Mesdames, devenir Végétarienne ne sert à rien.

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Oui, ce sont les résultats de la toute dernière étude publiée dans le sérieux Journal of American Medecine Association (JAMA) par une équipe de scientifiques américains (PDF)

Pourtant, ce qui est étrange, c’est que les médias, les grands journaux ou les sites spécialisés n’ont pas relayés exactement la même information que moi. En fait, ils ont même dit l’inverse !

Mais comment est-ce possible ?

  • Le Huffington Post titrait le 7 juin « Longévité : les végétariens vivent-ils plus longtemps ? »
  • Le 5 juin, Europe 1 s’enquillait d’un article choc « Les végétariens vivent plus vieux que les carnivores ».
  • L’Atlantico ou encore Slate publiait des titres du même acabit « Les végétariens vivent plus longtemps que les carnivores ».

Tous ces médias ne relaient qu’une seule information, toujours la même, et toujours colportée par les mêmes chiffres sensationnels.

Les végétariens, hommes et femmes confondus, auraient 12% de risques de mortalité en moins (toutes causes confondues) que les mangeurs de viande.

C’est bien le résultat majeur de cette fameuse étude étalée sur une durée de 6 ans avec plus de 73.000 participants.

J’en reviens donc à mon titre, mesdames, cela ne servirait strictement à rien de commencer un régime végétarien selon les résultats de cette étude, qui a l’air d’être plus que sérieuse.

Il faut se pencher quelque instant sur cette étude scientifique pour en cerner toutes les subtilités et mieux comprendre le choix de mon titre, et surtout pourquoi je persiste (oui, il faut lire l’article jusqu’au bout mesdames).

Les végétariens sur un piédestal !

L’étude a été conduite par 8 scientifiques sur une cohorte de plus de 73.000 religieux, des adventistes du 7ème jour exactement. L’objectif de l’étude était « d’évaluer l’association entre les différents végétarismes et la mortalité ».

Pour répondre à cette problématique, les chercheurs ont donc suivi un échantillon titanesque d’individus pendant 70 mois en relevant pour chaque individu :

  • Son régime alimentaire
  • La cause de sa mort

Ainsi que des dizaines d’autres facteurs comme le tour de taille, l’âge, le sexe, la profession, l’activité physique, le tabagisme, etc (la liste complète des facteurs est disponible dans l’étude).

La 1ère remarque qu’il est impératif d’intégrer pour mieux comprendre la portée de cette étude, c’est une étude épidémiologique.

Une étude épidémiologique de plus

Les chercheurs l’annoncent pourtant dès le début de l’étude, il tenter d’évaluer une « association » entre une variable X (le régime alimentaire) et Y (les causes de mortalité) afin de répondre à l’éternelle question :

Faut-il devenir végétarien pour sauver sa santé (et la planète, mais c’est en option) ?

Les résultats de cette publication scientifique, et notamment les 12% de risques de mortalité en moins pour les végétariens, ne sont en réalité absolument pas prouvé. C’est impossible, ce n’est qu’une hypothèse, une théorie écrite sur 8 pages d’un coin de table, rien de plus.

Les chercheurs peuvent simplement dire qu’ils observent une association entre un régime alimentaire particulier, le végétarisme (et encore, on va voir par la suite que les chercheurs ne se sont pas trop foulés pour définir ce terme), et le taux de mortalité. Ils ne peuvent en aucun cas faire un lien de causalité entre les variables qu’ils ont choisi.

A la lumière de ces résultats, il convient d’en tirer des conclusions (ce qu’ils ont fait) afin d’établir des hypothèses de travail pour les vérifier dans des études bien spécifiques (des études cliniques, randomisées en double aveugle, par exemple).

D’ailleurs, les auteurs de l’étude indiquent eux même que leurs résultats doivent être « considérés avec prudence par les personnes en charge de programme diététique »

Je vous propose maintenant une analyse détaillée de cette étude, les méthodes utilisées par les auteurs seront détaillées ainsi que les principaux résultats avec comme toujours une enquête de bureau sur les conflits d’intérêts existants.

Les végétariens mangent de la viande, selon les auteurs

Tous les médias scandent en cœur (et en boucle) « Les végétariens vivent plus longtemps… »

Les végétariens. Mais c’est quoi être végétarien ?

