Les enquêtes citoyennes de France Soir connaissent un vif succès auprès du public sur la controverse de l’hydroxychloroquine et du traitement du Covid-19. On s’intéresse ici à la qualité de l’investigation qui montre des méthodes peu rigoureuses, fallacieuses et déloyales qui nourrissent toutes les théories du complot.

Capture d’écran du site France Soir et de l’enquête citoyenne sur Recovery.

Tempête scientifique et médiatique avec le Covid-19

La crise sanitaire du Covid-19 a mis en lumière des problèmes majeurs dans la gestion de crise, au niveau politique (masques, confinement, etc.) mais aussi au niveau scientifique (publications, pré-prints, rétractations…)

De nombreuses personnes découvrent des noms de journaux réservés aux initiés, comme le New England Journal of Medecine (NEJM) ou le fameux Lancet au coeur de la controverse Surgisphère, mais aussi le rôle majeur des études scientifiques dans la prise en charge de la maladie, et des décisions des gouvernements.

Ils découvrent certaines parties complexes du monde de l’édition scientifique (notamment la relecture bénévole par les pairs), et des nombreux intérêts visibles ou dissimulés des firmes pharmaceutiques dans le développement d’une nouvelle thérapie.

Un monde parsemé de réussites mais aussi de scandales, comme celui de Surgisphère qui aurait falsifié des données médicales à l’origine de la publication négative du Lancet.

Si le mystère doit encore être levé sur ce sujet, les nouveaux essais cliniques conduits en Europe et dans le monde pour essayer de trouver un traitement efficace contre ce coronavirus ne cessent d’être sous le feu des critiques.

Des critiques scientifiques, bien souvent fondées par une expertise et une expérience dans le domaine, mais aussi citoyennes, avec notamment des analyses que l’on retrouve abondamment partagées dans le journal numérique France Soir.

France Soir, c’est un journal d’après guerre qui a connu une crise économique et sociale en son sein, si bien que tous les journalistes ont été licenciés pour raisons économiques. Il n’en reste plus qu’un média collaboratif sans journalistes qui publie régulièrement des enquêtes de collectif citoyen sur la controverse soulevée par Didier Raoult et l’hydroxychloroquine.

Si la démarche d’essayer d’analyser le monde médical et scientifique est plus que louable, car tous les avis sont bons à prendre pour se forger une opinion, les récentes enquêtes d’un collectif citoyen qui milite pour la généralisation de l’hydroxychloroquine ne laissent pas indifférent.

Ces enquêtes sont reprises tels des mantras par les sympathisants du professeur Raoult et de son traitement contre la Covid-19, alors qu’elles cumulent des imprécisions et des abus de langage impardonnable dans un contexte aussi électrique où la qualité et la véracité de l’information doivent primer.

L’objectivité aussi.

Cet article est donc une analyse des récentes “analyses” et “enquêtes” de ce collectif citoyen anonyme. Il met en lumière la faiblesse de l’argumentation, le plus souvent fallacieuse, les raccourcis grotesques et les nombreuses erreurs d’investigations qui ne cherchent qu’à satisfaire une idéologie.

On ne s’improvise pas si facilement journaliste, et encore moins journaliste scientifique, surtout dans un milieu aussi complexe que le monde politico-médical.

RecoveryGate : l’enquête au coeur d’un essai frauduleux

Recovery est le nom désormais emblématique de l’essai clinique britannique géant sur 12 000 personnes afin de trouver un traitement efficace parmi plusieurs options, telles que le duo Lopinavir-Ritonavir, l’azithromycine et l’hydroxychloroquine ou encore le Tocilizumad.

Cet essai clinique, randomisé contre des soins standards, n’a pas encore été publié mais il soulève déjà une vague d’incompréhension dans le milieu pro-HCQ, en annonçant l’arrêt du suivi du groupe par HCQ, en raison de son apparente inefficacité.

Les analyses préliminaires réalisées par un comité indépendant ont avancé un taux de mortalité identique entre les deux groupes (témoin et HCQ) proche de 24%, justifiant ainsi l’arrêt du groupe sous HCQ.

Impossible d’en savoir plus pour l’heure en l’absence de publication. Pour autant, cela n’a pas empêché le collectif citoyen qui publie dans France Soir de remettre l’étude et les deux investigateurs cliniques, Peter Horby et Martin Landray, en cause.

