La vérité sur vos médicaments : une overdose de conflits d’intérêts avec un soupçon de plagiat

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32 spécialistes rétablissent « La vérité »

Sous la houlette de 4 médecins français, un collectif de 32 praticiens publie un livre au titre détonnant « La vérité sur vos médicaments » (édition Odile Jacob) afin d’expliquer au grand public différentes maladies, les meilleurs traitements existant et les méthodes d’évaluation de ces traitements.

Ce livre, qui aurait nécessité « un travail conséquent de plus de deux ans » selon le quotidien Sciences et Avenir, passe en revue de nombreuses maladies et molécules pharmaceutiques : les statines pour le mauvais cholestérol, les antidiabétiques pour la glycémie galopante, les anticancéreux, les pilules contraceptives ou encore les cigarettes électroniques.

Les auteurs de l’ouvrage, M. Grimaldi, professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière, M. Bergmann, chef du service de médecine interne à l’hôpital Lariboisière (Paris), M. Chast, chef du service de pharmacie clinique du groupe hospitalier Cochin-Hôtel-Dieu, et Mme Le Jeunne, chef de service de médecine interne du groupe hospitalier Cochin-Paris-Centre, épaulés de 28 spécialistes, ont écrit cette ouvrage « en toute indépendance », et en s’appuyant « sur l’étude de la littérature ».

D’après le Professeur Grimaldi, interviewé par S&A, les articles qui composent cet ouvrage « ont été relus et corrigés, poursuivant que ce ne sont pas des vérités corporatistes mais une recherche de la vérité scientifique ».

Au-delà d’apporter des indications potentiellement importantes pour les patients et les praticiens, « La vérité sur vos médicaments », apparait comme un règlement de compte contre les Professeur Even et Debré, tous deux auteurs des livres « La Vérité sur le cholestérol » en 2013 et le « Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux » en 2012.

Dans une interview accordée au Figaro, Claire Hédon, journaliste santé à RFI, en charge de faire le lien entre nos 32 spécialistes, ne mâche pas ses mots :

La qualité du travail à trente-deux n’est forcément pas la même qu’à un seul

Une attaque directe contre les ouvrages des Prs. Even et Debré, réitérée au cours d’une interview dans Le quotidien du médecin.

M. Grimaldi en profite lui aussi pour régler quelques comptes, et lancer des pics bien salés contre le Professeur Even, précisant qu’il évite d’écrire des livres sur la pneumologie, lui, en relation avec la spécialité de M.Even.

Même le Pr. Bergmann, co-auteur du livre aux éditions Odile Jacob, avait déjà une attitude très agressive et sans retenue contre le dernier ouvrage de MM. Even et Debré, dès septembre 2012

Selon lui, le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux est « vraiment bâclé, rajoutant que c’est un pamphlet qui a toutes les déviances du genre : excessif, approximatif, mêlant le vrai et le faux » selon une interview accordée au Quotidien du médecin.

La démarche entreprise par Even et Debré dans ce livre serait plutôt un travail de « chroniqueurs » que de « scientifiques » toujours selon M. Bergmann.

A la lumière de ces déclarations publiques dans la presse médicale et généraliste, il est clair que nos auteurs ne portent pas dans leur cœur les ouvrages de nos deux spécialistes controversés et polémistes.

Et nous en sommes donc là. 32 spécialistes pondent un pavé de 600 pages pour énoncer « la vérité » sur le monde pharmaceutique, alors que d’autres vérités ont été énoncées avant elle…

Qui faut-il croire ? Est-ce que 32 spécialistes valent mieux que deux ? Est-ce que cela est un gage de sérieux, d’indépendance et d’objectivité ? Que faut-il penser de tout ça ?

Pour me faire une idée, j’ai acheté le livre de nos 32 spécialistes. Je vous propose de découvrir ma 1ère analyse, globale et très mitigée, qui est loin d’être aussi élogieuse que la presse nationale française, et qui place ce livre au sommet des conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.

Vous avez dit oups ?

« La vérité », mais quelle vérité ?

Dans l’avant-propos de l’ouvrage, les 4 co-auteurs nous rappellent que les spécialistes sollicités (et eux-mêmes) ont travaillé « en toute indépendance » avec une déclaration des liens d’intérêts.