Une personne qui ne mange plus de poisson ni de viande se définit comme étant végétarien. Cette personne peut alors manger des œufs, des produits laitiers, des légumes et des fruits. D’ailleurs, un lacto-ovo végétarien est en réalité un synonyme du végétarien de base. Les préfixe « ovo » et « lacto » signifie qu’il peut manger soit des œufs, soit des produits laitiers.

On peut également être un pesco-végétarien, où le poisson est toléré. On peut aussi adhérer au mouvement végétalien (ou vegan en anglais) où ni les œufs ni les produits laitiers sont tolérés (ainsi que tous les produits qui résultent de l’exploitation animale)

Maintenant que vous êtes bien informés, revenons sur notre étude qui fait le buzz et sur les 5 catégories de régimes alimentaires choisis par nos scientifiques. Les voici :

  1. Les végétaliens
  2. Les lacto-ovo-végétariens (autrement dit, les végétariens de base)
  3. Les pesco-végétarien
  4. Les semi-végétariens (tiens des nouveaux !)
  5. Les non-végétariens (les omnivores, les carnivores ou les deux !)

Première bizarrerie, les auteurs de l’étude ont créé une catégorie intermédiaire entre les végétariens et les omnivores : les semi-végétariens.

Selon les auteurs, tous les participants de l’étude qui mangent au maximum 4 fois par mois du poisson ou de la viande avec au moins une fois par mois de la viande, rentrent dans cette catégorie.

Pour être classé comme étant « non-végétarien », il faut manger au minimum 4 fois par mois de la viande ou du poisson avec au moins une fois par mois de la viande. Jusque-là, c’est pas trop mal (sauf pour notre catégorie chimérique).

Le plus intéressant concerne les végétariens, les vrais, ceux qui sont définis comme n’ingérant aucune viande ni aucun poisson et parfois aucun produit laitier ni œuf pour les végétaliens. Pourtant, les auteurs ne le voient pas de cette oreille, car les végétaliens peuvent manger de la viande, du poisson, des œufs et des produits laitiers au maximum une fois par mois.

On constate la même chose pour les lacto-ovo-végétarien, qui ont le droit de s’empiffrer un bon steak et une bonne papillote au moins une fois par mois, car faut pas déconner quand même, les auteurs sont tolérants mais pas neuneu !

Pour être un pesco-végétarien dans notre étude, il faut manger au moins une fois par mois du poisson et vous avez également le droit de craquer pour une bonne grillade une fois par mois (dieu est pardon n’est-ce pas ?).

C’est tellement compliqué cette histoire de maximum de marlin aux herbes et de minimum de bœuf au poivre que je vous résume le tout dans le tableau suivant :

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Donc maintenant vous comprenez la même chose que moi :

Ce sont bien les lacto-ovo végétariens de l’étude qui jouissent d’une baisse de 12% du risque de mort. Faux ! Vous vous trompez comme la majorité des journalistes et des internautes !

Les auteurs de l’étude ont en fait regroupé les 4 catégories « végétarienne » sous le terme générique de « végétarien », tout simplement. Donc, les 12% concernent aussi bien les pesco que les végétaliens, que les semi-végétariens ou que les vrais végétariens (lacto-ovo).

Revenons sur un autre point de la méthode.

Des critères d’exclusions très particuliers

Au départ, ce sont plus de 96.000 personnes qui ont été sélectionnées et qui ont du remplir un formulaire composé de nombreuses questions pour déterminer, entre autres, le régime alimentaire.

Toutefois, plus de 23.000 participants ont été exclus de l’étude car n’ayant pas respectés quelques règles établies. Le fait d’oublier de mentionner son âge, sa date de naissance ou son ethnie dans le formulaire entraînait une radiation immédiate. Si la personne n’a pas au moins 25 ans, sa candidature est rejetée. Les apports caloriques sont également surveillés, en-deçà de 500 calories ou au-dessus de 4500 calories est c’est l’éviction assurée.

Les non-résidents américains ne sont également pas les bienvenus, ainsi que les passés médicaux chargés de maladies et autres termes que seul le Dr House maîtrise.

Finalement, vous pouvez être exclu de l’étude si vous oubliez de répondre à plus de 69 questions sur votre régime alimentaire. Autrement dit, vous avez le droit de rater 5 questions, par erreur, ou 35, ou 55 ou encore 69 !

N’est-ce pas étonnant ? Ou plutôt, est-ce bien sérieux ?

