Quand les sucriers français entrent en campagne pour dédiaboliser le sucre, cela passe des associations choquantes. Le sucre serait un végétal, une plante qui pousse comme les courgettes.

Capture d’écran d’une image de la campagne de communication de Daddy.

Le sucre est une plante !

Le sucrier français leader dans l’approvisionnement des foyers Daddy Sucre vient de faire parler de lui, d’une manière pour le moins discutable.

Daddy Sucre a lancé il y a peu une campagne de communication, magistrale pour les uns et scandaleuse pour les autres.

En cause ? Des images, des vidéos et des slogans publicitaires qui associent le sucre à une plante. Un vulgaire végétal, comme peut l’être une feuille de salade ou une carotte (1, 2).

Capture d’écran de la page Facebook de Daddy.

La campagne a immédiatement fait bondir l’association Food Watch France qui dénonce les pratiques douteuses de l’industrie agroalimentaire, et cette campagne en particulier dont elle demande le retrait (3).

Et cela peut se comprendre.

Des affiches en pleine rue montrent un sachet de sucre en poudre Daddy avec les feuilles de la betterave sucrière juste au-dessus. Le texte qui accompagne la publicité, « Daddy vous rappelle que le sucre est une plante », achève la communication.

Quel est l’objectif assumé de cette campagne de communication ? Dédiaboliser le sucre.

Peu importe les moyens. Peu importe les méthodes.

Ce n’est pas réellement une nouveauté dans nos joyeuses sociétés modernes où les lobbyistes de l’industrie agroalimentaire déploient d’énormes moyens pour adoucir la législation, favoriser la publication d’études scientifiques positives et redorer l’image des vilains carrés de sucre.

Il n’y a pas si longtemps que ça, les lobbies du vin n’hésitaient pas à clamer que le vin, au final, ce n’était que du raisin !

Et tout le monde sait que le raisin c’est pour bon pour la santé. C’est un fruit. Le vin serait un fruit peut-être ? Limite entre la décence et la promotion d’un produit alimentaire avec des conséquences importantes sur la santé est floue.

La confusion nommée maladie

Il ne faut pas se voiler la face. L’objectif des sucriers est de vendre plus de sucre.

Sauf qu’ils doivent mener un véritable spectacle d’équilibriste. Ménager la chèvre et le chou.

Car la consommation de sucre libre, comme celui de Daddy, n’est pas rassurante au sein de la population française. Les études menées sur nos habitudes alimentaires ont révélé l’insidieuse vérité :

Si 59 % des Français consomment moins de 50 g de sucres libres par jour, comme le recommande l’Organisation Mondiale de la Santé (notamment pour limiter le risque de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers), les 41 % restant sont au-delà.

Certains dépassent même les 110 g de sucres libres par jour. Deux fois les recommandations maximales de l’OMS.

Alors l’industrie du sucre ne s’en cache pas. Mais utilise habilement ces chiffres à son avantage.

Sur son site Cultures Sucre désormais dédié à son service d’information – comprendre de propagande – on peut trouver le chiffre de 53 g par jour de sucres libres (4).

Capture d’écran du site Cultures Sucres.

Ce serait presque affiché fièrement, mais laissant ainsi dans l’ombre la petite majorité de français qui usent et abusent des grains si addictifs.

Mais les sucriers ne sont pas là à leur coup d’essai.

Comme je le décris précisément dans mon livre Santé, mensonges et (toujours) propagande, l’industrie agroalimentaire mise sur 5 stratégies pour avancer ses pions sans trop d’embûches :

  1. Ils façonnent ou travestissent les preuves scientifiques
  2. Ils nouent des liens avec les décideurs politiques, les leaders d’opinion et les organisations de santé publique
  3. Ils recherchent le soutien de consommateurs fidèles, notamment à travers les réseaux sociaux
  4. Ils s’invitent dans les débats publics ou scientifiques
  5. Ils font du chantage à l’emploi et l’économie quand des mesures sont jugées trop restrictives ou injustes

Des méthodes dénoncées par la chercheuse Mélissa Mialon dans des travaux scientifiques et des communications lors de congrès. Des méthodes similaires à l’industrie laitière et celle du tabac à son époque.

Comme je le dis dans mon ouvrage, les sucriers sont des professionnels de la culture de la betterave, mais aussi des experts en matière de relation publique avec les plus hautes sphères dirigeantes.

L’AIBS ou l’association interprofessionnel de la betterave et du sucre est une grande habituée des couloirs parlementaires (5). Cette association dépense entre 50.000 et 75.000 € par an pour se faire entendre des politiciens.

Deux employés servent cette activité de présentation d’intérêts, avec la réussite que l’on connaît pour le dossier des néonicotinoïdes dans la betterave.

L’AIBS défend entre autres les intérêts de Daddy Sucre, au côté de Saint Louis Sucre, ou encore de Cristal Union extrêmement fier de la communication « naturelle » de Daddy.

Rien de nouveau au soleil

Bien que choquante, cette campagne de communication illustre l’absence de limite éthique de certains mastodontes de l’industrie agroalimentaire. Les sucriers et les laitiers (et bien d’autres) redoublent d’efforts quand il s’agit de façonner l’image de leurs produits, et de murmurer à l’oreille des décideurs politiques.

Cette campagne de communication vise indéniablement à dédiaboliser l’image du sucre en insistant sur la plante à l’origine des produits Daddy, plutôt que sur le produit transformé et fini.

Je rejoins bien évidemment l’interpellation officielle de Food Watch France de Daddy. Malheureusement, c’est aux citoyens de rester vigilant et d’éviter de tomber les pièges marketing de l’industrie agroalimentaire, à défaut d’avoir des politiques de santé publique réellement au service des consommateurs.

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