Au cas où nous l’aurions raté, S&A indiquait à deux reprises à propos de cet ouvrage qu’il résultait d’une « analyse indépendante ». A la fin de de l’article, M. Grimaldi lui-même esquisse une réponse à ce sujet, et indique au quotidien « qu’il faut privilégier la transparence. »

Indépendance, transparence, déclaration de liens d’intérêts…

Le discours semble rassurant, et l’ouvrage précise effectivement l’ensemble des liens d’intérêts des auteurs s’il y a lieu de l’être.

Il n’empêche que cette apparente transparence n’est pas totale, elle demeure opaque pour certains auteurs, incomplète ou bien relativisée à grand renfort de rhétoriques hasardeuses.

Car oui, je viens de réaliser une enquête approfondie des liens d’intérêts de nos auteurs, et nous sommes en droit de parler d’une overdose.

L’overdose de conflits d’intérêts

La première critique nous vient du blog d’un médecin généraliste, membre du Formindep et lecteur de la revue Prescrire, qui épingle les propos du Pr Grimaldi accordées au journal Libération.

Dans cet article, notre généraliste nous rappelle que le service hospitalier du professeur Grimaldi a été entièrement informatisé par un don de Sanofi Aventis, à hauteur de 90.000 €, qui commercialise pas moins de 16 produits contre le diabète.

C’est un fait avéré, que je dénonçais dès mai 2013 dans les colonnes de Lanutrition.fr.

Quoi qu’il en soit, la base de données publique sur la transparence des professionnels de la santé est riche d’enseignement à propos de nos médecins-auteurs.

Après avoir vérifié les liens d’intérêts des auteurs de l’ouvrage, les chiffres sont simplement ahurissant.

Seulement 6 auteurs sur 32 ne déclarent aucun conflit d’intérêt.

Parmi ces médecins nous comptons la présence d’Irène Frachon, investigatrice dans des essais cliniques sponsorisés par des firmes (Bayer, Actelion, GSK) mais qui ne possède aucune convention, ni avantage de la part des laboratoires (et qui a dénoncé le scandale du Médiator, tout de même).

En revanche, pour nos 26 médecins restants, ce ne sont pas moins de 1346 avantages, dont les montants varient entre 10 et 6.700 €, et des conventions avec les firmes pharmaceutiques qui existent, et seulement entre 2012 et le deuxième semestre 2014.

Voici la liste des médecins avec les avantages et les conventions correspondantes. Il manque M. Chast, qui n’est pas recensé dans la base de donnée de la transparence, mais qui est membre d’une start-up suisse travaillant avec les firmes pharmaceutiques.

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Les montants peuvent parfois paraître ridicule, 20 € pour un repas, ou encore 130 € pour des frais d’hébergement, mais la somme totale nous laisse pantois.

D’après les données que j’ai pu recueillir, nos médecins ont cumulé plus de 150.000 € d’avantages avancés par les firmes pharmaceutiques, sans compter bien sûr les 90.000 € gracieusement offerts au service du Pr. Grimaldi par Sanofi Aventis.

7 médecins sortent du lot, avec des avantages supérieurs à 3.000 €, principalement pour des voyages (catégorie transport) suivi de frais « d’hospitalité » par les firmes pharmaceutiques. Ces médecins sont en charge de rédiger les chapitres concernant les antihypertenseurs, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les anticancéreux, les antiplaquettaires, la dégénérescence maculaire liée à l’âge, les laxatifs ou encore sur la prostate.

L’indice d’influence

Pour y voir un peu plus clair dans cette jungle de conventions et d’avantages, j’ai calculé un indice d’influence très simple qui classe nos 25 médecins en fonction :

  1. Du nombre de conventions signées
  2. Du nombre d’avantages
  3. Du montant de ces avantages

Selon ce classement, le docteur Jean-Philippe Collet serait le plus sous « influence », suivi des docteurs Blacher, Bergmann (co-auteur), Bruckert et Pujade-Lauraine (les flèches rouges indiquent les auteurs).

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La déclaration des conflits d’intérêts est symptomatique d’une certaine opacité et dénote, selon moi, d’une certaine gêne de la part des auteurs.

Le premier de ce classement, M. Collet, n’a pas volé sa place puisqu’il détient le record du nombre de conventions (72) et d’avantages octroyés par les firmes (119), pour un montant total de 14.016 €.

Dans le chapitre écrit par M. Collet, « Antiplaquettaires : aspirine, number one », la déclaration d’intérêts nous indique que le « professeur déclare des fonds de recherche et financements » de la part de plusieurs laboratoires pharmaceutiques.