Pourquoi 69 questions, et pas 10 ? Les auteurs indiquent que pratiquement 5.000 personnes (5%) n’ont pas réussi ce critère de sélection. Sachant que le formulaire sur l’alimentation contient environ 200 items, vous avez le droit de ne pas remplir 1/3 du questionnaire !

Il n’y a aucun problème.

Justement, ce questionnaire, je peux en dire deux mots ?

Le questionnaire qui nécessite un disque dur de 200 tera octets !

Je vous l’ai dit, pour déterminer dans laquelle des 5 catégories les candidats font partie, ils doivent remplir un questionnaire de 52 pages (PDF) avec plus de 200 questions sur le régime alimentaire (dont n’oubliez pas, seulement 131 champs ou items doivent être remplis).

Les adventistes du 7ème jour de Californie doivent déterminer leur régime alimentaire moyen de l’année précédente. D’une année entière.

  • Oui. Vous devez vous rappeler ce que vous avez mangé il y a 6 mois quand vous étiez invité chez des amis pour faire une partie de Xbox-Pizza.
  • Oui. Vous devez vous rappeler de votre repas en date d’il y a 9 mois au restaurant Green House, et surtout de la sauce commandée avec votre salade végétarienne.
  • Oui. Vous devez aussi vous rappeler de votre petit déjeuner d’il y a 12 mois, pris sur le coin d’une table avec des restes du frigo… Merde, c’était un yaourt ou un bol de céréales ? Merde, j’en sais rien… C’était un yaourt ouais, j’aime bien le yaourt.

1 an. Ce questionnaire fait appel à des compétences cognitives impressionnantes alors que la plupart des personnes vivant sur Terre (parce que sur Krypton, j’en ai aucune idée) ne sont pas capables de se souvenir d’un repas pris il y a 1 semaine (alors celui d’il y a 34 semaines n’en parlons pas).

Se souvenir d’un repas pris il y a 3 mois est une chose, mais vous souvenez-vous aussi de la taille de la portion ? Et là, tout devient TRES compliqué.

Après un effort titanesque de plus de 3 heures, dans lequel vous avez consulté tous vos historiques MSN (oui, MSN existait encore à l’époque), vous avez appelé 23 de vos amis et envoyé 23 mails Facebook, vous vous souvenez enfin de bien avoir mangé des lentilles avec des oignons et des carottes, accompagnés d’un verre de jus de fruit.

Oui mais, j’avais faim ? Je ne me souviens plus, et je me suis resservi ou pas ? J’aurais peut-être gaspillé en fait… Merde ! Je coche quelle ration ?! (sachant que le questionnaire propose généralement 7 choix)

C’est le Bronx, et c’est bien normal.

Vous avez maintenant très bien compris où je veux en venir :

Les questionnaires utilisés dans les études d’épidémiologie qui avance des hypothèses lourdes de conséquences sur nos habitudes alimentaires se révèlent peu fiables, et même moins que cela si l’on prend en compte le protocole très particulier des auteurs de l’étude en question.

Pour mémoire :

  • Les candidats peuvent « rater » jusqu’à 69 questions ;
  • Les candidats doivent se souvenir de tous leurs repas sur une année entière ;
  • Les catégories ainsi créées autorisent les végétaliens et les végétariens de craquer au moins une fois par mois pour un bon steak ou un Mc Do.

Remarquez que nous n’avons pas encore parlé des résultats, alors que ceux-ci prennent déjà du plomb dans l’aile à cause des faiblesses méthodologiques. Justement, parlons-en de ces résultats

12 % de risques en moins pour les végétariens ?

Le tableau 1 de l’étude résume les principaux résultats acquis avec l’analyse des données des questionnaires et des actes de décès.

Il en ressort un tableau de 5 colonnes pour les différentes causes de mortalités (maladies ischémiques, cardio-vasculaires, cancers ou autres définit plus tard) avec la 1ère colonne désignant les causes de mortalité tout confondu.

Le tableau est ensuite divisé en 3 « lignes principales » :

  • Tous les participants (hommes et femmes confondus)
  • Les hommes uniquement
  • Les femmes uniquement

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J’ai colorié en jaune les résultats significatifs de l’étude, qui atteste bien d’une différence statistique entre les végétariens et les non-végétariens. Il n’y a que 4 champs en jaune, tout le reste n’est donc pas significatif et ne montre aucune différence entre un végétarien, un végétalien ou un pesco-végétarien avec un carnivore.