Sur la base du dosage aberrant de l’hydroxychloroquine et des conflits d’intérêts cachés et omis des deux investigateurs principaux, saupoudrés de mensonges avérés et d’insinuations.

Sur le dosage et l’amibiase

Le reproche le plus fort fait à Recovery porte sur le dosage de l’HCQ, de l’ordre de 2400 mg dans les premières 24h. Un dosage jugé dangereux pour les défenseurs de la molécule qui accusent les investigateurs d’avoir utilisé des doses volontairement toxiques, ou bien d’être de parfaits incompétents.

Pour preuve, le professeur Martin Landray interviewé par France Soir a précisé que ce dosage était justifié par son utilisation pour la dysenterie amibienne, immédiatement accusé d’incompétence pour confondre avec l’hydroxyquinoline.

Des propos repris et corrigés par son collègue Peter Horby, interviewé à son tour par Florian Gouthière pour la rubrique CheckNews de Libération, qui parle d’une confusion de son collègue avec l’abcès hépatique amibien.

Ce dernier précise que la dose de charge utilisée dans Recovery, largement plus élevée que dans d’autres essais cliniques (notamment celui de Didier Raoult), a été choisie en parfaite connaissance de cause, et “selon les modélisations pharmacocinétique de la distribution et de la métabolisation de l’hydroxychloroquine ainsi que sur les les données [in vitro] sur la concentration inhibitrice de l’HCQ”.

Cela ne convainc pas le collectif citoyen de France Soir qui y voit une “erreur médicale flagrante” qui permet de jouer sur la “confusion possible entre les maladies”, l’amibiase et l’abcès hépatique amibien.

Afin de soutenir l’idée qu’il y a une confusion et une incompétence des chercheurs britannique, le collectif citoyen va apporter la preuve que les dosages de l’HCQ auraient changé au cours du temps, selon les documents en ligne toujours accessible.

Capture d’écran du site France Soir avec les documents qui “prouvent” qu’il y a un changement du dosage.

Le collectif précise qu’un “tout nouveau document en date du 9 juin, le « Statistical analysis Plan », révèle un tout autre dosage, différent du plan du protocole initial”, alors que ce document ne contredit absolument pas la version originale sur les dosages de l’HCQ.

Une capture d’écran du “Statistical Analysis Plan” mentionne bien l’HCQ mais ne donne aucune information sur le dosage, qui est resté le même du début à la fin de l’essai clinique.

Un document officiel de l’essai clinique Recovery précise dans une 3ème version du 18 avril une administration identique que celle tenue en mai ou en juin.

Le collectif a-t-il seulement lu ce document et réalisé qu’il n’apportait pas la preuve de ce qu’il avançait ? Nous avons toutes les raisons d’en douter.

Remdesivir : la discorde au sein de Recovery

L’autre point de friction sur Recovery touche à l’incorporation du Remdesivir de Gilead dans l’essai clinique, alors que les deux investigateurs auraient assuré ne pas l’avoir fait.

Pour le collectif citoyen, et d’autres personnalités, le professeur Landray aurait menti par omission en prétendant que ce médicament, pourtant encore jamais démontré comme efficace sur la mortalité, n’était pas inclus dans Recovery.

L’enquête publiée dans France Soir le prouve avec des captures d’écran de document officiel de l’autorité de régulation des médicaments britannique (MHRA), et du site officiel de l’essai clinique Recovery.

Le collectif fait l’hypothèse que le professeur Landray n’a pas mentionné l’inclusion du Remdesivir pour “que l’on ne pose pas de question” précise le collectif citoyen de France Soir.

Pourtant, là aussi, ces affirmations graves de mensonges par omission ont été construites sur une fausse lecture des documents officiels et sur une méconnaissance flagrante des arcanes de la recherche clinique.

Le collectif citoyen n’a pas réussi a faire la différence entre deux essais cliniques bien différents : Recovery et ACTT.

  1. Recovery, qui porte sur 5 médicaments (Lopinavir-Ritonavir, Corticostéroïdes, Hydroxychloroquine, azithromycine et tocilizumab) et un traitement à base de plasma de personnes malades, uniquement au Royaume-Uni.
  2. ACTT, un essai clinique international qui ne porte que sur le remdesivir de Gilead et qui inclut des patients britanniques et du monde entier.

Recovery n’a jamais inclus le remdesivir dans son protocole clinique, comme l’atteste le site Clinical Trial, qui fait office de témoin infaillible du respect des protocoles cliniques, et l’absence de changement dans l’historique des modifications sur ce point.

