Copyright 2012 - 2018 Dur à Avaler

Dur à Avaler est un blog d'information sur la santé, la nutrition, l'univers du médicament et les conflits d'intérêts. Le blog est entièrement sans publicité pour faciliter la lecture des articles. Les articles sont le résultat d'une recherche scientifique minutieuse pour apporter des conseils et lancer des débats constructifs. Les article sont rédigés par Jérémy Anso, docteur en biologie et des auteurs invités pour des sujets particuliers. Le blog n'a pas vocation à remplacer le lien entre un patient et son professionnel de santé, mais bien de le renforcer par la confiance, la lecture critique des évidences scientifiques et le rendre plus transparent.

Seconde et dernière partie de cette enquête sur les glucides toxiques. Alors que peut-on en dire ? Pas grand-chose. Il faut faire attention aux excès, mais il ne faut surtout se focaliser sur ce seul et unique point. Ce serait une grave erreur.

Première partie : les rappels

Nous avons vu dans la première partie de cette série plusieurs points très importants pour comprendre l’ensemble, et tenter d’avoir de premiers éléments de réponse quant à notre question fondamentale : les glucides sont-ils toxiques pour nos chiens et nos chats ?

  • Ni les chiens ni les chats n’ont des besoins physiologiques en glucides. Pour autant, cela ne veut pas dire que les glucides sont toxiques. Ils peuvent s’en passer. C’est indiscutable.
  • Nous avons également vu que l’adaptation génétique des chiens, hérités d’une longue et profonde domestication par l’Homme, n’apporte aucune sorte de protection contre le diabète. Autrement dit, même avec un génome qui s’est rapproché des “omnivores”, cela ne se traduit pas en protection.

C’et donc bien plus complexe que cela.

Comment définir un seuil toxique ?

Ce que tout le monde recherche, un seuil de glucides toxiques. Un seuil en dessous duquel tout le monde peut dire que son chien ou son chat est en sécurité. Des seuils de ce type existent, mais varient en fonction des blogs, des sites, des articles, des opinions et des recherches.

Même moi, j’ai joué au dangereux jeu de l’établissement d’un seuil de référence pour les chiens et les chats. Un seuil, on doit bien se l’avouer, qui est aujourd’hui arbitraire. Comme de nombreuses choses en médecine et en nutrition.

Par exemple, je déconseille fortement les croquettes qui contiennent plus de 40% de glucides en pourcentage de matière sèche (MS). Pourquoi 40% ? Car cela me semble élevé par rapport à une diète traditionnelle et naturelle, qui ne comporte pas plus de 10% de glucides en pourcentage de MS.

On retrouve de manière générale dans les analyses des macronutriments des proies animales au moins 58% de protéines et 22% de matières grasses.

Voici un Dingo Australien. Son régime alimentaire typique est quasi-exclusivement composé de produits animaux. 10% de glucides (MS) max. En plus, ils sont mignons.

80% d’une proie habituellement consommée par des chiens sauvages est donc constitué de graisses et de protéines animales.

Voici une réalité un peu dure à avaler pour certains.

Mais comment établir un seuil, qui n’est pas trop subjectif ? Il nous faut des études scientifiques. Des études qui comparent l’évolution des paramètres biologiques, et notamment ceux relatifs au diabète et à l’obésité ou encore à l’inflammation, en fonction de l’alimentation et du pourcentage de glucides, protéines et matières grasses.

Ces études existent. Surtout pour les chats, peu pour les chiens. Elles partagent quelques points communs :

  • elles sont souvent de mauvaises qualités méthodologiques ;
  • elles portent sur peu de chats ou de chiens ;
  • elles sont souvent contradictoires ;
  • elles ne sont pas toujours indépendantes…

Bref, nous sommes loin d’être au même niveau de recherche scientifique que les études en nutrition humaine. Justement, penchons dessus un instant, pour comprendre.

L’homme, un gros mangeur de glucides ?