Le mot « financement » demeure malheureusement très vague, alors qu’il y a tant à dire. D’après les données sur la transparence des médecins, M Collet a été, durant la période étudiée, expert, conseiller scientifique et consultant pour BMS, Bayer HealthCare, Pfizer, Eli Lilly, MSD France, mais également Servier et AstraZeneca.

Il atteste également de deux conventions pour des « manifestations de promotion » de la part de Bayer ; cinq conventions pour réaliser des formations sous l’égide d’AstraZeneca ; ainsi que la participation à de nombreux congrès.

Pour le second de ce classement, M. Jacques Blacher, sa déclaration d’intérêts semble être écrite pour rassurer le lecteur, précisant que le professeur « n’a pas de participation financière dans le capital d’une entreprise liée aux médicaments », rajoutant qu’il n’aurait également aucun lien durable avec ces mêmes entreprises.

Pourquoi les auteurs ont-ils jugés nécessaire de révéler ces points ? Une rhétorique maladroite, car l’on ne définit pas quelque chose par ce qu’il n’est pas.

Dans la suite de cette déclaration, M. Blacher aurait effectué des « interventions ponctuelles » pour les firmes pharmaceutiques.

Ponctuelles ? Réellement ? Pour la seule période analysée (2012-2014), M. Blacher compte plus de 20 interventions auprès du groupe Servier, en tant qu’orateur, modérateur ou président. Au total, M. Blacher cumule 46 conventions avec les firmes pharmaceutiques, mais également 98 avantages pour la modique somme de 24.357 € (somme la plus élevée).

Le constat est le même pour M. Bergmann, le 3ème de notre classement et ancien vice-président de la commission d’autorisation de la mise sur le marché, qui ne justifierait que d’une « participation ponctuelle à des réunions de méthodologie et aide au développement » pour différents laboratoires.

Pourtant, dans le détail, M. Bergmann atteste de 54 conventions avec les firmes pharmaceutiques en tant conférencier, consultant, expert, membre de comité scientifique auprès de Sanofi Aventis, Boehringer Ingelheim, Novartis, AstraZeneca, Lilly, BMS, Takeda, Prioritis, MSD, GSK, Amgen, Lundbeck, Sandoz, Daiichi Sankyo, et bien d’autres.

Cela serait sans compter les quelques 70 conventions supplémentaires entre l’ancien vice-président de la commission d’autorisation de mise sur la marché et les firmes pharmaceutiques, entre 2003 et 2012, révélées dans un article d’Agoravox.

On peut finalement ajouter au palmarès de M. Bergmann les quelques 67 avantages représentant plus de 5.000 € avancés par les firmes pharmaceutiques. Toutes ces informations relativisent, quelque peu, le caractère « ponctuelle » des relations entre notre homme et les firmes pharmaceutiques.

Anecdote intéressante à propos de M. Bergmann, mais celui-ci semble oublier la passé au grès des interviews…

Dans une interview accordée au Quotidien du médecin en mars de cette année, le professeur confessait ainsi qu’il connaissait bien le sujet relatif à la délivrance d’une autorisation de mise sur le marché, rajoutant qu’il aurait été « viré de l’Agence nationale pour la sécurité des médicaments (Ansm) pour insubordination ».

Mais peut-on vraiment parler d’insubordination ? Dans une interview accordée à l’Express quelques années plus tôt à la suite d’un scandale sur un anti-diabétique du groupe Servier, nous apprenons que M. Bergmann aurait démissionné de son poste, concédant qu’il ne pourrait plus siéger dans les nouvelles commissions mises en place à cause de ces liens d’intérêts avec les firmes.

Le 4ème de ce classement, c’est M. Bruckert. Ce chef de service endocrinologie/ métabolisme et prévention cardio-vasculaire à la Pitié-Salpêtrière n’est pas inconnu des colonnes de Dur à Avaler. C’est un célèbre « leader d’opinion » comme on dit, l’un de ces médecins qui porte des messages largement repris par les médias et les médecins, mais qui cumule une liste sans fin de liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique

M. Bruckert a été en charge d’écrire le chapitre sur les statines (« Trop ou pas assez ?»), et il représente un exemple classique d’une déclaration d’intérêts incomplète, qui tente de relativiser l’ensemble, tant bien que mal.