Cette confusion et cette absence de vérification correcte est répétitives dans l’argumentation du collectif, avec des captures d’écran qui semble les dépasser.

Il est pourtant écrit noir sur blanc dans l’image publiée par le collectif de France Soir que le Remdesivir est testé dans le cadre de l’essai clinique ACTT-1.

Ce document précise la conduite à tenir pour tous les patients qui reçoivent le traitement remdesivir mais qui sont inclus dans l’essai Recovery. Pour autant, Recovery n’apportera aucune réponse sur cette thérapie, car cela n’a jamais été son but.

Conflits d’intérêts et théorie du complot ubuesque

La suite de l’enquête de ce collectif, dont la qualité et l’objectivité est déjà fortement remise en cause, va se porter sur le CV et les graves suspicions de conflits d’intérêts des deux investigateurs de Recovery : les professeurs Horby et Landray.

Le collectif va amasser un fatras d’informations, décousues, fausses et fallacieuses, pour faire miroiter une alléchante théorie du complot où nos deux chercheurs seraient en réalité inféodés aux intérêts financiers de Gilead, qui produit un concurrent plus cher que l’hydroxychloroquine.

Le collectif avancera ainsi des accusations gravissimes et lourdes de conséquences :

“Des directeurs de projets avec des conflits d’intérêts non déclarés avec Gilead, AstraZeneca et la fondation Bill Gates qui cachent la vérité sur leurs travaux de recherches, qui manipulent l’opinion sur les informations disponibles et qui démontrent à minima une incompétence en donnant des doses massives l’hydroxychloroquine.”

Pour justifier des conflits d’intérêts avec Gilead, le collectif va s’appuyer sur une série farfelue et grotesque d’événements et de faits :

  • Le statut de directeur exécutif de Peter Horby de l’ISARIC, qui aurait reçu 4,5 millions de livres sterling pour des recherches sur des vaccins par la fondation Bill et Melinda Gates
  • L’analyse du langage corporel de Peter Horby, lors d’une conférence, réalisé par John Ward, un politologue et historien britannique, qui montrerait des “signes d’inconforts classiques d’une personne interviewée cachant l’image complète à son auditoire”.
  • Des déclarations de Peter Horby concernant le remdesivir qui serait trop optimiste
  • Le statut de directeur de Martin Landray du Big Data Institute financé en partie par un actionnaire de Gilead (Julian Robertson)

Pourtant, l’analyse de l’ensemble de ces éléments ne montre rien de probant, si ce n’est des suppositions fallacieuses de complots et des analyses scientifiquement douteuses.

ISARIC et Bill Gates

Concernant le premier point, et le financement de l’ISARIC de Peter Horby pour des recherches de vaccins, le collectif n’apporte aucune preuve de ce financement mais simplement une capture d’écran où l’on voit la fondation Bill et Melinda Gates apparaître.

En plus de n’avoir aucun rapport avec le traitement remdesivir qui n’est pas un vaccin, la fondation Gates n’atteste d’aucun financement en faveur de cette structure comme en témoigne sa base de données officielle.

Quand bien même la fondation aurait investit dans l’ISARIC, cela n’en fait pas un conflit d’intérêt pour autant.

Brandir une image et des sommes importantes ne suffisent pas à caractériser des conflits d’intérêts, la démonstration, elle, en devient risible.

Pseudoscience et Peter Horby

Le second point est proprement ahurissant. Le collectif se base sur une analyse non verbale d’un “journaliste britannique politique et historien”, John Ward, mais également décrit comme psychologue spécialiste des groupes de discussion avec quarante ans d’expérience” pour alimenter la théorie du complot, et comme quoi Peter Horby aurait des choses graves à nous cacher.

Capture d’écran de l’extrait qui sous-entend que le professeur Horby cache des choses.

Si on ignore tout de l’interview de Peter Horby, cette analyse qui se fonde sur une séduisante discipline – la synergologie ou le langage du corps – est en réalité une pseudoscience, définie telle quelle par le célèbre mentaliste Fabien Olicard qui l’utilise avec tous les avertissements préalables.

Il suffira donc à faire dire à un spécialiste des groupes de discussion que Peter Horby était manifestement gêné et qu’il semblait cacher des choses à son auditoire, sur la base de ses gestes, pour alimenter une malsaine cabale contre ce chercheur.

