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Dur à Avaler est un blog d'information sur la santé, la nutrition, l'univers du médicament et les conflits d'intérêts. Le blog est entièrement sans publicité pour faciliter la lecture des articles. Les articles sont le résultat d'une recherche scientifique minutieuse pour apporter des conseils et lancer des débats constructifs. Les article sont rédigés par Jérémy Anso, docteur en biologie et des auteurs invités pour des sujets particuliers. Le blog n'a pas vocation à remplacer le lien entre un patient et son professionnel de santé, mais bien de le renforcer par la confiance, la lecture critique des évidences scientifiques et le rendre plus transparent.

Un gendarme du médicament qui n’est pas indépendant, des études cliniques peu rigoureuses et peu contrôlées avec des patients savamment choisis… voici les principales raisons de l’absence dramatique d’efficacité de nombreux traitements contre le cancer.

Le cancer et ses traitements…

Le cancer est une maladie qui touche de plus en plus de monde dans nos sociétés développées. Les raisons sont multiples et parfois complexes à identifier avec des prédispositions génétiques, un environnement cancérigène (pollution atmosphérique, amiante, etc.) et certaines habitudes de vie (sédentarité, tabagisme, alcoolisme, alimentation, etc.)

La consommation de viande rouge donne-t-elle le cancer ? Découvrez nos enquêtes sur ce sujet ici et .

Face à la maladie, la science possède un arsenal de réponses thérapeutiques plus ou moins efficaces en fonction des zones touchées, de l’avancement du cancer, des connaissances médicales et de la production de médicaments par les firmes pharmaceutiques.

Car si l’on peut trouver des méthodes dites naturelles pour soigner un cancer, comme les traitements à la vitamine C dont l’efficacité fait débat, et voir de temps à autre des rémissions spectaculaires (lire notre enquête sur le cancer du foie), la majorité d’entres-nous reposent sur l’utilisation de traitements standards : chimiothérapie (avec ou sans embolisation), radiothérapie, immunothérapie, et bien d’autres.

Malheureusement, les traitements contre le cancer (de manière générale) sont frappés par un mal connu de la plupart d’entre nous : l’efficacité des thérapies autorisée par nos agences de santé sont extrêmement faible, voire inexistante pour une majorité d’entre eux. Cette inefficacité dénoncée par de nombreux scientifiques et médecins ravive les théories du complot sur la toile (voir notre article sur un “complot mondial”), sous fond d’intérêts financiers colossaux.

Une chose est certaine aujourd’hui : plus d’un traitement sur deux autorisé en Europe par notre agence du médicament (EMA) n’apporte rien aux malades si on considère les deux critères principaux, gagner des mois ou des années en plus à vivre et avoir une meilleure qualité de vie1 2.

Les raisons de cette inefficacité (légale) sont pourtant connues, voici les principales.

L’inefficacité des traitements contre le cancer

Des études de qualité scientifique médiocre

Pour obtenir les fameuses autorisations de mise sur le marché (AMM), les laboratoires doivent conduire des essais cliniques avec des patients atteints de cancers et leur proposer en double aveugle la nouvelle molécule ou un placebo. Au terme de l’étude, si la molécule testée produit des avantages significatifs pour les patients, les autorités de santé pourront donner une AMM.

Mais les laboratoires sont malins dans la conduite de leur essai clinique, car cela coûte cher, très cher même d’en faire. Ils choisissent alors avec précision les patients dans leur étude. Des malades qui ne représentent pas la population générale atteinte d’un certain type de cancer : plus jeune, en meilleure santé, sans comorbidité (d’autres facteurs aggravants le pronostic vital). Autrement dit, ils augmentent leur chance d’obtenir des résultats positifs, qui s’évanouissent dans l’utilisation réelle.

