On retrouve pléthore de témoignages de survivants du cancer sur le Net. Des témoignages qui cumulent les incertitudes : très peu d’information médicale, aucun recul sur les patients et souvent le rejet de la médecine conventionnelle alors qu’elle a été utilisée avec succès par les survivants.

source : visualhunt.

Grâce aux plateformes de vidéo en ligne et aux réseaux sociaux, de plus en plus de personnes peuvent partager leur combat contre leurs cancers. Ces personnes témoignent de la difficile prise en charge médicale, des puissants effets secondaires des traitements médicamenteux – de nombreuses nouvelles thérapies autorisées se révèlent inefficace -, mais aussi des alternatives qu’ils suivent, et des éventuelles guérisons.

Ces témoignages ne laissent pas indifférents, loin de là. Et chacun y va de sa recette et de son protocole. Des jus d’herbes, de la vitamine C, de fruits et de légumes en passant par un régime sans sucre ou par un jeûne plus ou moins long.

Ces vidéos ont le point commun de raconter une histoire qui fini toujours bien. Les malades s’en sortent par le naturel, de l’alternatif pour des cancers qu’ils jugent bien souvent incurables, métastasés, très avancés…

Mais un témoignage reste par nature un témoignage. Une vision de la réalité que les intéressés ont bien voulu nous présenter. Une présentation qui peut légitimement soulever chez nous de nombreuses questions.

Cet article a pour objectif de rationaliser ces nombreuses informations que l’on peut trouver sur la toile. Non pas pour décourager les malades ni décrédibiliser le moindre témoignage, bien au contraire. Cet article peut servir pour prendre le recul nécessaire face à cette avalanche d’informations, dont on ignore pratiquement tout.

Le récit des personnes qui témoignent est analysé avec le plus grand respect, sans la moindre insinuation de tromperie ou quoi que ce soit d’autre. Vous le verrez, le diable se cache surtout dans les détails.

La Guerre et le biais du survivant

Durant la Seconde Guerre mondiale, Abraham Wald s’est fait un nom célèbre. Ce membre du groupe de recherche en statistique a été un précurseur dans l’évaluation des dégâts subit par les bombardiers pendant la guerre, et de comment les protéger au mieux pour limiter les pertes.

Abraham Wald s’est donc intéressé aux seuls avions qu’il pouvait examiner : les survivants au combat. Les réchappés des batteries antiaériennes et autres chasseurs de combat étaient tous criblés d’impacts de munitions.

La première réaction devant ces survivants voudrait qu’on rajoute du blindage dans les zones endommagées pour limiter la casse, mais sur la base de savant calcul mathématique, et d’un peu de logique, Wald a fait l’inverse.

Les avions criblés de balles, mais capables de revenir sains et saufs avaient manifestement reçu des tirs dans des zones non vitales, pour les autres, l’histoire devait être bien différente. Wald a donc proposé de blinder les parties justement non touchées par le feu ennemi, celles qui sont supposées être essentielles à la survie des bombardiers.

Source : Pyatnitskiy, M., Karpov, D., Poverennaya, E., Lisitsa, A., & Moshkovskii, S. (2015). Bringing down cancer aircraft: searching for essential hypomutated proteins in skin melanoma. PloS one, 10(11).

Cette expérience historique est une illustration parfaite du biais du survivant, brillamment prise en compte pendant la guerre pour tenter de limiter les pertes.

Appliqué à notre sujet, on ne peut pas faire une analogie complète avec les travaux de Wald sur le blindage des bombardiers. Toutefois, il faut garder en mémoire que vous ne pourrez manifestement jamais entendre les témoignages des personnes qui sont aujourd’hui décédées, et qui ont pourtant suivi des principes curatifs alternatifs : du végétalisme, du jeûne, du cétogène, des jus, mais aussi des traitements conventionnels.

Régime cétogène contre le cancer ?

Lisez cette série d’articles qui discute de l’efficacité et des controverses scientifiques du régime sans glucides pour aider les cancéreux. Tout n’est pas clair, le régime cétogène est loin d’être la panacée. Des informations utiles pour prendre des décisions.

Ce biais du survivant s’applique plutôt bien à ces fameux témoignages positifs, mais aussi pour la perte de poids, des guérisons pour d’autres maladies, etc. Bien souvent, seuls ceux qui réussissent ou qui “survivent” témoignent. Les autres, vous n’en entendrez jamais parler.

