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Le Formindep a réalisé une nouvelle enquête sur l’indépendance et la politique de gestion des conflits d’intérêts au sein des facultés de médecine en France. Sur une note totale de 36 points, la moyenne nationale est à 7 points, soit 4/20. Des résultats toujours décevants qui ne garantissent pas une gestion adéquate des liens d’intérêts des futurs professionnels de santé en France.

Capture d’écran de la page d’analyse du Formindep et du classement des facultés de médecine sur 36 points. La moyenne est de 7/36, soit 4/20.

Nouvelle méthode, mêmes résultats ?

La publication du Formindep, cette association qui milite pour une formation médicale continue indépendante de l’industrie pharmaceutique, avait fait grand bruit en 2017 (lire l’enquête ici).

Pratiquement aucune des 37 facultés de médecine en France n’avait de politique de gestion des conflits d’intérêts, et une transparence digne de ce nom.

Seulement deux (Paris 5 et Lyon Sud) avaient un semblant de gestion, mais rien de sérieux.

(c) The Conversation. Paul Scheffer, l’un des administrateurs du Formindep et auteur de l’enquête et publication parue dans Plos One.

Ces résultats avaient mis à mal l’ensemble de la profession, les doyens des Facultés et tous les observateurs impuissants de cette situation. Une situation grave dont les échos scientifiques résonnent pratiquement tous les jours.

Récemment, une étude vient de montrer une association entre le marketing des laboratoires pharmaceutiques avec les décès par overdose aux opioïdes (lire l’enquête). Une situation gravissime aux États-Unis, et largement préoccupante en France.

Le classement réalisé en 2016 par le Formindep était également à mettre en parallèle avec les sommes reçues par les professionnels de santé en France avec l’industrie pharmaceutique.

Des avantages qui représentaient la somme de 244 millions d’euros entre 2012 et 2014, et probablement autant pour les contrats dont on ignore encore aujourd’hui la hauteur des rémunérations.

Mais le Formindep a réitéré l’opération entre septembre et décembre 2018, période durant laquelle les doyens des Facultés devaient répondre à des questions sur cette politique de gestion des conflits d’intérêts.

Le questionnaire, l’évaluation et le score final ont été changés entre les deux classements pour s’adapter à la réaction positive des doyens qui ont créé une charte éthique. Le Formindep voulait donc s’assurer que cette charte – entre autres choses – avait bien été adoptée.

La gestion des COIs en “trompe-l’oeil”

Sur les 37 facultés, 13 n’ont pas adopté la charte. D’une manière générale, les résultats de ce classement 2018 peuvent être considérés comme désastreux, quand bien même on remarque de nettes améliorations.

Sur 36 points au total, la moyenne des facultés de médecine en France est de 7, soit 4 / 20. C’est encore très faible, et cela n’est en rien rassurant concernant l’évolution des pratiques et la sensibilisation des futurs prescripteurs aux liens d’intérêts.

(c) Dur à Avaler, 2019.

La faculté de Tour sort du lot dans le classement 2018 du Formindep avec un score de 20/36, à peine plus que la moyenne.

5 facultés (Amiens, Angers, Limoges, Lilles Catho, Besançon) n’ont pas été évaluées, car elles n’ont tout simplement pas répondu aux questions. Pour moi, cela équivaut à un zéro pointé.

Les dix dernières facultés de médecine écopent d’une moyenne de 2,5/36, soit à peine 1,5/20.

Mais l’adoption de la charte n’est qu’un paravent qui cache la triste réalité.

Les dessous du classement

Si le classement réalisé par le Formindep semble meilleur comparé à a première édition, il révèle en réalité des points obscurs dans la gestion et la politique des liens d’intérêts. En plus de la transparence des facultés.

Par exemple, si 23 facultés ont bien adopté une charte éthique sans modification qui viserait à la dénaturer, seulement 7 facultés l’ont fait signé et diffusé auprès de tous les membres de la faculté.

Pire, 4 facultés sur 37 ont créé une commission de déontologie (11%), et seulement 2 ont mis en ligne le rapport de ladite commission dans son intégralité.