Ainsi nous apprenons que M. Bruckert à « mené des travaux de recherche ou participé à des activités de conseil dont certains ont des financements privés », il s’en suite une liste de 9 laboratoires pharmaceutiques. Point.

Et pourtant, le professeur cumule pour la seule période analysée de 60 conventions avec des firmes pharmaceutiques, cumulant 54 avantages représentant la somme de 4.798 €.

Les liens unissant M. Bruckert avec les firmes pharmaceutiques qui commercialisent des statines ne date pas d’hier. Les études signées par le professeur indiquent déjà des liens avec l’industrie depuis 2002 [1] [2]

Si on cherche vraiment la petite bête, j’ai également pu trouver des traces d’articles rédigés par M. Bruckert sur le site Medscape, dans la partie dédiée à la cardiologie. Or, ce site serait financé presque intégralement par des « subventions sans restrictions de l’industrie ».

Il est intéressant de noter que M. Bruckert et Grimaldi ont tous les deux une certaine inimitié envers le professeur Even. Un article publié en 2013 dans le Nouvel Obs sous la plume de MM. Grimaldi et Bruckert tentait de faire le contre-pied à l’ouvrage de M. Even. Cet article est très hostile aux théories défendues par M. Even.

Finalement la 5ème personne de ce classement est M. Pujade-Lauraine, oncologue médical, en charge du chapitre sur les anticancéreux.

De la même manière, la déclaration des liens d’intérêts peut faire sourire. Ainsi notre professeur d’oncologie aurait reçu des « rémunérations ponctuelles » par des laboratoires pharmaceutiques qui commercialisent des médicaments anticancéreux.

Au cours de la période analysée, M. Pujade-Lauraine aurait tout de même reçu 15.042 € (29 avantages déclarés) et possède 26 conventions avec les laboratoires du milieu.

Overdose ou pas ?

Les liens d’intérêts qui existent entre des professionnels de la santé et des entreprises privées doivent être pris au sérieux.

Qu’ils soient purement moraux ou financiers, que les avantages avancés soient ridicules ou astronomiques, ces liens d’intérêts peuvent altérer l’objectivité d’un praticien, d’un chercheur ou pire, des autorités de santé publique lors de prise de décisions.

Le fait d’être transparent, comme l’indique le Pr Grimaldi dans la presse, est certes une preuve de bonne foi (et encore, quand cette transparence est totale) mais ne garantit en rien l’indépendance des analyses, des réflexions et des recommandations éventuellement émises.

A la suite de la seule analyse des liens d’intérêts des auteurs, et de la déclaration de certains d’entre eux dans la presse, il apparait évident que l’indépendance de l’ouvrage, du moins pour certains chapitres, est sujette à caution.

Cet avertissement est indéniablement renforcé par les comportements très belliqueux, de certains auteurs, à l’égard des principales théories et arguments contradictoires soutenus par d’autres confrères (Even et Debré par exemple), comme l’illustre cet article publié en 2013 dans le Nouvel Obs sous la plume de MM. Grimaldi et Bruckert tentant de faire le contre-pied à l’ouvrage de M. Even. Un article est très hostile aux théories défendues par M. Even.

Je pourrais arrêter cette première lecture de l’ouvrage ici, mais c’est sans compter la découverte, un peu par hasard, d’un subtil plagiat…

Un soupçon de plagiat

Au cours de ma première lecture de l’ouvrage de nos 32 spécialistes, un sous-chapitre en particulier a attiré mon attention.

Ce sous-chapitre s’intitule « Scandales sanitaires et scandales déontologiques », inscrit dans la 3ème partie de ce livre « Les scandales de l’industrie pharmaceutique : Quelles leçons pour l’avenir ? », écrit sous la plume (ou la supervision ?) de M. François Chast (l’un des 4 co-auteurs).

Cette sous-partie, manifestement écrite par M. Chast, il nous relate l’histoire du scandale d’un médicament contre l’hypertension (Diovan ou Tareg selon les pays) commercialisé par Novartis, exactement comme l’a fait M. Pierre Barthélémy, sur son blog Passeur de Sciences, 1 an et demi plus tôt.

Au cours d’une recherche sur le net, j’ai très rapidement pu faire le lien entre l’article de M. Barthélémy et celui de M. Chast, tellement les ressemblances sont troublantes, à peine masquées.