En science, c’est le même constat.

Le parallèle avec la science d’aujourd’hui est troublant. Les journaux scientifiques ont la très mauvaise habitude de publier plus souvent les résultats d’études positives, et mettre au placard les résultats négatifs.

Pourquoi ? Car les résultats positifs déchaînent les passions et ont beaucoup plus de chance d’être largement cités par d’autres travauxce qui est un critère de réussite en science – que les études négatives, qui n’impressionnent pas vraiment.

En conséquence, on peut retrouver pour un traitement contre une maladie une vision positive faussée par la publication de nombreuses études favorables, tandis que les autres qui ne montrent aucun effet seront oubliés par la science.

On parle plus spécialement ici du biais de publication, qui ressemble à s’y méprendre au biais du survivant que l’on peut retrouver sur le Net et qu’il faut garder à l’esprit avec ces nombreux témoignages.

Peu de contexte médical et de suivi

Les témoignages les mieux documentés ne sont pas faits par les malades, mais par les médecins chercheurs. On retrouve de nombreuses études de cas relatant des rémissions de cancers avec force de détails, et qui s’avèrent extrêmement importants pour mieux comprendre la maladie et son évolution.

On retrouve pléthore de témoignages de survivants du cancer sur le Net. Des témoignages qui cumulent les incertitudes : très peu d'information médicale, aucun recul sur les patients et souvent le rejet de la médecine conventionnelle alors qu'elle a été utilisée avec succès par les survivants.

Grâce aux plateformes de vidéo en ligne et aux réseaux sociaux, de plus en plus de personnes peuvent partager leur combat contre leurs cancers. Ces personnes témoignent de . . .

La suite de ce contenu est réservée aux membres.

Abonnez-vous pour découvrir les enquêtes inédites et soutenir un site d'information 100% indépendant. Des articles et analyses qui changent la vie.

Pour les membres, remplissez le formulaire ci-dessous.

Cet article vous a plu ?

Inscrivez-vous gratuitement à la lettre d'information en rejoignant 10.000 autres abonnés ! Pour vous remercier de votre confiance, un guide complet sur le sucre et plusieurs enquêtes inédites (sur le sang, les dangers poêles, des crèmes solaires, etc.) vous seront offerts !

8 commentaires
  1. Placébos versus nocébos !! Il faut vraiment réfléchir quel chemin prendre. C’est la foi qui sauve et c’est bien comme cela.Ne jetons pas le bébé avec son bain.
    Les chinois ont survécus pendant des millénaires sans preuves scientifiques de leur médecine ou médicaments. Cela donne à réfléchir.
    « Dans une société malade on considère les personnes en bonne santé comme étant fous »
    Erich Fromm sociologue & psychanalyste

  2. Article très intéressant, entre autres par le rappel historique sur les impacts des avions !

    Il y a quelques erreurs de syntaxe à corriger :

    “on apprend qu’elle a suivi – et suis toujours –”
    “une batterie de traitements alternatifs dont certains l’efficacité de certains n’est pas avérée.”

  3. bonjour Jeremy

    abonné depuis peu, je vois que le “réservé aux abonnés” limite enormement les commentaires et donc les echanges qui s’ensuivent dans les articles ouverts à tous.

    sur cet article precisemment je pense que ça aurait été interressant

    en résumé et ta démarche de scientifique est logique et légitime mais tu sais bien qu’aucune etude ne sera jamais entamée sur les méthodes dites naturelles car 1 rien n’est brevetable donc personne ne veut investir pour un benefice nul ou quasi 2 tous les patients pratiquant ces méthodes mettent en place de multiples strategies en paralléle car ils ne veulent pas prendre le risque de mourir pour la beauté de la science en n’en suivant qu’une seule.

    pour mon cas personnel. pour te donner un exemple où je serais totalement transparent
    ma femme a eu en 2006 un oligoastrocytome de grade III (tumeur cerebrale taille mandarine frontal droit)
    le pronostic était clair 18 mois max avant recidive – 3 ans de survie max

    elle est décédée en 2019 soit 13 ans aprés ce diag et d’une autre maladie

    je me suis occupé de mettre en place une foultitude de choses dont je n’ai pas la preuve qu’elles ont fait la difference mais le resultat est là.
    c’est vrai qu’elle a eu de la chirurgie + radiotherapie (le max de rayon 60Gy) + chimio pendant 6 mois (temodal) mais meme avec ce coktail merveilleux elle n’avait pas plus de 3 ans devant elle. Nous avons fait mentir ce pronostic, pour autant ce n’est une preuve de rien du tout.