Nous sommes des omnivores. Nous avons besoin de protéines, de glucides et de matières grasses pour vivre. En théorie. Car comme chez les chiens et les chats, nous avons une multitude de régimes alimentaires qui prône des équilibres dramatiquement différents, et chacun des bénéfices pour la santé.

  • La diète cétogène promeut une quasi-exclusion des glucides, moins de 50 g par jour. C’est peu. Mais le jeu en vaudrait la chandelle selon ses pratiquants ;
  • La diète paléolithique promeut une alimentation riche en graisses et protéines, avec peu de glucides, mais pas au point d’entraîner une cétose. Des études tendent à le prouver ;
  • La diète végétarienne ou omnivore classique, relativement équilibrée entre les macronutriments. Beaucoup d’études dessus ;
  • La diète végétalienne promeut les produits végétaux, légumineuses et fruits, et donc une assimilation importante de glucides ;
  • La diète méditerranéenne qui promeut un peu de tout, mais en privilégiant des aliments peu transformé et naturel. Là aussi, les macronutriments sont à l’équilibre ;
  • La diète “carnivore”, oui elle existe, et propose l’absence de végétaux, légumes ou fruits. Les glucides n’existant tout simplement pas.

Mais qui a raison ? Qui a tort ? Qui prend des risques pour sa santé ? Les mangeurs de glucides ou les autres ?

Nous avons des études scientifiques qui tentent d’apporter des réponses. Par exemple, la plus récente est parue dans le Lancet, un journal renommé et réputé, qui montrait une augmentation de la mortalité pour les personnes qui s’éloigne d’un régime proche de 50% d’énergies provenant des glucides.

La fameuse illustration de l’étude du Lancet qui montre le risque de mortalité avec l’énergie sous forme de glucides. J’ai – vraiment – eu la flemme de traduire. C’est purement illustratif.

Moins serait dangereux, trop le serait un peu aussi. L’étude est loin d’être parfaite, et souffre des gouffres traditionnels qui ne permettent pas de tirer la moindre conclusion, d’avoir la certitude de quoi que ce soit.

Les blogueurs santé procétose et autres sites d’information ont bien raison de remettre en cause ses résultats.

Même chez l’homme, avec des moyens colossaux pour faire des études, les résultats sont taillés en pièce, peu importe la direction qu’ils prennent. Alors vous imaginez bien chez le chien ou le chat.

Aucun moyen de recherche scientifique, des intérêts privés énormes qui ne mettront jamais un rond pour une étude qui aurait des résultats négatifs… Et vous avez ici une recette parfaite pour maintenir un état vaseux déstabilisant.

Et je dois bien le reconnaître, c’est chiant de ne pas avoir de réponse grâce à la science. Celle qu’on aime être fiable, indépendante et sûre.

Alors qu’une bonne étude d’intervention sur 300 chiens et financement public… on peut toujours rêver !

Revenons à nos moutons. Chez nos amis les bêtes ? Nos carnivores domestiques, qu’est-ce qu’on peut en dire ? Pas grand-chose.

Glucides toxiques : l’impossible réponse

Nous avons bien des études. Mais voilà, elles n’apportent rien de vraiment concluant. On est loin des 15 000 personnes suivies pendant 20 ans. Là on parle de 13 chats par ci, 14 chiens par là, suivies pendant 15, 20 peut-être 30 jours.

Les résultats sont contradictoires et décevants. Malgré le fait qu’une croquette apporte en moyenne entre 4 à 6 fois plus de calories sous forme de glucides, nous n’avons pas de signal fort, clair et indiscutable que 40, 50 ou 60% de glucides soient toxiques.

Des avertissements existent. À n’en point douter. Ils sont plus ou moins sérieux et consistants chez le chat, avec des études qui comparent des diètes riches (40 voire 50%) et pauvres (0, 5 ou 10%) en glucides. Nous avons aussi une recrudescence de l’obésité et du diabète, mais les glucides en sont-ils la cause ?

