Jeûner est une Hérésie selon le Corps Médical Français

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2 semaines plus tôt, j’étais sur mon ordinateur portable entouré d’amis pour participer à des batailles sanguinaires virtuelles, quand l’un de mes amis me signale la parution d’un article sur le jeûne dans le très célèbre journal Le Monde (en me faisant croire que j’y étais cité au passage, le fourbe).

Après la lecture de cet article, intitulé « Le jeûne, en vogue mais controversé, est-il si bon pour la santé ? », je suis finalement heureux de ne pas avoir été cité. Explications.

Le corps médical français contre le jeûne ?

Dans cet article signé de la journaliste Angela Bolis, nous apprenons que le corps médical français, représenté par un médecin et un nutritionniste, ne « croît guère aux vertus du jeûne ».

D’après notre journaliste du Monde, toute personne qui se soumet à un jeûne sur plusieurs jours (jusqu’à 7 jours) souffrira de « nausées, maux de tête et de ventre, crampes, essoufflements, palpitations […] » allant même jusqu’à l’évanouissement au bout de 2 à 3 jours nous dit-elle.

La journaliste a sollicité le Dr Laurence Plumey, un médecin nutritionniste, pour donner son avis sur le bienfondé d’un jeûne, thérapeutique ou non (intermittent ?). Le docteur est catégorique :

c’est une hérésie.

Mme Plumey considère que « le corps humain est conçu pour recevoir de la nourriture toutes les quatre heures » et qu’il faut privilégier « le bon sens alimentaire, la constance, l’équilibre ».

La 2ème personne contactée par Mme Bolis pour écrire cet article est M. Daniel Tomé, qualifié de « nutritionniste à l’INRA ».

M. Tomé, comme Mme Plumey, n’est pas franchement pour le jeûne, il pense d’ailleurs que cette pratique apporte des risques de carences et possède la « fâcheuse tendance à provoquer l' »effet yo-yo » ». Il conclut que « les bienfaits du jeûne peuvent en effet tout simplement s’expliquer par la perte de poids occasionnée », un « bienfaits de courte durée » nous rappelle le nutritionniste.

Pour résumer, d’après notre journaliste et les professionnels contactés, le jeûne rendrait malade (au moins au moment de sa réalisation), avec des maux de ventre ou de tête et même des évanouissements. Celui-ci serait également contre nature car l’Homme est conçu pour manger toutes les 4 heures, et finalement, il ne permettrait que de perdre du poids avec un effet « yo-yo » en bout de course !

Qu’en est-il réellement de cette question de jeûne ? Qui sont ces professionnels contactés par la journaliste ? Ont-ils des connaissances sur le jeûne, ces bienfaits et ces contraintes ? Faut-il réellement manger toutes les 4 heures ?

On va creuser un peu plus que M. Bolis, du moins, on va essayer.

…Réponse à l’article du Monde sur le jeûne…

L’article du Monde apparait vraisemblablement à sens unique. Les deux professionnels sollicités, et même la journaliste, n’apportent aucun élément positif sur le jeûne. Le billet d’aujourd’hui vise à défendre cette pratique très ancienne, à la défendre contre les idées reçues et les attaques sans réelles fondement.

1er Point : L’avis d’un seul médecin reflète celui du corps médical

Je vous le rappelle, « globalement, le corps médical ne croit guère aux vertus du jeûne », d’après notre journaliste du Monde. Dans notre situation, le corps médical mentionné est représenté par un médecin nutritionniste et un nutritionniste de l’INRA.

Un nutritionniste à l’INRA ? Vraiment ? Le terme nutritionniste et INRA (pour l’Institut National de la Recherche Agronomique) dans la même phrase pourrait en faire sourire plus d’un, car l’INRA est à vocation scientifique tandis que le nutritionniste est plutôt à vocation médical.

Malheureusement pour la journaliste du Monde, le terme de « nutritionniste » est contrôlé par la législation, et n’existe pas sous cette forme seule. En France il est impossible de détenir le titre de nutritionniste, seuls les médecins qui ont suivi une formation supplémentaire en nutrition (comme Mme Plumey) peuvent jouir du titre de « médecin nutritionniste ».

De façon plus général, les diététiciens sont aujourd’hui appelés diététiciens nutritionnistes, et jamais l’un sans l’autre !