Questionné à ce sujet, John Ward me confirme ne pas être psychologue – un titre d’ailleurs protégé par le droit et abusivement utilisé dans l’article – justifiant de cours “mineurs” en psychologie sociale à l’université de Liverpool pendant son cursus en études politique.

John Ward se justifie de ses compétences en lecture du langage corporel en mentionnant 3 ans de formation au sein du British Market Research bureau and Creative Research Unit. Un centre au nom élogieux mais qui fait référence à une banale agence d’étude de marché, dissolu depuis quelques années.

On joue ici sur l’utilisation abusive d’un titre de psychologue (protégé au Royaume-Uni également) comme argument d’autorité, tout en s’appuyant sur une pseudoscience dans le cadre d’une interview inconnue dont on ignore le lien avec cette enquête, et sans qualification particulière de la personne interviewée.

Cette qualité d’analyse est déplorable.

Délit d’intention

Le troisième point est surréaliste. Le collectif taxera Peter Horby d’un délit d’omission en évitant de parler des “diverses études positives pour l’HCQ”, tout en en expliquant que le remdesivir n’était pas efficace sauf sur le temps d’hospitalisation selon une étude américaine.

Pourtant, Peter Horby faisait bien état des résultats des essais cliniques randomisés publiés à ce sujet, mais sera discrédité selon le bon vouloir du collectif.

Car concernant l’HCQ, aucun essai clinique de ce type n’a montré d’efficacité sur le temps d’hospitalisation ni sur la mortalité. Des résultats négatifs confirmés par toutes les méta-analyses sur ce sujet sauf celle de l’IHU de Marseille.

Gilead en sous-marin

Finalement, le dernier point illustre lui aussi le parti idéologique du collectif citoyen et le manque de rigueur d’investigation et de recoupement de l’information. Le professeur Martin Landray de l’étude Recovery sera accusé d’avoir tenu des “mensonges intentionnels” en raison “de conflits d’intérêts flagrants”, avec le complexe industriel Astra Zeneca-Gilead.

Pour le justifier, le collectif citoyen fait état d’une phrase du Pr Landray où il demande au collectif (ou à France Soir, car ce n’est pas très clair) si ces derniers savent combien coûtent les essais cliniques de Gilead.

Le collectif y voit dans cette phrase une forme de trahison de sa part, soulevant que c’est étrange que le professeur parle “de la société Gilead spontanément sans que rien ne lui soit demandé”.

Voici le niveau de l’investigation. Mais le collectif va encore plus loin.

Le collectif va prouver un conflit d’intérêts de Martin Landray avec Gilead – accrochez-vous – sur la base du financement du Big Data Institute (présidé par le Pr Landray) par la Fondation Robertson, elle-même crée par Julian Robertson, lui-même fondateur du fond d’investissement Tiger Management actionnaire de Gilead.

Vous suivez toujours ? Ainsi, l’article publié sur France Soir précise que le financement du Big Data institute provient de […] la fondation Robertson, fondateur du hedge fund Tiger qui a été un des plus gros actionnaires de Gilead”

On peut voir par la suite une image qui montre un financement de l’ordre de 10 millions de £ de la Fondation Roberston pour le Big Data Institute. La boucle est bouclée.

Ce ne sont pourtant que de douteuses affabulations, non confirmées par l’analyse des faits. Le lien entre Gilead et Julien Robertson, le fondateur du fond Tiger et de la fondation éponyme, fond comme neige au soleil quand on s’y intéresse de plus près.

Car pour affirmer ces accusations, le collectif va se baser sur une vidéo CNBC datant de 2015. Rien de plus. Le collectif s’est arrêté au premier lien d’une recherche sur internet, vieille de 5 ans, et aujourd’hui complètement désavoué.


Capture d’écran de l’article datant de 2015 sur Julian Robertson et Gilead.

Car une recherche complète et détaillée sur le fonds d’investissement Tiger de Robertson nous montre que s’il faisait bien partie des actionnaires de Gilead depuis 2014, cela n’est plus le cas depuis début 2018, et qu’il annonçait dès 2016 ses intentions de se détacher du groupe pharmaceutique.

En 2017, le fond Tiger n’accordait que 0.43% de son capital à Gilead, c’est pour dire le niveau d’investissement dans le laboratoire pharmaceutique.

Part de Gilead dans le fonds d’investissement Tiger de Julian Robertson à la date de décembre 2017.