Le sous-chapitre en question débute par deux paragraphes originaux, suivi d’une longue prose qui sort tout droit du blog de M. Barthélémy.

Le plagiat est selon moi incontestable. J’ai analysé les deux textes avec des logiciels disponible sur la toile et j’ai également relevé toutes les phrases similaires, les changements de mots, de temps, etc.

A titre d’exemple, voici un paragraphe écrit par M. Barthélémy en juillet 2013 :

Ces conclusions sont accablantes, pas tant pour Hiroaki Matsubara, dont le degré de responsabilité n’est pas établi, que pour la recherche biomédicale tout court. C’est un cas d’école de la manière dont la science peut être manipulée sous l’influence d’un lobby industriel. L’enquête a en effet révélé que des données sur les participants avaient été falsifiées pour faire apparaître les fameux « bénéfices » concernant les angines de poitrine et les AVC. L’université a épluché les dossiers médicaux de 223 patients de l’étude de Kyoto et s’est aperçue que pour 34 d’entre eux, on avait pris en compte de fausses informations : pour les personnes du groupe recevant du valsartan, on avait minoré les problèmes cardiaques subséquents et, pour les patients du groupe témoin, on avait exagéré lesdits problèmes.

Et voici le même paragraphe, mais écrit par M. Chast, presque 2 ans plus tard :

Ses conclusions étaient accablantes, tant pour Hiroaki Matsubara en particulier, dont le degré de responsabilité n’a pas été exactement établi, que pour la recherche biomédicale en général. C’est là un cas d’école pour illustrer la manière dont la science peut être manipulée sous l’influence d’un lobby industriel. L’enquête a en effet révélé que des données sur les patients participants avaient été falsifiées pour faire apparaître les fameux «  bénéfices  » concernant la prévention des maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux. L’université a épluché les dossiers médicaux de 223   patients de l’étude de Kyoto et s’est aperçue que, pour 34   d’entre eux, on avait pris en compte de fausses informations : pour les personnes du groupe recevant du valsartan, on avait minoré les problèmes cardiaques subséquents alors que, en revanche, pour les patients du groupe témoin, on avait exagéré lesdits problèmes

Il est plutôt aisé de reconnaître la même construction de phrase, l’enchaînement similaire des idées, la ponctuation identique.

Au moins 70% du texte de M. Barthélémy aurait été plagié selon moi. Et d’autres paragraphes viennent appuyer, avec amusement, cette découverte.

Voici par exemple une phrase écrite par M. Barthélémy :

Et, quelques jours plus tard, le 1er février, le coup de tonnerre arrive : l’étude du European Heart Journal est à son tour retirée

Et voici la version Chast :

Et, quelques jours plus tard, le 1er   février, un coup de tonnerre secouait le monde de la cardiologie : l’étude de l’European Heart Journal était, à son tour, retirée

Même les expressions de l’auteur original ont été reprises au mot près, le temps des verbes est changé, la tournure des phrases et parfois la ponctuation…

Un dernier exemple pour illustrer comment le sous-chapitre de M. Chast a été rédigé.

Voici l’extrait de M. Barthélémy :

Ces liaisons dangereuses entre scientifiques et industriels ne sont pas pour renforcer la confiance du public dans les résultats de la recherche appliquée.

Après modification par M. Chast :

Ces liaisons dangereuses entre scientifiques et industriels ne sont pas de nature à renforcer la confiance du public dans les résultats de la recherche appliquée.

La phrase est strictement la même, si ce n’est le « pour » remplacer par « de nature à ».

Après de nombreuses vérifications, j’ai décidé d’alerter M. Barthélémy de cette trouvaille, lui demandant, si par hasard, il n’aurait pas donné son accord pour que son texte soit repris. A ce jour M. Barthélémy ne m’a toujours pas répondu.

J’ai décidé d’aller plus loin en souhaitant directement en parler avec les auteurs et la maison d’édition Odile Jacob. A ce jour, je n’ai pas réussi à obtenir les coordonnées de M. Grimaldi, ni par l’hôpital ni part la maison d’édition. Cette dernière est restée muette face à mon avertissement de plagiat de l’un des livres qu’elle édite.

Conclusion et avis des médecins polémistes

Ce premier article sert de premier avertissement. Je n’ai pas réalisé la critique détaillée des points de vue des auteurs et des références utilisées, mais la déclaration (quasi) complète des liens d’intérêts des auteurs remet les pendules à l’heure.