    moi je me souviens simplement des 3 ou 4 premieres IRM ou le radiologue nous disait “mais qu’est ce que vous faites ? – il n’y a pas trace d’inflamation autour de la zone opérée ?” bien sur on ne lui repondait pas , ils ne sont pas équipés pour intégrer autre chose que ce qu’on leur a appris.

    ce même radiologue trés sympa à qui j’expliquais comment nous vivions et mangions nous a dit ” oui mais il faut vivre quand même ?!” sans plaisir je l’ai vu dans les avis d’obseques 6 mois plus tard (infarctus)

    je pourrais détailler tout mais je suis épuisé par ce parcours, car faire des chemins parallèles en gerant les relations avec la medecine classique est epuisant
    voilà depuis 2006 j’ai tant d’autres histoires où j’ai reussi là où ils avaient echoué (sur la maladie pulmonaire de ma femme en particulier) mais je passerai pour un mythomane, mais moi dans ce cas precis je sais ce qui a marché en particulier sur des infections gravissimes avec des souches resistantes que j’ai traité avec des huiles essentielles trés specifiques

    en bref voilà
    ton article est trés bien mais si le crabe s’approche je recommencerais tout et en ce qui me concerne je ne prendrai aucune CHIMIO aucune ! (chirurgie en priorité si possible, radiotherapie en dernier recours)

    1. Salut Robinson et merci pour ce témoignage !

      Je suis navré d’apprendre cette histoire tragique mais elle illustre selon moi ben ce qui est dit ici : il y a je pense bien des effets positifs et puissants qui agissent entre les traitements conventionnelles et les autres choses (alimentation, anxiété, sophro, vitamine C à haute dose peut-être, traitement métabolique, etc..) ou autrement dit avec l’amélioration de l’hygiène de vie.

      Pour l’avoir vu écrit noir sur blanc dans des publications j’y crois : des personnes ont pu soigner des métastases gravissimes et normalement fatales aux avec un jus de corossol. Enfin, il y a un cas ou deux documentés peut-être. Donc des personnes qui se trouvent dans les bonnes conditions, je pense surtout à la nature du cancer, peuvent inverser le cours de l’histoire malgré un enterrement par la médecine conventionnelle.

      Pour les commentaires, je dois dire que depuis que certains articles sont devenu restreint, il n’y a jamais eu autant d’échanges constructifs. J’ai écrit de nombreux articles, et je peux voir la différence.

      Finalement, même si beaucoup de choses ne sont pas “brevetable” la science essaie quand même. Il n’y a pas que des logiques financières. L’exemple avec le traitement métabolique du Dr. Schwartz, ou les essais sur la vitamine D à haute dose, ou le régime cétogène. Mais il est clair que toutes les molécules que l’on trouve dans la nature ou les cocktails d’herbes ne seront pas testé en essai clinique. Cela demande tellement d’argent, qu’il faut soit un engagement d’un industriel soit une piste scientifique suffisamment sérieuse pour qu’un financement public soit trouvé. Pas facile !

      PS : ne t’inquiète pas pour les messages, je prend un peu de temps pour les valider pour essayer d’y apporter une réponse à chaque fois ! : )

  4. Ce qui me plaît dans cet article et dans ceux cités en liens, c’est que l’auteur ne se contente pas d’invoquer le biais du survivant : ce serait trop facile d’écarter du revers de la main, sans discussion, tous les témoignages “anecdotiques” qui fleurissent sur les forums et les réseaux sociaux.

    Un témoignage (une statistique “n = 1” comme on dit pour plaisanter) a toujours une utilité à condition de l’analyser pour ce qu’il révèle, ce qu’il cache et ce qu’il déforme. Les erreurs ne sont pas des signes certains de malhonnêteté…

    Le cas des “survivants du cancer” est particulièrement dérangeant : la plupart ont eu recours à des “recettes de grand-mère” et d’autres qui ne sont que des affirmations de soignants autoproclamés. Elles ont peut-être contribué à leur rémission mais cette contribution ne peut pas être prouvée, encore moins mesurée, car ils ont aussi utilisé des bases de “traitement métabolique” qui reposent sur une expérimentation rigoureuse, comme c’est le cas des molécules préconisées (avec maintes de précautions) par le Dr. Laurent Schwartz. Même chose pour les diètes cétogènes.

