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Dur à Avaler est un blog d'information sur la santé, la nutrition, l'univers du médicament et les conflits d'intérêts. Le blog est entièrement sans publicité pour faciliter la lecture des articles. Les articles sont le résultat d'une recherche scientifique minutieuse pour apporter des conseils et lancer des débats constructifs. Les article sont rédigés par Jérémy Anso, docteur en biologie et des auteurs invités pour des sujets particuliers. Le blog n'a pas vocation à remplacer le lien entre un patient et son professionnel de santé, mais bien de le renforcer par la confiance, la lecture critique des évidences scientifiques et le rendre plus transparent.


Les glucides sont devenus en très peu de temps l’ennemi public n°1 des propriétaires de chiens et de chats. Accusé d’être responsables de tous les maux, en passant du diabète à l’obésité, sans oublier les maladies parodontales (de la gueule), les glucides sont-ils accusés à tort ou à raison ?

À la recherche du coupable idéal

Les croquettes pour chien et chat, sèches et très pratiques, sont utilisées par une majorité de propriétaires d’animaux de compagnie. Près de 80% d’entre eux auraient recours à ces grosses graines sèches, avec des formes aussi extravagantes les unes que les autres.

Le marché est tellement porteur et immense que l’on a bien du mal à recenser l’intégralité des marques, des offres et des spécialités pour chiens ou chats obèses, peu actifs, âgés, stérilisés ou conçus spécialement pour certaines races.

Mais qu’importe, toutes les croquettes respectent des règles strictes d’hygiène et de sécurité. Des règles établies par des agences et des sociétés savantes qui fonctionnement intégralement – ou presque – grâce à ses généreux donateurs : les fabricants de croquettes.

Au fur et à mesure que les croquettes sont devenues les reines de l’alimentation de nos animaux domestiques, les investigations, les doutes et les suspicions sont allés grandissants sur ces produits. Car des faits surprennent et alimentent toutes les craintes.

Parmi ces suspicions, la plus légitime d’entre elles concerne l’étiquetage très laxiste des croquettes qui ne mentionnent jamais la quantité de glucides – à quelques exceptions près.

Les propriétaires d’animaux de compagnie le savent bien, grâce aux nombreux articles publiés sur la toile, les livres sur ce sujet, comme le mien “Ce poison nommé croquette” (auto-édité, plus de 240 pages) : les fabricants ont le droit de ne pas écrire cette information.

À partir du moment où les fabricants “cachent” une information nutritionnelle de base, essentielle même, tous les doutes sont permis. À juste titre, car les glucides représentent une énorme partie des croquettes industrielles.

En moyenne, la part des glucides en pourcentage de matière sèche – en retirant la partie humide (environ 8 à 10 %) – représente 45 voire 50 % d’une croquette. Parfois plus, parfois moins.

Depuis de nombreuses années, l’explication la plus souvent mise sur la table par les industriels était l’impossibilité de faire une croquette sans une part significative de glucides. Des glucides qui proviennent surtout de céréales comme le maïs, le blé, l’orge, l’avoine et le riz.

Des matières premières peu chères, il faut le reconnaître.

Aujourd’hui cet argument est fragilisé par les avancées technologiques dans ce secteur. Les fameux extrudeurs qui permettent la création des croquettes, en augmentant fortement la température et la pression, sont aujourd’hui capables de faire des croquettes avec peu de glucides (moins de 15%).

Intégrer des glucides ou non dans une croquette s’apparente désormais plus à des choix marketing et financiers plutôt qu’a des choix technologiques ou physiologiques.

Pourquoi les glucides sont-ils cachés ?

La question est centrale, on la retrouve dans la bouche de tous les propriétaires de chiens ou de chats qui commencent leur long périple de recherches et d’investigation de la croquette idéale.

Mais pourquoi diable cette information n’est-elle pas accessible ?

La réponse est simple comme bonjour. Les industriels sont en charge d’établir eux-mêmes les règles d’étiquetage et de bonne conduite de leur usine. D’après leur guide de bonne pratique édité par la FEDIAF, le lobby européen des producteurs de croquettes, les fabricants ont le choix d’afficher le taux de glucides ou pas.

