Nous Massacrons des milliers d’Abeilles pour une poignée d’Amandes

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 La reine des apéros, du paléo et des kilos en trop

Telle une espèce envahissante, l’amande colonise de nombreuses tables et bols apéritifs pour y être dévorée sans la moindre pitié. Une seule règle prévaut, pas de prisonnière. Ces reines des apéros ont bien évidemment tout pour plaire, elles sont faciles à prendre, elles plaisent à tout le monde, on les aime natures, grillées, salées ou les deux !

Pour certains, l’amande est le symbole même de la convivialité : un bol d’amandes, un verre de pastis et je peux vous assurer qu’on peut refaire le monde, deux fois ! Pour d’autres, les amandes représentent le Saint Graal de l’encas minute. Les végétaliens ou les adeptes de l’alimentation paléolithique utilisent fréquemment ces oléagineux riches en graisses pour pallier une faim fracassante ou simplement pour participer à l’équilibre alimentaire.

Oui, elles sont riches en graisses ces amandes (près de 55% de l’énergie est sous cette forme) mais pas uniquement. Lanutrition.fr nous apprend que ces amandes (et les autres noix) contiennent majoritairement des acides gras mono-insaturés bon pour la santé. Ces fruits oléagineux contiennent également tous les acides aminés essentiels avec des concentrations en protéines totales 10 fois supérieurs aux fruits frais. Ces constituants lipidiques (principalement des acides poly et mono-insaturés) lui confèrent notamment un rôle de cardioprotecteur.

Pour couronner le tout, nos grassouillettes petites reines sont riches en minéraux et oligo-éléments tels que le magnésium, le potassium, le phosphore, le calcium ou encore le zinc !

Je vous vois venir après la lecture de ces paragraphes…

« Chérie ! Sert-moi un bol d’amandes, c’est bon pour mon cœur ! »

Avant de vous jeter sur votre paquet d’amandes ou de courir au supermarché pour en acheter-un, lisez plutôt la suite et demandez-vous…

« Mais d’où viennent-elles ces délicieuses amandes ? »

D’un amandier pardi ! Oui mais pas n’importe lequel. Selon les tous derniers chiffres officiels, 4 amandes sur 5 sont d’origine américaine, de l’état de Californie. Les Etats-Unis sont donc les super producteurs d’amandes de la planète suivi de l’Australie et de l’Europe qui produisent ensemble 10 % de la production mondiale (si peu).

Pour obtenir une amande, la fleur d’amandier doit impérativement être pollinisé par un insecte pollinisateur (il en existe un très grand nombre) à la sortie de l’hiver. Bien entendu, les abeilles ces supers pollinisateurs sont les candidates idéales pour s’occuper de cette lourde tâche INDISPENSABLE pour obtenir des amandes.

Les producteurs Californiens (et tous les autres également) sont dépendants de la présence des abeilles dans les cultures afin d’obtenir des fruits, en grand nombre avec une taille commercialisable. Vous comprenez maintenant où est le lien entre les abeilles et les amandes, il faut désormais comprendre la nature chaotique de ce lien

Des abeilles louées sans aucune garantie

Souvenez-vous, les amandiers fleurissent à l’approche du printemps et doivent donc être visités le plus possible par des pollinisateurs, nos amies les abeilles. La Californie compte plus de 320 000 hectares de culture uniquement pour les amandes, partagés entre 6 000 producteurs.

La surface de culture est tellement importante que les producteurs doivent « louer » des ruches pour polliniser leurs arbres et obtenir leur précieux nectar. Il faut approximativement 53 000 ruches pour féconder sérieusement tous les amandiers Californiens.

Pour réunir autant de ruches, c’est pratiquement tous les apiculteurs du pays qui acheminent leurs colonies dans les champs d’amandiers. Aux Etats-Unis rien n’est gratuit, la ruche en location pour ce travail peut coûter 150 $ soit plus de 100 €. Courrier International nous apprend qu’en 2007, un apiculteur pouvait réaliser un chiffre d’affaire net de 400 000 € pour un seul mois de location de ces 2 700 colonies d’abeilles. Une manne impensable pour ces professionnels qui vivent à la base de la vente des produits de la ruche (miel, gelée royal, propolis, essaim, etc.)