Ces études montrent bien que l’organisme réagit face à cet apport de glucides. Normal. La glycémie augmente, la sécrétion d’insuline aussi.

Et bien souvent, les auteurs insistent qu’une diète limitée en glucides pourrait prévenir le diabète ou la prise de poids. Mais ils se méfient aussi des diètes trop riches en graisses.

Ces études ont le mérite de mettre l’accent sur un point dont je parle beaucoup : le contexte. Il est important, que dis-je, il est capital.

Les chats les plus à risques de devenir obèse ou diabétique cumulent des comportements notoirement négatifs : ils restent confinés à la maison, se bougent peu et seraient peut-être prédisposés.

Chez le chien, c’est la même chose. Et le signal serait peut-être encore moins fort que chez le chat. Comprendre : nous ne savons pas vraiment si les glucides sont toxiques ou pas, et encore moins capables d’établir un seuil.

Les enseignements à tirer

La nature est complexe, les croquettes et la santé encore plus. Rien n’indique que les glucides soient toxiques. Rien. Mais comme on dit en science de la nutrition, c’est souvent la dose qui fait le poison.

La dose, dans notre cas de croquette industrielle, est délicate à établir. Elle part surtout sur du bon sens. Le bon sens ici est l’observation des habitudes alimentaires à l’état sauvage. Des habitudes extrêmement carnées pour nos chiens et nos chats, mais qui disposent quand même d’un arsenal physiologique pour gérer l’amidon.

Donc, que faire ? Chez l’homme, un omnivore, 50% de l’énergie sous forme de glucides semblent l’idéal (une affirmation qui va me valoir les foudres des procarnivores et cétoniens), mais rigoureusement difficile à défendre.

Sur cette base, 50% de calories sous forme de glucides dans les croquettes semblent être aberrants. Nos chiens et nos chats ne sont pas des omnivores. Quand même.

40% ? Ça a l’air mieux. 30% ? Encore un peu mieux. Vous voyez où je veux en venir ? On peut établir des seuils, mais ça n’a pas vraiment de sens.

Ici ce qu’il faut comprendre, c’est là qualité qui doit primer. LA QUALITÉ.

C’est à dire des croquettes avec des aliments identifiés, clairs et nets, sans le moindre doute. On doit privilégier les croquettes cuites à basse température, celles qui utilisent des morceaux nobles, des abats avec si possible uniquement des produits déshydratés. Sinon, il y a une magouille sur le pourcentage final.

Classer des croquettes sous le seul spectre de la quantité de glucides est selon moi un non-sens.

Je suis bien entendu d’accord qu’il ne faut pas abuser. Une croquette avec 45% de glucides, ça veut surtout dire qu’elle contient beaucoup de céréales, et qui dit céréales, dit gluten, dit mycotoxines, lectines, index glycémique peu reluisant et des protéines de qualité biologique médiocre.

Vous saisissez la nuance ? Les croquettes c’est aussi un rapport phosphocalcique à prendre en compte. C’est aussi la présence de toxique comme le mercure ou l’arsenic, trop élevé dans les pâtées riches en poisson. Pourtant, une pâtée riche en poisson aura peu de glucides.

Vous choisissez quoi ? La sécurité d’éviter les glucides sans réelle preuve scientifique ou une intoxication lente, mais sûre avec des métaux lourds ? À vous de voir.

C’est pour cette raison que les analyses que je propose dans mon ouvrage CE POISON NOMME CROQUETTE reposent sur tous les paramètres d’une croquette : quantité et qualité des ingrédients, pourcentage de glucides, de protéines et de graisses, présence de sucre ou de conservateurs toxiques (découvrir l’ouvrage, et les retours des lecteurs)…

Et que dire de la mode “sans céréale” ? Remplacer du blé par des lentilles ou des pois ? Quel risque pour la santé des animaux ? Est-ce plus éthique de remplacer une céréale par une légumineuse ? Je n’en suis pas si sûr, et le gouvernement américain suspecte des cas de cardiomyopathie dilatée chez le chien. C’est suspect en tout cas.