Finalement, l’analyse des actionnaires de Gilead ne montre à aucun moment le fond Tiger.

Les affirmations du collectif France soir étaient donc dépassées, en plus d’être fallacieuses, et illustrent les terribles conséquences du biais de confirmation où l’on ne cherche plus la vérité, mais comment soutenir la sienne.

De retour sur le financement du Big Data Institue, on apprend rapidement qu’il est principalement d’origine publique, avec le Higher Education Funding Council for England, le Medical Research Council, et le British Heart Foundation.

Sur la base des informations à notre disposition, et des images produites par le collectif, le fond Robertson aurait participé à hauteur de 10 millions de £ sur 89, soit 11% du capital. Et n’a de toute manière plus aucun lien financier avec Gilead, ce qui rend toutes hypothèses en ce sens caduques.

Astra Zeneca et Gilead : le rapprochement douteux

Dans l’actualité, Astra Zeneca est désormais au centre de toutes les attentions, et des complots, puisqu’une proposition de fusion a été faite avec Gilead Sciences.

Astra Zeneca est dans la course au vaccin contre le Covid-19, et Gilead au traitement de la maladie avec le remdesivir, qui n’a pour le moment démontré aucune efficacité clinique sur la mortalité ou l’aggravation de la maladie.

Cette rumeur de méga-fusion trouve un écho surprenant dans l’analyse du collectif citoyen de France Soir, en élargissant désormais les potentiels liens d’intérêts des chercheurs britanniques avec Astra Zeneca, du fait de cette possible fusion.

Ainsi, sur cette seule information, le collectif fera peser des suspicions de liens d’intérêts et de tromperie de la part du professeur Horby, car il dirige le centre ERGO financé par “Astra Zeneca et Zückerberg le fondateur de Facebook” à hauteur de 14 millions de £.

Cette affirmation s’appuie sur l’analyse du politologue John Ward qui ne dit pourtant absolument pas cela. Les 14 millions de £ viennent uniquement de la fondation Chan Zuckerberg, alors que les liens avec Astra Zeneca ne mentionnent aucun financement du laboratoire.

La tournure de la phrase ici mélange les deux groupes (Astra Zeneca et la Fondation Zuckerberg) pour tenter d’amalgamer des financements et soutenir une théorie du complot, sur la base d’une rumeur de fusion.

Ces méthodes d’argumentation sont déloyales.

Conflits d’intérêts du gendarme du médicament britannique

On aurait pu croire que la boucle était bouclée depuis bien longtemps, mais le collectif citoyen va enfoncer le dernier clou du cercueil de Recovery avec une analyse laconique des liens d’intérêts des membres du MHRA britannique.

Rappelez-vous, sur la base totalement erronée selon laquelle Recovery aurait autorisé et incorporé le remdesivir dans son étude (ils confondent avec le ACTT-1), et que des liens purement hypothétiques d’une fusion entre Astra Zeneca et Gilead existent, le collectif va s’attaquer à l’indépendance du gendarme du médicament britannique pour discréditer Recovery.

Sur quels éléments ? Un document dont on ignore l’origine, la date, et la portée mais qui montre que deux personnes, des “administrateurs non exécutifs” sont des actionnaires d’Astra Zeneca, justifiant ainsi les enquêtes et l’arrêt du bras HCQ au sein de Recovery.

Pourtant, une analyse complète et détaillée des fonctions et des liens d’intérêts des membres du MHRA britannique montre l’exact opposé, en plus d’illustrer la légèreté déconcertante de cette enquête.

Les deux administrateurs non exécutifs, Anne-Toni Rodgers et Amanda Calvert, font bien partie du conseil administration du MHRA, au côté de 10 autres personnalités.

Parmi les 10 personnes restantes, on retrouve :

  • le président Sir Michael Rawlins,
  • le président adjoint David Webb,
  • la directrice exécutive June Raine
  • et 7 administrateurs non exécutifs

Aucun de ces 10 membres ne possède le moindre conflit d’intérêts avec Gilead ou Astra Zeneca.

Sur ces 12 membres, seules Anne-Toni Rodgers et Amanda Calvert, une minorité donc, ont des liens financiers avec AstraZeneca dont on se demande la légitimité puisque fondé sur la seule base d’une rumeur de fusion avec Gilead.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En plus d’avoir fait une recherche tronquée sur le MHRA, et réussi à trouver deux membres avec des liens d’intérêts avec Astra Zeneca, le collectif a raté l’essentiel.