Plutôt pratique, mais il y a un retour de manivelle assez violent qui s’opère : ce manque de transparence alimente toutes les craintes. Je partage cet avis.

Ce manque de transparence est à la fois inadmissible et suspicieux. Il contraint les propriétaires a faire des calculs – pas forcément complexe – mais qui énervent.

Tellement suspicieux qu’une chaîne française a réalisé un reportage sur ce sujet l’année dernière. Les journalistes ont réussi à interviewer l’un des acteurs principaux de cet état de fait : un lobbyiste en chef de la FEDIAF à Bruxelles.

Capture d’écran du reportage de France 5 sur les croquettes pour chien et chat. Le lobbyiste de la FEDIAF contre attaque sur la question des glucides.

Le lobbyiste est mis devant le manque de transparence de la FEDIAF quant à l’affichage inexistant des glucides. Son ultime parade pour répondre aux questions dérangeantes des journalistes consiste à leur demander s’ils ont des preuves que les glucides sont dangereux pour la santé des chiens et des chats.

Pour le lobbyiste de la FEDIAF, il n’y a aucune preuve scientifique que ces glucides présentent une menace pour la santé des chiens et des chats.

Mais alors pourquoi cacher ce taux de glucides, s’il est sans danger pour la santé des chiens et les chats ? Intrigant n’est-ce pas ?

Les glucides toxiques

Ils sont dangereux, toxiques même. C’est le crédo défendu par de nombreux propriétaires d’animaux de compagnie et de groupes Facebook (comme Alertes Croquettes Toxiques, qui regroupe plus de 75 000 membres).

Certains confondent même allègrement les glucides avec les sucres simples que l’on retrouve dans les desserts, les sodas ou les snacks. Ils sont bien différents, mais posent tous les deux questions sur la santé.

Quoi qu’il en soit, les glucides en excès, soyons clairs, poseraient de sérieux problèmes de santé selon une frange de plus en plus importante de propriétaires d’animaux de compagnie. Ce postulat part de plusieurs constats.

  • Primo, ni les chiens ni les chats n’ont des besoins physiologiques en glucides. Autrement dit, ces animaux qui sont des carnivores (strict pour le chat et non strict pour le chien) vivent parfaitement bien sans apports en glucides ;
  • Secundo, ni les chiens ni les chats ne sont capables de commencer la dégradation de l’amidon dans la gueule avec l’amylase salivaire. Ce travail est exclusivement réalisé par le pancréas, générant des commentaires passionnant sur son épuisement dramatique à cause d’une surcharge des glucides.
  • Tertio, les chats et les chiens seraient gravement touchés par les fameuses maladies de civilisations (diabète, obésité, etc.), et l’alimentation – riche en glucides – est fortement pointée du doigt.
  • Quarto, les glucides sont habilement masqués des paquets de croquettes. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Vous pouvez ajouter à cela les nombreuses tentatives des fabricants de croquettes pour montrer que le chien est un parfait omnivore qui se porte très bien avec la moitié de ses calories provenant des céréales, et donc des glucides, et le tour est joué.

Les arguments en faveur d’une diète riche en amidons s’appuient sur de la science, et notamment sur le fait que le génome du chien a co-évolué grâce à sa proximité avec l’homme depuis de très nombreuses générations.

Ces études montrent sans l’ombre d’un doute que le chien possède aujourd’hui un nombre de copies plus important d’un gène (AMY2B) impliqué dans la synthèse de l’amylase, et donc de la dégradation et la digestion de l’amidon.

Ces études sont du pain bénies pour les fabricants qui y voient ici une adaptation génétique en faveur d’une diète riche en amidon. Justement, leurs croquettes en sont remplies.

Tout cela semble imparable. C’est le mot semble qui est important ici.

L’évolution du génome des chiens, sans intérêt ?

Le loup, bien souvent utilisé en modèle pour parler du régime alimentaire du chien.