Il faut bien comprendre que toute cette machine qui se met en branle en Californie n’est pas sans conséquence pour les abeilles. Le transport, le stress, les pesticides, la monoculture sont des facteurs responsables aujourd’hui de l’effondrement de nos colonies d’abeilles.

30 % des colonies ravagées

Souvenez-vous, les ruches sont louées sans la moindre garantie, et cela n’est pas le fait du au hasard. Tous les apiculteurs du sol américain savent très bien qu’ils envoient leurs abeilles au cimetière. Mais qu’importe, les bénéfices seront là et le cheptel d’abeilles pourra être augmenté ultérieurement.

Le documentaire « Des abeilles et des Hommes » propose justement de suivre un apiculteur américain qui loue ses ruches durant la saison des amandiers. A la fin de la saison de pollinisation, l’exploitant du rucher s’étonne de la disparition d’au moins 30 % de ces abeilles ! Devant la caméra, il se promet de trouver la cause de ces pertes ! La cause ? Les causes plutôt, que nous connaissons déjà d’ailleurs.

Tout d’abord le transport des abeilles est une opération qui génère un stress colossale pour les colonies d’abeilles. Les ruches doivent être déplacées de nuit. Ces ruches itinérantes s’affaiblissent durant le trajet, et deviennent beaucoup plus sensibles aux maladies comme le varroa ou la teigne qui peuvent décimer des colonies.

Une fois sur place, les abeilles n’ont pas le choix de la fleur, c’est de l’amandier un point c’est tout. A la sortie de l’hiver, d’une part les abeilles préfèreraient rester au chaud et d’autre part elles souhaiteraient polliniser d’autres fleurs, et pas uniquement des fleurs d’amandiers sur des centaines de milliers d’hectares.

Malheureusement pour les plus gentilles abeilles du monde – les ouvrières – elles inhaleront durant toute la durée de leur travail des pesticides destinés aux ravageurs des amandiers. Certains d’entre eux n’ont été interdits qu’en 2011, tandis que d’autres (toujours aussi toxiques pour les abeilles) sont toujours autorisés pour les cultures.

Le regroupement des abeilles de tous les Pays entraîne le vicieux partage de toutes maladies et parasites qui touchent certaines colonies et pas d’autres.

L’affaiblissement général des colonies avec le transport (générateur de stress et décuplant l’apparition des maladies), l’utilisation massive de pesticides néonicotonoïdes qui perturbent le système nerveux des abeilles (elles ne retrouvent par exemple plus la ruche), la monoculture d’amandiers qui perturbe fortement l’équilibre des colonies ainsi que le partage des maladies entres les colonies malades et saines.

En 2011, un spécialiste des insectes américains s’épanche sur le sort des abeilles américaines et des autres pays. Au-delà de la filière d’amandes qui est menacée par l’extinction dramatique des abeilles, ce sont la majorité des cultures de légumes et de fruits qui sont menacées par le déclin des colonies d’abeilles.

Faut-il boycotter les amandes ?

La quasi-totalité des amandes de la planète proviennent d’une zone de production (la Californie) qui cumule toutes les menaces pour la survie des abeilles pollinisatrices. Les colonies d’abeilles américaines subissent tous les maux, et sont littéralement exploitées par l’Homme et pour l’Homme.

L’enjeu est primordial : celui de conserver l’une des espèces les plus utiles de la planète (de manière très directe et très visible). Au-delà des bienfaits potentiels des amandes sur notre santé (si toutefois elles sont consommées nature et en quantité limitée), elles ne sont absolument pas indispensables pour être en bonne santé et pour faire plaisir à ces invités lors de dîners, apéros ou autres.

De mon point de vue, la consommation d’amandes doit être fortement limitée au strict minimum, de l’ultra-occasionnel. Si vous manquez d’idée pour remplacer vos amandes durant les apéros, jetez un coup d’œil à ces articles sur des recettes d’apéros crudités.

Cet article devrait également faire réagir tous les végétaliens qui refusent de se nourrir d’un produit émanant de l’exploitation animale. Or, comme nous l’avons vu, une amande n’est plus le fruit d’un amandier, mais bien le fruit de l’exploitation abusive et mortelle des abeilles.