D’après le MHRA, si le conseil d’administration dirige bien l’agence de régulation, ce dernier est chargé de “fournir des conseils sur le développement stratégique de l’agence et de veiller à ce que les objectifs fixés dans le plan d’activités et convenus avec les ministres soient atteints.”

Rajoutant que le “Conseil n’a aucune implication dans les décisions réglementaires concernant les médicaments ou les dispositifs médicaux. Celles-ci sont de la responsabilité du directeur général, en collaboration avec le comité exécutif de direction, et des comités consultatifs d’experts.”

En réalité, c’est un autre groupe, le comité exécutif de direction qui est, selon le MHRA, “le plus haut organe décisionnel de l’Agence”, responsable de la gestion quotidienne de l’agence, des questions financières, politiques, opérationnelles et des prises de décisions stratégiques.

Ce comité directeur est composé de 12 membres, dont les déclarations d’intérêt officiel ne montrent aucun lien d’intérêt avec Gilead Sciences ou Astra Zeneca, ni aucune autre firme pharmaceutique d’ailleurs.

Pour résumer, sur les deux comités du MHRA :

  1. Le conseil administratif, chargé de conseiller l’Agence, est composé de 12 membres, qui n’ont aucun lien d’intérêt avec Gilead, mais dont deux membres d’importance mineurs (administrateur non exécutif) ont des actions chez Astra Zeneca
  2. Le conseil exécutif de direction du MHRA, en charge de prendre les décisions stratégiques, est composé de 12 membres qui n’ont aucun lien d’intérêt avec Gilead Sciences ou Astra Zeneca.

Malgré tout, le collectif citoyen n’hésitera pas un seul instant à remettre en cause l’indépendance du MHRA, sur la seule base que ce dernier a demandé une évaluation régulière de l’efficacité et de la toxicité des traitements évalués, notamment de l’hydroxychloroquine. C’est pourtant une chose extrêmement rassurante et plus que souhaitable.

Ce collectif citoyen qui enquête essaie tant bien que mal de construire un château de cartes d’insinuations douteuses en amalgamant des informations obsolètes, parcellaires et fallacieuses pour soutenir des théories du complot grotesques.

Mais ce collectif n’en est pas à son coup d’essai.

Le NEJMGate : un autre exemple édifiant

Ce même collectif avait précédemment publié une enquête – toujours sur France Soir également connu pour donner la parole à des complotistes comme Silvano Trotta – qui était censée démontrer que l’étude de David Boulware menée aux USA était totalement invalide.

Le collectif a fait ce qu’il sait le mieux faire : des analyses totalement farfelues au mépris de toutes considérations éthiques et professionnelles pour en arriver à la seule conclusion désirée. Celle de discréditer toutes les études négatives sur l’hydroxychloroquine.

Souvenez-vous, l’étude de David Boulware n’avait trouvé aucun effet positif de l’HCQ en prophylaxie (avant d’être infecté) contre la Covid-19. Une étude randomisée contre placebo avec plus de 800 personnes.

Une étude critiquée pour ses problèmes méthodologiques bien sûr, et notamment le manque de test PCR pour vérifier les infections des participants ou encore le côté “virtuel” de l’étude où les participants ont été recrutés par internet et sont restés chez eux.

Quoi qu’il en soit, cette étude avec toutes ses limites apporte une indication supplémentaire qui plaide vers une absence d’efficacité de la molécule tombée dans le domaine public, qu’il faudrait bien sûr attester par d’autres essais plus rigoureux.

Toutefois, le collectif citoyen remet en cause cette étude grâce à leurs propres analyses statistiques qui monteraient cette fois-ci l’efficacité de l’HCQ. Des analyses statistiques invraisemblables, complètement floues (on ignore les tests utilisés, la méthode, les données brutes) avec des seuils de significativité choisis au petit bonheur la chance.

Capture d’écran de l’analyse du collectif citoyen. Tout est opaque, on ne comprend pas les analyses, les tests effectués.

Une fois ce sera 10% au lieu des 5% habituels (la valeur de p doit être inférieure à 5% pour être jugée statiquement significative), puis 16% pour démontrer l’efficacité de l’HCQ.

Ces méthodes d’analyses statistiques, et cette manière de procéder se sont fait copieusement critiquer dans les commentaires de l’article.