Les lignes « Non-végétariens » indiquent toutes « 1 », car c’est la référence, c’est le risque témoin. Les auteurs ont calculé un risque pour les non-végétariens, qu’ils calibrent ensuite à 1, pour ensuite les comparer avec les végétariens.

De ce fait, et il faut bien comprendre le principe : si la cellule indique 0.6 (1-0.6 = 0.4) : les végétariens ont dont (0.4*100) 40% de risques de mourir en moins d’une maladie X que les non-végétariens.

Si le chiffre est supérieur à 1, alors ce sont les végétariens qui ont des risques de mort plus important ! C’est par exemple le cas de la colonne « Cancers », dans la catégorie « Hommes », où les végétariens ont 2% (1.02) de risques en plus par rapport aux non-végétariens. Bien entendu, la différence est très faible et le résultat n’est pas significatif statistiquement.

Tout est clair ? Oui ? Vous avez donc compris d’où vient le fameux 12% de risques de morts en moins. C’est le fameux 0.88 de la première colonne, et première ligne. Ce chiffre étant significatif, il est repris par tous les médias.

Vous savez de facto que l’on ne peut même pas savoir à qui profite ces chiffres étant donné que le terme végétarien des auteurs intègre les 4 catégories vue précédemment (et qui sont en plus critiquable).

Le plus intéressant est à venir. Vous avez remarquez la dernière ligne ? Celle des femmes ? N’est-elle pas coloriée en jaune ? Absolument pas, rien.

Selon cette étude, les femmes végétariennes (lacto-ovo), végétaliennes, pesco-végétariennes ou semi-végétariennes n’auraient aucun bénéfice pour leur santé par rapport aux omnivores, aux carnivores et ce, peu importe leur consommation et la qualité de la viande rouge !

Du côté des hommes, un régime végétarien (tout type confondu) apporte 18% (0.82) de risques en moins comparé à un omnivore lambda.

18 % de risques de mourir en moins. Franchement, ça veut dire quoi ? Cela veut-il dire que 18 omnivores sur 100 meurent en plus tous les ans ? Non, sur 6 ans ?

En réalité, nous avons tous 0.95% de risques de mourir toutes causes confondues. Ce chiffre est officiel, et surement proche de la réalité des occidentaux ou des citoyens des pays développés.

Donc, les « végétariens » auraient seulement 0.78% de risques de mourir toutes causes confondues au lieu des 0,95% des omnivores.

Les 18%, une fois qu’ils sont intégrés aux risques réels, perdent franchement de leur côté « sensationnel ».

Voici l’opération mathématique pour les anti-matheux : 0.95 – (0.95*0.18) = 0.779.

Des végétariens, mais quels végétariens ?

Heureusement pour nous et pour tous les « végétariens » qui se demandent quel végétarisme est le plus protecteur, les auteurs publient un tableau (n°4) qui compile tous les résultats pour les 5 catégories.

Ce tableau se lit exactement de la même manière que le premier, j’ai également conservé le code couleur (en orange, les résultats significatifs, le reste c’est peau de balle).

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  1. Le premier résultat, flagrant ou pas, se situe chez nos amis semi-végétariens qui ne bénéficient d’aucune cellule orange ! Autrement dit, ce régime est comparable à celui d’un omnivore, ou d’un carnivore, peu importe.
  2. Deuxième résultat intéressant, et qui confirme largement mon titre, les végétaliennes, les vraies végétariennes (lacto-ovo) et les pesco-végétariennes (avec une exception notable sur les maladies ischémiques) ne bénéficient pas d’un taux de mortalité plus avantageux comparé aux « omnis ».
  3. Troisième résultat très intéressant, les lacto-ovo-végétariens (les végétariens de base, les hommes, j’insiste) ne bénéficient pas de protection toutes causes de mort, ni pour les maladies ischémique, ni pour les cancers et ni pour les autres catégories. Mais ils bénéficient tout de même d’un risque réduit de 23% pour toutes les maladies cardio-vasculaires.

Les autres (*) catégories concernent les maladies infectieuses, neurologiques, respiratoires, rénales et endocriniennes.

De la même manière qu’avec nos 12%, un homme a 30% de chance de mourir d’une maladie cardio-vasculaire, sauf si vous êtes lacto-végétarien, alors votre risque sera de 23%. Vous gagnez 7 points de vie supplémentaires !

Je vous laisse le soin de commenter les autres résultats pour les différentes catégories et je terminerais sur une dernière analyse.