Concernant les déclarations publiques d’intérêt des instances de gouvernances et des commissions, là aussi, les facultés ne montrent absolument pas l’exemple. Une seule faculté s’est pliée à l’exercice (Nice).

Les enseignants aussi peuvent avoir des liens d’intérêts. Sur ce point également les résultats de l’enquête du Formindep interpellent. Deux facultés enregistrent des DPI de la d’enseignants (Lyon Est et Nice).

Aucune faculté n’a adopté de politique de non-respect de la charte avec une liste des conduites répréhensibles et d’éventuelles sanctions ou rappel à l’ordre.

Finalement, 9 facultés ont été pénalisées selon les critères retenus par le Formindep. Voici les critères d’appréciation sur ce point :

“Jusqu’à 2 points de pénalité, en fonction de la gravité, peuvent être enlevés en cas de constat d’une situation contraire à l’amélioration de la formation et de la gouvernance en matière de gestion des conflits d’intérêts et de l’intégrité scientifique, comme la présence d’un industriel du médicament et des produits de santé au sein du Conseil de faculté par exemple.”

Le Formindep donne des exemples édifiants.

Une pénalité de 2 points pour la faculté de Marseille qui atteste de nombreux colloques organisés par les laboratoires pharmaceutiques directement dans le Hall de la faculté.

Lyon Sud est épinglé quant à elle à cause de la présence d’industriel dans son conseil de gestion.

La faculté Toulouse Purpan dispose d’un représentant des laboratoires Pierre Fabre dans son conseil de faculté, à titre consultatif. Le LEEM, le syndicat des laboratoires pharmaceutiques en France, serait le partenaire de l’UFR Santé de la faculté de Bordeaux.

Et bien d’autres exemples…

Une situation toujours préoccupante

Malgré les efforts d’une partie des facultés pour au moins faire adopter une charte éthique, les autres critères du Formindep confirment que les facultés ne prennent pas la gestion des liens d’intérêts et la transparence au sérieux.

Plus grave, la différence entre la simple adoption de la charte (majoritairement adoptée par les facultés) et les autres critères semblent indiquer que cette charte agit comme un paravent, une amélioration en “trompe-l’oeil”.

C’est justement ce qu’ont révélé les organisations étudiantes fortement impliquées dans la gestion et l’application de la charte. Ces dernières nous précisent que “le vote de la charte était réalisé dans un but de gain d’image, et non de changement de pratiques et de mentalité par rapport à un sujet qui concerne pourtant le cœur des missions de la faculté. De même, la commission de déontologie a parfois été créée, mais sans siéger une seule fois.”

Des faits qui montrent bien que les mentalités n’ont majoritairement pas changé.

Trois facultés, celle de La Réunion, de Montpellier et de Poitiers, n’ont qu’un seul point sur 36.

Si la première publication du Formindep et la première évaluation des facultés ont bien permis de créer une sorte d’électro-choc auprès des doyens, les conséquences sont encore infimes et trop marginales.

Alors espérons que ce nouveau classement enfonce encore un peu plus le clou pour que nos facultés prennent à bras le corps la gestion des liens d’intérêts. C’est une question d’intérêt général.

Les nombreuses publications scientifiques sur ce sujet ne font que confirmer que le rôle délétère des liens d’intérêts et de l’emprise toujours plus importante des laboratoires pharmaceutiques sur la qualité de l’expertise sanitaire et sur l’exercice de la profession de médecin prescripteur.

Voici une infographie qui résume quelques données récupérées par le Formindep.

PS : le Formindep réalise un travail spectaculaire. Nous attendons avec impatience les prochaines évaluations.

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2 commentaires
  1. Merci pour cet article intéressant. Il faudrait que ce sujet soit visible sur de grands médias (au hasard, au 20h à la tv + radios nationales) pour que les gens se rendent compte à quel biberon ont été nourris leurs propres médecins généraliste et spécialistes… On s’étonnerait peut-être un peu moins de la façon dont ils et elles pensent nous guérir.

    1. Tout à fait d’accord. Il n’a pas été assez médiatisé ni pris assez au sérieux. Pourtant, on connait aujourd’hui les graves conséquences de ces liens d’intérêts sur la santé…

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