Mis à jour le 01 janvier 2020

La FEDIAF représente les intérêts de tous les industriels de la croquette en Europe. Son objectif ? Faire entendre la voix des géants de l’industrie Pet food au niveau européen pour limiter les législations trop contraignantes. Mais l’industrie Pet food peut compter sur la FEDIAF qui édite déjà des codes de conduite et des chartes nutritionnelles… que les industriels doivent suivre.

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Que mangent nos animaux, sur France 5

Un dossier spécial sur l’alimentation de nos animaux de compagnie a été traité durant l’émission La quotidienne sur France 5, le 30 janvier.

quotidienne-animaux-croquette-patee-nourritureMise à part les présentateurs et les chroniqueurs, 3 invités étaient présents sur le plateau pour répondre aux différentes questions des internautes et de la rédaction, reportages à l’appui.

J’aurais pu être l’un d’entre eux, ayant été gentiment invité par l’équipe de l’émission, mais c’était sans compter les 18.000 kms entre moi et le studio d’enregistrement.

Je profite d’ailleurs pour remercier l’équipe d’avoir pensé à moi pour cette émission. J’aurais participé avec plaisir, et je réfléchis fortement à me trouver un représentant dans la capitale parisienne. Quoi qu’il en soit, j’ai tout de même envoyé gratuitement mon ouvrage aux journalistes afin qu’ils puissent bénéficier des dernières données sur ce sujet, et bien cerner tous les enjeux de ce sujet, ô combien délicat.

De retour sur notre émission, nos 3 invités étaient donc :

  • Eric Charles, le président de la FACCO, qui n’est rien d’autre que la chambre syndicale des fabricants d’aliments pour animaux de compagnie. M. Charles est également vétérinaire de formation spécialisé en nutrition, et possède également une usine (ATM) qui produit des croquettes pour certaines marques.
  • Laetitia, qui tient un blog, Baïka’s Blog, qui propose des recettes maison pour nourrir les chiens. Laetitia est également éducatrice canine à Genève.
  • Laetitia Barlerin, la vétérinaire sollicitée pour l’émission.

Egalement au sommaire de ce dossier spécial sur la nourriture pour animaux de compagnie, deux reportages ont été proposés aux invités et aux téléspectateurs.

Le premier proposait de pénétrer dans une usine de fabrication de nos croquettes en Basse-Normandie. Le second reportage portait sur l’alimentation biologique adressée à nos bêtes à poils.

Pour être complet, à deux reprises une vétérinaire spécialisée en nutrition clinique vétérinaire est interviewée pour répondre à des questions, notamment sur la qualité des croquettes en général et sur les avantages du bio.

Cette vétérinaire s’appelle Géraldine Blanchard, que nous connaissons bien sur le blog, car elle est mentionnée dans mon enquête Ce poison nommé croquette, mais nous y reviendrons. Mme Blanchard possède le site Cuisine à Crocs, dans lequel elle propose à la vente des compléments en vitamines et minéraux pour chiens et chats.

Maintenant que le décor est planté, on va pouvoir rentrer dans le vif du sujet : les questions mais surtout les réponses de nos invités.

Le dossier spécial décortiqué jusqu’à l’os

On va revenir sur les reportages, les réponses des invités et des personnes interviewées en détail dans cette partie.

Mais avant tout, je suis obligé de faire une remarque sur le choix des invités.

1. Déséquilibre flagrant chez les invités

Malheureusement, le choix des invités n’a pas permis selon moi d’instaurer un débat équilibré pour discuter objectivement des avantages et des inconvénients de la nourriture industrielle.

Force est de constater que de choisir M. Charles, le président du groupe en charge de valoriser les sous-produits animaux (une matière première majeure pour la fabrication des croquettes ou pâtées), et qui possède en plus une provenderie pour fabriquer des croquettes en France, n’était pas spécialement judicieux.

M. Charles est clairement en situation de conflits d’intérêts.

Deux fois même.

Il est malheureusement évident que le président de la FACCO, mais également le PDG d’une usine de croquettes, vantera la qualité des croquettes, du processus de sélection des matières premières, et de la rigueur des contrôles sanitaires.

Même si M. Charles apparait comme le mieux placé pour en parler au cours de l’émission, au vu de sa position et de son expérience, les liens d’intérêts financiers et moraux qui le lient à l’alimentation industrielle doivent nous inviter à la prudence lorsqu’il s’exprime.

Vous verrez dans la suite de ce billet, qu’effectivement, on peut reprocher à M. Charles d’avoir omis des détails intéressants, que les téléspectateurs auraient surement apprécié.

En ce qui concerne le choix de Laetitia Barlerin pour représenter l’avis officiel d’un professionnel de la santé animale, je dois dire que je suis plutôt neutre ou partagé.

D’après les articles sur la toile, Mme Barlerin serait très souvent sollicitée par les magazines ou la presse, pour donner des avis sur la santé animale. D’après l’émission, et les réponses que j’ai pu entendre de M.Barlerin, je dirais qu’elle est a une vision plutôt classique de la nutrition animale.