Plus graves, les laboratoires ne mesurent pas dans leurs études les deux critères principaux (gain d’espérance de vie et qualité de vie) mais des critères annexes et secondaires censés prédire l’évolution des principaux. On parle dans le jargon médical de la survie sans progression de la maladie (PFS) et du délai de progression de la maladie (TTP). Mais dans les faits, si les laboratoires arrivent souvent à montrer des bénéfices sur ces deux critères secondaires, on ne retrouve pratiquement plus aucun bénéfice sur les plus importants : la survie et la qualité de vie3.

Une situation que l’on pourrait qualifier d’intolérable et se demander pourquoi elle existe. Elle existe car les autorités de santé le permettent, tout simplement. C’est le point suivant.

Une agence de régulation trop laxiste et non indépendante

Malheureusement, l’EMA qui distribue un peu rapidement et facilement les AMM n’est pas indépendante de l’industrie pharmaceutique. En réalité, 83% du budget de fonctionnement du gendarme européen du médicament était apporté par les firmes pharmaceutiques en 20154.

Une situation inacceptable et dénoncée par de nombreux scientifiques du monde entier qui se demandent bien comment une agence de régulation pour effectuer correctement son travail si ses employés sont dans les faits rémunérés par les firmes qu’ils sont censés contrôler5.

Une incohérence qui se paye lourdement : l’EMA allège ses critères d’évaluations année après année , permettant ainsi aux laboratoires de conduire des essais cliniques tronqués et biaisés à moindre coût et d’obtenir quand même un médicament autorisé qui rapporte de l’argent (et beaucoup d’argent).

Des conflits d’intérêts hors norme

Les conditions pour obtenir une AMM sont donc extrêmement favorables pour les firmes pharmaceutiques. En plus de cela, on remarque que le domaine de la cancérologie est l’un des plus “corrompus” en médecine. Ce n’est bien sûr pas de la corruption, mais les liens financiers qui unissent les médecins chercheurs qui conduisent les essais thérapeutiques sont omniprésents et pharaoniques.

Or, des études cliniques non indépendantes ont plus de genre d’obtenir des résultats positifs et favorables aux sponsors. Nous ne savons pas précisément les raisons de ces observations, mais des subtilités statistiques, des choix précis (sous-groupe, sous-analyses, etc.) permettraient d’avoir plus souvent des résultats positifs. Si les déclarations d’intérêts des médecins chercheurs permettent d’éclaircir ces liens d’intérêts, elles ne permettent pas d’assainir la situation.

Quelles conclusions et quelles solutions ?

Avec des traitements contre le cancer bien souvent inefficace et hors de prix, les systèmes de sécurité sociale de nombreux pays peinent à trouver des fonds pour permettre à tous de bénéficier de traitements… efficaces.

Certains pays comme le Royaume-Uni réalisent déjà des sélections des thérapies qu’elle peut rembourser et on remarque que de plus en plus de thérapies sont progressivement entièrement à la charge des malades, dont certains avec peu de moyens ne peuvent voir. Il y a un réel problème, et extrêmement grave, aujourd’hui dans le domaine de la cancérologie.

Le saviez-vous ? Le Comité économique des produits de santé (CEPS) en France qui établit le prix des traitements contre le cancer a été épinglé par la Cour des comptes pour défaut de transparence dans la déclaration des liens d’intérêts des experts qui y siège.

Pour corriger cette situation, nous devrions impérativement donner aux agences de régulation les moyens d’effectuer indépendamment leur travail. Ces autorités doivent instaurer des critères d’évaluation clinique élevée et rigoureuse pour être sûres d’avoir des traitements efficaces dans la vraie vie des patients. Bien sûr, les conflits d’intérêts doivent être sévèrement contrôlés et au minima rendu transparent.

Cette situation ne permet pas de restaurer la confiance de la population et des patients qui affrontent la maladie. Cette situation nourrit tous les doutes, souvent légitimes et parfois grotesques, sur l’honnêteté de cette discipline. Il est urgent de changer en profondeur le fonctionnement de la cancérologie.

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