On revient donc sur notre premier tableau qui nous indique que tous les végétariens confondus ont 12% de risque de mort en moins que les « omnis ». Si vous regardez la ligne correspondante, le seul trait significatif est « autres maladies ».

On se dirige donc sur la table « autres maladies » et on remarque que seule les maladies rénales et endocriniennes apportent une protection significative de 52% et 39%, respectivement.

Selon les chiffres officielles et les données de l’article, les maladies endocriniennes ne concernent en fait que le diabète de type 2, dont le risque de mort est de 1,73%.

39% de risques en moins signifient que votre risque passe de 1.73 à 1.06%. Pas mal.

Pour les maladies rénales, le risque le plus proche (néphropathie) tourne autour de 1.19% de risques de mort. Or, tous les végétariens auraient une 52% de risques en moins, ce qui le réduit à 0.56% (au lieu de 1.19).

Un mot sur les conflits d’intérêts

L’article ne serait évidemment pas complet si je ne parlais pas des conflits d’intérêts potentiels, mais récurrents, entre les auteurs et les sociétés végétariennes. Dans un précédent article où j’ai analysé 13 études portant sur le végétarisme, 10 présentaient un ou plusieurs conflits d’intérêts avec les auteurs.

Dans cette étude, le Dr Orlich (premier auteur) déclare avoir été payé à deux reprises par l’église des adventistes du 7ème jour pour avoir réalisé deux conférences sur les perspectives des études épidémiologiques, et sur les bienfaits du style de vie dans la prévention des maladies chroniques.

Finalement, Gary Fraser, le dernier auteur de l’étude, est également le directeur de l’AHS pour Adventist Health Study. Autrement dit, il dirige la campagne de sélection des adventistes du 7ème jour, et il est également auteur scientifique sur cette population cible de religieux. Les deux casquettes ne semblent pas déranger les médias, mais nous, un peu…

Conclusion

Cette étude épidémiologique est malheureusement du même bois que la plupart des autres études épidémiologiques que j’ai pu lire et analyser sur ce sujet, très sensible.

  • Les méthodes d’acquisitions des données, par formulaire, biaisent fortement les résultats obtenus. 1er doute.
  • Dans cette étude, les conditions d’acceptations des formulaires paraissent étranges, avec la possibilité d’ignorer 1/3 des questions sur les habitudes alimentaire. 2ème doute.
  • Les catégories générées par les auteurs autorisent les végétariens (au sens large) a consommer de la viande ou du poisson au maximum une fois par mois. 3ème doute.
  • Il n’y a aucune sous-catégorie chez les non-végétariens pour dissocier les gros mangeurs de viande, des petits mangeurs, ainsi que des mangeurs de viande de qualité versus de moins bonne qualité (élevage intensif et/ou viandes transformées). 4ème doute.
  • Les résultats de l’étude n’ont aucune légitimité pour établir des liens de cause à effet, mais uniquement des associations, générant des hypothèses. 5ème doute.

Finalement, les chiffres annoncés dans l’étude puis repris dans la presse ne traduise pas la réalité observé dans l’étude, pour les hommes et pour les femmes indépendamment.

En effet, les résultats indiquent clairement qu’il n’y aurait aucune différence entre un régime omnivore et un régime végétalien, lacto-ovo végétarien, pesco-végétarien (sauf une exception) et semi-végétarien chez les femmes.

Chez les hommes, les résultats indiquent également qu’il n’y aurait aucune différence entre le régime semi-végétarien, et lacto-ovo végétarien (avec une exception).

Pour conclure, il sort tout de même de cette étude que ce sont les hommes végétaliens qui auraient le plus a gagner de suivre un tel régime, avec des bénéfices au niveau des cardiopathies ischémiques et des maladies cardio-vasculaires.

PS: bien entendu, chères lectrices végétariennes, cela ne sert pas à rien de devenir végétarienne. Je suis bien évidemment conscient que le régime végétarien est un régime santé, mais observez bien ce que l’on peut faire dire à une étude scientifique. 


Notes et références

  1. Orlich Mj, S.P.S.J. and et al., Vegetarian dietary patterns and mortality in adventist health Study 2. JAMA Internal Medicine, 2013: p. 1-8.

 

135 Commentaires

  1. Benjamin DUPLAIX

    Ce qui fabuleux avec les études c’est qu’une étude va dire un truc, une autre étude va dire autre chose… Pour qu’au final les médecins finissent par reconnaitre que ce qui va fonctionner sur ton voisin ne fonctionnera pas sur toi :) De la vacuité des statistiques.