Ce commentaire de la part d’un ingénieur statisticien laisse pantois :

Je me permets de vous faire remarquer que l’intervalle de confiance de l’article original est de 95%, ce qui est un niveau de confiance standard en statistiques pour tester une hypothèse. Dans votre re-calcul, vous prenez un IC à 90% en regroupant le 1 à 2 jours (ce qui est un IC déjà assez lâche…).

Et carrément 84% en regroupant le 1 à 3 jours : ce qui en d’autres termes signifie que le regroupement 1-3 jours n’est pas significatif (on ne prend jamais des IC inférieurs à 90%…). Comble de la magouille, vous ne testez pas le regroupement le plus légitime, à savoir le 1-4 jours.. qui aurait donné un résultat non significatif j’imagine ?

Bref, vous faites exactement ce dont vous accusez les auteurs de cette étude : arranger les chiffres, les regroupements, abaisser les IC et omettre les résultats qui ne vont pas dans votre sens.

PS: je suis ingénieur statisticien, et je ne suis ni “pro” ni “contre” hydroxychloroquine… je suis juste déçu du peu de rigueur de cet article, qui alimente encore un peu plus les théories du complot… vraiment pas du bon travail de journaliste…

Certains parlent tout simplement de “tentative de détournement des données pour en arriver à la conclusion souhaitée”, et tout simplement de “fraude” en regroupant les données comme cela les arrangent.

France Soir : des “enquêtes” désastreuses

Cet article illustre la piètre qualité des investigations du collectif citoyen sur la controverse médicale et scientifique autour des traitements contre la Covid-19.

Ce groupe d’individus n’hésite pas à rassembler des informations obsolètes et fallacieuses sans faire la moindre vérification ni recoupement, dans le but de monter un dossier à charge purement complotiste et idéologique.

Plus grave, le collectif partage des informations qui invalident ses propres affirmations et semble être totalement incompétent en matière d’analyse médicale et statistique.

La précipitation et l’amateurisme dans l’écriture des enquêtes semblent être un facteur important pour expliquer le manque de rigueur et la sélection partiale des informations.

Rien ne va dans les enquêtes de ce collectif qui se rend coupable de fraude dans ses analyses statistiques personnelles, et de calomnies voire de diffamations à l’encontre de chercheurs dont il ignore absolument tout.

Ce collectif n’hésitera pas une seconde à utiliser des méthodes pseudo-scientifiques (l’analyse du langage non verbal) sans parler une seule seconde du contexte, et sur la bonne foi de l’expertise d’un politologue, défini abusivement comme psychologue.

Au risque de me répéter, ces méthodes d’argumentations sont déplorables et nuisent gravement à la qualité du débat scientifique et citoyen sur ces sujets d’importance, et à la confiance que certains essayent de construire avec les lecteurs.

Ce collectif propage dans ses analyses de fausses informations, dénature l’ensemble des faits et méconnaît le fonctionnement de base du journalisme d’investigation, en plus de celui de la recherche scientifique.

Le collectif s’étonnera ainsi que le grand essai clinique Discovery soit “encore silencieux pour des raisons qui échapperont au plus grand nombre”, alors que c’est le principe de la science : on reste silencieux pendant la conduite des essais, jusqu’à la publication dans des journaux scientifiques.

À ce titre, je ne soutiens bien évidemment pas les communications grandiloquentes de certaines études avant toutes publications (comme Recovery d’ailleurs). J’en avais d’ailleurs fait un article à propos du Tocilizumad.

Pour conclure, ce collectif qui ne publie que des “enquêtes” dans un média vidé de ses journalistes et qui dédie la majorité de sa ligne éditoriale aux complots et à la calomnie (voir la boîte noire) n’honore pas ses membres.

Il participe à désinformer les internautes et à cliver davantage des groupes d’individus qui ne cherchent qu’à s’informer loyalement afin de se forger un véritable avis.

La crédibilité de France Soir et de ce collectif citoyen a définitivement baissé le rideau, et depuis bien longtemps.

Je n’ai personnellement aucun lien d’intérêt avec la moindre structure publique ou privée. Le fonctionne de Dur à Avaler réside dans les abonnements des membres et des ouvrages que j’ai pu écrire.


Boîte noire. France Soir avait lancé sur Twitter un sondage honteux sur la personne de Florian Gouthière et insultant après la publication de son article sur CheckNews de Libération. Ce sondage a reçu un vif tollé et illustre le comportement et l’attitude général du média.

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