Pour revenir sur notre « nutritionniste de l’INRA », l’Agence européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) mentionne officiellement le parcours professionnel de M. Tomé, et ne met à aucun moment en évidence l’obtention d’un diplôme de diététicien nutritionniste, ou un parcours de médecin suivi d’une formation en diététique.

M. Tomé est en réalité un scientifique, il est le directeur d’une d’unité de recherche à l’INRA (Physiologie de la Nutrition et du Comportement Alimentaire). Même si les recherches de M. Tomé peuvent avoir des implications dans le domaine médical, il n’est ni nutritionniste, ni médecin et n’appartient donc pas au corps médical.

Finalement, le corps médical mentionné par Angela Boris n’est représenté que par un seul médecin nutritionniste, et en matière de représentativité, on fait tout de même mieux.

2ème Point : Il faut manger toutes les 4 heures

Voici l’affirmation du médecin nutritionniste la plus intrigante dans cet article sur le jeûne. Nous avons l’impression ici qu’il faut absolument désintégrer l’idée de sauter des repas, ou de ne pas manger, car comme notre organisme serait fait pour manger toutes les 4 heures, il faudrait donc lui donner à manger toutes les 4 heures.

Si vous prenez votre petit-déjeuner à 7h du matin, votre prochain repas devrait se situer aux alentours de 11h. Toujours selon ce schéma, vous devriez manger à 15h (un goûter en somme) puis à 19h le soir. Si vous avez le malheur de vous coucher tard, un 5ème repas peut être envisagé à 23h juste avant de dormir.

J’ai eu l’occasion d’échanger quelques emails avec M. Plumey à propos de sa position dans l’article du Monde. Dans cet échange, très courtois et intéressant, M. Plumey m’explique pourquoi il faudrait manger toutes les 4 heures, et tiens le même discours que dans l’article du Monde.

Mais je me pose réellement la question…doit-on réellement manger toutes les 4 heures ou dès que notre ventre « grogne » ?

Non. Les évidences psychologiques.

Les progrès de l’agroalimentaire, dans la texture et le goût des aliments, mais également les progrès du marketing, avec des publicités toujours mieux ciblées et mieux conçues, participent à générer une « faim » psychologique omniprésente.

Aujourd’hui, il est bien difficile de faire la différence entre une vraie faim physiologique, le cri des cellules de notre corps, avec une faim psychologique, le cri des cellules de notre cerveau pour obtenir leur « shoot » quotidien.

La publicité participe activement à nous montrer en permanence les produits les plus attractifs (généralement les plus sucrés, salés, gras ou industriels) pour nous créer une envie de manger. Le chercheur américain Brian Wansik a démontré par le passé que le simple fait de voir (et d’en avoir accès) des sucreries déclenchent des fringales et augmentent dramatiquement le nombre de calories ingérées [1].

Il suffit de se promener dans la rue le matin, et d’humer les émanations idylliques des boulangeries pour avoir faim, même après avoir pris un petit-déjeuner (ces odeurs peuvent malgré tout en repousser certains).

Il est donc évident qu’à notre époque, nos sens n’ont jamais été autant sollicités, et agressés pour tenter de nous faire succomber à chaque instant. Rare sont donc les personnes qui parviennent à faire la différence entre une vraie faim physiologique (le besoin de manger) et une faim psychologique, induit par notre environnement.

Non. Les évidences biologiques

Est-ce que la science plaide en faveur d’une multitude de repas ou pas ? Justement, cela tombe bien car j’ai récemment critiqué une étude épidémiologique publiée par l’école de santé publique de Harvard qui s’est intéressée à la fréquence des crises cardiaques et la fréquence des prises alimentaires [2] (voire la note n°1 en bas de page).

Dans ce papier, les scientifiques n’ont pas pu établir de différence entre les risques de maladies coronariennes et la fréquence des repas, allant de 1 à 2 repas par jour à plus de 6. Autrement dit, manger entre 1 à 2 fois par jour ne changerait rien que de manger 4,5 ou 6 fois par jour pour la santé cardiovasculaire.

D’ailleurs les professionnels de la musculation avertis affrontent régulièrement ce mythe des multiples repas par jour censés maintenir un fort métabolisme. Ils citent fréquemment une méta-analyse datant de 1997 qui affirme que les études sérieuses et indépendantes sur ce sujet ne montrent aucun effet sur le métabolisme du nombre de repas pris dans la journée [3]

Conclusions et recommandations

Il est plutôt regrettable de voir dans l’article du Monde une seule position anti-jeûne de certains professionnels de la santé et du monde scientifique. Même si les longs jeûnes ne sont pas discutés en détail sur ce blog, nous défendons activement le jeûne intermittent (de 16h à 24h de jeûne, parfois plus) qui présente de nombreux avantages sur la santé.