    Ce que, malheureusement, on peut reprocher à ton « décorticage » c’est son approximation. Tu ne peux pas dire que la majorité des français ne se rappellent pas ce qu’ils ont mangé il y a 6 mois. Il faudrait faire une étude complète pour ça, sur 2 ans, pour déterminer cette variable. Et moi je ferais une étude qui prouve exactement le contraire, et ainsi de suite :D

    Plus sérieusement, le problème de ce genres d’études, ce qu’il ne s’agit que d’une méthodologie appliqué à une recherche, impliquant un résultat. Ces études ne méritent pas le succès médiatique qu’on leur donne. Car elle ne déclare pas détenir la vérité, mais un simple résultat. Ce genre d’article, comme tu les fait, montre cela et neutralise, d’une certaine façon la porté de ces études.

    En d’autre terme, les médias, et les décodeurs médiatiques comme toi, participez à la vacuité de l’information. Mais quelque part, cet équilibre est nécessaire je pense : Mieux vaut reconnaitre ne pas être informé du tout, que croire être bien informé.

    1. Jérémy Anso (Post author)

      J’hésite à dire merci Benjamin ! Si cet article n’était que pur vacuité d’information, pourquoi alors avoir pris la peine de le commenter ? Il y a une différence entre le traitement média des journaux grands publics, qui vont faire une popularisation brute des résultats, et une analyse plus poussée sur la méthode, la qualité des résultats, l’impact « réel » sur la prévalence des cancers, et surtout le partage entre les différentes tendances alimentaires.

      Les FFQ ont montré une certaine efficacité pour retranscrire les habitudes alimentaires. Il faut quand même les regarder avec précaution. Voilà en somme l’idée de ce message, avec une certaine vacuité ;)

  2. Martin

    Du grand n’importe quoi cet article … visiblement tu as un probléme avec des terme simple : vegetarien / vegetalien.
    vous tentez de détruire une étude qui elle même se dit à prendre avec des pincettes car réalisé une courte durée. Cependant il sera difficile de prouver le contraire. Alors si tu souhaitez pour ton égos manger de la viande tranquilllement fais ce que bon te semble mais évite de vouloir décrier des études ‘sceintifiques ‘ oui désolé c’est bien le terme pour dire des conneries pareils sans aucune fondement …!

    1. Jérémy Anso (Post author)

      @ Martin, manifestement, c’est bien toi qui ne sait pas lire correctement ce que je viens d’écrire dans ce vieil article. Comment est-il possible de se tromper entre végétarien, qui ne mange pas de poisson ni de viande et les végétaliens, qui excluent tous les produits issus de l’exploitation animale (comme le lait, le miel, les oeufs, etc.) ?

      C’est pourtant bien ce qu’il est écrit dans mon article. En revanche, je met en avant comment les auteurs de l’article ont crée des catégories étranges et mélangent les différentes tendances.

      Pour rappel à tous, un régime « vegan » en anglais, représente une diète végétalienne en français. En français, on peut être « végane » ce qui correspond aussi à « vegan » en anglais. D’où le fait que c’est compliqué. Mais je sais très bien où se place la différence, avec une idéologie qui va au-delà de l’alimentation quand on est végane (ou vegan en anglais, sans parler uniquement de « diet ») Est-ce plus clair ?

  3. Fred

    Bonjour,
    Petite question : qu’est-ce qui détermine qu’une valeur du tableau est significative ou pas ?
    par exemple : il y a 2 fois 0,71 dans un des tableaux, l’un est considéré comme significatif et pas l’autre. Pourquoi ?

    Merci d’avance

    1. Jérémy Anso (Post author)

      Salut Fred ! Excellente question ! Deux choses permettent de le savoir, la première la plus basique c’est la « p-value » qui doit être inférieure à 5% (le fameux seuil à 0,05) ou bien l’intervalle de confiance dans l’établissement d’un risque relatif (RR) qui ne doit pas comprendre le chiffre 1. Par exemple, il y a dans le tableau 2 fois 0,71, mais je n’ai pas mis les intervalles de confiance, je n’ai gardé que ceux qui sont significatif. Ca peut se présenter sous cette forme : 0,71 [0,55-0,89] ou 0,71 [0,41-1,01]. Le premier est significatif, le second non, c’est plus clair ? Il faudrait que vous regardiez l’étude pour de vrai pour l’appliquer directement ! :)

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