Plusieurs études génétiques ont été réalisées chez le chien et nous permettent de connaître avec précision l’évolution de son génome au cours du temps.

C’est important puisque le chien a été domestiqué par l’Homme il y a plus de 14 000 ans (des dates toujours en débat). Cette domestication a entraîné une multitude de changements comportementaux, physiques, mais aussi alimentaires.

Qui dit changements alimentaires – et notamment avec plus d’amidons dans la gamelle – dit changements physiologiques, imperceptibles à l’oeil nu.

Ces changements ont été mis en évidence dans plusieurs publications scientifiques internationales en 20131 et 20162 3.

Ces études montrent que le chien possède des copies supplémentaires du gène AMY2B impliqué dans la digestion de l’amidon. Or, plus de copies de ce gène impliquent une synthèse plus importante d’amylases, et donc une meilleure digestion de l’amidon.

Ces faits sont difficilement discutables, quand bien même on retrouve Nestlé Purina parmi les financeurs de l’étude d’Ollivier en 2016. Purina produit des croquettes riches en amidon, il a donc un intérêt de voir sortir de tels résultats. Mais Purina n’est pas le seul financeur de l’étude, d’autres organismes publics sont là, ce qui “dilue” le biais de financement.

De toute manière, les deux autres études ont été conduites sous financement public et obtiennent les mêmes résultats.

Ces résultats ne sont pas dérangeants en soi, c’est bien leur interprétation qui peut l’être. Car Purina, et tous les autres fabricants qui garnissent leur croquette d’amidon utilisent ces résultats pour parler d’une véritable adaptation du chien qui le protège d’éventuels problèmes de santé.

C’est là où le raisonnement devient dangereux. Car nous n’avons aucune idée de si ces copies du gène AMY2B apportent une quelconque protection contre les maladies dites de civilisation, et notamment le diabète de type 2.

C’est bien l’étude d’Arendt publiée en 2014 qui nous permet de l’affirmer, sans en être totalement sûr à cause d’un jeu de donnée pas assez robuste4. Quoi qu’il en soit, cette équipe de recherche s’est penchée sur la véritable question : est-ce que les copies du gène AMY2B en plus protègent bien les chiens du diabète ?

La réponse est non. Les scientifiques n’ont pas observé d’association entre le nombre de copies du gène AMY2B et la fréquence du diabète chez plusieurs races de chien.

Autrement dit, les races de chiens qui avaient le plus de copie de ce gène étaient autant touché par le diabète que les races avec peu de copies.

Cette étude est importante puisqu’elle nous montre la complexité des mécanismes physiologiques en place. Beaucoup de copie du gène AMY2B signifie bien que le génome des chiens a évolué au contact de l’homme et des décharges alimentaires riches en amidon, mais cela ne se traduit pas par une protection contre le diabète.

Pourtant, les fabricants de croquettes riches en amidon n’hésiteront pas à franchir ce pas. Ils n’hésiteront pas à justifier l’utilisation massive de céréales sur la base d’argument nutritionnel douteux. Systématiquement, la question des glucides est éludée.

D’autres études plus poussées et plus robustes doivent être menées pour confirmer ou infirmer ce lien. Mais à ce jour, voilà ce qu’on peut en dire.

Mais cela ne répond pas à la question. Les glucides sont-ils toxiques, et si oui, pour quelle dose ?

La réponse a cette question – pour le moins existentielle – sera apportée dans le prochain billet de cette série.


Références

1. Axelsson, E., Ratnakumar, A., Arendt, M. L., Maqbool, K., Webster, M. T., Perloski, M., … & Lindblad-Toh, K. (2013). The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet. Nature, 495(7441), 360.

2. Ollivier, M., Tresset, A., Bastian, F., Lagoutte, L., Axelsson, E., Arendt, M. L., … & Vigne, J. D. (2016). Amy2B copy number variation reveals starch diet adaptations in ancient European dogs. Royal Society open science, 3(11), 160449.