Je serais peut-être amené à rajouter les commentaires de MM. Even ou de Lorgeril, que j’ai sollicité à propos de cet ouvrage.

Dans un prochain article, je reviendrais en détail sur certains chapitres, les plus polémiques, et vous allez découvrir que nous avons droit à toutes sortes de surprises de la part de nos auteurs…

Des chapitres sans référence ou si mal étayés, des attaques virulentes contre le professeur Even…

Affaire à suivre.


Références

[1] Gagné, C., Gaudet, D., & Bruckert, E. (2002). Efficacy and safety of ezetimibe coadministered with atorvastatin or simvastatin in patients with homozygous familial hypercholesterolemia. Circulation105(21), 2469-2475.
[2] Bruckert, E., Baccara‐Dinet, M., & Eschwege, E. (2007). Low HDL‐cholesterol is common in European Type 2 diabetic patients receiving treatment for dyslipidaemia: data from a pan‐European survey. Diabetic medicine24(4), 388-391.

9 Commentaires

  1. lolo

    merci

  2. Grossbouff

    Cher Jéméry,

    permettez-moi d’être le premier à réagir, et aussi le premier de cet article à être modéré puisqu’apparemment vous modérez mes réactions pourtant non-agressives et non-insultantes.
    Comme je l’ai déjà signalé à plusieurs reprises, les liens entre l’industrie et les grands spécialistes du monde médical sont logiques. L’industrie pharmaceutique est responsable de la production des médicaments, pourquoi devrait-elle se passer des connaisssances des meilleurs spécialistes dans le domaine? Vous préféreriez que les médicaments mis sur la marché soient validés par des étudiants?
    Si vous faites votre pain blanc des conflits d’intérêts, vous allez avoir du pain sur la planche, car ce que vous « dénoncez » ne sont rien d’autre qu’une association essentielle pour le développement de médicaments sûrs et efficaces.
    Si vous ne voulez pas que les meilleur spécialistes aident l’industrie, qu’est-ce que vous proposez de mieux?

    D’autre part, tous ces grands professeurs, leur renommée est basée sur quoi? Bien sur leur succès, sur leur capacité à soigner leurs patients donc ils ont tout intérêt à ne pas fourguer n’importe quoi à leurs patients. Croyez-moi, le jour où ils auront un cancer, ils ne se soigneront pas eux-mêmes avec du jus de citron ou avec des pilules homéopathiques mais bien avec les mêmes médocs qu’ils refilent à leurs patients!

    1. Jérémy Anso (Auteur de l'article)

      Grossbouff,

      Tous vos commentaires sont soumis à modération. Et je dois dire que je ne peux que rarement les valider tellement vous répétez inlassablement la même chose, en tentant de justifier ou bien de relativiser les conflits d’intérêts.

      Non, les liens d’intérêts entre les spécialistes et l’industrie ne sont pas forcément logique.

      On peut être un très grand spécialiste sans pour autant avoir flirté avec l’industrie et accepter des pot-de-vin, car il faut appeler un chat un chat.

      Ces liens sont logique pour vous, mais ils sont toxiques. Ils sont néfastes dans le bon déroulement de l’évaluation d’une molécule, dans son AMM, dans sa prescription. Les scandales à répétition impliquant des médecins qui tissaient des liens avec l’industrie nous le montre clairement. C’est un fait avéré, et même prouvé scientifiquement.

      Par ailleurs, vous semblez nous faire croire que les médecins cités dans cet article sont « les meilleurs spécialistes » dans leur domaine. C’est un sujet extrêmement discutable. Leur prise de position, en lien avec leur conflit d’intérêt, les disqualifient pour la plupart. Malheureusement.

      Ces liens d’intérêts ne sont pas des associations essentielles. Vous répétez toujours le même message en essayant de le faire passer pour une vérité. Si on devait vous écouter, on devrait supprimer illico les comités de déontologie et de transparence pour lutter contre les conflits d’intérêts des médecins, des experts.

      Le succès de ces « grands professeurs » n’est pas basée sur leur capacité à soigner des patients. Plutôt sur le fait d’écrire des livres, et de suivre, aveuglément, les recommandations des laboratoires pharmaceutiques pour lesquels ils travaillent.

      L’analyse plus détaillé de l’ouvrage va malheureusement nous montrer que la plupart d’entre eux, et surtout ceux qui cumulent les conflits d’intérêts, ont réalisé un travail de mauvaise qualité. Des chapitres sans référence, du plagiat, des références parfois toutes sponsorisées par l’industrie pharmaceutique pour justifier des traitements. On nage dans le bonheur si l’on est une firme pharmaceutique à la lecture de ce livre.

      Je le répète. Vous êtes en train de faire une dangereuse et complètement fausse association entre les compétences d’un médecin, d’un expert avec ces liens d’intérêts. Heureusement que l’on peut être très bon, et se tenir éloigné des firmes.

      D’ailleurs, je n’ai pas eu la chance de lire l’une de vos perles sur l’ostéoporose ? Reginster & co. de grands spécialistes ? Indépendant.

      Vous vous rendez compte maintenant pourquoi tous vos commentaires sont modérés. Vous tournez en rond Grossbouff.

  3. Grossbouff

    Jérémy, merci de révéler vos pratiques douteuses de modération. Au niveau des répétitions je crois que vous me valez bien et c’est probablement pour cela que l’on tourne en rond.
    Notez bien que je ne nie pas les associations et je ne nie pas non plus le fait que cela puisse conduire à des abus, je me demande juste ce que l’on pourrait faire d’autre.
    Car vous persistez à ne pas vouloir répondre à cette question que je pose pour la nième fois:
    si l’industrie, responsable de la production de médicaments, ne peut pas fleurter avec les grands spécialistes, comment peut-elle développer des médicaments sûrs et efficaces? En puisant les infos sur wikipedia?
    C’est bien de critiquer, mais critiquer sans apporter de solutions alternatives est destructif, pas constructif.

    1. Jérémy Anso (Auteur de l'article)

      L’acte de modérer n’a rien de douteux. Vous faites partie des très rares personnes qui peuvent créer très rapidement des tensions quand vous vous exprimez par commentaire. Vous pouvez rapidement cristalliser les positions, en bref, presque un troll. Donc c’est normal que je modère vos commentaires (heureusement que 99% des commentaires ne le sont pas)

      On tourne effectivement en rond, car je ne remets en cause les liens entres les spécialistes et l’industrie pharmaceutique, moi je les dénonce et je montre que ces liens sont dangereux dans la production de savoir. Si vous aviez lu l’article précédent sur l’ostéoporose, vous auriez pu découvrir que les études financées par les firmes, avec des médecins largement sponsorisés par elles, biaisent les résultats des études, omettent de parler des effets négatifs, valorisent à l’extrême les effets positifs, car ils recherchent l’AMM, avec un excellent taux de remboursement, peu importe les conséquences.

      Ces spécialistes peuvent flirter avec les firmes, tant mieux pour eux, mais ce sont les moins bien placés pour donner des conseils ou établir des recommandations, ou écrire des livres. Eric Bruckert dans cet ouvrage en est l’exemple classique, avec une position sur les statines en complet décalage avec la réalité scientifique… mais indépendante.

      La critique dans ce cas précise est constructive puisqu’elle permet de dénoncer, de mettre à jour des liens d’intérêts entre des professionnels de la santé et des firmes pharmaceutiques. Ces liens sont d’autant plus important à connaître que ces messieurs et mesdames pensent détenir « la vérité »…

      Tant que des spécialistes, des médecins ou des experts tenteront de prendre la parole, de s’exprimer ou d’établir des recommandations, et bien quelqu’un devra dénoncer les conflits d’intérêts existant, pour que ce soit clair pour tout le monde.

    2. Thomas

      Cher Monsieur Grossbouff,

      Vos questions m’apparaissent légitimes et il est normal que vous les posiez à Mr Anso. Elles sont dans la continuité immédiate des dénonciations de conflits d’intérêts.

      Oui, les liens entre spécialistes et industriels sont logiques car explicables. Mais il me semble bien que vous employez ce terme au sens de « normaux ». Je vous prie de bien vouloir me reprendre sur ce point si j’ai tort.

      Voici comment: explicitez votre raisonnement du triangle des relations.

      Le quoi? Ben, le triangle, là. Il y a les meilleurs spécialistes d’un domaine. Il y a les industriels. Et puis le troisième larron qui n’est pas une personne en fait. Vous l’avez très bien écrit vous-même.

      Ce sont les connaissances des spécialistes.

      C’est là où c’est difficile de vous suivre. Tantôt vous parlez de la relation spécialistes-industriels, qui est une relation personne-personne, avec toutes les dimensions subjectives que cela implique. Tantôt vous parlez de la relation connaissances-industriels, qui peut être une relation intellectuelle objective sans aucune autre dimension.

      Je suis d’accord et il me semble aller de soi que la relation connaissances-industriels est normale. De celle-ci, la relation spécialistes-industriels s’explique et se justifie. Elle est logique dans ce sens là. Car on peut acquérir de la connaissance via de nombreux supports somme toute inertes. Mais, on le sait tous, c’est encore mieux de s’adresser directement à un expert.

      Cela étant, je ne vois pas comment le fait que la relation connaissances-industriels soit normale ferait encore plus pour la relation spécialistes-industriels. C’est-à-dire la rendrait normale.

      En passant outre cette question et en admettant que la relation spécialistes-industriels soit 100% normale, je ne vois alors même pas où est le problème de déclarer des conflits d’intérêts.

      Si la relation spécialistes-industriels est normale, on peut faire ce qu’on veut. Déclarer tous les conflits en long, en large, en travers. En déclarer un peu ici et là. Ou les oublier. Quelle importance? *Si* la relation est normale, ce qui me semble être votre position?

  4. CMT

    Bonjour,
    L’association Regards citoyens a fait un travail formidable à partir de la base de données du gouvernement qu’on peut retrouver ici http://www.regardscitoyens.org/sunshine-ces-245-millions-deuros-que-les-laboratoires-pharmaceutiques-veulent-cacher/. On y apprend que 245 millions d’euros ont été versés sous diverses formes (cadeaux, conventions) à des personnels de santé, pour 80% des médecins entre janvier 2012 et juin 2014.

    Cela n’est qu’une partie des sommes versées pour « entretenir l’amitié » car celle-ci ne prend pas forcément la forme de cadeaux individuels ou de conventions. Le professeur Grimaldi a, p exp, volontairement déclaré les 90 000 euros obtenus pour l’informatisation de son service, qui ne sont pas considérés comme un cadeau personnel.

    Les sommes versées prennent des formes multiples, comme par exemple les essais cliniques, qui ne sont pas répertoriés dans la base de données mais qui donnent lieu à des millions d’euros de versements, non à titre indivduel, généralement, mais au bénéfice de fonds et associations gérés par les médecins.

    La mise en place de ce dispositif n’ a pas été sans mal http://www.formindep.org/Decret-sur-la-transparence-en.html et il faut se rappeler qu’il est constitué sur une base déclarative et donc a des grandes chances d’être fortement sous-estimé.

  5. J-B

    Le conflit d’intérêt est « la norme ». De là à le qualifier de « logique », il y a une marge. C’est la manière de fonctionner depuis des années et qui n’est jamais remise en cause mais elle est inacceptable et d’autres systèmes sont possibles mais ils passent forcément par des dépenses publiques.

  6. ginie

    Je suis tombée sur ce bouquin dans les rayons d’un supermarché. Interpellée par le titre (je suis infirmière et administre donc tout un tas de médicaments « pluri-quotidiennement » à des gens pour qui le médecin est Dieu, possède la connaissance suprême de la médecine, sait ce qui est bon etc….
    Je l’ai feuilleté et rapidement le sentiment d’être face au travail de ce qu’on appelle les « leaders d’opinion » m’est apparu (Bergman en est un illustre représentant) : aucune nuance dans le propos, sauf à dénoncer des scandales dont tout le monde a déjà eu vent (ce qui ne fait pas dans la nuance non plus d’ailleurs!), un mépris à peine caché pour ceux qui se posent (ou posent) des questions… En tous cas, bravo pour votre travail de « littérature comparée »… S’il s’agissait d’un écrit universitaire visant à l’obtention d’un diplôme, le candidat eût été recalé ( et même des sanctions eussent pu être engagées… Ce « petit détail » du plagiat (rappelons que c’est l’utilisation de tout ou partie d’un texte sans en citer l’auteur et la source ») est un indice qui nous permet de juger le degré d’éthique des personnes ayant co-écrit ce livre, (on peut se demander ce qu’il en est de l’éditeur, d’ailleurs).
    J’aime beaucoup comment, par le détail, se révèlent les véritables caractères en jeu… Je continuerai de vous lire, vous m’intéressez !!!

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