes pour faire réaliser à la HAS qu’elle avait raté sa principale mission d’expertise publique au service des patients, et non des laboratoires.

Pourtant, comme je le détaille dans mon livre, la HAS n’en est pas à son premier rappel à l’ordre. D’elle-même elle avait retiré ses recommandations de prises en charge de la maladie d’Alzheimer à cause des graves liens d’intérêts des experts qui les ont écrites.

Un autre expert visé par la plainte d’Anticor, le professeur Bruno Verfès, aurait oublié de mentionner 65 000 euros d’avantages et 36 000 euros de rémunération entre 2013 et 2017. Mais est-ce que la HAS fait son travail ?Manifestement pas complètement.

2. Rendre obligatoire la déclaration des liens avec Big Food

Pourquoi les liens financiers avec l’industrie pharmaceutique doivent être renseignés dans la base Transparence Santé du Gouvernement, et pas ceux avec l’agroalimentaire ?

Une incohérence dérangeante quand on regarde du côté de la littérature scientifique qui pointe les risques sur la santé publique d’avoir des travaux réalisés par des professionnels en situation de conflits d’intérêts.

On retrouve les mêmes travers qu’avec les financements de l’industrie pharmaceutique, sauf que concernant Big Food, vous avez le droit de tout maintenir secret. Cette situation aberrante nous amène à des stades dangereux de désinformations dans les plateaux télévisés, dans la presse ou à la radio.

Les journalistes commencent à demander par principe les liens d’intérêts avec l’agroalimentaire, mais pas tous. Dans ce cas-là, les internautes n’auront aucun moyen de connaître ces liens ignorés par tout le monde, et pourront entendre des conseils biaisés par des intérêts privés.

On retrouve malheureusement pléthores d’exemples de ce type aujourd’hui.

Aujourd’hui, avec le mouvement unique des Gilets jaunes qui remettent en question certaines dispositions démocratiques, et à juste titre, il serait bon d’y rajouter ce combat. Un combat pour l’indépendance de l’information et surtout pour sa qualité.

Car l’exemple de la HAS nous l’a parfaitement démontré : les liens d’intérêts des experts pourrissent la qualité de l’expertise et les premiers à en payer le prix, c’est nous.

Découvrez les révélations uniques dans mon enquête déjà félicitée par de nombreux acteurs de la santé et ses lecteurs : Santé, mensonges et toujours propagande !

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