L’article du Monde fait selon moi un terrible amalgame entre les jeûnes thérapeutiques commerciaux, à tendance spirituelles, avec les jeûnes alternatifs (intermittent ou non) qui se basent sur de la science, et de l’expérience. J’ai bien peur que les lecteurs de cet article classent, à tords, les jeûnes dans leur globalité dans la catégorie mystique et dangereux.

Et pourtant, au cours de mes recherches sur le jeûne et de mes expérimentations, une forme particulière (intermittente) présente de nombreux avantages, tant au niveau physiologique, cérébrale que corporel.

L’article du Monde vous parait-il objectif et juste ?


Note et références

Note 1. La critique de l’étude de Harvard est disponible ici. Cette critique démontre que les modèles complets des scientifiques ne mettent pas évidence un rôle protecteur des petits-déjeuner sur la fréquence des crises cardiaques.

1. Wansink, B., J.E. Painter, and Y.-K. Lee, The office candy dish: proximity’s influence on estimated and actual consumption. International Journal of Obesity, 2006. 30(5): p. 871-875.

2. Tucker, K.L., et al., Effects of beer, wine, and liquor intakes on bone mineral density in older men and women. The American Journal of Clinical Nutrition, 2009. 89(4): p. 1188-1196.

3. Bland, R.G. and L. Desutter-Grandcolas, An annotated list of Orthoptera from St Eustatius and Saba, Dutch West Indies, with descriptions of two new cricket species (Trigonidiidae, Mogoplistidae). Journal of Orthoptera Research, 2003. 12(2): p. 115-126.

 

 

39 Commentaires

  1. PO

    Bonjour

    Votre avis sur les performances du jeune me semble fort enthousiaste…. un peu trop!!!

    Je voulais revenir sur vos données erronées concernant les professions de nutritionniste et diététicien, d’où l’importance de valider sérieusement vos informations

    Exercice de la profession de diététicien

    Art. L. 4371-2 – Seules peuvent exercer la profession de diététicien et porter le titre de diététicien, accompagné ou non d’un qualificatif, les personnes titulaires du diplôme d’Etat mentionné à l’article L. 4371-3 ou titulaires de l’autorisation prévue à l’article L. 4371-4.

    Le terme de « nutritionniste » est un qualificatif qui ne définit pas une profession. Ce qualificatif peut être utilisé par toute personne (médecin, ingénieur, diététicien,…) ayant une formation en nutrition. … voire même les personnes, sans statut scientifique, ayant musardé au hasard sur les sites internet. Chacun peut développer de nouveaux concepts nutritionnels et écrire un blog sur le sujet !!!

    Diététiquement

    1. Jérémy Anso (Post author)

      Tout à fait d’accord avec vous PO ! Merci de la précision !

  2. Laura

    Malheureusement, en France on a une tel tradition de la table que faire un jeûne paraît effectivement être une hérésie.
    Il suffit de constater les clichés qui règne sur les vegans et végétarien : ce sont des hippies tristes et inintéressant !

    Alors sauter un repas…

    C’est comme dire qu’on aime pas le fromage/viande rouge/vin rouge (je fais un peu cliché, mais pourtant !). On a forcément un problème.

  3. petite puce

    Bonjour Jeremy,

    je navigue sur ton blogue de puis un moment et je suis émerveillée de
    constater que nombre de personnes partagent mon opinion sur la quantité ,qualité de l’alimentation ainsi que sur lle fait d’être ridiculisé et déclaré hors normes parce que manger vegan , etre adepte du jeun ) est politiquement incorrect , indecent, malsaisan voir antisocial.J ai tjs fait attention a mon alimentation pour ma sante (je souffre depuis toujours de problèmes gastriques.) Et non par regime
    Force est de constater que d etre different vous oblge d etre cataloguee -a part- et affublée de divers noms et divagations de toute sorte.je suis ravie d être arrivée sur ce blog où je peux enfin me reconnaitre et qu’il existe des gens qui partagent pensées et inspirations semblables aux miennes. Merci jeremy et a tous les adeptes

Les commentaires sont fermes.