    Il s’ensuit que les sceptiques professionnels — les gens qui n’ont pas de cancer — discréditent à la fois l’attrait pour une pharmacopée de pacotille et des travaux sérieux qui pourraient modifier en profondeur les perspectives de guérison (et de prévention) du cancer.

    Je peux résumer cela en disant que Laurent Schwartz fait un travail que j’admire sincèrement mais qu’il a de “mauvaises fréquentations” en le présentant dans les milieux “alternatifs” où des discours anti-pharma, anti-médecine et anti-science sont dominants. Il est en train de devenir, à son corps défendant, un de ces “experts YouTube” que je fustige dans mes interventions (voir https://leti.lt/swms).

    C’est exactement ce qui s’est passé il y a quelques jours lorsque le Pr. Didier Raoult est intervenu de manière très maladroite sur YouTube pour signaler l’intérêt de la choloroquine dans le traitement (et la prévention) du coronavirus… Les mauvais communicants se décrédibilisent et, plus grave, ils décrédibilisent des travaux sérieux dans lesquels ils se sont engagés avec passion.

    1. Salut Bernard et merci pour ton développement. Je suis à la recherche de tous les travaux du Dr. Schwartz sur le traitement métabolique du cancer. Je n’ai trouvé que cette publication pour le moment :

      “Schwartz, L., Abolhassani, M., Guais, A., Sanders, E., Steyaert, J. M., Campion, F., & Israël, M. (2010). A combination of alpha lipoic acid and calcium hydroxycitrate is efficient against mouse cancer models: preliminary results. Oncology reports, 23(5), 1407-1416.”

      Tu aurais d’autres références ? Je vais faire d’autres recherches. Je plussoie pour le risque de son image de s’exposer avec des mouvances non scientifiques. J’ai pu l’avoir au téléphone, et je pense sincèrement qu’il ne mesurait pas trop la portée de son engagement avec le “samouraï” et n’avait pas pu me donner plus de précision que cela sur la récente étude Maurice Israël.

      1. Oui, il a 35 références dans PubMed : https://leti.lt/c1th

        Je crois que c’est un chercheur sérieux mais, comme il le dit lui-même, pas un praticien de la médecine. C’est là que se situe une mécompréhension car des malades essaient de l’interpeller directement. Bien sûr, il en côtoie, mais pas en tant que médecin traitant.

        Il dit sur sa vidéo (https://youtu.be/-80s6GOXe24) qu’il est fasciné par les “équations”, et il l’est surtout par les mathématiciens et physiciens, d’où son association avec Marc Henry qui aime les hypothèses planantes… Je crains que le crash soit douloureux et ce serait bien dommage pour les cancéreux qui ont besoin d’être guidés vers de nouvelles pistes.

        Il y a quelques mois l’idée avait été évoquée de créer une base de données de suivi de patients qui essaient des traitements métaboliques : les patients saisiraient eux-mêmes tous les événements et données importants dans leur parcours de soin. Le recueil serait adapté à des analyses quantitatives et statistiques pour essayer d’en déduire quelles molécules et quelles procédures conviennent le mieux. Je trouvais ça très intéressant et j’ai travaillé un mois à décrire une maquette et commencer à formaliser le modèle dans une approche qui s’inspirait de ce qu’on appelait IA avant les réseaux connexionnistes ! Il fallait à la fois un dispositif précis, avec détection d’erreurs, et une interface facile à utiliser… Finalement il a jugé ça “trop compliqué” (alors que c’est le problème qui est compliqué) et on a laissé tomber. Je suis soulagé de ne pas être tombé dans cette galère qui m’aurait occupé pendant bien un an (à titre bénévole il va de soi) pour un résultat qui peut-être n’aurait pas été accepté. S’il y avait eu une équipe de programmeurs j’aurais été heureux d’y participer plutôt que de travailler en solo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En postant un avis, vous acceptez les CGU du site Dur à Avaler. Si votre avis ne respecte pas ces règles, il pourra être refusé sans explication. Les commentaires avec des liens hypertextes sont sujets à modération à priori. Merci d'émettre vos avis et opinions dans le respect et la courtoisie. La partie commentaire sera automatiquement fermé 30 jours après publication de l'article.