Nous verrons aussi dans la suite de cette série d’articles que certaines réponses de Mme Barlerin ne sont pas franchement convaincantes, même si elle affiche un relatif équilibre dans ses positions.

Mme Blanchard, qui a été choisie en tant qu’experte en nutrition clinique dans une interview, est fréquemment sollicitée pour participer à ce genre de sujet.

afvac-pet-food-hills-croquettesIl faut tout de même savoir que Mme Blanchard est à l’heure actuelle la Présidente d’un groupe de travail « Nutrition, Alimentation et Diététique » des animaux au sein de l’AFVAC, l’association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.

Malheureusement, cette association est financée en grande partie par les géants de l’agroalimentaire et la pharmaceutique pour animaux de compagnie. Sans parler de corruption, qu’il faudrait prouver, on peut légitimement se poser des questions.

Bref.

Finalement, et c’est bien dommage, mais le « contre-pouvoir » ou l’opposition au « tout croquette » était symbolisé par la seule présence de Laetitia, éducatrice canine à Genève, qui venait nous parler de ses recettes faites maison, mais également de la citation du livre Toxic croquette, à charge contre l’alimentation industrielle, écrit par Jutta Ziegler.

Bien entendu, j’imagine que l’objectif de l’émission n’était pas de créer un débat conflictuel et sans fin sur la nourriture industrielle, mais je pense que l’émission aurait pris une toute autre tournure avec des sensibilités moins partisanes à la nourriture industrielle (comme moi par exemple).

2. Premier reportage, première question/réponse

Bien entendu, le reportage réalisé dans l’usine de fabrication de croquettes est valorisant, mais également rassurant.

La personne suivie pendant le reportage nous parle de « protéines de qualités exceptionnelles », pas moins.

On apprend également que les produits premier prix contiendraient plus de céréales, moins de sous-produits animaux, et qui plus est de qualité inférieure. Toujours d’après le salarié de l’usine, certaines recettes seraient « parfaitement équilibrées » sans « aucun risque pour la santé des animaux ».

Pour terminer ce reportage, l’équipe de La Quotidienne est allé recueillir le témoignage de Mme Blanchard, spécialiste en nutrition clinique vétérinaire.

Ce très court passage en dit long sur les processus de fabrication et de régulation de l’alimentation industrielle.

Ainsi, Mme Blanchard affirme que les croquettes sont des « produits validés par les industriels qui les vendent », avant de rajouter que ces produits « ont été testés, leur toxicité éventuelle a été mesurée ». L’industrie Pet Food, comme on dit, ferait l’objet « d’un énorme dossier au niveau européen », et serait « extrêmement contrôlée ».

Si vous n’avez pas correctement saisi l’importance de cette réponse. Relisez bien :

Les producteurs de croquettes ou de pâtés valident eux-même leurs produits. Ils les testeraient également pour évaluer leur toxicité…

Mais quel test ? Des études cliniques publiées dans des revues à comité de lecture ? Un seuil de toxicité choisi par qui ? Par les fabricants ?

Vous allez découvrir le fameux concept de « l’auto-régulation » du monde de l’alimentation industrielle animale. Un terme que l’on pourrait remplacer par se réguler ou se surveiller soi-même.

M. Charles nous en parle d’ailleurs très brièvement au cours de cette émission. Le président de la FACCO nous indique que celle-ci est guidée dans son fonctionnement par un code nutritionnel émis par la FEDIAF.

Ce code serait « européen, reconnu, et très intéressant » selon le PDG de l’usine ATM de croquettes.

3. La FEDIAF ? Parlons-en !

Mais qu’est-ce que la FEDIAF ? Malheureusement, j’aurais été agréablement surpris que ce terme fasse réagir nos chroniqueurs et présentateurs, car j’en parle en long, en large et en travers dans mon ouvrage que j’ai envoyé à la rédaction. Dommage… car…

  • La FEDIAF n’est rien d’autre que la plus grande corporation des industriels européens de l’alimentation pour animaux de compagnie.
  • La FEDIAF représente l’industrie Pet Food dans 26 pays européens, « réalisant la promotion des opinions et des intérêts de plus de 650 compagnies différentes ».

Il est intéressant de noter, sur le site de la FEDIAF, la présence d’un onglet « Self-regulation » ou « Auto-régulation », comme je vous en parlais un peu plus haut.

Le secteur de l’agroalimentaire pour nos animaux de compagnie serait-il régulé par lui-même ?

Dans cet onglet, nous apprenons que la FEDIAF a créé ses propres recommandations alimentaires, qui permettraient « d’apporter tous les nutriments nécessaire pour les chiens et les chats ». C’est un premier point majeur.

Ensuite, et toujours selon la FEDIAF, nous apprenons que cette industrie se sert « d’études publiées par les autorités internationalement reconnues » dans le domaine.