3. Reiter, T., Jagoda, E., & Capellini, T. D. (2016). Dietary variation and evolution of gene copy number among dog breeds. PloS one, 11(2), e0148899.

4. Arendt, M., Fall, T., Lindblad‐Toh, K., & Axelsson, E. (2014). Amylase activity is associated with AMY 2B copy numbers in dog: implications for dog domestication, diet and diabetes. Animal genetics, 45(5), 716-722.

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10 commentaires
  1. avant je donnais à mon chien un BA que de la viande , régime type baarf pensant bien faire, mais il ne supportait pas, depuis qu’on a rajouté du riz, quinoa… il va bcp mieux, du coup…entre ce qu’on pense et la réalité il y a souvent une différence..

    1. Un BA ? Un beagle ? Malheureusement un régime uniquement à base de viande n’est pas un régime type BARF. Le régime type BARF comprend des os charnus entourés de viande, des abats, des légumes et des fruits mixés, et occasionnellement des yaourts, des oeufs, de l’huile et de la levure de bière.

      Donc en fait vous vous êtes rapproché plutôt d’une ration ménagère, faites attention à bien rajouter les minéraux et les vitamines nécessaires pour ce type de ration.

        1. Trop de viande ? Ce n’était peut-être pas un problème de quantité mais soit de qualité soit d’origine. Des problèmes d’allergies peut-être avec la viande de boeuf. C’était quoi comme viande ? Après pour les odeurs, c’est peut-être la transition, enfin il y a tellement de possibilité. Mais pour un carnivore domestique comme le chien, une alimentation hautement carnée ne pose pas de problème en soi.

      1. Bonjour Jeremy,
        J’espère que tu vas bien. Justement nos chiens sont à la ration ménagère le soir et nous comptons les y passer entièrement ces jours-ci mais ces compléments multi-vitaminés posent problème: le Vit’i 5 est mal toléré ( diarrhées) et j’ai des doutes par rapport au Softcanis ( vitamines de synthèse).
        Connais tu un produit équivalent et de qualité.
        Merci de ta réponse.
        Bien Cordialement

        1. Bonjour Henri, je vais bien merci :) J’espère de même de ton côté.

          Je ne suis pas très au fait de ces compléments et des problèmes éventuels de tolérances, ni de l’absorption des vitamines.
          Il faudrait que je creuse le sujet et je pourrais t’en faire un retour.

          Au plaisir,

    1. Que la viande soit bio ou pas ne change rien malheureusement si votre animal a une allergie envers un certain type de viande. Mais ce n’est qu’une piste parmi des centaines d’autres… Peut-être le manque de fibres ? Allez savoir.

  2. Je pense pas c’était une allergie vu qu’on a pas arrêté la viande mais on en a donné mois et rajouté plus de riz, quinoa…
    En même temps notre ancien collie était nourrit de la même façon et s’en portait bien également il a vécu 4-5 ans de plus que les autres chien de la porté qui était aux croquettes.. et il ne perdais pas de poils lors des changements de saisons alors que tous les autres oui.
    Theorie et pratique sont desfois différents.un des plus vieux chiens du monde est apparemment végétarien et certains guérissent quand on les rend végétarien. Ça paraît un non sens physiologique mais visiblement ça marche. En même temps les carnivores ont des durées de vie faible et vers la fin c’est souvent les reins qui lachent.peut être qu’introduire des aliments végétales digestible et baisser les quantités de viandes. soulage leurs emonctoires ?

    1. Merci du commentaire. Les chiens peuvent vivre correctement et même en très bonne santé avec une diète végétarienne. Après, il faut voir la qualité entre une diète faite maison et des croquettes.

      Pour les carnivores qui vivent moins longtemps, il faut juste faire attention où on regarde. Si on regarde dans la nature, cela me semble bien normal. Pas de vaccin, traitements contre tel ou tel maladie, ni de vétérinaire pour soigner les petits bobo et que dire de la loi de la jungle ?

      Donc oui il est tout à fait possible d’avoir des chiens qui vivent longtemps avec des alimentations très différentes et vous avez raison, chaque cas est quelque part particulier !

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