Je pense également à tous les adeptes du régime paléolithique qui peuvent consommer de grandes quantités d’oléagineux et notamment des amandes. Dans ce cas précis, c’est la conscience individuelle qui tranchera la douloureuse question des amandes.

20 chinois pour remplacer une abeille ?

Pour terminer cet article sur une note rigolote et à la fois dramatique, vous devez savoir qu’il existe une région en Chine où le génie de l’espèce humaine a entraîné l’élimination pure et simple de toutes les abeilles.

A l’origine les chinois voulaient contrôler des prédateurs, les pesticides ont alors pris le relais et du jour au lendemain, des hectares de poiriers se sont retrouvées sans leur meilleur pollinisateur. Au lieu de transporter des milliers de ruches comme en Californie, les chinois préfèrent polliniser à la main, fleur après fleur, les poiriers pour obtenir leurs fruits.

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Imaginez un magnifique poirier en fleur rempli d’ouvriers qui disposent dans la main droite d’un sac de pollen et d’un pinceau dans l’autre main pour chatouiller et féconder chaque fleur. Impensable. Et pourtant. Les chinois imaginent déjà le monde sans les abeilles

42 Commentaires

  1. Philippe

    Depuis toujours l’homme détruit des colonies d’abeilles : autrefois chaque passant avait sa ruche et on extermination joyeusement toute la colonie juste pour la récolte dans des ruches panier par exemple aujourd’hui c’est pareil et même les services vétérinaires sont à même de détruire tout un toucher si besoin. L’abeille n’est pas menacée car on peut produire des colonie à l’infini. Par contre les autres pollinisateurs n’ont pas cet atout et disparaissent bel et bien. La bio diversité est menacée oui mais l’abeille non. Il faut distinguer l’intérêt de l’apiculteur de celui de la nature. De plus les abeilles en trop grand nombre sur un secteur entrent en concurrence et font reculer les autres espèces même en l’absence de polluant. Pour les bouffons l’abeille et l’agriculture c’est la double peine !

  2. philippe

    Correction: Depuis toujours l’homme détruit des colonies d’abeilles : autrefois chaque paysan avait sa ruche et c’était le moyen d’avoir du sucre. On exterminait toute la colonie juste pour la récolte dans des ruches panier par exemple avant l’avènement de la ruche à cadre. Aujourd’hui c’est pareil on tue et même les services vétérinaires sont à même de détruire tout un rucher si besoin. L’abeille n’est pas menacée car on peut produire des colonies à l’infini. Par contre les autres pollinisateurs n’ont pas cet atout et disparaissent bel et bien. La biodiversité est menacée oui mais l’abeille non. Il faut distinguer l’intérêt de l’apiculteur de celui de la nature. De plus les abeilles en trop grand nombre sur un secteur entrent en concurrence et font reculer les autres espèces même en l’absence de polluant. Pour les bourdons l’abeille et l’agriculture c’est la double peine. IL faut penser plus large et rester humble en respectant toute la nature.

  3. Youssef Ourrad

    Margaux, il faut oublier aussi le terroire marocain. La culture des amande est toujours à l’état naturel. Il y a pas mieu en matière d’amande bios.
    Respect

  4. Nicolas

    Et les amandes française, espagnol ou italiennes bio il n’y a pas de raisons de les boycotter.

  5. Guillaume

    Bonjour à tous,

    trois lignes pour vous dire qu’à Nanterre, nous réimplantons des amandiers. Chez nous se trouve en effet le « Théâtre des Amandiers », se trouvent des rues portent la référence à l’amandier dans leur nom : on cultivait et récoltait plein d’amandes à Nanterre au XIXe siècle. Avec l’industrialisation on est passé à autre chose, on a arrêté d’en replanter, on a juste oublié que ça pouvait pousser ici (comme les pêchers à Montreuil). Aujourd’hui, nous avons le rêve d’en faire des « incroyables comestibles », et nous avons commencé à en replanter. Création d’aliments locaux sains, d’emplois peut-être un jour… nous pensons à Jean Giono « l’homme qui plantait des arbres », et avons déjà récolté nos premières amandes :)

Les commentaires sont fermes.