Ces deux autorités seraient :

  1. AAFCO, pour American Association of Food Control Officers
  2. NRC, pour National Research Council

La FEDIAF nous explique même qu’elle contribue à faire publier des études scientifiques par l’AAFCO et le NRC, dans le but de s’en servir. C’est écrit noir sur blanc (mais en anglais, certes).

Le problème dans cette histoire, c’est que si le NRC est une institution publique, que l’on pourrait dégager de tout soupçon (et encore, c’est sans compter les liens d’intérêts des experts), l’AAFCO n’a absolument rien, mais rien de rien, d’un organisme officiel de contrôle de l’industrie Pet Food.

L’AAFCO est une association professionnelle qui regroupent les principaux fabricants de produits extrudés (les croquettes) et humides (les pâtées) de la planète.

D’ailleurs, l’AAFCO le dit très clairement sur son site internet :

L’association (AAFCO) n’a aucune autorité légale pour réglementer les denrées alimentaires pour animaux de compagnie.

Comme les membres de cette association souhaitent être extrêmement clair, ils rajoutent ceci :

l’AAFCO ne réglemente pas, ne contrôle pas, n’approuve pas ou ne certifie pas les denrées alimentaires pour animaux de compagnie en aucune façon.

Voici ce que je dénonce depuis des lustres à travers mes enquêtes et mes articles.

En clair, nous avons donc une association américaine qui fait légion dans le domaine de la régulation de l’agroalimentaire pour animaux de compagnie.

Cette association n’a aucune légitimité légale, elle regroupe les industriels eux même, avec des membres qui sont fortement liés à l’industrie Pet Food comme je le dénonce dans mon livre, et la FEDIAF la suit, bien entendu.

4. Tests et mesure de toxicité ?

Rappelez-vous, Mme Blanchard le disait dans son interview, les croquettes sont testées et leur toxicité mesurée.

Si la FEDIAF suit effectivement les standards de l’AAFCO, comme elle le laisse entendre sur son site, alors les tests de toxicité sont des plus rudimentaires…

En simplifiant, les fabricants peuvent vendre un produit complet et équilibré simplement s’ils fournissent une analyse chimique qui prouve que le produit suit les besoins de l’animal. Des besoins édités par l’AAFCO et la FEDIAF, n’oubliez pas.

Si par contre certains fabricants souhaitent faire des tests sur des animaux, ils devront utiliser au moins 8 chiens, oui seulement 8, et les suivre pendant 6 mois afin de surveiller… leur poids !

L’expérience est validée si aucun des animaux ne perd plus de 15% de son poids initial, sans limite supérieure.

Le pire réside dans le fait que les fabricants ont le droit de retirer ¼ des animaux (soit 2 chiens sur 8) de l’expérience menée, sans aucune justification.

Ces faits, qui auraient dû selon moi être mentionnés au cours de l’émission, tempèrent, quelque peu, l’apparente transparence et le sérieux de cette auto-régulation.

Pour ceux et celles qui se demandent d’où viennent toutes ces sources, il suffit de visiter les sites officiels des associations, et de me faire confiance, car je me sers d’un texte magistral publié par une étudiante de l’Université de Harvard, qui n’est malheureusement plus en ligne aujourd’hui.

La ligne rouge

Bien entendu, cet article ne remet pas en cause, jusqu’à preuve du contraire, du bien fondé des contrôles sanitaires indépendants et non indépendants sur la qualité des matières premières.

Nous sommes convaincu que les industriels respectent toutes les lois en vigueur en matière d’hygiène et sécurité, afin de garantir la santé de nos animaux de compagnie, et des employés de ce secteur.

Cet article pointe du doigts les “petits” manques de l’émission, les détails, certes un peu long à expliquer, mais qui sont fondamentales pour mieux cerner cette histoire de croquette.

C’est fini… pour aujourd’hui

Je vais m’arrêter là pour le premier billet de cette série, car il y a encore plusieurs points à décortiquer.

Nous allons notamment revenir sur les affirmations de Laetitia, vétérinaire invitée sur le plateau :

  • Le chien est un omnivore. Ah bon, vraiment ?
  • Si vous donnez de la viande à un chiot, il sera rachitique.

Et je reviendrais évidemment sur les liens d’intérêts qui existent entre les vétérinaires et l’industrie Pet Food.

Vous avez-vu l’émission ? Vous pensez quoi de tout ça ?

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31 commentaires
  1. Bonjour, j’ai encore du mal avec certaine subtilité mais j’en comprend déjà le sens général… C’est d’ailleurs pour ça que j’ai encore du mal a convaincre autour de moi: enfin je veux parler de ma famille… Je n’est pratiquement pas de difficulté a cerner le vrai du faux… Mais ayant encore du vieux lait à libérer je ne peux être vraiment concluant avec ceux/celles qui m’ont vu pousser… Le silence est souvent plus d’or :)…

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