L’anti-inflammatoire utilisé contre les crises de goutte a été évalué en phase précoce et tardive. Avons-nous un « game changer » plein d’espoir ou un autre mirage démoralisant ?

© Martin Sanchez

Le Game Changer canadien

Mise à part sa célèbre sauce poutine connue du monde entier, le Canada s’est fait connaître dans cette pandémie pour son important essai clinique sur la colchicine.

Une étude publiée dans le fameux Lancet (1).

Un journal connu pour son prestige dans le monde académique.

Un journal connu pour son étude « bidon » avec le LancetGate sur l’hydroxychloroquine.

Bref.

Utilisée habituellement pour les crises aiguës de goutte, l’action anti-inflammatoire de la colchicine apparaît judicieuse pour stopper l’orage dévastateur du Covid-19.

Une équipe canadienne avait donc annoncé triomphalement en janvier 2021 que l’anti-inflammatoire pouvait être donné sans problème avec de l’azithromycine !

Un antibiotique lui aussi devenu célèbre avec le protocole Raoult, ou encore celui de Vladimir Zelenko.

Sauf qu’à y regarder de plus près, l’étude canadienne fait tiquer les méthodologistes.

Moi aussi.

Vous aussi d’ailleurs.

Sans vous refaire mon article déjà écrit sur ce sujet, l’étude de Jean-Claude Tardiff montrait bien un bénéfice (statistiquement significatif) sur le critère principal :

Les morts et les hospitalisations.

Mais en lecteur extrêmement averti que vous êtes, vous voyez très bien qu’il y a une différence assez importante entre… la mort… et être hospitalisé.

En y regardant d’encore plus près, on réalise que le bénéfice est porté par les hospitalisations.

Aucune différence sur les décès.

Il n’y avait eu que 9 décès dans le groupé traité, contre 5 dans le groupe sous placebo.

Le miracle nommé colchicine faisait pschit.

Encore Recovery ?

Le gigantesque essai clinique britannique connu pour son « affaire » avec l’hydroxychloroquine a mis une nouvelle fois les pieds dans le plat avec la colchicine (2).

Plus de 11.000 participants hospitalisés.

Un groupe avec l’anti-inflammatoire.

L’autre sans.

On compte les morts à la fin.

Près de 1.173 décès dans le groupe traité, contre 1.190 dans le groupe sous placebo.

En phase tardive nécessitant d’être hospitalisé, la colchicine ne serait donc d’aucune aide.

L’échantillon est important.

L’étude rigoureuse.

Sans être parfaite non plus (car cela n’existe pas).

Sans aveugle par exemple (si ce n’est les investigateurs et les évaluateurs).

Colchicine : un intérêt ou pas ?

Le médicament autorisé pour traiter les crises de goutte ne semble pas avoir d’intérêt chez les patients dans un état déjà grave.

Pour les cas hospitalisés, la colchicine semble inutile.

C’est pourtant le moment où l’on pourrait le plus attendre d’elle.

La phase précoce concerne essentiellement la réplication virale, alors que la suite se concentre sur l’inflammation dramatique de l’organisme.

Recovery n’apporte toutefois pas de réponse claire et nette sur l’intérêt du médicament en phase précoce.

Chez des patients non hospitalisés qui débutent un traitement relativement rapidement.

Comment avoir une réponse définitive sur cette utilisation précoce ?

Le pays de la Reine d’Angleterre semble être encore à la manœuvre.

Le gigantesque essai clinique PRINCIPLE se concentre sur le traitement précoce de la maladie (3).

La colchicine a été testée.

Les résultats ont été partagés sur la plateforme de prépublications médicales en ligne (4).

En phase précoce donc, et chez des personnes à risque.

Celle de plus de 65 ans ou plus jeunes, mais avec des comorbidités.

Malheureusement, toutes les analyses montrent l’absence d’un bénéfice d’un traitement précoce avec la colchicine pour lutter contre la covid-19.

Avec un bémol.

Les médecins chercheurs ne trouvent aucun bénéfice sur le paramètre « hospitalisations et décès ».

On mélange encore une fois deux choses importantes… et assez différentes.

Car si on regarde d’un peu plus près les décès entre les groupes, on en retrouve 9 dans le groupe contrôle… contre zéro dans le groupe sous colchicine.

Cela fait donc 0.8 % (1.145 participants dans ce groupe).

Mais avec seulement 156 participants dans le groupe traité, il était difficile d’attendre beaucoup d’évènements.

À titre de comparaison, on obtient une mortalité de 0.6 à 1.3 % avec un ou deux décès dans le groupe de 156 participants.

Quand bien même PRINCIPLE ne montre aucune différence sur le temps de guérison, un doute persiste sur la mortalité.

La faute à l’échantillon.

Trop petit pour ce critère « secondaire », pourtant important.

Pour résumer, qu’avons-nous ?

  • Des résultats plutôt solides et négatifs chez les hospitalisés
  • Des résultats plutôt solides et négatifs en traitement précoce
  • Avec un doute raisonnable sur les décès
  • La marge thérapeutique de la colchicine est étroite
  • Autrement dit, un surdosage est possible, sans antidote connu

La colchicine n’apparaît clairement pas comme le « game changer » présumé en début d’année.

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