Je ne dis pas que mes analyses, mes réponses et ma vision des choses sont les meilleures. Jamais je n’aurais cette prétention. Mais on va dire que j’essaie de prendre l’ensemble en compte. Mon expérience et mon recul sur l’alimentation humaine et toutes les études scientifiques y sont peut-être pour quelque chose… Allez savoir.

En tout cas, n’oubliez pas que les croquettes sont des aliments industriels ultra-transformés. Et vu le nombre d’études qui montrent les dangers pour la santé humaine avec ce genre de produit… Ça ne doit pas être fameux pour nos amis les bêtes…

Un point indéniable pour les alimentations ménagères ou les régimes type Whole prey ou BARF…

Pour ne plus rater d'article

Inscris-toi gratuitement à ma liste et rejoins les 10.000 abonnés ! Tu recevras tous mes articles, des infos en exclus avec un guide offert sur le sucre... Alors arrêtons de chipoter !

7 commentaires
  1. Bonjour,
    Comme d’habitude, tout est dans la mesure et dans la qualité.
    Je suis particulièrement concernée pas les glucides dans la nourritures des chats qui sont des purs carnivores. J’ai vu mes trois chats être constamment malades pendant des années. Cela n’a pas empêché l’un d’eux de vivre un peu plus de 19 ans sans que les croquettes ne le tuent prématurément. Sauf que plus que sa longévité ce qui m’emportait c’est la qualité de sa vie car il était constamment malade et soufrait d’arthrose pendant les deux dernières année de sa vie. Maintenant mes chats mangent cru ce qui ne les empêche pas de manger quelques légumes, pommes de terre ou du pain germée qu’ils réclament. Je laisse faire parce que ça ne peut pas leur faire tant de mal que ça. Mais c’est frais et non pas transformé industriellement. C’est d’ailleurs votre article qui m’a mis la puce à l’oreille et j’ai commencé toutes les lectures et recherches en suite.
    Merci encore pour votre blog.
    Ada

    1. C’est bien souvent la meilleure des réponses. Il y a quand même un manque d’études de qualité pour répondre avec précision à cette question. Déjà qu’on se rend que chez l’homme les études sont bien mauvaises (un article sur sujet que je vais bientôt publier) alors chez les animaux domestiques… En tout cas, votre expérience semble corroborer tout ça. Mais de toute façon, vous avez raison, rien ne remplacera du fait maison de qualité, en respectant quelques principes de base pour veiller au bon équilibre de la ration !

      1. Malheureusement, personne n’a d’intérêt à financer ce genre d’étude donc ce n’est pas demain la veille qu’elle verra le jour…

    2. Bonjour,
      J’ai pour ma part constaté que l’alimentation BARF est celle qui est le plus logique pour l’animal.
      Tout dépend bien sur du terrain de l’animal j’ai gardé un chat nourri aux croquettes pendant 19 ans qui n’a jamais vu un vétérinaire il n’a jamais été vacciné, idem pour ma bouledogue que je nourri exclusivement BARF (lorsque je l’ai récupérée à 4 ans, elle venait d’un élevage ou elle était reproductrice, autant vous dire qu’elle a changé de manière spectaculaire ! elle a 9 ans n’est plus vaccinée, ne vois jamais le vétérinaire et est en pleine forme !!!!!!!!!!!!!!!!!!

      1. Merci de ce témoignage Christine ! Comment se compose votre ration BARF ? Classique ou bien des variantes ? Vous n’avez jamais eu de soucis ? Je dis cela pour que peut-être vos réponses apportent des éclairages aux lecteurs. :)

  2. Bonjour Jeremy,
    Merci beaucoup de ta réponse. Si tu trouves une idée de complément multivitaminé pour chiens, n’hésite pas à m’en faire part.
    Bonne journée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *