L’utilisation du budésonide, un glucocorticoïde utilisé contre l’asthme, pourrait être très efficace pour réduire les admissions aux urgences de Covid-19. Les résultats d’une sérieuse étude nous invitent à considérer cette option thérapeutique, et la confirmer par d’autres études.

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De l’asthme au Covid-19

L’histoire ne commence pas cette fois-ci par une étude in vitro dans des tubes à essai comme avec l’illustre hydroxychloroquine, la chloroquine, l’ivermectine, ou encore l’association lopinavir/ritonavir…

Non, cette fois-ci, des chercheurs sont partis d’un constat concret des études de cas des malades atteints de Covid-19 dans les hôpitaux du monde entier.

Des études importantes puisqu’elles décrivent avec le plus de détail possible les caractéristiques de malades, l’âge, les comorbidités, les symptômes…

Ces travaux nous ont permis d’isoler des facteurs de risques (âge bien sûr, surpoids, maladies chroniques) et des symptômes précis (troubles digestifs, perte du goûte et de l’odorat…).

Mais pas uniquement cela. Des chercheurs ont commencé à réaliser que, paradoxalement, ils retrouvaient peu de patients Covid-19 atteints de maladies chroniques respiratoires.

Des maladies respiratoires, comme l’asthme, que l’on traite notamment avec des glucocorticoïdes en inhalation, avec les dispositifs pressurisés que tout le monde connait bien.

On a tous un souvenir peu agréable avec ces inhalateurs…

La vérité sur la vitamine D et les infections respiratoires

La supplémentation en vitamine D pour booster le système immunitaire et lutter contre les infections respiratoires est au centre d’une intense controverse scientifique depuis de nombreuses années. De nombreuses personnes seraient en carence de la vitamine du « soleil » et gagneraient à se supplémenter. Pourtant, les résultats des plus récentes études sur ce sujet viennent ternir l’image miraculeuse de cette vitamine. Enquête sur les bénéfices de la vitamine D.

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Budésonide : game changer de la pandémie ?

Le budésonide fait partie de ces traitements au long cours utilisés par les asthmatiques comme anti-inflammatoire. Il appartient à la famille des fameux anti-asthmatique.

Et l’histoire médicale de cette pandémie joue en faveur de ce médicament puisque les glucocorticoïdes s’avèrent être efficaces dans les formes sévères et hospitalisées de la maladie.

Mais là, on ne parle pas vraiment de la même chose. On parle d’un traitement en inhalation pour des formes légères et précoces de la maladie.

Un traitement qui pourrait être très efficace si on croit les derniers résultats d’une étude publiée dans le Lancet Respiratory Medicine (1). Un journal de référence du même groupe que celui du Lancet, connu pour la publication négative rapidement rétractée sur l’hydroxychloroquine.

L’étude sur le budésonide est intéressante.

Elle a des forces:

  • L’essai est contrôlé avec un groupe traité et un autre témoin
  • L’essai est randomisé avec une répartition aléatoire des participants
  • L’étude est relue par les pairs et publiée dans un très bon journal (contrairement aux études en prépublications)

Elle a aussi des faiblesses :

  • L’essai n’est pas en « aveugle » (on parle d’open label). Les participants et les investigateurs savent qui prend quoi, introduisant des biais en faveur de l’efficacité du traitement.
  • L’essai est de petite taille. Avec seulement 69 et 70 participants dans nos deux groupes, c’est peu.
  • Si l’essai a bien un groupe contrôle, ce dernier n’a pas été soumis à un placebo.
  • Le critère d’évaluation principale soulève d’importantes questions puisqu’il est ambigu. Il incluait les visites aux urgences et les éventuelles hospitalisations sans faire la distinction entre les deux.
  • Les critères d’évaluation secondaire sont principalement autoévalués par les participants (durée de la maladie et d’autres mesures annexes)

Cependant, les résultats sur le critère principal sont très fort, avec une réduction de plus de 80 % des visites aux urgences sous budésonide.

Le premier critère secondaire, la durée de la rémission, a lui aussi été favorable pour le budésonide, mais de seulement 1 jour. La durée de rémission était de 8 jours dans le groupe sous soin standard contre 7 jours pour celui sous l’inhalation de glucocorticoïdes.

Un bénéfice statistiquement significatif, mais cliniquement contestable, à la lumière des limites méthodologiques qui favorisent l’efficacité du traitement (absence d’aveugle, pas de placebo…)

Ivermectine : l’assassinat en règle de l’OMS

C’est officiel, l’Organisation Mondiale de la Santé vient de mettre fin aux espoirs d’autorisation globale et massive de l’ivermectine pour traiter la Covid-19. L’agence appelle à mener de plus larges et rigoureux essais cliniques.

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Prometteur… mais à confirmer

Cette étude et ces résultats ont plutôt bien été accueillis par la communauté scientifique, avec des résultats qui doivent être confirmés par une étude clinique de plus grande ampleur et s’armant de plus de rigueur méthodologique.

Il faudrait un contrôle de l’efficacité du traitement avec un placebo, dans une étude si possible en double aveugle, avec des critères d’évaluation plus objectifs et mieux définis.

Les auteurs en appellent également à réaliser une « urgente validation » de ces résultats pour favoriser le plus rapidement possible la dissémination de ce traitement bon marché, accessible dans le monde entier avec un profil de sécurité bien connu.

Affaire à suivre.

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2 commentaires
  1. Bonjour,

    Quelques remarques concernant cet article :
    1. La BPCO et l’insuffisance respiratoire sont des maladies à haut risque de décès (RR entre 1,5 et 3) selon la HAS en mars 2021. Votre article laisse penser qu’on ne les voit pas en hospitalisation. Du coup, je ne comprend pas.
    2. Les corticoïdes en inhalation ne se prennent pas dans un bol d’eau chaude mais avec un dispositif pressurisé.
    3. Le budésonide n’est pas un anti-histaminique antiH1 mais un corticoïde.

    4. Les sociétés continuent à payer une recherche toujours aussi déficiente. A quoi cela sert-il aujourd’hui de publier dans des revues aussi prestigieuses (enfin…avant) des essais aussi faibles sur le plan méthodologique ?

    1. Bonjour Philippe,

      Merci de ce commentaire et cette vigilance sur les coquilles de cet article, que j’ai modifié (le point 2 et 3 ou ma vigilance a été dépassé)

      Pour le point 1), oui, les maladies respiratoires sur des facteurs de risques pour la mortalité du Covid-19 mais dans le contexte de cet article, c’était simplement le constat (forcément biaisé) d’une équipe de recherche sur quelques entrées en hôpital. Cela ne change pas les résultats des grandes études de cohortes qui montrent les facteurs aggravants, comme celui-ci.

      Pour le point 4) c’est un grand débat et sujet… On va dire que les équipes de recherche estiment apporter une pierre importante à l’édifice de la science et de la médecine et toutes ne peuvent pas respecter les canons les plus élevés de la recherche médicale. C’est donc difficile, mais je rejoins votre constat sur la médiocrité globale de la qualité des publications scientifiques. Surtout ces derniers temps avec l’accélération du processus de relecture par les pairs.

      Merci encore de votre intervention.

      À vous lire,

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